RIVIERES, RUISSEAUX, RAVINES
Un nombre consid^jrable de rWières et de raviaes sillonnent la surface de Tîle Bourbon, et, comme autant de rayons, tendent vers la mer, qu elles atteignent en divers points de la circonférence.
On en compte quinze dans la partie :du v«nt depuis le pays Brûlé jusqu'à Saint-Denis ; ce qui comprend une étendue de côtes de 7 myriam. 17 cent. (18 lieues). De ce nombre, huit sont sur le seul quartier Saint-Bendit. Sous le vent du Brûlé, jusques et y compris Saint-Paul, sur un développement de cdtes de 12 myriam. 63 cent. ( 27 lieues ) , il n'en n'existe que cinq. Cette abondance d'eaux dans la partie du vent , ainsi que les rosées abondantes et les brouillards humides qui la rendent si fertile et si productive , sont dues, comme il a déjà été expliqué, à ce que les montagnes, dont les pentes plus roides et les somuiités plus élevées sont encore pourvues d'arbres , y retiennent les nuages sans cesse apportés par les vents de sud^est , et qui s'y résolvent, ne pouvant traverser rue.
Des quinze rivières de la partie du vent, huit seuleoientj méritent ce nom, moins cependant par le volume habituel de leurs eaux , que par la longueur et la rapidité de leurs cours, la promptitude et l'élévation de leurs crues.
lOO
La rivière de l'Est, qui sert de limite entre les T^ommunes de Sainte-Rose et Saint-Benoit, a sa source au bas de la plaine des sables ^ entre le piton de la rivière de TEst, les deux petites Tables et le cratère Haûy; son cours est d'envinm trois lieues. Resserrée long-temps entre les montagnes , elle marche ensuite vera la mer sur un lit trè»-fairge, où elle creuse sa roule , tantôt a gauche , tantôt à droite ; die en change avec une telle promptitude , qu'un voyageur qui , lorsqu'il s'est engagé dans le lit de la rivière , ayail 'l'eau courante devant lui, la vue peu après venir derrière lui , et a ainsi traversé à pied sec. Les crues jde cette rivière sont subites ; ses eaux s'élèvent fHomptement à une grande hauteur, et retombent tout aussi vite à leur niveau ordinaire ; leur courant est en tout temps extrêmement rapide, et d'autant plus dangereux que son lit est embarrassé de roches mobiles qui roulent sous le pied* Elle est trop large et ses crues sont trop fortes pour qu'on regi^rde comme possible de la couronner d'un pont - au lieii où elle coupe la route. Peut-être y parviendrait «on lorsqu'elle est encore engagée dans les montagnes ; ce seraitle monument le plus utile, et en même temps le plus hardi.
La rivière des Marsouins traverse le quartier St-Benotty et sépare la portion la plus habitée, que l'on appellele Bourg, et où se trouTe la population agglomérée , du lieu où sont situés l'égtfseet le pi^sbytère. Sa source est au milieu de l'Ile , son cours de cinq à six lieues : elle a peu d'eau ordinaii^ment , inaisdans la saison des pluies elle croit considérablemeut et re-
loi çoit plusieurs ruisseaux et raviœs d'autant plus abondaus qu'ils sont au milieu des forêts et au pied des montagnes. Comme ses bords sont peu élevés , elle ne tarde pas à les atteindre et à couvrir les teites adjacentes, ce qui n'est pas toujours sans danger pour les habitans riverains, et sans risques pour leurs intérêts : on la traverse sur un pont.
La rivière des Roches a un cours moins étendu ; ses rives sont plantées presque depuis sa source jusqu'à la mer. Il pleut souvent dans ses enviroBS , ^t ses eaux toujours abondantes s'élèvent fréquemment : son courant est rapide , et au lieu où elle coype la route, quoiqu'on ait pris soin de faire en aval 4u g^é une chausée en pierre qui laisse plusieurs pasfages à l'eau, et de niveler le fond, il arrive souvent qu'il est encombré de roches qu'elle entraine 9 ce qui le rend difficile en tout temps et souvent dangereux: il n'y a jamais moins de deux pieds d'eau. Les environs de ce passage n'étant point habités, .les accident y sont sans remède. C'est une des rivières où il serait plus utile et plus facile en même temps dq placer un pont : on en a souvent émis le.yœu^s
La rivière du Mat ou Dumas , très-enoaisséé dans les montagnes , a , comme la précédente , sa source environnée de mornes et de forêts : elle a toujours beaucoup d'eau, son lit est lai^e au gué , son courant rapide et le passage dangereux. Un pont y était indis* pensable ; on vient d'y en placer un de œux en fer que la colonie a fait venir d'Europe. Cette rivière est la limite entre les quartiers St-Benoit et St-^ndré.
