CHAPITRE XVI
nce du sens. — De Tordre des termes. — Pourquoi le forme moins de composés que le grec. — Limites de la )sition en grec. — Dés composés sanscrits. — Les comn'ont jamais plus de deux termes.
omposition des noms est un chapitre attrayant linguistique indo-européenne, car on y voit u'ailleurs la part du . génie des différentes s et jusqu'à l'action de Tindividu, en sorte i grammaire y confine déjà quelque peu à la le littéraire. Aussi ce chapitre, depuis que la e indienne a déblayé la voie et marqué provilent des divisions, est-il devenu Tobjet de -euses recherches *.
jui manque le plus à ces études jusqu'à prétrouvera une liste bibliographique dans les Studien de , V, p. 4, et Vil, p. 1 ; une énumération des ouvrages cents chez Brugmann, Gjmndriss, 11, p. 2i. Citons seuleli deux travaux français, l'un et l'autre importants : r. Les Composés synlactiques en grec, en latin, en franurand, 1872); Ars. Darmesteter, Traité de la formation as composés (2* édition, i894).
Digit
sent, c'est le côté sémantique : il semblerait, à '. ces travaux, que les questions d'accentuation, voyelle de liaison, d'ordre des termes, fussent te Je crains qu'on n'ait oublié l'essentiel, à savoir sens, car c'est le sens, et non autre chose, qui le composé et qui, en dernière analyse, décide forme.
Il faut (c'est la condition primordiale) que, mal la présence de deux termes, le composé fasse l'esprit l'impression d'une idée simple. 'AxpoTc désigne, non pas une ville plus ou moins éle\ mais la forteresse, la citadelle ; 8oXd(xyiTiç est sy nyme de notre adjectif rase; noXurpoTroç correspc exactement au latin versutus.
C'est la condition nécessaire et c'est en mê temps la condition suffisante. Ainsi, en françî beau-frère, belle-fille, grand-père, quoique n'ayj rien qui les distingue extérieurement, sont des ce posés, parce que l'esprit, sans s'arrêter successi ment sur les deux termes, ne perçoit plus que 1' semble.
On a voulu distinguer ces composés français < composés comme àxpoTrôXiç, en les appelant « juxtaposés. Mais la ligne de démarcation n visible que pour le grammairien. On a appelé même juxtaposés les mots comme aquœductus, < rasmoius, legislaior, jurisconsultus, fideicommissi parce que le premier terme porte la marque d'i désinence : mais, pour le Latin, c'étaient des c( posés, et c'est même ce qui explique les partiel rites de phonétique et de grammaire qu'on rel dans quelques-uns d'entre eux, comme crucifia manifesius, triumvir, Crucifixus a abrégé son j
Digit
. Manifestas a défiguré Tablatif manu *.
nr a immobilisé un génitif pluriel, qui avait >n d'être dans des locutions comme lis trium Aussitôt que Tesprit réunit en une seule ux notions jusque-là séparées, toutes sortes ictions ou de pétrifications du premier terme lent possibles. Mais ce sont des faits accesdont la présence ou Tabsence ne change rien i des choses. La vraie composition a son cridans Tesprit.
i longuement disserté sur Tordre des termes, st pas le même dans toutes les langues. C'est ►up attacher de valeur à une question d'imce secondaire. L'ordre des termes, à Tintéies composés, est généralement déterminé [•dre habituel des mots dans la phrase. Legis- }ui est un juxtaposé, est construit selon les ies de la langue latine. Signifer^ qui est un se, est pareillement construit comme le it les deux mots dans le courant du discours, tage de cet ordre est de laisser à la partie >ale, qui vient en dernier, la liberté de prendre, a construction générale delà phrase, la flexion i nominatif, soit de l'accusatif, soit de tout as.
on sait que le grec s'écarte assez souvent de re : les essais d'explication qu'on a présenir interpréter selon le type sanscrit les com-
fM5, participe passé de fendOy « heurter ». Res manifesta chose qu'on peut toucher du doigt.
