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II. — Polyurie ches les nrinaires

La polyurie est on ne peut plus fréquente chez les malades atteints d'affections des voies urinaires ; de plus, elle revêt alors des caractères sémiologiques de la plus haute importance, que le professeur Guyon a mis en lumière d'une façon tout à fait remarquable.

Elle présente d'abord cette particularité que les malades qui en sont affectés urinent plus la nuit que le jour.

En outre, le volume de l'émission des vingt-quatre heures est moins considérable que chez les polyu-

(1) Labadie-Lagrave, loc. cit., p. 101.

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riqiies ordinaires ; il ne dépasse guère 3 litres en moyenne (au maximum, 5 litres).

Le professeur Guyon distingue :

Une polyurie claire, et une polyurie trouble.

La polyurie claire est, elle-même, primitive ou secondaire.

Dans la polyurie claire primitive^ les urines sont émises claires et restent limpides tant qu'elles ne se décomposent pas ; elles ne contiennent que peu ou pas d'éléments figurés et microbiens.

Les urines de la polyurie claire secondaire sont troubles à l'émission, mais s'éclaircissent rapidement par le repos.

Enfin, dans la polyurie trouble , l'urine est trouble à l'émission et le reste ensuite. Ces urines proviennent, en général, de grands polyuriques, qui émettent de 4 à 5 litres par vingt- quatre heures. Elles indiquent, d'une façon certaine, que l'appareil rénal est malade et suppure abondamment.

La polyurie claire est moins abondante (3 litres en moyenne) ; elle correspond à des lésions urinaires moins avancées et moins étendues.

La polyurie limpide relève de sujets dont l'appareil rénal ne suppure pas encore, mais est tout prêt à suppurer. Si elle est permanente, elle comporte un pronostic des plus graves, tandis que les polyu-

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ries claires et limpides intermiitentes restent compatibles avec un pronostic beaucoup moins sévère.

Oligurie. — L'oligurie est caractérisée par la diminution permanente des urines.

On Tobserve dans :

les congestions rénales,

la néphriie aiguë,

la néphrite scarlatineitse,

la néphrite parenchimateuse chronique,

la néphrite hlennorrhagique,

certaines cystites, etc., etc.

On l'a également constatée au début de la, pleurésie et dans V emphysème pulmonaire, dans les affections cardiaques où la tension vasculaire est diminuée [affections mitrales) , dans toutes les affections fébriles et nombre de dermatoses (*).

Chez les urinaires , d'après Guyon , l'oligurie s'observe dans trois conditions principales : i<* dans les cas où les malades présentent un oisemble de lésions graves et fort avancées dans leur évolution ; 2<» pendant les accès de fièvre ; 3° à la suite de traumatismes accidentels ou chirurgicaux (^).

Le symptôme oligurie a surtout une valeur pronostique. « C'est, dit Guyon, un symptôme d'une gravité incontestable. La gravité sera d'autant plus

(1) Cf. Labadie-Lagrave^ loc ciL, p. i\S.

(2) GoYON, /oc. ci/., p. 618.

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affirmée que le degré de diminution sera plus considérable et que la durée du symptôme aura été plus grande (*).

Comme l'observe le docteur Ghabrié, il y a des causes d'oligurie qui s'expliquent d'elles-mêmes ; 1 elles sont celles que Ton observe après la diarrhée, les vomissements, les sueurs abondantes. Il va de soi que, dans ce cas, l'oligurie n'a aucune valeur sémiologique, pas plus que lorsqu'elle apparaît après une fièvre intense {*).

Pour être complets, nous devrions parler ici de la poUahiurie et de Vaiiurie ; mais ces troubles de la miction sont décrits avec tous les détails qu'ils comportent dans des ouvrages spéciaux qu'il serait trop long d'analyser (^]. Disons seulement que la poUahiurie est un symptôme fréquent du mal de Bright caractérisé par des envies fréquentes*d'uriner , sans que cela comporte nécessairement une augmentation du volume normal .

