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CHAPITRE II

Urée. — Les variatioas de Tarée, considérées isolément, n'ont pas, à beaucoup près, Timportance sémiologique qu'on serait tenté de leur attribuer, étant donnée la place qu'occupe l'urée dans les déchets. urinaires. Nous avons vu que sur 100 parties d'azote urinaire, il y en a de 84 à 87 dans l'urée, ce qui a fait dire que l'urée était l'élément fondamental de l'urine. En réalité, ce qui enlève de la précision comme moyen de diagnostic, aux variations de l'urée, c'est la multiplicité des causes qui la provoquent; sauf quelques cas restreints, dont nous aurons à parler, il est à peu près impossible de conclure d'une augmentation ou d'une diminution de l'urée à un état pathologique circonscrit et bien déterminé.

Ce qui, d'autre part, complique étrangement le problème, c'est la différence de technique appliquée par les divers auteurs au dosage de l'urée, et, très

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souvent aussi, le défaut de précision des méthodes. Le dosage d'urée, qui passe, avec juste raison d'ailleurs, pour une des parties essentielles de l'analyse, est précisément celui pour lequel on a si bien simplifié les appareils et la technique, qu'il perd, dans la plupart des cas, toute valeur scientifique.

Quoi qu'il en soit, il y a, relativement aux variations de l'urée, quelques indications assez nettes que nous devons rappeler.

On a longtemps enseigné que l'urée augmentait dans les maladies fébriles et suivait une marche parallèle à celle de la température ; cette thèse était de tous points erronée et ne peut plus se soutenir aujourd'hui. A. Robin, dans sa remarquable étude de la fièvre typhoïde, en a magistralement établi la fausseté ; on sait, grâce à lui. qiiil n'existe aucun rapport entre la température et la quantité (furée (*). Ce qui est vrai, c'est que, comme il fallait s'y attendre, la seule influence qui semble constante est celle de l'alimentation.

Par contre, l'augmentation de Turée est symptomatique de certaines affections caractérisées par une dénutrition exagérée, affections en première ligne desquelles il faut placer Yazoturie proprement dite, ou azoturie essentielle.

Dans le diabète sucré vrai [melliturie) cette augmentation de Turée est également très fréquente ; ^ on pourrait presque dire qu'elle est de règle.

iV) A. Robin, loc. cit,^ p. 93.

Notons, en passant, que l'augmentation de Turée, dans les cas précédents, ne va pas sans une augmentation concomitlante des autres déchets azotés de rurine, et, en particulier, de Tacide urique et de la créatinine ; l'élévation du taux des phosphates est aussi très fréquente. 11 semblerait que ces maladies comiportent, dans leur évolution, une fonte exagérée des tissus azotés de l'organisme, soit que celle-ci tienne à un fonctionnement anormal de la cellule hépatique, soit que, comme dans certains cas, elle soit liée à la polyurie comme l'effet à la cause.

Toujours est-il qu'avant de prononcer le mot d'azolurie, et spécialement dans le diabète sucré où l'alimentation carnée est souvent prépondérante, il faut s'enquérir avec soin de la nature et de la quantité des ingesta. Ce n'est que dans le cas où la somme des excréta azotés l'emporte notablement et de façon permanente sur celle des ingesta du même ordre qu'il est permis d'affirmçr l'existence d'un processus morbide.

La même observation s'applique à la diminution de l'urée ; si celle-ci est permanente et non justifiée par l'alimentation, on peut, presque à coup sûr, diagnostiquer un trouble fonctionnel du foie. Gela n'a rien de surprenant, puisque nous savons, depuis les travaux de Brouardel, quelle est l'étroite relation de l'urée et du foie.

De ce rôle uréogénique du foie découle cette conséquence pratique, que les variations de l'urée chez les hépatiques ont une valeur pronostique des plus

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sérieuses. C'est ce qui a fait dire au professeur Guyon que, d'une manière générale, « dans les infections biliaires, lorsqu'il y a une quantité d'urée éliminée égale ou supérieure à la moyenne, la guérison se produira presque certainement ; au contraire, l'hypoazoturie montre la déchéance de la cellule hépatique (»).

