ETANGS
Il existe plusieurs étangs à Bourbon. Presque tous se troavent dans la partie sous le vent, au bord de la mer , du moins pour les plus grands; un seul est situé dans la partie du vent.
Le plus étendu de tous est celui de Saint-Paul. Il couvrait autrefois l'espace compris entre la montagne et le banc de sable et galet sur lequel le quar-* tier est assis. Sa forme alors était à peu près celle d un triangle rectangle , dont la base était ce banc de galet sur une longueur d'environ douze cents toises , a partir des trois ponts jusqu'à la ravine de Bernica ; le petit côté était formé par les bords de la plaine du bout de l'étang ; sa longueur était d'environ huit cents toises : le pied de la montagne formait l'hypothénuse; l'embouchure qu'il s'ouvre pour couler à la mer, est précisément à l'angle droit du triangle. Cet étang était beaucoup plus vaste qu'aujourd'hui; les bois supérieurs retenaient encore les terres, et les nombreuses ravines , qui y portaient alors des eaux pures, contribuaient par leur volume et la vitesse de leur courant à entretenir sa profondeur ; mais depuis les défrickemens , depuis que les terres ameublies ont pu être entraînées par les torrens , elles <mt successivemoit exhaussé le fond de l'étang et diminué son étendue ; les joncs ou glayeuls y ont extrêmement
multiplié; en retenant les terres, ils empêchent qu'elles ne soient emportées à la mer, et ont donné naissance aux rizières et aux jardins qui couvrent maintenant un grand espace autrefois inondé. C'est aussi a ces attérissemens qu'est due une fort belle promenade , plantée de deux rangs d'arbres , où l'on jouit , sous leur ombrage, de la fraîcheur qu'entretient le voisinage des eaux. L'étang de Saint-Paul, précédemment très-poissonneux et couvert de gibier aquatique, n'est plus aujourd'hui qu'un marécage , au milieu duquel reste un canal qui souvent n'a pas plus de trois à quatre toises de largeur , quoique dans quelques parties il en ait cinquante à soixante.
L'embouchure par laquelle les eaux de cet étang se rendent à la mer a ordinairement une largeur de vingt à trente pieds , et le plus souvent une profondeur de huit à douze pouces seulement. Le fond de l'étang , qui n'est qu'un lit de galet et de sable recouvert de terre, étant plus élevé que le niveau de la mer , le cours de ses eaux est très-rapide ; mais il est interrompu quand la mer est houleuse et lors des raz de marée , qui sont assez fréquens depuis mai jusqu'en septembre. Alors l'étang se gonfle , ses eaux s'élèvent, elles inondent les alluvions; mais bientôt si la mer n'a apporté que peu de sable , et n'a amoncelé que peu de galet, elles les entraînent avec elles, et coulent en torrent jusqu'à ce que l'équilibra soit rétabli. Si, au contraire, le rivage offre une trop forte résistance que les eaux de l'étang ne puissent vaincre, on est obligé d'ouvrir le passage à force de bras.
La ravine de Saint-Gilles, à l'ouest de la baie dt Saint-Paul , en s'élai^issant vers le bord de la mer , laisse entre ses berges un espace qui formait autre^ fois un étang, alimenté par les ravines aflOluentes, dont les eaux étaient, comme à Tétang de Saint-Paul, retenues par les sables du rivage. Les mêmes causes ont produit les mêmes effets , et Tétang de JSaint^ Gilles, presque comblé par les terres qui y ont été entraînées , est en grande partie couvert de rizières et de jardinages.
Plus loin dans louest , et sur le territoire de la commune de Saint-^Louis , une langue de sable blanc très-basse, mais préservée par les récifs du choc de la lame, couvre un espace plus bas encore où les eaux de la mer pénètrent lors des raz de marée , ou quand elles sont violemment poussées par des vents d'ouest et de sud-ouest. Ce bassin, qui a reçu et donné à cette petite contrée le nom d'étang salé, est une saline naturelle, exploitée par les habitans des environs, et qui offre une ressource précieuse à dé pauvres familles.
 une lieue environ, en continuant de suivre la côte , on trouve Tétang du Gol, formé par les eaux des ravines et des ruisseaux, qui, descendant des montagnes du quartier Saint-Louis, sont retenues le long du rivage par un banc de sable, refoulées sans cesse par la mer, et n'y prennent cours que lorsque leur masse , parvenue à une certaine élévation , peut forcer l'obstacle qui leur est opposé; mais comme la mer est continuellement houleuse dans cette partie , le banc de sable ne tarde pas à se reformer, et l'étang
à se remplir. Il a près d'un quart de lieue de long sur une moindre largeur habituelle, mais qui augmente considérablement dans la saison des pluies ; cet étang est poissonneux.
De ce même côté de Tile, mais dans l'intérieur, au bas de l'escarpement qui suit le petit Bénard, peu loin du piton des neiges , et à trois ou quatre lieues de la côte , derrière le quartier Saint-Leu , est l'étang de Cilaos, formé par les eaux que retiennent les forêts élevées qui environnent une plaine de plus de deux lieues dé circonférence.
 une lieue et demie de cet étang, et dans le sudest , se trouve le bassin des Chites , que l'on peut aussi considérer comme un étang ; il dégorge dans le bras de la plaine , qui vient à son tour se jeter dans la rivière Saint -Etienne. Il y a aussi trois à quatre lieues du bassin des Chites à la mer.
De l'autre côté de l'île, sur le territoire de la commune de Saint-Benoit , est le grand étang , comme une coupe dont les bords très-élevés sont couverts de bois. Durant la saison des pluies il se remplit d'eaux qui s'évaporent le reste de l'année. Celui-ci , qui est éloigné de la mer de quatre à cinq lieues , et qui est un agréable rende^vous de chasse , n'est habité que par des oiseaux et quelques cabrits marrons. Il est à une demi-lieue du chemin de la plaine, sous la plame des palmistes.