Vanurie, ou arrêt complet de la fonction urinaire, est, le plus souvent, d'origine calculeuse.

Aspect de Turine. — On désigne sous le nom d*aspect de l'urine , sa transparence , sa consistance et son dépôt, le volume qu'il occupe et la manière dont il se comporte.

(1) GuYON, loc, cit., p. 623.

(2) Ghabrié, in Traité de pathologie génëraley t. V, p. 124.

(3) Gf. Labadie-Lagrave, loc, cit., p. 106 et Goyon, loc. cit., I, 4>. 624.

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A regard de la iraiisparence, il y a tout d'abord lieu de distinguer les urines limpides à l'émission et les urines troubles à l'émission.

Les urines limpides à l'émission rentrent dans la catégorie des urines normales. Cependant, certaines de ces urines ne conservent cette transparence initiale que fort peu de temps ; c'est ainsi qu'en se refroidissant l'urine des fébricitants, des rhumatisants, etc., se trouble rapidement en donnant lieu à un abondant dépôt d'urates. Le même fait s'observe aussi, sous l'influence du froid, avec les urines à densité élevée, riches en matériaux solides et surtout en matériaux azotés. Cette précipitation des urates ne comporte, d'ailleurs, en aucune façon, une augmentation absolue de ces corps dans l'urine, comme nous le verrons plus loin. Ces urines sont d'ordinaire très acides, et c'est le refroidissement joint à cette hyperacidité qui provoque le dépôt d'urates.

Par contre, ainsi que le fait justement remarquer le professeur Guyon, une urine trouble au moment même de son émission est le plus souvent une urine pathologique ('). Il convient, pourtant, de distinguer avec soin les urinés troubles par dépôt de carbonates ou de phosphates alcalins et les urines purulentes. Les premières sont<l'un blanc sale et ont une réaction alcaline. Quant aux urines troubles purulentes, nous avons vu plus haut que la façon dont elles se

(1) GoYON, loc. et/., p. 375.

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comportent par le repos avait une valeur diagnostique et pronostique des plus sérieuses. Si le louche persiste et que, le liquide surnageant le dépôt ne s'éclaircisse pas, après quelques heures, on peut, presque à coup sûr, prévoir une lésion profonde et ancienne, non seulement des voies urinaires inférieures, mais encore du filtre rénal lui-même (*J.

On sait que dans la chyluriç, les urines sont rendues opaques et avec un aspect laiteux, sur lequel nous n'insistons pas plus longuement pour l'instant.

La consistance de l'urine normale est fluide comme de l'eau ; cette consistance est modifiée dans le diabète sucré^ où elle devient quelquefois sirupeuse.

On observe une comistance filante dans un grand nombre d'urines fortement purulentes et alcalines ; cela tient à la désagrégation des globules blancs, sous l'influence de l'alcalinité du milieu ; ils prennent alors une consistance visqueuse et comme gélatineuse, et le dépôt de pus a l'aspect glaireux. Même en l'absence du microscope, il est facile de reconnaître ces urines, tant leur aspect est caractéristique.

Il en va autrement d'urines filantes à réaction acide et dépourvues de tout dépôt. Le fait est, d'ailleurs, exceptionnel et, au demeurant, assez difficile à interpréter. Le professeur Guyon dit ne l'avoir observé qu'une fois ; Ghabrié décrit une urine de ce

(1) Guyon, loc, cit^ p. 376.

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genre et attribue ce phénomène à de la fibrine dissoute dans Timne (fibrinurie liquide) (*). Nous avons eu personnellement occasion de voir une urine de ce genre qui nous avait été remise par le regretté docteur de Beauvais ; elle avait une couleur jaune foncé, une réaction fortement acide et la même consistance qu'une épaisse solution de gomme arabique ; au bout de quelques heures, il se formait au fond du vase un dépôt glaireux, mamelonné, analogue à ce qui se passe dans les solutions incomplètes de gomme. Le malade qui rendait cette urine la tirait avec son mouchoir, à même son canal, comme on ferait de blancs d'oeufs. .Cette urine ne renfermait, d'ailleurs, que fort peu d'albumine et le malade, qui vaquait journellement à ses affaires, ne paraissait pas autrement souffrir de cet état de choses.

