FORÊTS
ÀRÉBBS» ARBtJaTSS» ABBAlSSBAITT.
Ii^conyieûty en commençant cet article, de rap-* peler ce qui a été dit dans le précédent, de la division de Tfle en trois zones , dont la première toujours environnée de nuages et exposée sans cesse à l'action du soleU^ des y^its et dos pluies, est peuplée de fougères et ne présente dans sa partie inférieore que quelques arbres rabougris.
A me^re qu'on se rapproche d'une moindre élévation au-dessus du niveau de la mer, les arbres deviennent plus grafids^ et Ton ttiouve enfin dans la secondi^ isone les jestes de ces belles forêts qui la couvraient autrefois tout entière.
Les premiers colons avaient d'abord défriché les terres qui bordent le rivage et forment la troisième lone; mais peu à peu ,,à mesure que le nombre augmenta, et. qu'il fut donné plus d'étendiie à la culture, on fut obligé d'élargir cette zone , de se rapprocher des montagties et d'abattre les arbres, qui, d'une part atrélaqt les nuages , pi:ocuraient à ce rocher les efeiui pluviales indispensables à la végétation, de l'autre retenaient les terres, qui entraînées par les torrens dans la mauvaise saison , laissent le roc à nu. On se priva pour l'avenir des' ressources infinies que pré-
«o sentaieat les forêts pour les besoins de la vie. Depuis un siècle , les créoles de Bourbon les exploitent sans aménagement, sans méthode, sans prévoyance , afin de pourvoir à la consommation du bois de chauffage, ainsi qu'aux constructions civiles et navales ; elles s'appauvrissent d'une manière inquiétante, et on le reconnaît déjà à l'élévation du prix des bois, causée autant par la rareté des arbres de grandes dimensions, que par la difficulté de les extraire des lieux d'exploitation et de les amener dans les quartiers ou bourgs. Il est temps de réparer ces désordres , et l'un des principaux moyens est la délimitation des concessions. S'il est reconnu qu'elles s'arrêtent à une hauteur déterminée , il n'existera plus de droit sur ce qui est au-delà , et l'on ne pourra plus s'y livrer à cette destruction journalière qui compromet si gravement l'existence de la colonie.
Les arbres les plus remarquables, soit par leur forme et leur essence, soit par leur emploi dans 1^ usages civils et maritimes , peuvent être présentés comme il suiti
Le bois puant (i) , généralement employé aux constructions navales, est devenu très rare, et quoiqu'il soit d'une difficile exploitation, parce qu'il affecte les parties des montagnes entrecoupées de ravines et dont l'accès présente beaucoup d'obstacles , le nombre de ces arbres diminue de plus en plus. Ce bois est compact , lourd et incorruptible. La sève corrode
(i) ^ecioiia ^xm^'iô. — C'est le teck de rinde , le Stinkohoat du cap de Bonne-Espérance.
le fer ; aussi doit-on choisir pour le couper la saison où elle a moins d'activité, et ne remployer que le plus sec possible. La couleur de ce bois mis en œuvre est d'un brun sale ; il se polit très*bien au tour.
Le benjoin est propre à tous les usages : on remploie à la charpente et à la menuiserie ; on en fait des bordages, des courbes, des membrures; autrefois on en trouvait de fort gros pour construire de grandes pirogues de peu de pièces , et de detites d'un seul bloc. C'est le seul bois de File qui puisse être employé au charronnage. Son écorce sert utilement au tannage des cuirs. Les noirs en font une tisane qui est , dit-on , un assez bon palliatif pour les maux vénériens. La couleur de ce bois mis en œuvre est d'un blanc tirant sur le jaune. Il est léger et liant , se reproduit facilement, et sa végétation est prompte; mais il est si utile qu'on le détruit par toutes sortes de moyens.
Le bois de natte à grandes et petites feuilles (i) fournit des arbres de vingt jusqu'à soixante pieds de hauteur, sur six , huit et quelquefois même douze pieds de circonférence. Ce bois est beau , solide et pesant, mais il n'est ni liant ni flexible. Le natte à grandes feuilles est le plus propre aux ouvrages de menuiserie; celui à petites feuilles, plus lourd, convient mieux aux travaux hydrauliques. La couleur de l'un et de l'autre est d'un brun foncé Itirant sur le rouge ; le natte à grandes feuilles est veiné de blanc, la couleur rouge est plus vive , mais elle perd son éclat et noircit en vieillissant. On fait avec tous deux
(i) Jiodkai di^Aeckt. Sonnùu. — ^^ûccuùa ^ Linnée. T. I. 6
Sa du charbon qui est très^rdent. Ces aii)Tes sont fort communs et se reproduisent aisément.