« Chez les hépatiques, écrit le professeur Chauffard, le taux de Turée excrétée est un des meilleurs moyens déjuger Tétat anatomique et fonctionnel du foie (^) » ; rhypoazoturie est donc un des principaux signes de Tinsuffisance hépatique ; elle atteint son degré le plus élevé dans la maladie destructive du foie par excellence, dans Vicière grave, et Ton a noté, dans ce cas, par vingt-quatrô heures, des chiffres d'urée de 0,50 et môme 0,20 centigrammes. Cependant, même alors, il convient de tenir compte d'une cause d'erreur qui tient à la perméabilité rénale plus ou moins compromise dans certains ictères. C'est ce qui explique ces décharges d'urée, parfois considérables, qui se produisent alors et qui accusent non « une formation exagérée d'urée dans le foie, mais une élimination soudaine, massive et plus ou moins prolongée d'urée préalablement formée, mais non éliminée, élimination seulement compensatrice d'un retard préalable (^). »

Nous avons dit que Thyperazoturie était la signa-

(1) GuYOX, loc. cit., p. 400.

(2) Chauffard, Iq Traité de pathologie générale, V, p. 45.

(3) Chauffard, loc, cit., pp. 46 et 47.

ture d'une suractivité fonctionnelle du foie. Elle est la règle dans les processus congestifs aigus de cette glande.

Pour en finir avec Yhypoazolurie on sait que Rommelaere avait voulu lui attribuer une signification clinique dans le cancer. Cette opinion n'est plus admise et le professeur Duplay entre autres, dans ses recherches sur lurologie des cancéreux, en a établi la fausseté. « L'hypoazoturie, dit-il, n'est pas constante chez les cancéreux et ne devient réelle que lorsque les malades ne peuvent plus s'alimenter. Tant que la nutrition est assurée par un régime convenable, l'azoturieest normale; chez treize de nos malades, malgré l'état avancé des lésions cancéreuses, la moyenne de l'urée excrétée quotidiennement par les urines s'est constamment maintenue entre 18 et 25 ou 26 grammes, la moyenne normale admise par les auteurs français étant dé 18 à 20 grammes. Lorsque, au contraire, l'alimentation est nulle ou presque nulle, comme nous l'avons constaté chez deux de nos malades, on voit alors le taux quotidien de l'urée diminuer considérablement.

L'hypoazoturie, par conséquent, ne doit pas être considérée comme symptomatique des affections cancéreuses, mais simplement comme une des manifestations que peut entraîner la cachexie cancéreuse lorsque les malades ne peuvent plus s'alimenter (*). »

M. H. Reynès dans une étude très étendue sur

(l) Simon Dlplay, in Archives générales de médecine. Juillet

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rhypoazoturie et sa véritable signification clinique arrive à la même conclusion et dit que la diminution de Turée n'est ni constante ni spécifique dans les cancers et qu'elle n'a aucune valeur diagnostique relativement à leur gravité ( ).

Quant aux urinaires, le professeur Guyon considère comme d'un pronostic grave le fait d'une diminution notable de l'urée (*).

Tels sont les principaux facteurs pathologiques des variatiQps de l'urée ; au point de vue sémiologique, nous retiendrons surtout leur signification dans leS' maladies du foie.

Acide urique. — Les questions qui se rattachent à la sémiologie de l'acide urique, comme celles qui ont trait à son origine et à sa formation, sont encore fort obscures ; cependant, on commence à mieux entrevoir son rôle dans la genèse des maladies où il semble intervenir comme facteur principal. Nous ne reviendrons pas ici sur les théories relatives à la genèse de l'acide urique dans l'organisme et il nous suffira de dire que, pour nous, l'acide urique, quelle que soit sa provenance, est normalement destiné à se transformer en urée, bien que ce ne soit pas sous rinfluence d'un processus d'oxydation. Les expériences de Chassevant et Richet ont, en effet, montré que le foie des mammifères contient

(1) In Semaine médicale ^ 17™© année, n« 26.