Digit
posés comme cpiXoçevoç, ont été des moins convaincaints. On ne s est pas assez souvenu qu'ici nous entrons dans un domaine où Toriginalité propre de chaque peuple commence à avoir plus de jeu. Il est impossible à l'individu de créer à volonté une flexion nouvelle soit de nom, soit de verbe, parce que les éléments dont les flexions grammaticales ont été formées sont depuis longtemps sortis de la circulation : mais des composés dont chaque partie présente un sens par elle-même, forme un mot par elle-même, il n'est pas interdit à l'initiative individuelle d'en essayer l'assemblage à sa guise. L'usage chez les Grecs de choisir pour noms propres des composés comme OeoÔiopoç, NtxoaTpaToç, Aecoxpiroç, et d'en renverser une autre fois l'ordonnance, de manière à former ensuite Awpôôeoç, STpaTovix7|, KpiToXaoç, a pu contribuer à l'habitude de manier librement cette espèce de mots. Nous voyons ici se faire jour dans le langage une liberté consciente d'elle-même.
La question a été agitée pourquoi le latin forme moins de composés que le grec, et l'on a donné pour raison un défaut de « force plastique », ce qui est à la fois une pétition de principe et une métaphore vide de sens. Il est certain que l'envie n'a pas manqué aux poètes d'imiter les composés de la langue grecque. Les essais en ce genre ne manquent pas. Pourquoi ces composés ont-ils un air emprunté? Pourquoi les Latins ont-ils été les premiers à en sourire? C'est sans doute parce qu'aux créations
Digit
oètes rintelligence de la masse a besoin d'être rée par la langue de chaque jour. Or, les is composés comme princeps^pauper, simplex t déjà trop resserrés et contractés par la proation, avaient déjà trop perdu de leur transpa-
pour servir d'initiation et de guide *.
)t à l'occasion des noms composés, ayant à îr l'équivalent du grec ôfjioiojxépeia, que Lucrèce sa plainte au sujet de la pauvreté de la langue
patrii sermonis egestas, Quintilien fait une que analogue : Res iota magis Grœcos decei, minus succedii. Il ne faut pas croire toutefois
latin manque de composés : si on voulait les bler tous, la liste en serait longue. Rien que jue du calendrier en offre un certain choix, e armilustrium^ regifugium, fordicidia^ etc.
oit n'en a pas moins : judex^ manceps, Justietc. Ce qui manque à la langue latine, ce sont lies épithètes de pur ornement, si abondantes a poésie grecque, comme àpYupdro^o;, pwTtavetpa, ;(5(ppo)v.... On sent que le modèle de la poésie ) a manqué.
t en multipliant les composés de cette sorte, ^ semble s'être imposé une limite. Il les crée lésigner une qualité permanente, une action nte, mais non pour indiquer un fait passager
'anglais n'avait que des composés comme world (pour * âge d'homme »), ou lord (pour hlâf-ward^ * qui disî pain »), la langue anglaise n'aurait pas plus que la irdé l'usage des composés.
Digit
LES NOMS COMPOSÉS. i 65
OU un attribut accidentel. Achille s'appellera, par exemple, wxuttouç : mais on ne dira pas, pour marquer qu'il vient d'être blessé au pied, PXyitottouç ou TptoT<$7rou<; . Briarée aux cent bras est appelé éxaT^Y/etp : mais le grec ne supporterait pas un composé IxTaro/sip, « ayant les bras étendus », ou Xt6<J;^6tp, « ayant une pierre dans la main * ». Il réserve à la phrase et au verbe le soin de marquer ces états transitoires. On sait qu'il n'en est pas de même en sanscrit : là, il arrive à tout instant qu'un composé tout chargé de circonstances momentanées absorbe en lui le mouvement de la phrase, à laquelle, après cela, il ne restera plus rien à dire. La composition est pour le sanscrit comme une seconde voie ouverte, qui lui permet de contourner, ou peu s'en faut, toute syntaxe.
C'est ainsi que de krôdhas^ « colère », et ^ita^ « vaincu », on fera un composé, gita-krôdhas, « qui a sa colère vaincue, qui maîtrise sa colère ». De pràpta, « obtenu », et gwika, « provision », on fait pràpia-gwika^ « qui a ce qu'il faut pour vivre ». De kàmay « désir », et tjakium, infinitif du verbe gtja^ « quitter », on fait tjaktu-kàma, « a^ant le désir de s'en aller ».
