DUNE CAUSE PARTICULIERE DE POLYSEMIE
Nul doute que si nous pouvions remonter au delà de la période indo-européenne, beaucoup de substantifs de cette période se révéleraient à nous comme adjectifs.
On comprend quel large champ ces suppressions ouvrent à la polysémie. L'adjectif novellus (notre français nouveau) est un de ces diminutifs dont la langue familière, chez les Romains, était coutumière. On a donc dit novellœ en parlant des jeunes vignes, et en sous-entendant t;/7es. Mais les légistes romains, parlant des constitutions données à Tempire après la codification de Justinien, ont dit également Novellœ (les Novelles) : ils sous-entendaient leges. Ces rencontres sont si fréquentes qu'il est inutile d'en multiplier les exemples : on sait combien l'esprit de calembour abuse de ces équivoques.
Les mots désignant un objet d'usage quotidien comme feuille^ carte^ planche^ table^ doivent leur polysémie à la suppression du déterminatif. On aurait tort de placer cette variété de significations dans le nom lui-même : elle y est entrée après coup, par le raccourcissement de la locution. En pareil cas, l'étymologie pourrait devenir le guide le plus trompeur, si à la connaissance des mots l'on ne joignait celle des choses.
L'ancienne philologie, qui avait remarqué un certain nombre de faits de ce genre, avait inventé, pour les caractériser, une dénomination originale. Quand
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)e en lui la signification de son comîaienl qu'il est prëgnani. L'expression ue inexacte, car c'est porter un défi à il des choses, et faire violence à toute 3mme à toute histoire naturelle, de tion après Texistence à l'état séparé, oit, cette absorption est extrêmement tout dans la langue des différentes des divers états. Le sens du complé- 3rs, en quelque sorte, dans le verbe, le signification tout à fait caractérislangage de la dévotion, on sait ce que étien qui pratique^ ou un malade qui
Quoi de plus général que le verbe uand on parle d'un témoin qui dépose, 'end qu'il s'agit de renseignements jstice. Amener peut se dire de tout approcher : mais, en terme de marine, resi l'ordre de descendre le pavillon, d'un auditeur au courant des choses, u'on supprime ce qui s'entend de soi.
l'expression une femme possédée ne i doute : c'était une femme possédée and, à l'article Tribunaux, nos journt une affaire de mœurs, le lecteur 1 s'agit d'un attentat aux mœurs.
la suppression change à son avantage cable survivant. Nous en avons un éristique dans le mot TroirjTVÎç *.
not, un article de M. Weil dans V Annuaire de r encouragement des éludes grecques, 1884.
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d'une cause particulière de polysémie. 157
On croit communément que le poète, aux yeux des Grecs, était « le créateur », et le poème « une création ». Gela est très beau et place très haut le poète. Mais la réalité est un peu différente. Après une première époque, celle des aèdes, où les poètes étaient leurs propres interprètes, il en vint une autre où Ton commença à distinguer Tauteur des vers et le chanteur ou acteur qui ne fait que les reproduire en public. On a dit alors {jleawv TroirjTyjç, ou eicwv TcoirjTTQç, par opposition à p-x^i^lôç ou uTroxpiri^ç. Puis, par abréviation, ttoititt^ç, quand il était question d'odes ou de drames, a signifié l'auteur des vers, exactement comme quand, à la fin d'une pièce de théâtre, le public réclame aujourd'hui « l'auteur ». Mais cette dualité s'est peu à peu effacée du souvenir. Le poète, n'ayant plus besoin d'un truchement, mais gardant toujours le même nom, a paru alors devoir son titre à quelque conception plus élevée : c'est entouré de cette auréole de noblesse que son nom nous apparaît aujourd'hui.
Nous devons l'expression latine defunctus, pour désigner les morts, à une locution qui ne manquait pas de beauté en sa simplicité. Il faut compléter en defunctus vitâ^ c'est-à-dire « qui s'est acquitté de la vie », celle-ci étant considérée comme une fonction difficile et sérieuse. Defunctorum memoria, c'est le souvenir de ceux qui, ayant servi en leur temps dans l'armée des vivants, ont reçu leur congé.
Par un sentiment analogue, migrare, chez Grégoire de Tours, signifie « mourir ». Il faut sousen tendre : ad dominum ou a sœculo. Transcrivons ici les réflexions de M. Max Bonnet * : « Toutes les
i. Le latin de Grégoire de Tours ^ p. 255.
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lions fixes ont ceci de commun que les mots, à 3 de se trouver réunis, réagissent en quelque î Tun sur l'autre, et prennent chacun une partie i signification de Tautre.... Il peut arriver aussi l'un des deux, à lui seul, éveille dans Tesprit 3cteur l'idée habituellement exprimée par tous leux. »
veux terminer ce chapitre par quelques exemde locutions où le raccourcissement, en des ) très usités, a amené un remarquable changet de signification.
land nous disons : entendre un orateur, entendre iscours, nous employons entendre comme signiouïr. Mais, en réalité, il signifie « appliquer». idere est pour animum intendere *. Le changet de sens est d'ailleurs ancien. On trouve déjà Grégoire de Tours : Quos sœpeconspicit et dit\
fendere, à l'origine, signifiait « écarter » ; defenignem a tectis, defendere hostes ah urbe. C'est ibréviation qu'on a dit defendere urbem, defendomos ^. — Mactare signifiait « enrichir, ampli-
^a construction régulière exigeait le datif. Nous disons