L'examen bactériologique ne nous avait fourni aucune indication précise et, cependant, c'est probablement de ce côté qu'il eût fallu chercher l'explication de ce phénomène ; on sait, en effet, que certains micrococcus et bacilles possèdent, à un très haut degré, cette propriété de rendre visqueux les liquides où ils cultivent. Pietro Albertoni en analysant une urine visqueuse a constaté que cette viscosité était due à un hydrate de carbone produit lui-même par un bacille spécial, très probablement le hacillus viscosus (2).

(!) Chabrié, loc. cit.^ p. 179.

(2) C. Macé, Traité de bactériologie , p. 445.

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Quoi qu'il en soit, ces cas sont extrêmement rares , mais il faut les connaître.

Le dépôt des urines doit être envisagé par rapport à son aspect, à son volume et à la façon dont il se présente.

Nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons dit des dépôts purulents à propos de la polyurie claire et de la polyurie trouble.

Les dépôts à\irates et de phosphates sont également faciles à reconnaître, grâce à la réaction de lurine et à leur aspect particulier. Il en est de même des dépôts sanguinolents.

Couleur. — La couleur de Turine est dans nombre de cas, faciles à discerner d'ailleurs, un signe diagnostic important.

L'urine normale a une couleur jaune ambré avec toutes les variantes de teintes que présente l'ambre lui-même, depuis la plus claire jusqu'à la plus foncée.

En règle généiale, et en dehors de toute considération d'ordre pathologique, la couleur est sous la dépendance du volume ; c'est-à-dire, qu'une urine abondante sera plus claire et une urine rare plus fortement colorée. De même, après les repas, surtout si les boissons ont été abondantes, l'urine sera plus pâle que celle de la nuit.

Toutefois, en dehors de ces circonstances d'ordre naturel, on observe à l'état pathologique des varia-

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lions caractéristiques, soit dans l'intensité de la coloration de Turine, soit dans sa nature.

Relativement à ViniensUé, il faut noter les urines incolores de certains états nerveux, tels que la migraine, Thystérie, les émotions vives, etc., ces urines ont une très faible densité et ne renferment que très peu de matériaux solides.

Par contre, les urines denses, à volume diminué et à dépôt d'urates, sont beaucoup plus chargées en couleur qu'à Tétat normal. Dans ce cas la coloration est due à Turoérythrine ; les urines hyperacides des gros mangeurs et des arthritiques présentent presque toujours cet aspect particulier.

De tout autre importance sont les variations dans la nature de la couleur ; celles-ci, lorsqu'elles ne sont pas imputables à l'absorption d'un médicament ou de certains aliments, sont caractéristiques d'un état morbide spécial.

En ce sens, il faut signaler en première ligne la coloration des uri7ies hépatiques. Cette coloration varie, suivant les cas, depuis le jaune rouge jusqu'à la coloration jaune orangé, verte, verdâtre et brune. Nous entendons ici par urines hépatiques, non seulement celles qui renferment des pigments biliaires proprement dits, mais aussi celles qui contiennent des pigments dérivés de la bile, comme, par exemple, Yurôbiline.

Les urines à urobiline (urines hémaphéiques de Oubler) ont une coloration rouge-brun désignée par Gubler sous le nom A' acajou vieilli. Au point de vue

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clinique, toujours d'après Gubler, ce sont les urines de Vinsiiffisance hépatique ; elles semblent dues à une destruction trop considérable de globules rouges pour que le foie puisse opérer la transformation de leur matière colorante en pigments biliaires (*).

Nous aurons à revenir sur cette question à propos de la sémiologie des pigments.

Lqs urines ictériques, proprement dites, c'est-àdire celles qui renferment les pigments biliaires, ont une couleur spéciale bien connue, qu'elles communiquent même au papier sur lequel on les filtre. La mousse qu'elles forment, par agitation, est également colorée.

