‹ Essai de sémantique (science des significations)Chapitre 61 sur 87 · Jespersen, Progress in Lànguage, p · texte numérisé non relu

Jespersen, Progress in Lànguage, p

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faire penser que nous sommes en présence de Tœuvre des siècles. En effet, les langues anciennes, si supérieures par d'autres côtés, n'offrent rien de semblable.

Ici se pose une question dont l'analogue se présente souvent dans l'histoire des langues, et, en général, dans l'histoire des choses humaines. Est-ce la perte des flexions qui a eu pour conséquence, en manière de compensation et de pis-aller, la rigueur croissante de la construction, ou bien une construction plus régulière a-t-elle rendu les flexions inutiles? La réponse est celle qu'on a l'occasion de faire le plus souvent aux dilemmes de ce genre : Vun et Vautre. A mesure que ces flexions se décomposaient^ la nécessité d'un ordre fixe se faisait sentir davantage, et, d'autre part, l'habitude de cet ordre fixe a achevé de faire tomber les flexions. On peut supposer que les actes officiels, tels que chartes, diplômes, actes publics ou privés, contrats de toute nature, où il était plus important d'éviter toute équivoque, ont les premiers introduit l'habitude d'une construction uniforme, de même que ces actes officiels (il n'y a là nulle contradiction) ont cherché à retenir le plus longtemps les désinences. Les deux moyens, employés simultanément, devaient concourir au même but. Ainsi s'explique le maintien de la déclinaison à deux cas pour certains noms de parenté, comme fils et /Z/, enfes et enfant, pour certains titres comme cuens et conte, ber et baron, et certains noms propres, comme Jacques et Jacque, Hugues et Hugon. Tandis que ces différences de flexion ont fini par être omises, l'ordre des mots n'a fait que se fortifier.

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La question de rordre des mots n'est jamais soulevée sans qu'à la suite il en vienne une autre : est-ce un avantage, est-ce une gêne, d'avoir une construction fixe et invariable? On a vanté la liberté du latin et du grec, qui permet soit de jeter en avant soit de réserver pour la fin le mot sur lequel on veut attirer Tattention, diriger la lumière. En comparaison de cette liberté, les langues modernes paraissent tenues à la lisière. Mais, pour être juste, il faut reconnaître que les langues modernes, quoique habituellement astreintes à un certain ordre, n'y sont pas absolument enchaînées. Peut-être même l'inversion fait-elle d'autant plus d'effet qu'elle rompt davantage avec les habitudes de tous les jours.

Ce qui est certain, c'est qu'un ordre réglé à l'avance est un soulagement, sinon pour celui qui écrit ou qui parle, du moins pour celui qui lit ou qui écoute. A lire une ode d'Horace, où l'adjectif est souvent fort loin de son substantif, un discours de Cicéron, où le mot essentiel ne vient qu'à la fin de toute une période, nous sentons qu'en français les choses nous sont rendues plus aisées. Il est probable que le genre de la déclamation venait en aide à l'intelligence de la phrase; peut-être même, sur la place publique, ces mots annoncés de si loin, ce dernier mot si longtemps attendu, étaient les seuls qui parvinssent aux oreilles. D'autre part, la tendance de toutes les littératures étant d'exagérer, d'étendre au delà des justes limites, de pousser à l'extrême les ressources d'expression qui leur sont fournies par la langue de chaque jour, on peut supposer que la construction savamment contournée des lyriques grecs et latins est jusqu'à un certain point un arti-

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e style. Le parler de la conversation, tel que le trouvons chez les poètes comiques et dans très familières, n'est pas à beaucoup près aussi lenté.

rdre des mots devenant plus rigoureux à e que diminuent les ressources grammatitout dérangement à la construction risque •er le sens. On connaît ces serrures à secret e mécanisme joue à la condition que les pièces

disposées selon un arrangement concerté à ce. Nos langues modernes en sont un peu là.

iez l'ordre : ou le sens sera modifié, ou Ton a de comprendre.

t surtout dans les locutions toutes faites, qui 'vent parfois la marque d'une grammaire plus ine, que cet ordre a besoin d'être observé :

/e toujours un peu délicate et pierre de î où se reconnaît l'étranger imparfaitement it.

a prononcé, à l'occasion de la phrase franle mot d' « ordre logique ». Il y a là quelque n. C'est le cas de rappeler la remarque crivain anglais qu'il en est de ceci comme des des : chaque peuple est tenté de trouver qu'il ieds où il faut les avoir et qu'il met les mots raie place. On peut fort bien, sans manquer jique, concevoir un autre ordre. Dans le plan if de nos langues, le verbe se faisait suivre

sujet (8t8o)|xi, SiSojffi). Sans sortir du français,

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aous avons des propositions qui mettent le sujet à la fin».