(2) Cf. Guyon, loc, cil.y p. 402.

une substance qui, à la manière d'un ferment soluble, transforme peu à peu Tacide urique en urée : c'est le ferment uropoïétique, qui n'existe pas, au contraire, chez les oiseaux (*). Cette théorie expliquerait fort bien la thèse de Salkowski et autres observateurs qui inclinent à penser que la production d'acide urique est déterminée avant tout par des conditions inhérentes à l'organisme de chaque sujet, c'est-à-dire que, toutes choses égales d'ailleurs, un sujet éliminera peu et un autre beaucoup d'acide urique.

Les faits observés confirment pleinement cette manière de voir et l'on sait que certains sujets semblent, en effet, avoir une aptitude toute spéciale à faire de l'acide urique au lieu d'urée. On a beau changer leur régime alimentaire, alcaliniser leurs humeurs, favoriser par tous les moyens possibles l'oxydation des tissus, on facilite l'élimination des urates, mais on n'arrête que peu ou pas leur formation.

De plus, c'est un fait d'observation clinique, aussi bien constaté pour l'acide urique que pour l'urée, que toute atteinte au fonctionnement normal du foie se traduit par une augmentation de l'acide urique. Cette remarque a été faite, en particulier, par Lécorché et étendue par lui à toutes les affections hépatiques, quelles qu'elles soient.

Si, maintenant, nous nous demandons quelles

(1) Chassevant et Bighbt, Le Ferment uropoïétique. Soc. de biologie, 22 oct. 1898.

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conclusions sémiologiques il est permis de tirer des variations de l'acide urique, nous aurons d'abord à distinguer deux cas bien distincts : celui de la surproduction effective de l'acide urique dans l'organisme et celui de son élimination défectueuse par l'urine sous l'influence de causes diverses.

Ce dernier phénomène est bien connu et nous savons Tinterpréter ; il y a d'abord ce fait général que l'augmentation de l'acidité urinaire provoque, soit la précipitation de l'acide urique en nature, soit celle de ses combinaisons basiques amorphes. Nous savons aussi que le froid favorise cette même précipitation. Beaucoup d'urines, à aspect jumenteux, qui, bien à tort souvent, effraient les malades, n'ont au fond d'autre caractère pathologique que celui dont nous venons de parler ; il suffit de les chauffer très légèrement pour qu'elles recouvrent leur limpidité normale. Les urines fébriles, celles qui sont émises après une fatigue exagérée, sont dans ce cas ; l'excès apparent d'acide urique n'est imputable qu'à une augmentation de l'acidité, soit par concentration du volume sous l'influence de la transpiration, soit, en même temps, par une élimination excessive d'acides organiques. En un mot, « on ne doit pas oublier, dit Bouchard, ce grand et judicieux précepte de Prout, qui dit qu'on ne doit pas juger de la quantité d'acide urique d'après l'existence et même d'après l'abondance des précipités » (*).

(1) Bouchard, in Maladies far raient, de la nutrition^ p. 255

Quant aux causes pathologiques qui mettent obstacle à rélimination de l'acide urique et à son accumulation dans les tissus, elles nous sont moins connues. Peut-être faudrait-il faire intervenir ici ce qu'on a appelé « la dyscrasîe acide, » c'est-à-dire une diminution de l'alcalinité du sérum sanguin et une augmentation parallèle de l'acidité de l'urine. Toujours est-il que les choses semblent bien se passer ainsi chez les arthritiques dont les humeurs sont toujours hyperacides ; mais ce n est là qu'une hypothèse encore incomplètement vérifiée (*).

Il est cependant une maladie, la gravelle ou lUhiase urique^ dont l'acide urique, par le fait de son accumulation dans les tissus, est le générateur incontesté. Nous en parlerons plus longuement lorsque nous aurons à nous occuper de cette affection et de la gotdte, qui lui est si étroitement liée.