Le passage dans l'urine des pigments du sang lui donne une teinte rouge sale, plus ou moins prononcée, mais toujours facile à reconnaître à première vue. Nous y reviendrons plus au long; disons seulement que l'urine peut être colorée en rouge foncé sans être pour cela une urine hématique, ou, inversement, qu'elle peut être hématique, tout en étant noirâtre, couleur feuille morte ou brune.

Dans certaines tumeurs mélaniques, on a signalé des urines noires contenant de la mélanine.

Enfin dans la chylurie, l'urine est blanche et d'aspect laiteux.

Nous ne pousserons pas plus loin, pour le moment, cette étude des changements de couleur de l'urine, sur lesquels nous aurons occasion de revenir à propos

(1) Cf. A. Robin, Im, Fièvre typhoïde, p. 32.

il4 SÉMIOLOGIE URINAIRE

des pigments pathologiques. On voit, cependant, que, sans renouveler à cet égard les arguties des auteurs anciens, on peut, au lit même du malade, tirer un réel profit de ces notions générales, surtout en ce qui concerne les urines hépatiques.

Odeur. — A notre avis, Todeur de l'urine est de peu d'importance vis-à-vis du diagnostic et n'a qu'une mince valeur sémiologique.

Cependant il y a lieu de faire, à cet égard, quelques observations intéressantes; la première et la plus importante est qu'il ne faut pas confondre la fétidité originelle de certaines urines avec la fétidité spéciale que communique la putréfaction, en particulier, aux urines purulentes ammoniacales.

Vodeiir fétide originelle concorde, au contraire, très souvent avec une réaction acide et présente non pas l'odeur franche de l'ammoniaque, mais celle de la macération anatomique. D'après A. Robin, on l'observe généralement au début de la défervescence dans la fièvre typhoïde (*).

On a signalé de grandes variétés dans Todeur de l'urine : odeur de hoiiillouy de marée, de pain boinlli, de macération d'herbes, etc., elc. (A. Robin). Ces différentes odeurs, souvent difficiles à distinguer les unes des autres, peuvent se rencontrer dans le cours d'une maladie, mais n'ont aucune signification diagnostique, ni même pronostique.

(1) A. Robin, loc. cil., p. 66.

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Les urines des aliénés auraient, au dire du professeur Bouchard, une odeur spéciale.

Enfin, il arrive parfois dans le diabète sucré, que l'urine exhale une odeur de chloroforme ou de 'gomme reinette due à lacétone. Cette même odeur se retrouve dans l'haleine des malades et a une grande importance comme indice possible du coma diabétique.

Réaction. — L'urine est normalement acide, c'est-à-dire qu'elle rougit le papier bleu de tournesol.

Dans quelques états pathologiques, l'urine a une réaction nettement alcaline. Nous verrons plus loin qu'elle en est la signification sémiologique.

Mais, alors même que l'urine reste acide, on conçoit que cette acidité peut être plus ou moins grande, rester au-dessous ou dépasser ce qu'on est convenu de regarder comme acidité normale. Comme on s'est beaucoup occupé, ces derniers temps, de la signification de cette hypo ou hyperacidité et qu'on a voulu y voir la signature de certains états diathésiques, nous devons examiner de près cette question et voir ce qu'il convient d'en penser.

Rappelons , au préalable , les principales circonstances qui modifient la réaction de l'urine dans l'un ou l'autre sens.

Tout d'abord, il faut bien prendre garde que, pour se prononcer sur la réaction d'une urine, soit sur sa nature, soit surtout sur son degré, il est absolument essentiel d'examiner l'urine au momeyit même de

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son émission^ ou, au maximum, deux heures après. Il faut savoir, en outre, que la réaction d'une urine subit des oscillations quotidiennes importantes, suivant les heures où on la détermine. C'est ainsi que la première émission du matin , au moment du réveil , est constamment acide ; les émissions qi\i se succèdent jusqu'au moment du déjeuner sont neutres ou l^èrement alcalines, et exceptionnellement acides ; à partir du repas de midi et jusqu'au lendemain matin l'acidité est de règle et toujours nettement accusée.