Le tacamaka est aussi de deux espèces , le rouge et le blanc. Il est très-léger, liant , propre à tout ouvrage de charp^ite. mais peu estimé pour ceux de menuiserie On s'en sert dans la construction des pirogues ; il fournit des courbes très-estimées pour leur élasticité; on remploie même pour mâtures. Il devient aussi gros et aussi élevé que le bob de natte. Le tacamaka fournit une gomme grasse et tenace qui est un bon suppuratif.
Le bois de fer (i) est de moyenne hauteur, trèsdur , d'une belle couleur faune : il a le grain très-serré et ressemble assez au buis, dont il n'a cependant pas la beauté. On l'emploie en marqueterie. On le dit incorruptible dans l'eau; exposé à l'air, il se conserve peu. '
Le bois blanc est très-grand , mais d'un mauvais emploi. On en fait , mais rarement , des lambris intérieurs , quand surtout ils doivent être recouverts de peinture. Il est très-accessible aux vers.
«Le bois noir, espèce de mimosa (2), est de médiocre grosseur. Il a été importé à l'ile de France en ï 767 par M. Grayell , créole de Bourbon , et introduit ensuite dans cette dernière ile , où il s'est naturalisé. Il étend ses rameaux autour de lui; il perd ses feuilles dans la saison opposée à l'été de l'Europe, et reste couvert d'une grande quantité de gousses qui contiennent
(1) DXL€6ucL(et.vea.
(2) Dïi'tmoACL îc%ecU.
sa graine 9 et qui, sèches alors, font un bruit désagréable, agitées qu'elles sont par les brises de cette époque. On se sert quelquefois de ce bois pour la charpente; il est très-propre à être converti en charbon. Mais ce qui le rend très-précieux à la colonie , et ce qui est son principal emploi , il sert parfaitement d'abri aux caféteries. Ses feuilles d'ailleurs sont un excellent engrais , et contribuent à maintenir la beJle végétation du cafier.
Le bois de roaho , qui croit dans les hauts, est léger, spongieux, et ne sert qu'au flottage. On fait avec un filament qui se trouve entre Técorce et l'aubier , des cordages utUement employés dans les habitations. En soignant davantage l'élaboration de ces filamens , on parviendrait sans doute à améliorer la qualité de ces cordages.
Le bois de pomme , le bois rouge, le bois de tan , et quelques autres peu estimés, sont employés aussi dans la charpente et dans la menuiserie commune : ils ne méritent pas d'être cités particulièrement.
Peu d'arbres à fruit sont naturels à File, si l'on excepte le pécher, qui croît spontanément dans les bois , et donne sans culture une innombrable quantité de fruits dont on fait de fort bonnes confitures sèches.
Le manguier, indigène de l'Inde, surtout de la côte de Malabar, et particulièrement de Goa, fut apporté par IML Le Juge. Cet arbre , qui , par son port et son feufllage , rappelle le pommier neustrien , se couvre y&n les mois de juillet et août de superbes girandoles de fleurs rosées , qui précèdent des fruits
déforme , de volume et même de goût extrêmement variés* Pendant long-temps il a végété dans les deux tles sans donner de bons fruits. La culture en a, comme toujours , amélioré la qualité; et c'est un service rendu par le bienfaisant intendant auquel les deux colonies sont si redevables , et dont je parlerai plus amplement , quand il sera question des arbres à épices.
Sur le penchant des montagnes, à l'entrée des plaines , croit le tamarinier, originaire aussi de l'Inde ; son feuillage épais, qui se compose d'une immensité de petites feuilles, fournit un ombrage sous lequel il est dangereux de se reposer en voyage , à cause de la grande fraîcheur qu'elles procurent. Il se <:harge de gousses remplies d'une pulpe brune à sa maturité , et que la médecine emploie utilement en beaucoup de circonstances.
