CHAPITRE XX
LA FORGE TRANSITIVE
D'où vient l'idée que nous avons d'une force transitive résidant en certains mots. — Verbes changeant de signification en devenant transitifs. — La force transitive est ce qui donne la phrase l'unité et la cohésion. — Gomment l'ancien appareil grammatical est dépouillé de sa valeur originaire.
Comme les pierres d'un édifice qui, pour avoir été jointes longtemps et exactement, finissent par ne plus composer qu'une seule masse, certains mots que le sens rapproche s'adossent et s'appliquent l'un à l'autre. Nous nous habituons à les voir ainsi accolés, et en vertu d'une illusion dont l'étude du langage offre d'autres exemples, nous supposons quelque force cachée qui les maintient ensemble et les subordonne. Ainsi s'établit dans les esprits l'idée d'une « force transitive » résidant en certaines espèces de mots.
Tout le monde connaît la différence entre les verbes dits neutres et les verbes dits transitifs, les premiers se suffisant à eux-mêmes, exprimant une action qui forme un sens complet (comme courir, marcher, dormir), les autres prenant après eux ce
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qu'on a appelé un complément, La question a été soulevée de savoir lesquels, de ces verbes, étaient les plus anciens. Pour moi, la réponse n'est pas douteuse : non seulement les verbes neutres sont les plus anciens, mais on doit admettre une période où il n'y avait que des verbes neutres. Je crois, en effet, que les mots ont été créés pour avoir une pleine signification par eux-mêmes, et non pour servir à une syntaxe qui n'existait pas encore.
Quelques-uns de ces verbes ayant été fréquemment associés à des mots qui en déterminaient la portée, qui en dirigeaient l'action sur un certain objet, l'esprit s'est habitué à un accompagnement de ce genre, si bien qu'il en est venu à attendre ce qui lui faisait l'effet d'une addition obligée, d'une direction nécessaire. Par un transport idéal dont les analogues se trouvent encore ailleurs qu'en linguistique, notre intelligence a cru sentir dans les mots ce qui est le résultat de notre propre accoutumance; on a eu dès lors des verbes qui exigeaient après eux un complément. Le verbe transitif était créé *.
Une double conséquence est sortie de ce fait : 1** le sens du verbe a été modifié; 2° la valeur significative des désinences casuelles a été affaiblie.
Nous allons d'abord donner quelques exemples de verbes ayant changé de sens.
La racine pat exprime un mouvement rapide
1. On est convenu de réserver le nom de verbes transitifs aux seuls verbes qui se construisent avec l'accusatif. Dans un sens plus large, on peut appeler aussi transitifs les verbes qui, comme jjLi{jLvy|<75ca), xp^i<y6a'-» se construisent avec le génitif ou le datif. Ce n'est pas le choix de tel ou tel cas qui importe, mais l'étroite connexion établie par l'esprit, à tel point que le verbe paraîtrait incomplet sans son accompagnement.
elui d'un corps qui tombe ou d'un oiseau
Elle a fourni en grec TciTrTO), « tomber »,
, ÏTCTafi-ai, « voler ». En latin, elle a donné
impeius, acipiter, prœpes, propitius. Mais,
ransitif, le verbe petere a marqué l'élan
lut {petere loca calidioray petere solem) et il
ar marquer une recherche quelconque :
nsulatiim^ honores. De \k petit io^ appetitus.
uccession de sens est si naturelle que nous
vous, quoique les mots ne soient pas les
lans les autres langues.
c ixvéo|xai, proche parent de fjxo) et de ixàvo)^
aller ». Mais, construit avec l'accusatif, il
sens de « prier ». Je me contenterai de
mots d'Eschyle {Perses, 216) :
©soù; 8â 7rpo<7Tpotcaï; îxvoufjievY)...
plorant les dieux avec des sacrifices....