Outre ces variations, d'ordre physiologique, il faut signaler l'influence du régime alimentaire et enfin celle du volume de l'émission. On sait que, toutes choses égales d'ailleurs, plus une urine est concentrée, plus elle est acide, et nous avons vu précédemment que c'est à cette hyperacidité qu'est précisément due la précipitation des urates.

Quoi qu'il en soit, et sous le bénéfice de ces observations, quelles indications sémiologiques peut-on tirer des variations de l'acidité urinaire ? Cette question est à l'ordre du jour et les urologistes, non plus d'ailleurs que les pathologistes , sont loin d'être d'accord sur la réponse à y faire. '

La théorie générale que l'on invoque ici peut se résumer en quelques mots et ne semble pas d'ailleurs prêter à de bien sérieuses objections. On a beaucoup ergoté sur une prétendue acidité d'ordre chimique du sérum sanguin, bien qu'il soit avéré, et non contesté, qu'une goutte de sang déposée sur du

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papier rouge de tournesol le ramène au bleu (*j. Toujours est-il qu'à une composition normale du sérum sanguin, compatible avec l'intégrité du fonctionnement vital, correspond une alcalinité normale (apparente, si l'on veut) de ce même sérum. Or, ce qui n'est pas douteux, c'est que la réaction de l'urine est fonction de celle du sang, en d'autres termes que l'excès d'acidité urinaire* résulte nécessairement d'une diminution de l'alcalinité du sang, ou, si l'on préfère, d'une augmentation de son acidité.

Il en ira naturellement de même, en sens contraire, de l'hypoacidité de l'urine qui sera en relation directe avec celle du sérum.

Au point de vue strictement physiologique, on peut dire avec M. Joulie, que « l'hyperacidité du sang a pour effet d'augmenter sa viscosité et, par suite, de gêner sa circulation qui subit de ce fait un certain ralentissement ayant pour conséquence une diminution des oxydations et des échanges et un certain ralentissement de la nutrition . . .

Le défaut d'acidité urinaire résulte, au contraire, d une diminution de l'acidité du sang, c'est-à-dire d'une augmentation de la proportion de bicarbonates et de phosphates alcalins qu'il doit contenir normalement. Or, l'augmentation de ces sels a pour effet de diminuer la viscosité du sang, de le rendre plus liquide et, par suite, de le faire circuler plus vite, pour une même impulsion donnée par le cœur.

(1) Cf. Joulie, Urologie pratique et Thérapeutique nouvelle ^'p. 8.

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Il en résulte forcément une augmentation de Toxygène pris dans les poumons, toutes choses restant égales d'ailleurs, d'où une intensité plus grande des oxydations et des échanges organiques et, par suite, l'affaiblissement et la consomption si l'alimentation reste impuissante pour réparer les pertes excessives de l'organisme. Il est donc bien évident que la connaissance exacte du degré d'acidité que présentent les urines est fort précieuse puisque ce dosage suffit, à lui seul, pour caractériser la diathèse qui domine la santé du sujet en observation et pour indiquer le traitement à lui opposer » (*).

Voilà la théorie ; examinons maintenant les applications qui en ont été faites.

Le professeur Bouchard, dans ses remarquables leçons sur les maladies par ralentissement de la nutrition, a, le premier, créé le groupe important des maladies de la nutrition connues sous le nom de dyscrasies acides, maladies dont on sait qu'un des principaux caractères est précisément l'hyperacidité des humeurs, et comme conséquence l'hyperacidité de l'urine.

La théorie de Bouchard suppose la formation en excès ou tout au moins l'oxydation imparfaite des acides organiques, d'où diminution de l'alcalinité du sang et augmentation parallèle de l'acidité de l'urine, où apparaît parfois l'acide lactique et plus fréquemment lacide oxalique. Ces urines hyperacides se

(t) JouLiE, loc. cil,^p. 14.