L'oranger se fait reconnaître de loin par Fodeur embaumée de ses fleurs. Le nombre de ces arbres diminue beaucoup depuis quelque temps , et la qualité de leur fruit décroit aussi d'une manière remarquable. Ce n'est plus guère que dans le quartier de Saint-Leu qu'on en récolte. A cette famille appartiennent les arbustes qui produisent la vancassaye, fruit plus petit que l'orange, dont il a la forme, la couleur, la chair, mais d'un goût plus agréable, et la mandarine, jolie petite orange, dont le goût est aussi délicat que la forme gracieuse.
On trouve également à Bourbon le grenadier, assez connu en France, et le papayer, propre aux régions équatoriales ; le fruit de ce dernier est mangé cru par les créoles , et confit au sucre par les Européens.
Ses semences, et surtout la sève qui découle de sou tronc par incision comme un suc laiteux, passent pour de puissans vermifuges.
L'ayocat , nommé par les Mexicains ahuaca , et par les Espagnols aoucate , donne un fruit de forme oyale et de coubar verdâtre. Sa chair, enveloppée d'une forte pellicule , est de couleur pistache; on le mang« comme le melon au sel et au poivre , ou bien on le réduit en consistance de crème : mêlé avec du sucre , du jus d'orange ou de citron , ou , mieux encore , du vin de Madère , c'est alors un plat de dessert aussi agréable a l'œil qu^au goût Scm noyau donne une couleur violette très-solide. L'avocat est une espèce de laurier {^^oAwuA peit^c») ; il a été introduit par M. Le Juge.
Quelques dattiers, quelques cocotiers, sans être indigènes , ne paraissent pas trop étrangers au pays ; mais ils sont rares, et peuvent plutôt être considérés comme objet de curiosité et d'agrément. On cultive l^s premiers à Saint-PauL
Un autre étranger , dont l'importation est due à M. Poivre, et qui s'est familiarisé avec le pays, est le letchy (£u|>ftoûa^), d'origine chinoise, et d'une forme grave comme le peuple dont il est compatriote. Son fruit pend par grosses grappes , enveloppé d'une écorce rosée et rugueuse qui recouvre une pulpe dont le goût rappelle le muscat.
On naturalise depuis quelques années un arbre pomifère des Moluques , le mangoustan ( do/tc^a ) , dout le fruit rond et violet contient dans cinq, six ou sept capsules une pulpe d'une blancheur éclatante et du goût le plus délicat. L'écorce passe pour être
lrès-a8triDgeat)e , et pouvoir être employée avec succès daDS les dyssenteries. On le doit à M. Poivre.
Parmi les arbres qui réunissent l'agrément à Tulilité , on doit ranger le jam-rosa {€4M^mia.'Unnee): gar ni du pied jusqu'au sommet de feuilles nombreuses , d'un vert très foncé , il fournit une épaisse charmille,' très-utile pour préserver les jeunes plantationsdeTeffet trop violent des brises de Test. Il porte un fruit sphérique dont la pulpe a la couleur , le goût et le parfum de la rose.
Le rima ou faux arbre à pain ( XxJtcavtfuè u^cua, ) , fut introduit a File de France pendant l'administration de M. Poivre, par M. Sonnerat , qui était commissaire de la marine, et qui l'avait pris à Luçon. Une variété de cet arbre , dont le fruit est sans noyau , fut apportée de la mer du sud à l'île de France en 1800 par la BUlardière. Il couvre de ses larges feuilles dentelées un fruit nourrissant.
Le jacquier ( XnJtocMtpuA mte^ûfoÊ^ ) , voit sortir de son tronc de gros tubercules rugueux qui contiennent des amandes d'une odeur fétide et repoussante d'abord, mais lavées à plusieurs eaux, elles sont un mets dont les noirs sont très-friands.
L'ouattier , beaucoup plus connu à Ttle de France, et dont le fût est nu comme celui du cocotier et aussi élevé que lui , se couronne d'un chapiteau de longues feuilles lancéolées , et donnedesgoussesrempliesd'un duvet soyeux dont on garnit les oreillers.
Près d'eux le pyramidal filao ( e<uuwcima ) , qui a Fapparence du cyprès funéraire, s'élève ainsi que le badamier ( (?et«4«Ui«fSa cajuipf^ ) , qui de son tronc
laisse échapper de longues branches latérales, chargées de larges feuilles , et, comme un immense parasol y couvre un grand espace circulaire de son ombre rafratchissante* Ces deux arbres furent apportés de Madagascar par M. Rochon.
