CHAPITRE XVII
LES GROUPES ARTICULES
Exemples de groupes articulés. — Leur utilité.
me les pièces d'un engrenage, que nous ^s si habitués à voir s'adapter Tune dans que nous ne songeons pas à nous les figurer es, le langage présente des mots que Tusage is depuis si longtemps qu'ils n'existent plus otre intelligence à l'état isolé. C'est ce que le les groupes articulés. Leur importance en e est très grande. Il suffira de citer en exemple utions comme pourvu que^ attendu que^ en de^ eu égard à, etc. 11 n'y a pas de langue qui it un certain nombre. C'est la pensée des îs qui les a ainsi ajustées, et qui les a léguées es postérieurs comme un appui ou comme un Ce que les formulaires sont dans le droit ou administration, ces groupes articulés le sont ï raisonnement de tous les jours, lupart des hommes en font usage sans y avoir arrêté leur attention. Ils s'incrustent si bien otre esprit qu'ils déterminent les mouvements
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de notre pensée. On ne les reconnaît bien que quand on rapproche la langue maternelle d'une langue étrangère. Partout où deux populations différentes sont en contact, les fautes et les erreurs qui se commettent de part et d'autre en révèlent la présence *. Si les classes lettrées venaient à disparaître, les groupes articulés formeraient bloc, et c'est le bloc, non les parties, qui survivrait pour fournir les éléments de la langue de l'avenir. Tout le monde sait que le mot, à l'état isolé, n'existe pas très clairement dans la conscience populaire, et qu'il est exposé à s'y souder avec ce qui précède ou ce qui suit. Nos bureaux télégraphiques, où les mots sont comptés un à un, doivent avoir à ce sujet une ample récolte d'observations. Nous nous servons pour interroger du groupe est-ce que, pour marquer le doute du groupe peut-être que, pour expliquer le motif d'une action du groupe c'est que, autant de locutions qui semblent aujourd'hui d'une seule venue. En grec moderne, le futur se marque au moyen de la particule Ôa suivie du subjonctif: ôa Xé^v), « il dira ». Cette particule Ôa n'est pas autre chose que l'amalgame du groupe ôeXet ïva, « il veut que » ^. Ces faits doivent nous rendre* prudents sur le compte des particules anciennes, si courtes, mais souvent si chargées de sens, que Pott comparait aux substances
1. M. Hugo Schuchardt a étudié à ce point de vue le langage ' parlé par les Slaves et par les Allemands d'Autriche. H essaie de réduire en tableaux et en chiffres les fautes causées des deux côtés par un souvenir intempestif de la langue maternelle. Ce sont, au fond, les mêmes fautes qu'on fait au collège, et que nos professeurs estiment au jugé.
2. Dans le dialecte épirote, au lieu de 6a, on trouve encore ôeXa.
légères dont une pincée suffit pour changer le j|^i et la saveur d'un mets *.
Non seulement ces groupes articulés ga entière la signification des éléments dont ils Wkii composés, mais ils bénéficient en outre d'une vâ^rar qui ne leur appartient pas en propre, mais wki résulte de la position qu'ils occupent habit uellemVt dans la phrase. Je prends comme exemple le cependant, où nous croyons sentir aujourd'hui uni opposition. Rien dans ce mot ne marque l'opposi tion. Mais comme il arrive souvent qu'on énumère deux faits concomitants pour les opposer entre eux, l'idée adversative y est peu à peu entrée. Nous croyons de même sentir une valeur d'opposition dans les conjonctions latines quamvis, quanquam, etsi, etiamsi, licei, etc. Tous ces mots sont simplement affirmatifs ; quelques-uns même exagèrent l'affirmation, permettant de l'étendre aussi loin qu'on voudra, pour faire ressortir d'autant plus le fait tenu en réserve, qui viendra limiter ou contredire la première proposition 2. L'auditeur, averti par l'usage, prévoit si bien cette seconde assertion que dès la première il sent naître l'antithèse.
Ces locutions ayant passé à l'état de groupe indissoluble peuvent garder des formes grammaticales qui n'existent plus dans le langage courant. Ainsi le latin duntaxat contient l'aoriste du subjonctif du
1. Voir, par exemple, la fine analyse.de la particule latine any par James Darmesteter, dans les Mémoites de la Société de linguistique, t. V.
2. Quamvis sis molestas, nunguam te esse confilebor malum (Cicéron, Tusc, II, 25, 61. Il est question de la douleur.) « Sois importune tant que tu voudras : je n'avouerai jamais que tu es un mal. »