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reconnaissent aux dépôts d'ura tes, à un excès d'acide urique et de phosphates terreux et à la présence de cristaux d'oxalate de chaux (*).

Pour Joulie, au contraire, le processus de la nutrition retardante est tout autre et serait caractérisé par l'hypoacidité urinaire. Sur 429 sujets examinés, Joulie aurait trouvé Thypoacidité dans les 3/4 des cas et dans moins de 1/13 seulement Thyperacidité, ce qui infirme considérablement, comme on le voit, la formule humoristique de Marchai de Calvi disant que « la grande diathèse est Tacidisme (^j ».

La principale cause de l'hypoacidité urinaire serait, d'après Joulie, le remplacement partiel de l'urée par le carbonate d'ammoniaque dans tous les cas où un obstacle quelconque, soit au sein même des cellules, soit dans le foie, s'oppose à la formation du produit normal de la désassimilation des albuminoïdes (3).

Il semblerait, de prime abord, qu'il soit facile par l'analyse chimique de vérifier les variations de l'acidité urinaire, mais il faut croire qu'en fait le problème est plus complexe puisque des deux côtés (Joulie-Gautrelet) on se réclame de très nombreuses analyses et que l'on discute même sur la technique à employer (*j.

. (1) Cr. Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition^ p. 62, 64, 65 et s.

(2) Cf. Joulie, loc. cit.^ p. 65.

(3) Cf. Joulie, loc. cit.^ p. 76.

(4) Cf. Gautrelbt ; \^ Journal des sciences pharniacologiques, janvier 1901.

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Et, en effet, les difficultés de la technique qui sert à l'évaluation du degré exact de Tacidité urinaire sont telles que, pour notre part, tout en admettant sur ce point la doctrine de Bouchard, nous estimons qu'il faut en sémiologie renoncer à tirer parti de ce syndrome. La vérité sur cette question nous Semble bien formulée par Mercier dans son « guide pratique pour l'analyse des urines. » Voici ce que dit cet auteur :

f Nous ferons remarquer que l'obligation où on « est de recueillir la totalité de l'émission des 24 « heures se concilie mal avec les indications que « donne l'acidité. En effet, à l'heure où le malade « remet au laboratoire l'échantillon d'urine, il y a (i au moins 24 heures que les premières portions ont « été émises ; or, l'été surtout, l'acidité initiale de ce l'urine se trouvera forcément modifiée, atténuée, « quelquefois même disparue complètement.

« Il résulte que les conclusions d'hypo-acidité « qu'on pourra tirer se trouveront forcément erro- « nées. La seule manière rationnelle est celle qu'a « indiquée M. Lailler, qui consiste à prendre l'acidité « à chaque émission et, au bout de 24 heures, à faire « la moyenne de tous les résultats obtenus. Ce pro- « cédé est, nous le répétons, très sensé, mais il n'est « applicable que dans les hôpitaux où on a son « malade sous la main et nullement pour les cas « ordinaires où il sera toujours impossible d'obtenir « du malade qu'il se prête à cette nécessité. — Donc <t la détermination de l'acidité, qui pourrait être en

SÉMIOLOGIE PHYSIQUE ET ORGANOLEPTIQUE 121

« soi extrêmement utile, perd de ce fait la plus « grande partie de sa valeur (*). »

Si les indications sémiologiques qu'on pourrait tirer des variations de raciditéurinaire sont sujettes à caution, il n'en est pas de même de celles qui découlent de son alcalinité, étant bien entendu que cette alcalinité soit înira-vésicale et non pas seulement une alcalinité ammoniacale.

« Les urines alcalines et ammoniacales, écrit le professeur Guyon, ont une grande importance.

Elles révèlent un état de souffrance plus ou moins avancé de la vessie et particulièrement de la muqueuse (2). > Dans ce cas particulier, l'alcalinité est prononcée ei permanente ; elle se manifeste dès rémission de l'urine ou existe déjà dans la vessie. Ce sont, presque toujours, des urines purulentes, bien qu'il ne faille pas croire que toutes les urines purulentes soient alcalines. C'est, au contraire, l'exception.