La siirproducHon réelle de l'acide urique dans l'organisme n a été bien constatée que dans la leucémie et les affections hépatiques, en particulier dans la cirrhose du foie. Dans la leucémie, Bartels a dosé jusqu'à 4,20 d'acide urique en 24 heures et Bouchard jusqu'à 8 grammes daus la cirrhose du foie. Les causes de cette surproduction sont de deux sortes : ou un apport excessifd'éléments nucléiques (c'est le cas pour la leucémie), ou un trouble fonctionnel grave de la fonction uropoïétique (c'est le cas de la cirrhose).

(i) Cf. Lamblino, toc. cit. y page 108.

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Nous ne nous appesantirons pas davantage sur cette question, pleine encore d'obscurité ; mais il faudra retenir ce fait capital que l'apparition en excès de Tacide urique dans Turine n'implique pas fatalement une surproduction ; de même sa diminution apparente peut fort bien concorder, comme cela se voit dans la goutte, avec une mauvaise élimination, dont la perméabilité rénale, plus ou moins compromise, serait le principal facteur.

Notons enfin, avec le professeur Guyon, que le taux de l'acide urique s'abaisse généralement chez les pyuriques, et cela dans de plus fortes proportions que celui de l'urée.

Quelques auteurs, à la suite de Méhu, ont voulu voir dans la forme cristalline de l'acide urique un signe diagnostic de certaines maladies. Chez les calculeux, par exemple, l'acide urique se présenterait sous forme de clous ou de massues, au lieu de sa forme losangique habituelle. Le fait est peut-être exact, mais nous ne croyons pas qu'il faille exagérer la valeur de ces spécialisations. Tout ce qu'on pourrait dire, c'est qu'il y a lieu d'attribuer une valeur diagnostique diirérentielle aux sédiments cristallins d'acide urique, et aux sédiments amorphes d'urates, les premiers révélant parfois une gravelle urique en imminence, les seconds résultant d'une simple modification, souvent d'origine physiologique, du liquide urinaire.

Matières extractives azotées. —On désigne sons ce nom, ou mieux sous celui d'azote résiduel, l'ensemble des éléments azotés de l'urine, autres que l'urée, l'acide urique et l'ammoniaque. Ces matières azotées représentent de 7 à 10 «^/o de l'azote total. On les répartit d'ordinaire :

En bases œanthiques ou alloxurlques^

En créatinine,

et acide hippurique.

Il faudrait y ajouter Yurohiline^ les indoxyl et scatoxyl'Sulfates et surtout, un corps encore mal connu, Y acide oxyprotéique.

Dans rétat actuel de nos connaissances sur le rôle et la véritable nature de ces diverses substances, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de leur attribuer une valeur sémiologique quelconque.

Tout ce qu'on peut avancer, d'une manière générale, c'est que leur augmentation, traduite dans les analyses usuelles, par un écart plus considérable entre l'azote uréique et l'azote total correspond à un retard dans les mutations nutritives. Nous savons que c'est l'indication déjà fournie par le rapport azoturique.

11 est bien vrai, comme le dit Bouchard, que « c'est dans ce mélange confus que réside surtout la toxicité organique (*) » et l'on sait que de nombreux travaux ont été entrepris pendant ces der-

(1) Bouchard, Pathol. génér., loc. cii.^ p. 251.

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niers temps pour apprécier la part respective de chacun de ces corps dans la toxicité globale de Turine ; mais, pour le moment du moins, rien de suffisamment précis n'est établi et il n'est pas jusqu'à la valeur du syndrome toxicité qui n'ait été elle-même contestée.

CH4P1TRE JII

Les éléments minéraux les plus importants de l'urine, au point de vue de la sémiologie, sont :

1<» Les Phosphates ; 2® Les Sulfates ; 3** Les Chlorures.

Phosphates. — Les variations des phosphates dans Turine soulèvent un certain nombre de. problèmes de sémiologie que nous devons rapidement examiner.