3nné, en cette acception, le dérivé îxettiç, nt », d'où UsTeuo), « implorer ».
scrit, le verbe yâ, dont le sens ordinaire est passe au sens de « prier » s'il est suivi d'un \ Le védique tat /^àyà/wz (littéralement « te ) ») est interprété par tât tvà jàcê, « je te I ceci ».
maintenant une association d'idées qui est -partie de la précédente, rbes qui signifient « se retirer », quand ils nt transitifs, prennent le sens de « céder, ner ».
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Cedo signifie proprement « se retirer » :
sens qu'il a gardé dans recedo, discedo, Cedere alicui a donc signifié « se retirer pj pour quelqu'un, lui céder le pas ». L'idée < le pas étant devenue ensuite le symbole < espèce de concession, cedo a pris le sens de « Puis, par un nouveau progrès, il a été consti un accusatif et a signifié « accorder ». Cède, multis de jure suo. — Cedere possessionem. - Victor iam *.
La même succession de sens se retrouve EVxoi signifie se retirer. Eixetv 6upào>v, x^iifxoTo, « se retirer de la porte, d'un trône, de la g Les scoliastes le rendent par uTro/oioéw, Tiapa;
On a dit ensuite : e'ixeiv ôpyT), ôu[jl<Î), àvàyxy), < la colère, à la passion, à la nécessité ».
Mais eixo), s'étant construit avec l'accusât en outre le sens de « laisser, abandonner ».
faisant des recommandations à son fils p course de chars, lui dit qu'en tournant la doit exciter de ses cris le cheval de droit abandonner les rênes :
Tov SgÇibv Ttiiiov Kévo-ai ojioxXi^o-a;, eUai xi o\ rjvia xep<ytv.
Cette succession d'idées est si naturel] peut s'attendre à la trouver encore en d'au gués. En allemand, par exemple, « se retir affaire » se dit von einem Geschâft abtrelen, '. ici est neutre et a sa signification première.
1. Inversement, obstare est arrivé en français au sens On a dit d'abord : « ôter la retraite à quelqu'un, li moyens de vivre ».
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dire, en faisant transitif ce même verbe :
nden einen Acker, ein Bechi, ein Land ablreten^ 1er à quelqu'un un champ, un droit, un terri- * ». — En anglais, le verbe forego ou forgo fie pareillement « se retirer » et « céder ».
Y a loin du sens de « se tenir debout » à celui comprendre, savoir ». C'est pourtant le channt qui, dans la famille indo-européenne, s'est )our la racine sfa, non pas une fois, mais au s trois fois.
us avons le grec i(TTTr||jLi, qui, combiné avec I-kI^ B e7ci<rTa{xai, « savoir », d'où sTctffT-j^fxyj, « Thabila science ».
a, d'autre part, l'allemand siehen, qui a donné *hen, « comprendre », d'où Verstand^ « intelliî ». Déjà en moyen haut-allemand verstân^ et eux haut-allemand firslân signifient « com- Ire ».
fin en anglais on a stand^ d'où understand^ iprendre », qui a été précédé de l'anglo-saxon indan (même sens).
ur se rendre compte de ce changement, on doit ppeler que les premiers arts n'ont pas été enseidans les livres : c'étaient des arts pratiques, où
icob Grimm, dans son Dictionnaire, intervertit Tordre des . Il considère le sens transitif comme le plus ancien. 11 : par deculcare, et donne comme premier exemple : den
vom schuh, d^n schuh vom fasz abtreten. Dans la locuein Land abtvelerii « céder un territoire », il croit voir nage : mit dem fusze von sich abtreten. La métaphore
à tout le moins, bizarre.