On cultive sur toutes les habitations le bananier. Llleen possède plus de seize variétés, dont les fruits diffèrent de couleur , de goût , de quantité et degros^ seur , mais sont tous aussi nourrissans. Leurs régimes pendent à travers de longues et larges feuilles d'un vert satiné, qui , continuellement agitées par le vent , semblent une infinité de lames sans cesse vacillantes.
Dois-)e parler ici du piment indigène, dont lesfruits brillent comme des grains de corail sur un feuillage du plus beau vert tendre , et de Tananas , ce roi des fruits , qui , couronné d'un magnifique panache vertpourpré , enferme sous les mailles de sa cuirasse une chair délicieuse, animée d'un jus acidulé où l'on retrouve l'odeur de la violette ?' On en connaît sept à huit variétés à Bourbon, dont une à fruit jaune et une autre à fruit rouge sont indigènes à cette île , et dont les autres ont été apportées de Madagascar , de Manille , de Gayenne et des Antilles.
Dans les ravines croissent sans culture plusieurs espèces de citronniers , entre autres le citron-gallet, petit fruit vert , de forme sphérique , d'une écorce très*mince et dont le jus fournit une limonade aussi saine qu'agréable.
Sur la pente des montagnes , on rencontre legouya* vier , dont la pulpe blanche ou rosée , mangée crue quelquefois , sert presque tou}Ours à hire d'eicel-
lentes confitures; le bibacier , dont le fruit jaune et faiblement acidulé pend en grappes sur une branche couverte d'un léger duvet ; plusieurs variétés de corossol , dont la plus agréable est l'athe ( ^cmuMna. èt\wcuuo6€(. ) ; sous une écorce de vertes écailles , son fruit renferme une crème éblouissante dans laquelle sont mêlées ses nombreuses semences d'un beau noir. M. Le Juge les importa dans ces îles.
Le palmiste ( Xteca, muLèa^aàcwùeuiU ) crolt sur les limites de la première région. Son tronc est , comme celui du palmier, formé de linéamens réunis et enveloppés d'une écorce semblable. Il porte à une hauteur de sept à huit pieds un bouquet de palmes, dont on fait de fort bonnes couvertures pour les cases à noirs, les magasins, les poulaillers, etc. La sommité, d'où partent ces feuilles, contient, sous plusieurs écorces grossières d'abord, mais qui deviennent déplus en plus mioces, blanches et agréablement découpées, ce qu'on appelle le chou-palmiste j mets très-délicat de quelque manière qu'on le prépare. Pour avoir ce fruit , il faut abattre l'arbre , qui , du veste, n'est propre qu'à faire des clôtures : il se reproduit heureusement avec promptitude.
Le latanier, qu'on peut ranger parmi les dattiers , ne pousse bien que vers le bord de la mer. Il s'élèye peu ; son tronc , de la même nature que le palmiste, se charge de feuiUes^ lancéolées , propres à couvrir les toits. Quand elles sont jeunes , on en fait de menus cordages pour le service des habitations. Le latanier donne un fruit dont les cochons se nourrissent. On le cultive avec soin : il réussit très-bien.
Le pignon d'Inde borde les haies ; ses branches se chargent , au milieu de feuilles rondes et largement festonnées , d'une noix dont on extrait de l'huile à brûler. Ce fruit a une propriété vomitive assez énergique, mais à laquelle on remédie promptement en plongeant les pieds dans l'eau froide.
Le vacoa (i) est une sorte d'arbuste qui pousse en spirale , et se garnit de feuilles longues et étroites , épaisses et très-fortes, dont on fait des sacs. Il vient bien partout, mais il se platt mieux dans un terrain sablonneux et voisin de la mer. Il est devenu l'objet d'une culture soignée depuis que l'établissement des sucreries nécessite l'emploi d'une grande quantité de sacs. Il produit un fruit qui ressemble quelque peu à la pomme de pin et pourrait servir à la nour* liture des cochons ; mais quand il porte le fruit , ses feuilles ne valent plus rien , et l'on détruit l'arbuste pour avoir de nouveaux plants qui procurent de nouvelles feuilles , propres a être mises en œuvre quand elles ont cinq à six pieds de long. Le tronc de cet arbuste est sans utilité.