Des mots comme ceux que nous venons de citer n'ont rien que d'ordinaire en sanscrit. Cette langue fait aussi entrer dans Tépithète des circonstances étrangères à la personne, comme serait l'heure du jour ou le nombre des assistants. De màirï^ « mère », et sastha, « sixième », le sanscrit fait màtrï-sastha,
1. En sanscrit, grâva-hasla, de gràvarij « pierre », et hasta, • main », est une épithète du prêtre qui écrase le soma. — Cf. F. Justi, Zusammensetzung der Nomina*
ies cinq frères Pândavas accompagnés de î. C'est ce qu'on traduit par « ayant leur iv sixième [compagne] ». De asthi, « os », r, comparatif de bhûri, « beaucoup », le ait asthi-bhûjas, qui signifie « composé en 3artie d'os, n'ayant que les os et la peau ». « dix », et avara^ « inférieur», il îsiiidaça- )ithète d'une assemblée de dix personnes . Il y a là un véritable abus, qui a étendu de composition hors de ses justes limites, ar contre-coup, a eu pour résultat d'atroautres moyens d'expression, irrait supposer, il est vrai, que les gramindous, fidèles à leurs vues systématiques, [uefois interprété comme des composés, et nme tels, de petites phrases où les mots bout à bout, selon une construction assez ns laquelle il ne faut chercher ni règles ni règles de subordination. C'est un soupçon le peut se défendre quand on voit les expliixlraordinaires auxquelles les commentarecours. Nous voyons, par exemple, que, î narration, nihçvàsa-paramà (soupirant )) est traduit par « regardant les. soupirs 1 chose suprême », et cintà-parà (très pence ayant pour premier bien la méditation ».
mande si ce ne sont pas là des interprétaficielles, et si derrière ces prétendus comse cache point un état de la langue beauins rigoureusement ordonné'. Un examen
éprendre les exemples cités plus haut, on comprenien rinterprétatioh suivante : « les cinq frères Pânmère sixième ». Et ainsi des autres. — Nous disons
des langues modernes de l'Inde, dont les habitudes percent à travers le sanscrit, contribuera à résoudre ces doutes.
Je me suis permis cette digression pour montrer comment les différentes parties d'une langue sont dans une dépendance mutuelle, et comment, en développant outre mesure Tune d'elles, on s'expose à en affaiblir quelque autre. J'ajouterai que l'allemand moderne, qui fait grand usage de la composition, n'est pas sans courir quelque danger du même genre, non pas chez Gôthe et Schiller, ni chez les écrivains de même rang, mais dans le langage ordinaire, dont la dernière page des journaux nous apporte des spécimens*.
J'ai dit plus haut que le génie des différentes nations commence à se montrer dans cette partie de la grammaire.
A la langue grecque appartiennent ces composés d'aspect assez bizarre, et qui ont beaucoup embarrassé, dont le premier membre est terminé en <rt : TttXotdtcppwv « doué de résignation », cptXY)<rt[xoX7roç, « qui aime les chants », Tep<]/t;,^opoç, « qui se plaît à la danse », Xuctittovoç, « qui repose de la fatigue », cpÔKrîfjiêpoToç, « destructeur des hommes », wXetrtoixoç,
en français : « Il vient, les cheveux hérissés, le visage en feu », sans qu'il soit possible d'expliquer, au point de vue de la syntaxe française, ce que sont ces membres de phrase.
i. Prâsidentschaftswahlkampf. — Postdampfei'subvenlionsvorlage. — Vierwaldstàtterseeschraubendampfschiffgesellschaft, — Das einjâhrigfreiwillige Berechtigungswesen. — Heute verschied Frau,.., Chef-redacteurs-wittvûe der Allgemeinen Zeitung.
détruit la maison », 'ApxsdiXaoç, « qui défend euples », àXeÇixaxoç, (c qui écarte le mal », >Xiç, « qui sauve la cité », etc. Les explications pas manqué pour rendre compte de ce premier
: ce n'est pas ici le lieu de les discuter. Nous ns que le point de départ a été un tour qffelque [nphatique, comme l'imagination populaire est capable d'en inventer, tel que « le Salut de la le Rempart du peuple ». Ce qui est certain, que rien de pareil ne se trouve ailleurs. Les 3 latins ont bien essayé quelque chose de sem- ). Versicolop doit rappeler àfxett]/(;^pooç, fluxi-
veut ressembler à éXxediueuXoç. Mais ces forns n'ont jamais pu s'acclimater en latin. Au lire, encore aujourd'hui les Grecs forment des osés de cette sorte : aAEçixépauvoç signifie « pararre » et àXeçiêpo/iov « parapluie ».