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il fallait d'abord apprendre Tattitude et la posi convenables. Tel a été Fart de lancer le javelot de manier la massue, ou encore l'art de faire ja le feu, ou celui de dompter les chevaux. Il faut ( sidérer d'autre part que àTridTajjLai est un vert forme moyenne, c'est-à-dire un verbe réfléchi signifie littéralement « se tenir ». Verstehen^ en j mand, est encore souvent un verbe réfléchi. On sich auf elwas verstehen; er versieht sich auf A nomie^ auf Literalur^ auf Politik, Nous voyons lors comment un verbe qui signifie « se tenir » \ passer au sens de « savoir » : Er verstehi sich das Speerwerfen^ aufdas Pferdebândigen:
Homère (//., XV, 282) emploie le parti« eiiKTTdffjLevoç avec le datif :
Toï<7t ô' ettect' iyâpzyje 06a;, 'Avôpa({i.ovo; ucdç, AÎT(i>)a>v ô'x' àpi<7T0ç, èTïKJTàpievoç [i.èv àxovTt, 'EdOXbç 8'èv (jTaôiYj.
« lis autem concionatus estThoas, Andraemonis fllius, ^tolorum longe prœstantissimus, peritus quidem jaculi, Strenuus etiam in stataria. »
Les commentateurs proposent de sous-enter [xapvaorôai. Mais cela n'est point nécessaire; on pc rait traduire en allemand sans ellipse : sich auf Wurfspiess versiehend.
Il n'y avait plus dès lors qu'un pas à faire p dire, comme on le trouve déjà dans Homèi àv:?ip cpdpuiYYOç eTCKjTajJLevoç xai àoiSïiç, OU em 67ct(7Ta[X£voi 7:oX£|JLoio. Enfiu l'on a déjà eTctaTatjLai, a l'accusatif : TzoXkh S'eTridraro epya.
Toute pareille est l'histoire des deux verbes | maniques. L'allemand dit avec l'accusatif : Versl du mich? — Keiner hat die Sache verstanden. El
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you understand me? — Who has under-
\ologue ?
exemples montrent de la façon la plus
e nous avons dit en commençant, que la
tive ne se borne pas à établir un lien
be et son complément : elle transforme
erbe.
conclusion historique à tirer de ces faits, i parcourt les listes de « racines » dres-
grammairiens îndous et adoptées, sauf , par la science moderne, on constate irt ont déjà le sens transitif. Ceci proun était besoin, l'antiquité de la syntaxe, querait souvent de beaucoup s'éloigner , si Ton croyait que le sens attribué à
est le sens originaire et initial. Beau- ►renant une valeur transitive, ont dû cception. Les exemples que nous venons le démontrent surabondamment. Ceux mt que la racine man a signifié dès penser », ou la racine budh « savoir », 3nt la même erreur que si, en un dictionique latin, on inscrivait « demander, me premier sens de petere.
jsons maintenant à la seconde conséi a été d'affaiblir la valeur significative ces casuelles.
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Il est intéressant d'observer comment la fc transitive entre peu à peu en lutte avec la valeur ginaire des cas, ou — pour parler sans métaph — comment la force de l'habitude fait qu'à la lonj un certain cas est considéré comme le cas com] ment par excellence. On avait dit d'abord a l'accusatif : petimus urhem^ parce que l'accus marque le lieu vers lequel on se dirige. Mais, l'a logie aidant, on a dit aussi : linquimus urbem, fi mus urbem^ en sorte que l'accusatif, de cas k qu'il était, est devenu cas grammatical. Rien ne p vait être plus destructif de la valeur originaire désinences.
Sequor signifiait littéralement « je m'attache il correspond au grec eTrojxat qui prend après lu datif. Mais on a dit : sequi feras^ sequi viriutem Medilor signifie « je m'exerce » : il correspond grec [xeXetwfjLai, dont il est la copie plus ou m( exacte. Mais on a dit meditari versus^ meditariar citharœdicam *.