Le phosphore urinaire, comme nous Tavons déjà dit, a deux principales sources : l'alimentation d'abord ; puis, en second lieu, la désassimilation des albuminoïdôs phosphorées, des nucléines et des lécilhines en particulier. Si l'on néglige l'influence de l'alimentation, dont nous n'avons pas à nous occuper pour l'instant, il restera établi que l'élimination des phosphates doit être, dans une certaine mesure, en relation directe avec la destruction des

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éléments du système nerveux qui, de tout Torga^ nisme, sont les plus riches en phosphore.

De fait, c'est sur ce côté spécial de la question que se sont portées les recherches les plus précises dans les variations des phosphates de Turine. C'est ainsi qu'on a, depuis longtemps, signalé des excès de phosphates dans la méningite, dans Vépilepsie (après les attaques), dans certaines tumeurs cérébrates et un grand nombre d'états cérébraux (^}.

C'est le professeur Mairet (de Montpellier) quia le mieux étudié la sémiologie de l'acide phosphorique dans ses belles recherches sur Vélimination de ce corps chez Vhowme sain, l'aliéné, Vépileptique et Vhystétnque[^). Voici quelles sont ses principales conclusions :

Chez les maniaques l'acide phosphorique est augmenté sous toutes ses formes, dans la période d'agitation ; il est, au contraire, diminué dans la période de dépression, sauf pour l'acide phosphorique uni à la chaux et à la magnésie.

La lipémanie modifie l'élimination des phosphates dans le même sens que le travail intellectuel.

Mairet, et après lui nombre d'expérimentateurs, ont étudié séparément les variations de l'acide phosphorique combiné aux terres et celles du même acide combiné aux alcalis. On admet généralement que la proportion des phosphates alcalins représente un peu plus des deux tiers de la totalité des phosphates

(1) Cf. Labadie-Lagrave, loc. cit., p. 142.

(2) C. r. Soc. de Bibl., 5 et 12 juillet 188i.

urinaires ; les phosphates terreux, à leur tour, seraient représentés par deux tiers de phosphate de magnésie et un tiers de phosphate de chaux.

Quelques cliniciens, Gilles de la Tourette et Cathelineau(*), ont cru remarquer que la proportion des phosphates terreux et alcalins était renversée dans le paroxysme hystérique^ c'est-à-dire que le rapport qui est normalement égal à un tiers pour les phosphates terreux, pouvait être augmenté et porté à 1/2 et même à 1/1 . C'est ce qu'on appelle la loi de Cinversion des phosphates.

Nous n'avons pas à discuter ici le bien-fondé de ces observations, mais il est difficile, comme le fait observer Y von, de les concilier avec l'inexactitude, bien constatée au point de vue chimique, des méthodes employées pour la séparation de ces deux ordres de sels phosphatiques ('). Une seule chose reste certaine, c'est l'augmentation globale des phosphates dans ces affections.

Dans la neurasthénie « il existe presque constamment une phosphaturie très marquée qui indique une élimination exagérée des éléments dont le système nerveux a besoin pour assurer son fonctionnement régulier. » (Gilles de la Tourette, Les états neurasthéniques.)

Dains le diabète sucré la phosphaturie n'est pas rare et se trouve fréquemment connexe à Tazoturie ; elle a pour origine l'exagération de la désassimilation

(1) Progrès médical, 4 mai 1889.

(2) Cf. YvoN, V»o édit., p. 158.

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et ne dépend qu'en partie de la quantité plus grande des aliments (*).

• Enfin, Ton sait qu'il existe une forme spéciale de diabète minéral caractérisée par la phosphaturie. Teissier (de Lyon) a constaté chez divers malades de cette catégorie une élimination quotidienne de 20, 30 et jusqu'à 36 grammes de phosphates. Nous reviendrons sur ce diabète phosphatique à propos des maladies générales de la nutrition.

Il ne faut pas confondre la phosphaturie essentielle avec la précipitation accidentelle des phosphates dans l'urine, fait très fréquent chez certains urinaires (gravelle phosphatique) ; celle-ci est liée à un état maladif de la vessie, qui n'implique en aucune façon 1 élimination en excès des phosphates de l'oi^anisme.