Il est vrai, d'autre part, que des urines faiblement acides, et même alcalines, peuvent ne pas contenir de pus ; mais alors lalcalinité reste passagère et variable; de plus, le dépôt est constitué par des phosphates terreux et du phosphate ammoniacomagnésien. On sait, depuis les travaux de Pasteur et de Van-Tieghem, que la fermentation ammoniacale de l'urine dans la vessie est l'œuvre d'un ferment

(1) Mercier, toc. cit. y 3* édit., p. 15.

(2) Guyon, toc. cit., p. 391.

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venu du dehors dans une vessie en état de réceplivité, c'est-à-dire déjà malade.

En dehors de ces cas particuliers aux affections de la vessie, on a signalé des urines alcalines « dans un grand nombre de maladies aiguës qui ont duré un certain temps et se sont accompagnées d'une grande déperdition de force (*). » Ce fait se produit dans la fièvre typhoïde à la fin du deuxième septennaire ; sa signification est assez fâcheuse, car il coïncide avec l'apparition de symptômes graves tels que le coma, et cela, surtout quand l'urine était précédemment acide et colorée {^).

Densité. — La considération de la densité n'a de valeur sémiologique que :

1<> Si la densité est prise sur la totalité de l'urine des 24 heures ;

2o Si toutes les causes physiologiques susceptibles de l'influencer sont écartées.

Dans ces conditions, on peut affirmer avec le professeur Guy on « qu'en règle générale, toute modification quantitative des urines se traduit par une modification en sens inverse de l'élément densité », en sorte que « toute densité anormale doit éveiller V attention du côté de la quantité (^).

Ghabrié a bien résumé dans le tableau suivant les, principales indications fournies par la densité.

(1) A. Robin, La Fièvre typhoïde^ loc. cit., p. 67.

(2) Id., ibid.^ p. 68.

(3) GuYON, loc. cit., p. 387.

SÉMIOLOGIE PHYSIQUE ET ORGANOLEPTIQUE 123

ÎTd suffisance rénale.

Manque d'activité des réactions intraorganiques.

TROP FAIBLE./ , . ( Néphrites chirurgicales.

\ Avec polyw^e.] ^. . j „

'^ ^ ( Etats nerveux divers.

Avec oliginie. Urines fébriles.

f Urines des rhumatisants, des goutteux , DENSITÉ 1 Sans polyui^ie ,} des calculeux, de quelques grands TROP FORTE. ^ f opérés.

Urines des azoturiques^ des glycosu-

. i Urines des t

Avec polyume.l .,,

^ * I nques (*).

Point de Congélation. — Ce caractère, d'ordre purement physique, a fourni dans ces dernières années un élément nouveau des plus utiles à la sémiologie des affections du cœur et des reins. Nous ne ferons que l'indiquer ici, nous réservant de l'étudier dans un chapitre spécial.

Bornons-nous à dire, pour l'instant, que le point de congélation des urines normales oscille entre — 1^,30 et — 2°,20. Ces limites n'ont, d'ailleurs, rien d'absolu et peuvent se rapprocher de — 1<* à la suite de libations excessives ou s'abaisser jusqu'à— 2«,30 et plus, sous l'influence de sudations répétées.

Nous nous limiterons à ces considérations générales sur la valeur sémiologique des caractères organoleptiques de Turine. Nous avons vu que là se bornaient les observations des anciens urologistes et à quel point ils avaient accumulé dans cet ordre d'idées les distinctions subtiles et les minuties

(1) Chabrié, loc, cit., p. 128.

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oiseuses. Sans attacher la même importance qu'eux à ces caractères extérieurs, il en est quelques-uns cependant qui sont intéressants à connaître et qui ont une très réelle valeur ; le médecin exercé saura les utiliser à propos et cela avec d'autant plus de fruit qu'il peut le faire au lit même du malade. C'est à peu près là toute Yurologie clinique^ au sens restreint du mot ; mais ce n'en est pas moins de Vurologie scientifique^ c'est-à-dire de bon aloi.

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