Le comte d'Estaing apporta à Bourbon le bancoulier , dont la noix fournit de l'huile à brûler. On pourrait étendre plus qu'eUe ne l'est la culture de cet arbre; ses produits seraient d'un économique emploi dans un pays qui tire presque tout son combustible de Tétranger.
Enfin Gommerson laissa dans les deux lies , à son retour d'Otaiti, l'évi, dont le fruit , auquel on
(0 $<uid<fMi^ u4>i^.
donne le même nom , mais que Bougainville appela le fruit de Cythère , cache sous une pulpe dorée un noyau épineux. Il est de la couleur et de la grosseur du coing.
L'importation la plus considérable d'arbres fruitiers faite dans cette tle, est celle qui eut lieu en 1817. Lorsque M. Marchant , qui avait été sous-préfet de Bourbon avant la conquête, en fut nommé ordonnateur lors de la rétrocession en i8i4 9 il obtint du gouvernement une ample collection d'arbres fruitiers. M. Bosc 9 inspecteur des pépinières du Luxembourg , voulut bien présider lui-même au choix des plantSa Ils furent expédiés de Paris sur le Havre , où les événemens de 1 8 1 5 les retinrent assez long-temps. M. le baron Desbassyns de Richemont , nommé en 1816 successeur de M. Marchant, s'occupa avec intérêt de cet envoi presque oublié. On le transporta du Havre à Rochefort où il fut embarqué sur les flûtes le Gob et la Normande. M. N. Bréon, élève du muséum de Paris , et auquel devait être confiée la direction du jardin du roi dans la colonie , fut chargé de l'accompagner. Les deux, bàtimens arrivèrent au mois de juin, c'est-à-dire dans la saison froide ; un habitant, M. Greslan, offrit au gouvernement un terrain dont il était propriétaire , au mont Saint-François , dans les hauts de Saint-Denis. Les' arbres européens y furent transportés. Cet em* placement est élevé de 296 toises au-dessus du niveau dé' la mer; sa température habituelle est de 12 à i4'' de Réaumur : la disposition circulaire du terrain permet de choisir les expositions convenables ; des
eaux courantes y que Ton peut distribuer à son gré, l'arrosent constamment. On devait espérer que ces avantages favoriseraient un succès pour lequel on ne pouvait vraiment entrevoir que des chances favorables : et en effet , sous la direction de M. N< Bréon , et par les soins de son frère aine , qui fut spécialement attaché à cet établissement , ce terrain , qui était presque abandonné, est devenu un magnifique jardin, où trois ans après on possédait de précieuses richesses, et dont la disposition méritait déjà de fixer l'attention du voyageur. Pour ne parler ici que des arbres fruitiers , voici Fespèce d'inventaire qui fut fait en 1820.
294 individus de 22 variétés de pommier.
poirier.
prunier.
pêcher.
abricotier.
mûrier.
amandier.
cerisier.
framboisier.
noyer.
olivier d'Europ,
Groseilliers blancs et rouges en grappes et à maquereau.
On avait déjà distribué aux habitans près de huit cents individus de ces arbres. Les greffes se multipliaient et Ton concevait Fespoir, qui s'est réalisé depuis , de continuer annuellement ces distributions.
Les aii>res portant fruit à noyau ne paraissent pas jusqu'à ce jour se plaire dans le pays , où cependant le pêcher vient sans culture dans les bois , et où le cerisier couvre spontanément les environs du piton de Villers jusqu'à l'entrée du quartier Saint-Pierre.
Plus de douze variétés de vignes des environs de Paris faisaient partie de l'envoi préparé en 1 8 1 4 ; elles avaient beaucoup souffert des gelées pendant leur séjour au Havre, et plusieurs plants étaient morts ou hors dYtat d'être embarqués quand le convoi parvint à Rochefort, en novembre i8i6. Destiné moimême alors pour la colonie , j'obtins de M. de Lareinty , intendant de la marine en ce port , où j'attendais mon embarquement , que M. Bréon , qui s'y était aussi rendu, fût envoyé à Bordeaux pour remplacer les plants de vignes qui avaient succombé au froid de la Normandie , et compléter l'expédition par l'achat de plusieurs variétés propres au pays de Médoc(i).