f a plaisir à collectionner les créations de la e grecque en ce genre : 8ax66o(jLoç, « qui mord ur », éXÉiToXtç, « preneur de villes », j^atpsxaxoç, se réjouit du mal », èôeXopvjTwp, a qui a la pré- >n d'être un orateur », 5o?o<rocpoç, « qui se croit », cpatvo{jLY]pt;, « qui laisse voir ses cuisses » (en ît des filles de Sparte), àjxêoXoyi^pa, « qui recule dllesse » (surnom d'Aphrodite chez les Spar-
veux encore mentionner une autre formation
'est surtout développée dans les langues ger-
jues.
llemand contenait un certain nombre de com-
Digit
posés comme himmel-blaUy « bleu comme le ciel », schnee-weisSy « blanc comme la neige », stock- fest^ « ferme comme une souche », où le premier mot sert de spécimen à la qualité marquée par le second terme. Sur ce type, la langue moderne a largement travaillé : on sait que les composés de cette sorte sont en grand nombre. Nous citerons seulement : ihurm-hoch, « haut comme une tour », blei-schwer, « lourd comme le plomb », eis-kalt, « froid comme la glace », felsen-fest^ « solide comme le rocher », leichen-bleich^ « pâle comme un mort », etc. Quelques-uns de ces termes de comparaison ont passé des mots où ils avaient leur raison d'être en d'autres où ils n'ont que faire, et où, avec ou sans intention, ils produisent un efTet plus ou moins bizarre. C'est ainsi qu'à cause de stock-fest, « ferme comme une souche », on a dit stock-tauby « sourd comme une bûche », stock-blind^ « complètement aveugle », stock- finsier^ « complètement obscur ». Après avoir dit stein-hart^ « dur comme la pierre », on a eu stein-alt, « vieux comme les pierres », stein-mud, « très fatigué », stein reich, « excessivement riche » *.
Les langues qui préfèrent la dérivation à la composition sont d'une matière moins docile, elles se prêtent moins facilement à la création de vocables
1. Au lieu de dire : Es schreit ztim Himmel, « cela crie au ciel », Tallemand, par une ellipse dont Thabitude dérobe la hardiesse, peut dire : Es ist hbnmelschreiend. Il y a eu sans doute amalgame avec les composés comme himmelklar, himmetweitf - clair comme le jour >», « loin comme le ciel ».
Digit
aux, pour lesquels il leur faut non seulement r un suffixe, mais préparer la partie antérieure )l. Ainsi le français, pour tirer des dérivés de se sert du latin [fraternel^ fraternité). Il est jue les idiomes qui emploient habituellement mposés et dans lesquels les suffixes eux-mêmes 'anciens mots indépendants, n'ont pas à lutter ! les difficultés de ce genre. J'en citerai un seul ►le. Le voyageur Bleek, parlant des claquede langue — en anglais, click — usités chez )ttentots, emploie à ce propos, pour désigner is dialectes qui, par exception, en sont dépour- 3 composé clickless. Ni le français, ni aucune tîgues romanes, ne pourrait ici entrer en lutte l'anglais. Ce n'est sans doute pas un hasard idée de la « pureté », l'idée dont sont sorties émie de la Crusca et l'Académie française, ;lose chez les nations qui se servent de dérivés, croyons pas cependant qu'un peuple soit i empêché de former les mots nouveaux dont soin. Si nous retournons au latin, c'est que le is a grandi en quelque sorte sous les yeux du et qu'une vieille habitude, qui s'est fortifiée de en siècle, nous ramène de ce côté. Au cas grand réservoir eût manqué, le génie popuîût cherché dans une autre voie. L'homogéde certaines langues, comme le lithuanien, de ce qu'elles ont été amenées à tirer tout - mêmes . Accoutumance , commodité plus e — voilà ce que nous trouvons : il ne faut ni de contrainte, ni de loi fatale.
Digit
Je rappellerai en terminant ce chapiti qui domine la matière.
Quelle que soit la longueur d'un co comprend jamais que deux termes. Cet pas arbitraire : elle tient à la nature de qui associe ses idées par couples. Il peu chacun des deux termes soit lui-même Ainsi dans le mot aristophanesque arpe^c le second terme Tïavoupyta est un dérivé qui est formé de ttSv et de eo^ov, et Grxpe'j/oôixo; contient lui-même deux mot clair que chacune des deux parties ne pour un seul élément. L'important, en f de mettre la coupure au bon endroit :
culte des langues qui abusent de la con
Loin de supprimer les traits d'un quelques réformateurs le proposent er serais d'avis d'en mettre aux langues qi point.