Pour apprécier utilement s'il y a ou non excès d élimination des phosphates, il faut s'en rapporter, ainsi que nous l'avons indiqué, au rappoit des phosphates à l'urée, ou à l'azote total. Ce rapport a une fixité remarquable à l'état normal et est un des plus importants au point de vue de la sémiologie urinaire.

Sulfates et Soufre urinaire. — A entendre le professeur Bouchard, la relation de l'acide phosphorique à l'urée serait moins absolue encore que celle de l'acide sulfurique à l'urée {^). Ce qui, eu tous cas, est bien certain, c'est que ce dernier rapport est des plus fixes, ce qui est tout naturel, puisque toutes

(1) Cf. BoucHAno, Maladies par ralentissement., p. 214 et 215.

(2) BouciiAno, Maladies far ralcntisse^fient^ p. 214.

les substances albiiminoïdes renferment du soufre dans leur molécule. « L'observation montre, dit le professeur Lambling , que les quatre cinquièmes du soiifre contenu dans les matières albuminoïdes se transforment par oxydation en acide sulfurique qui s'élimine par les urines. Une ration de 100 grammes d albumine (à 1 ^jo dé soufre) fournit de la sorte dans les vingt-quatre heures environ 28%50 d'acide sulfurique (SO* H») (*). »

Étant donnée l'origine albuminoïde des déchets sulfurés, on conçoit quel intérêt il y aurait à déterminer leur rapport avec l'urée et, d'autre part, leur degré plus ou moins avancé d'oxydation. C'est ce que n'ont pas manqué de faire les urologistes qui se sont occupés des rapports urinaires, et, en particulier, le docteur Moreigne. Malheureusement, ces dosages sont longs et délicats et, pour ce motif, ne sauraient rentrer dans la pratique usuelle de l'analyse. D'ailleurs, comme le fait justement observer Lambling, ce que l'on satt sur le mode de production et les variations du soufre neutre est encore trop clairsemé pour qu'on puisse en tenir compte (^).

Nous ferons cependant une exception pour l'élimination en excès de la cystine; mais, ce fait constituant une entité morbide spéciale, nous en parlerons à propos des éléments d'ordre pathologique.

Quant au dosage des sulfates urinaires, on peut dire, avec Chabrié, qu'il n'a pas grande signification

()) Cf. Lambunq, loc. cit., p. 53.

(2) Id., i6îd., p. 172.

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clinique, en ce sens an moins que ses indications sont du même ordre que celles fournies par le dosage de Turée et le rapport azoturique. En fait, la stilfaiurie s'observe toujours en même temps que Vazoturie. Toutefois dans la chorée et le rhumatisme, elle pourrait exister isolément (Labadie-Lagrave).

Chlorures. — On a répété sous toutes les formes que les chlorures, et spécialement le chlorure de sodium, n'étaient pas une matière excrémentitielle, au vrai sens du mot, et qu'ils ne faisaient que traverser l'organisme comme ils y avaient été introduits par l'alimentation. Gela est en effet incontestable, mais il ne faudrait pourtant pas en tirer cette conclusion que leurs variations dans Turine soient dépourvues de signification.

Sans doute, les chlorures ont une origine exclusivement alimentaire, mais il n'en est pas moins vrai qu'ils sont indispensables à l'organisme et que leur importance physiologique est considérable. C'est ce que démontre bien l'énergie, pour ainsi dire instinctive, avec laquelle le sang maintient sa richesse en chlorure de sodium. Nous savons, en effet, depuis les belles recherches d'Hamburger et de Winter, le rôle prépondérant que joue dans l'organisme le chlorure de sodium au point de vue de Visotonie des humeurs ; Koranyi a montré de son côté, par ses déterminations cryoscopiques, la relation étroite qui existe entre la richesse du sang en chlorure de sodium et celle de l'urine ; cette nouvelle méthode

entre les mains de Claude et Balthazard a fourni à la sémiologie des affections cardiaques et des néphrites, un chapitre des plus intéressants sur lequel nous reviendrons en raison de son importance.

