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CHAPITRE XIV

LA POLYSÉMIE

Ce que c'est que la polysémie. — Pourquoi elle est un signe de crvilisation. — D'où il vient qu'elle ne cause pas de confusion. — Une nouvelle acception équivaut à un mot nouveau. — De la polysémie indirecte.

On vient de voir quelques-unes des causes qui font que les mots prennent un sens nouveau. Ce ne sont assurément pas les seules, car le langage, outre qu'il a ses lois à lui, reçoit le contre-coup des événements extérieurs, événements qui échappent à toute classification. Mais, sans poursuivre cet examen, qui serait infini, nous voulons présenter ici une observation essentielle.

Le sens nouveau, quel qu'il soit, ne met pas fin à Tancien. Ils existent tous les deux Tun à côté de Tautre. Le même terme peut s'employer tour à tour au sens propre ou au sens métaphorique, au sens restreint ou au sens étendu, au sens abstrait ou au sens concret... A mesure qu'une signification nouvelle est donnée au mot, il a Fair de se multiplier et de produire des exemplaires nouveaux, semblables de forme, mais différents de valeur.

filerons ce phénomène de multiplication *. Toutes les langues des nations civilicipent : plus un terme a accumulé de s, plus on doit supposer qu'il représente v^ers d'activité intellectuelle et sociale.

Frédéric II voyait dans la multiplicité ans une des supériorités de la langue 1 voulait dire sans doute que ces mots pies étaient la preuve d'une culture plus

ous représenter la langue comme un gue où sont consignés tous les produits ence humaine : souvent le catalogue, me nom d'exposant, nous renvoie à diffées.

quelques exemples de cette polysémie.

3st emprunté aux arts mécaniques, appark la musique. Racine^ qui nous vient de e, relève également des mathématiques fuistique. Base, qui appartient à l'archia place dans la chimie et dans l'art miliappartient à la fois au théâtre et à la vie Effet se rencontre dans les acceptions les es. Et ainsi de suite.... Il n'en était pas ians les langues anciennes. SuvTa^tç, dans immalical, désigne la syntaxe, et dans un erre l'ordre de bataille. MéXoç, qui est le lembres du corps humain, est aussi un prosodie et de musique. Le substantif érivé du verbe àcpopi'îw, « délimiter, défi- ;nait d'une part la délimitation matérielle

, * nombreux », et (jY)(jLeîovi « signification ».

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d'un territoire, et d'autre part la définition d'un objet ou d'une idée. Il a fourni, dans ce dernier sens, le mot aphorisme à la médecine et à la philosophie; du premier sens, il reste le Mont Aphorismo, contrefort du Pentélique. Le substantif e7ti8Yi|xia, suivi d'un nom propre, désignait au temps de l'Empire romain le voyage du souverain à trav États. On trouve, par exemple, dans une insc de la Syrie : iTriSrijjLia Ôeotî 'ASptavou. Mais ( langue médicale, le même mot, suivi du nor maladie, signifiait un mal contagieux régna une certaine contrée, une épidémie, Supi^Ç, < moderne, désigne, selon l'occurrence, une flC fistule, une seringue ou un tunnel.

On demandera comment ces sens ne se rient point l'un l'autre : mais il faut prendn que les mots sont placés chaque fois dans un qui en détermine d'avance la valeur. Quan voyons le médecin au lit d'un malade, ou nous entrons dans une pharmacie, le mot ordi prend pour nous une couleur qui fait que i pensons en aucune façon au pouvoir légish rois de France. Si nous voyons le mot As^ imprimé à la porte d'un édifice religieux, il i vient pas le moindre souvenir des aérosts courses en montagne, ou de l'élévation des On n'a même pas la peine de supprimer les sens du mot : ces sens n'existent pas pour e ne franchissent pas le seuil de notre conf Il en est ainsi chez la plupart des hommes,

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d, Tassociation des idées se faisant 1 des choses, et non d'après le son.