Une fois le type du verbe transitif adopté, il multiplie rapidement. Des verbes comme dol flere, iremere, qui, par nature, sembleraient de rester sans complément, se construisent cour ment avec l'accusatif: Tuam vicem doleo. — Fiel Germanîcum eliam ignoti, — Te Stygii tremi lacus. L'esprit d'imitation peut aller fort loin en genre. Amo étant devenu verbe transitif, arc
1. Medilor^ meditatiOy sont des termes d'école ou de gym venus de Grèce en Italie : ils représentent le grec {/.eXeiâv, {jls: \s.s.\ivri\LOL. Un exercice militaire s'appelait meditatio campes un exercice oratoire, meditatio rhetorica, Virgile emploie le comme verbe neutre et au sens propre quand il dit : méditai in prœlia taurum.
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0, depereo, demorior le sont devenus également. S trouvons chez les poètes comiques : Is ainore n dépérit.
)utesles langues anciennes n'en sont pas encore, t égard, au même point. Le grec a conservé plus temps que le latin le sentiment de la valeur des Ainsi un certain nombre de verbes grecs pren-
après eux le génitif.
esta cause de l'idée partitive exprimée par le lif qu'on le trouve employé avec les verbes signi-
xc manger, boire ». Nous disons de même en rais : « boire du vin », et non « boire le vin ». V oivou, uSaToç, YaXa^cToç est la construction habie. Pour une raison semblable on a le génitif
les verbes signifiant « goûter, toucher, prendre, nir i ». Quand Thétis, implorant Zeus, lui he le menton, le poète dit : xal eX/aêe j^eipl ^eveiou. jours pour le môme motif, le génitif est employé
les verbes signifiant « désirer », comme ledôat, (ïôoii, £7ct6u(jLeTv *. Hector est pris du désir d'emser son enfant :
"Û; eiTrwv ou iraiSbç opéÇaTO çaîSijJLo; "Exrwp.
îs verbes qui marquent l'activité des organes, me « entendre, voir, connaître, savoir, se sour», appartenaient d'abord à cette série. Il y a,
9iYYàveiv, <|/au£iv, Tuy/^^siv.
C'est ce qu'ont méconnu d'excellents grammairiens, qui •référé supposer une ellipse. Ainsi Kûhner (g 415) explique \LCi TYi; (Toçta; par èTCi6u{jLc5 èTriOup-lav ttjç doçia;.
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en effet, une différence entre la prise de possession effective et directe, qu'exprime Taccusatif, et Fatteinte plus ou moins superficielle qu'exprime le génitif, et qui convient pour ces verbes à signification intellectuelle. Le latin a gardé un exemplaire des verbes de cette sorte, memini^ qui prend le génitif, comme pour attester que cette construction n'a pas toujours été étrangère aux langues de ritalie. Mais déjà memini lui-même se rencontre avec un complément à l'accusatif : Suam quisque homo rem meminit, dit Plante. Et Virgile: Numéros memini^ si verba tenerem.
Le latin, tout en nivelant sa syntaxe, a cependant gardé le souvenir d'un état plus ancien et plus semblable au grec. Les verbes signifiant « désirer, aimer » ont fini par prendre la route commune, c'est-à-dire qu'ils se sont fait suivre de l'accusatif : mais les adjectifs ou participes dérivés de ces verbes restent fidèles à l'ancienne construction. On continua de dire avec le génitif: cupidus famœ^ amans taudis, quoique cupere, amare eussent depuis longtemps cessé d'être employés de cette façon.
La construction avec le génitif s'est conservée pareillement en sanscrit. Elle se maintient même, pour quelques-uns de ces verbes, en allemand moderne : Iss des Brodes. Geniesse dièse r Freude, Wir pflegen der Buhe,
L'ancien appareil grammatical n'est donc pas supprimé : mais il est partiellement dépouillé de sa valeur originaire au profit d'un ordre nouveau. La
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j ea cette nouvelle période du langage, se se de mots qui sont les uns régissants, les régis. La syntaxe confisque à son profit la nation individuelle des flexions. C'est ce qu'on it appeler « le crépuscule des désinences ».