En dehors de cet élément précieux de diagnostic tiré de la cryoscopie, on peut se demander quelle est la valeur sémiologique des variations des chlorures dans Turine. Bouveret avait cru pouvoir tirer un signe pronostique sérieux dans les maladies de l'estomac du rapport de Turée aux chlorures {*). A l'état normal, il y a en moyenne 25 grammes d'urée contre 11 grammes de chlorure dans l'urine des 24 heures ; le rapport est donc de 2,3. Ce rapport serait beaucoup plus élevé dans Thyperchlorhydrie et diminué, au contraire, dans Thypochlorhydrie. Mathieu et Hallopeau ont constaté que cette loi se trouvait souvent en défaut et qu'en somme le rapport de l'urée aux chlorures ne donnait pas sur la sécrétion et la digestion gastriques des renseignements bien précis (%

D'une façon générale, en ce qui concerne le chlore urinaire, nous estimons avec le D"^ Ghabrié que les variations des chlorures sont plus utiles à connaître pour le pronostic que pour le diagnostic (').

La vérité à cet égard nous semble avoir été bien formulée par Méhu : « Une diminution considérable, dit cet auteur, dans la quantité des sels miné-

(1) Bévue de Médecine, 1891.

(2) Cf. Traité de Médecine, t. IV, p. 250.

(3) Ghabrié, loc, cit., p. 185.

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raiix hors de loule proportion avec le poids des matières fixes est toujours d'un pronostic très fâcheux. L'absence du chlorure de sodium me paraît indiquer une morl prochaine. Cette absence, ajoute le même savant, est surtout d'un pronostic des plus fâcheux quand l'urine contient du pigment rouge hépatique (*). Ce fait très réel, dont nous avons eu plusieurs fois l'occasion de vérifier l'exactitude, pourrait très bien s'expliquer par une perturbation dans l'isotonie du sérum, à la suite de laquelle les globules sanguins perdent leur matière colorante ; mais nous n'avons à en retenir ici que l'indication pronostique qu'il comporte.

Cette indication pronostique est encore à signaler après les interventions chirurgicales, où la chute brusque des chlorures est toujours fort grave. « Dans plusieurs cas, dit Guyon, dans lesquels nous avons vu la quantité des chlorures urinaires tomber brusquement de 8 à 10 grammes par litre d'urine à 1 gramme et même beaucoup moins, 0,25 et 0, 20 par exemple, le malade a succombé dans les vingtquatre heures qui ont suivi cette constatation (-) ».

Disons enfin que les chlorures diminuent dans la pneumonie, dans les affections organiques du foie, dans la fièvre intermittente, dans les maladies infectieuses. Par contre, ils augmentent, surtout dans le diabète insipide, pendant la résorption d'exsudats pleurétiques ou d'épanchements séreux.

(1) Cf. Méhu, p. 465.

(2) Guyon, loc. cit., p. 415.

Autres sels minéraux de l'urine. — Pour être complet sur cette question des sels minéraux de l'urine, il nous resterait à parler des alcalis et des bases qui s'y rencontrent en même temps que les acides dont nous venons de parler : potasse, soude, chaux et magnésie. Toutefois, le dosage de ces divers éléments n'est que très rareinent effectué en pratique et leurs variations ne semblent pas avoir une bien grande valeur sémiologique. Le docteur Charrier (de Marseille) a cependant observé que l'élimination de la potasse était généralement entravée dans les néphrites chroniques , ce qui concorde bien avec l'abaissement de la toxicité urinaire dans cette maladie.

Salkowski a montré que, dans les maladies fébriles j les sels de potasse et de soude sont diminués d'une façon absolue, parce qu'il y a moins de sels ingérés. De plus, la proportion relative de potasse augmenterait, tandis que diminue celle de la soude .

La chaux diminue dans l'urine des rachitiques , dans l'ostéomalacie , l'oxalurie, etc. (Bouchard). Ces notions sont bonnes à retenir au point de vue de la pathologie générale, mais elles n'ont en sémiologie pratique qu'une valeur très restreinte.

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