C'est surtout Rivarol, dans son Discours sur Tuniversalité de la langue française, qui s'est laissé emporter à des éloges dont le tort est d'être à la fois excessifs et vagues : « Le français, par un privilège unique, est resté seul fidèle à Tordre direct, comme s'il était tout raison.... C'est en vain que les passions nous bouleversent et nous sollicitent de suivre Tordre des sensations ; la syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Quand notre langue traduit, elle explique véritablement un auteur.... »

Ce qu'il aurait fallu louer, ce n'est pas la langue française in abstractOy mais Teffort persévérant de nos écrivains depuis trois siècles, pour proportionner les libertés de notre syntaxe aux ressources d'expression dont la langue dispose. En ceci ils ont été d'une honnêteté singulière. Ils ont compris que la clarté était, en écrivant, une des formes de la probité. Ceux qui, sous prétexte de progrès, ou par imitation des littératures étrangères, veulent aujourd'hui s'affranchir de ces anciennes règles, devraient d'abord donner à notre langue les moyens de s'en passer.

C'est le lieu de rappeler Thypothèse qui a été proposée au sujet des langues monosyllabiques comme le chinois, où les règles de construction sont à elles

1. « Les arbres qu'avait abattus le vent >». — « L'homme de qui dépendait notre sort », etc.

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à peu près toute la grammaire. On a conjecue ce monosyllabisme ne représentait pas un ûmitif, mais que c'était, au contraire, la vieil- Tun langage où tout s'est usé et dénudé. Il se ût, en eflet, qu'il fallût retourner de cette la série des périodes linguistiques. On devrait ser alors que nos langues, en se dépouillant r appareil grammatical, seraient un jour desà un état plus ou moins semblable. Il est vrai

tradition littéraire serait au besoin pour elle uvegarde, sauvegarde qui a manqué à TEm- 1 Milieu, puisque l'écriture chinoise fait durer 3ée sans pour cela transmettre la langue.

5 sera pas inutile d'ajouter ici, en manière de -partie, ce qu'il est advenu des idiomes dérivés scrit. Aux anciens cas de la déclinaison sansont venus se souder des mots ayant la môme [îation que nos prépositions ev, Tcpo;, Trapa, 3., mais qui, en se mêlant au substantif pré- , n'ont pas tardé à faire l'impression de s casuelles. Il en est résulté des déclinaisons 5pect tout nouveau.

L ainsi qu'on a des locatifs finissant en majjhe, , mahi^ mai, ce qui nous représente le mot it madkje^ « au milieu ». Un autre locatif se e en thàniy tkài : il y faut voir le substantif it sthànê^ venant de sthànam, « la place ». Un ne locatif est en pàsê^ pàsi : c'est le sanscrit , « au côté ».

datif est pareillement représenté par des s très variées. Il peut être en kàchê^ kahi^ khèy est le mot sanscrit kaksê^ « au côté ». Il peut Hre en tîdhë^ lajêy laê^ laî^ le, ce qui est le

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sanscrit labdhè^ « pour le bien de ». Il peu àthim^ ce qui est le sanscrit arthê^ « dans de ». Il peut être en kàgi, ce qui est le sansc « pour le bien de ». Il peut être en bàily vài est le sanscrit vàrttè^ « en faveur de* ».

Nous avons donc ici le spectacle d'un qui, au lieu de parvenir, comme les romanes, à la simplicité, en se donnant d sants distincts, n'a réussi qu'à créer de r amalgames.

1. Hoernie, A Comparative Grammar of the Gai guages. Londres, Triibner, 1880, p. 224, s.

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