us disons de celui qui parle n'est [i de celui qui écoute. Il est dans la ►n : sa pensée suit, accompagne ou nsée de son interlocuteur*. Il parle t en même temps que nous : il n'est exposé que nous à se laisser troubler fications collatérales qui dorment au le son esprit.

le acception équivaut à un mot noule prouve, c'est le précepte — nullel, mais au contraire confirmé par le léral — qu'il faut répéter le mot s'il essivement en deux sens différents, l'on permet de faire rimer un mot avec es deux sens sont assez éloignés ^ , donc pas exact de traiter les mots gnes qui disparaissent en une fois. Tel propre, peut être depuis longtemps l'oubli et survivre cependant en une

ir, La Parole intérieure, — « Souvent ce que

ntendre comprend un commencement d'articu-

B, des mouvements faibles, ébauchés, dans Tap-

libot.)

! pas^ points pris en deux sens différents :

modemonts no font rien en ce point :

ts à l'honneur ne se réparent point.

(Corneille.

maintenant il ne faut pa« litter la nature d'un pas.

(La Fontaine.)

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LA POLYSÉMIE.

acception détournée. Danger, au sens pn est « puissance », n'existe plus : mais il d'être employé comme synonyme de péril *

Quelquefois, pour avoir séjourné plus < longtemps dans quelque région particuli< langue, un vocable est inscrit deux fois au i général avec une orthographe différente. C que nous avons les desseins de Dieu et le de Raphaël ; la chambre des Comptes et h de la reine de Navarre. Chez toutes les m toutes les langues, on a de ces différence!

demi-savoir triomphe, quoique au fond ell rien de surprenant, et que parfois même soient pas sans quelque avantage*. Il es d'établir à ce sujet une règle. Cependant je rais celle-ci : Respecter les distinctions j et faites de bonne foi ; s'abstenir d'en créer < délibéré.

Il est si vrai que la bifurcation des sens mot en faire deux ou plusieurs, que les cha grammaticaux qui modifient l'un épargnei Le verbe latin légère change son e en i composés : eligere^ colligere. Mais quand « lire », il garde son e : perlegere^ reh

i. On a dit d'abord : être au danger (au pouvoir) i mis, tirer quelqu'un du danger de mort. C'est le bas niainum,

2. Il en est un peu de ces mots comme des noms que Regnault, Tienault, Renaud^ etc., qui partis type, reviennent à TAlmanach Bottin avec leur < spéciale.

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auteur du wiV siècle* fait remarquer que bon a pour comparatif meilleur^ excepté quand il est pris en mauvaise part, et qu'il signifie « niais, simple », comme dans cet exemple : « Vous vous étonnez, dites-vous, qu'il ait été assez bon pour croire toutes ces choses; et moi, je vous trouve encore bien plus bon de vous imaginer qu'il les ait crues ». Les distinctions de ce genre existent partout. Un auteur allemand observe que rot h fait au comparatif rôMer, excepté quand il s'agit de la couleur politique, auquel cas il faut rother. Plutôt que de tourner en dérision des observations de ce genre, il vaut la peine d'en chercher la raison : c'est que les règles grammaticales s'entretiennent par l'usage, et que le mot, en son sens détourné, étant d'une époque postérieure, s'est dérobé à la règle. Nous sommes habitués à former de ciel le pluriel deux : « Celui qui règne dans les cieux, jusqu'au haut des cieux ». Mais nous dirons d'un peintre qu'il soigne bien ses ciels, non point pour le plaisir de faire une distinction futile, mais parce que la critique d'art s'est seulement créé sa langue au xviii® siècle.

Nous n'avons pas encore épuisé ce chapitre de la polysémie. Il existe une polysémie indirecte ou de second degré, qu'il est bon de ne pas confondre avec l'autre, quoique d'ordinaire on les amalgame. Un ou deux exemples feront comprendre en quoi elles diffèrent.

En latin, truncus désigne un tronc d'arbre; il veut

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