(i) Gonsignoos ici le nom de M. Nicolas Bréon. Outre la part qu'il a prise à cette intéressante importation, cet estimable agronome a cherché à répandre dans la colonie les meilleures pratiques de culture. Aux conseils qu'il donne dans ses fréquens voyages , il joint l'exemple dans les deux jardins placés sous sa direction , dont il a revivifié l'un et créé l'autre avec le zèle d'un homme qui veut être utile sans prétention et qui fait le bien sans vanité. Par sa correspondance et son activité, il a enrichi les jardins d'une quantité considérable de plantes nouvelles , la pluparlutiles , quelques-unes d'agrément. Il en a rapporté lui-même un grand nombre de plusieurs voyages à Madagascar et en Arabie. Profitant avec autant d'intelligence que de bonheur de la position favorable de l'île
Enfin, lorsqu'en 1818 M. le baron Milius vint
prendre le gouvernement de File Bourbon , il eut la
bienveillante sollicitude d'apporter de Constance,
lors de sa relâche au cap de Bonne-Espérance , douze
Bourbon , il s'est établi rintermédiaire entre TEurope et l'Amérique d'une part , une portion de TAFrique et de l'Asie de l'autre. Ses envois ont procuré au jardin du roi à Paris beaucoup de plantes qui lui manquaient. C'est à ses soins que Cayenne , le Sénégal , les Antilles doivent une foule d'arbres et de plantes dont l'envoi, réclamé par ces colonies, avait été prescrit par le ministre *. Pondichéry, Madagascar, et le jardin botanique de Calcutta , en échange des cadeaux qui leur ont été faits, ont envoyé de riches présens qui se naturalisent dans l'un ou l'autre des jardins de Bourbon, dont l'un , comme nous avons vu, a une température moyenne de 12 a 14 degrés de Béaumur , tandis que l'autre , qui n'est qu'à vingt toises au-dessus du niveau de la mer, jouit d'une chaleur moyenne annuelle de 10 degrés Réaumur. £n s'attachant particulièrement à celles qui offrent des denrées précieuses, peuvent augmenter les ressources alimentaires du pays, ou sont utilement employées par la médecine , M. Bréon a donné ses soins aux végétaux qui ne sont encore connus que par leur rareté ou leur beauté , regardant cette partie de ses richesses comme un accessoire agréable , mais s'attachant constamment au but principal de l'établissement, qui est l'utilité et l'amé-
* Je citerai spécialement l'enToi fait à Cayenne en i830,par lei ordres de H. le baron Milius : il cooMstait en arbres , plantes , oiseaux , poik-sons. H avait été confié à M. le baron de Mackan, qai fut assez beorenz poar le débarquer presque sans perte.
La plupart des oiseaux (Martin) sont morts, les poissons (Gourainy ) TÎTentbien, mais ne multiplient pas. Les arbres et plantes ont parfaitement réussi. Aussi M. Milius , qui de Bourbon était passé au gouTerne. inent de la Guyane, a eu la satisfaction d'y voir prospérer un envoi auquel il avait pris tant de part.
plants des vignes de cet excellent crû ; ils furent distribués aux colons qui avaient eu déjà part à la distribution des premiers.
La vigne donne deux fois par an à Bourbon d'excellent raisin : on en compte plus de seize variétés dans la colonie , où elle était au surplus cultivée depuis long-temps. Il parait constant que les premiers plants furent apportés vers 1722 , pendant le gouvernement de M« Desforge-Boucher, qui y introduisit aussi lolivîer de Provence : ce dernier ne réussit pas.
Pendant la longue guerre de la révolution , la colonie avait éprouvé une disette à peu près complète de vins de France. Les neutres y apportaient des vins étrangers qui y étaient maintenus à un prix élevé. Quelques habitans , et surtout M, Chrétien , de Saint-Paul, et M. Hime, de Saint -Denis, essayèrent alors de faire du vin avec le produit de leurs vignes ; ils réussirent. La liqueur qu'ils obtinrent se rapproche du vin de Madère ou plutôt du vin du Cap. Ce n'est plus qu'un objet de curiosité, et l'on ne peut penser qu'il s'établisse jamais à Bourbon de vignobles suffîsans pour fournir à la consommation de la colonie.
lioration de ragricuUiire. ( Le catalogue des plantes cultiv^ées dans les deux jardins de Bourbon a été publié plusieurs Jais y notamment dans les Annales maritimes et coloniales ^ a« partie, i8a8, p. 761. )