Ml, dans cette adaptation à de nouveaux , voir une décadence ou un progrès? Laques- 5ut sembler oiseuse, puisque chaque époque le langage dont elle a besoin. Mais s'il fallait Ire, je dirais qu'on y doit voir un progrès. S'il is la nature de tous les arts de se transformer, mt le plus nécessaire des arts, celui qui est ur accompagner la pensée à chacun de ses aurait-il pas transformé la matière à lui léguée nfance de l'humanité? Le progrès paraît à s yeux. Les mots qui étaient, pour ainsi dire, lés en eux-mêmes, contractent peu à peu des ivec les autres mots de la phrase. Celle-ci, le toujours composée de petites pièces immot rapportées, nous apparaît transformée. Elle tôt comme une œuvre d'art ayant son centre, irties latérales et ses dépendances, tantôt ; une armée en marche dont toutes les divise relient et se soutiennent.
mots, par leur association au mot ne, sont us eux-mêmes négatifs. Ils le sont si bien us qu'ils peuvent se passer de leur compagnon. i là? Personne, — Pas d'argent, /?as de Suisse, ns la connaissance de soi-même, point de
vertu. — Son style est toujours ingénieux, 5 recherché.
;t intéressant pour la sémantique de consulter
de rôle, au sujet de ces mots, un dictionnaire âge et un dictionnaire historique. Cette comon est comme un coup de sonde donné dans ligence. Les deux réponses qu'on obtient sont idictoires, mais, à la réflexion, quoique oppontre elles, elles ont Tune el l'autre leur ra.ison et leur légitimité.
^adémie française, dans son dictionnaire de Tuait passer le sens négatif avant tous les autres. CUN, dit l'édition de 1878, d'accord avec celle de idj . Nul, pas un. » — « Rien. Néant, nulle chose. » ^uoi on ne saurait désapprouver l'Académie. Il L dans son plan d'expliquer les mots selon ession qu'ils font aujourd'hui. C'est celle faisaient déjà au xvii*" siècle :
. Laissez faire, ils ne sont pas au bout, y vendrai ma chemise, et je veux rien ou tout. Racine (Plaideurs.)
[lême au xiii® :
Car de inen fait-il tout saillir.
Lui qui a iHen ne peut faiblir.
5 après le dictionnaire de l'usage, consultons ionnairc historique. Écoutons Littré :
CUN, quelqu'un. — Rien, quelque chose. »
v^oit quelle est la distance entre le sens origi-
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La contagion fournit, je crois, la véritable explication d'un fait de la langue française qui a beaucoup occupé nos grammairiens : le changement du participe passé passif en participe actif. Dans ces phrases : « Ayant reçu de mauvaises nouvelles, j'ai pris la route la plus directe », reçu, pris^ ont aujourd'hui le sens actif, qu'ils doivent au voisinage de l'auxiliaire avoir. La preuve qu'ils ont le sens actif, c'est qu'en langage télégraphique je dirai : « Reçu de mauvaises nouvelles. — Pris la ligne directe. »
Là est, si je ne me trompe, la raison de cette règle de non-accord qui a donné lieu à tant d'explications embarrassées. La vérité est que le participe, par contagion, est devenu actif. Il fait corps avec son auxiliaire. Mais comme il a fallu du temps pour opérer ce changement, comme les anciens tours sont longs à se perdre, et comme la moindre dérogation au train ordinaire leur est un prétexte pour se maintenir, le changement en question ne s'est imposé qu'avec la construction la plus fréquente, celle que nous sommes habitués à considérer comme la construction normale. Partout ailleurs, la langue se montre fidèle à l'ancienne grammaire.
Je veux encore montrer par un autre exemple la force de la contagion.
D'où vient l'idée conditionnelle qu'éveille en français, et qu'éveillait déjà en latin la conjonction s«? Pour nous l'expliquer, il faut nous transporter beaucoup de siècles en arrière.
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