La rivière St-Jean, qui sépare le quartier ^t-An*
dré du quartier Ste-Suzanne , laisse tranquillement ses eaux souventbourbeuses se rendre à la mer. Dans la saison des pluies , elles se gonflent d'autant plus qu'elles ont moins de courant. Excepté dans cotte saison , elles présentent peu de difficultés pour la traverser.
La rivière Ste-Suzanne, après avoir coulé longtemps dans les hauts , vient enfin à une demi-lieue de son embouchure se précipiter en cascades dans la plaine , qu'elle parcourt ensuite avec beaucoup de sinuosités , semblant aller à regret mêler ses eaux à celles de la mer, où elles ne parviennent qu'à travers un banc de galet. Durant l'hivernage, cette chute , qui a cent cinquante pieds environ, est du plus bel effet. Les eaux de la rivière se gonflent alors et interrompent les communications : on rencontrerait beaucoup moins de difficultés là qu'à la rivière des Marsouins à construire un pont , soit en maçonnerie , soit seulement en charpente, et la dépense serait bien moindre.
La rivière des Pluies, qui la plupart du temps ne se fait reconnaître au voyageur qui parcourt la grande route que par des ravins desséchés, encombrés de roches à droite et à gauche, lui opposé quelquefois des obstacles infranchissables. Sa source est entre la plaine des Chicots et la plaine des Fougères. Elle coule abondamment dans les montagnes et en descend vers l'endroit qu'on appelle l'Éperon de Moka. Après avoir fourni de là jusque vers le Chaudron à plusieurs beaux établissemeos de sucrerie, elle se cache dans un vaste terrain d'al-
io3 luvion, et conduit souterrainement ses eaux à la mer : mais dans ses crues elle arrive en mugissant , remplissant à pleins bords les bras différens entré lesquels elle se divise, tout profonds qu'elle les ait faits, renyersant ce qu'elle rencontre , entraînant avec elle des roches énormes , des arbres entiers. C'est la limite entre les communes de Sainte-Marie et de Slaint- Denis.
La rivière Saint-Denis est à l'ouest de la ville , au pied de la montagne qui se termine par le cap Bernard ; elle a sa source au bas de la plaine des Chicots , à peu de distance de celle de la rivière des Galets. Comme la précédente, eHe coule long-temps solitairement entre des montagnes très-élevées. Tranquille la plupart du temps , elle remplit tout son lit dans la saison des pluies, et vient quelquefois interrompre , à son embouchure , la communication entre ses deux rives , non sans y causer de grands dégâts. Son cours, quoique plein de sinuosités , est alors très-rapide, et ses eaux, quelque abondantes qu'elles soient, sont bientôt écoulées (i).
(i) Un des projets d'embellîsemeat et d'amélioration du quartier SaintrDenis est de border la droite de la rivière, à partir du radier qui la traverse, d'un quai planté d'arbres , ce qui procurerait l'avantage d'encaisser la rivière d'un côté , et de débarrasser cette partie basse de la ville des échoppes qui l'obstruent , empêchent la circulatiou de Tair , sont les lieux de recel des objets volés Iqrs des débai*quemçns , la réunion des lieux de débauche et des cantines fréquentés par les marins et par les noirs, nuisent au maintien du bon ordre et rendent difficiles la suj^yeillance et Faction de la police.
io4
Nous ne citeroDs que par leur nom les filets d'eau que Ton qualifie de rivières, trop peu importans pour être spécialement décrits. Ce sont, dans la commune de Sainte-Rose, la rivière des Cascades , dans la commune de Saint-Benoit , entre les rivières de l'Est et des Marsouins , celles de Saint- Pierre, Sainte-Anne, Sainte-Marguerite, Saint-François , et celle de Sainte-Marie , dans la commune de ce nom.
Des cinq rivières de la partie ^ous le vent , trois sont insignifiantes , soit par le volume de leurs eaux , soit par la largeur de leur lit. Ce sont , dans la commune de Saint-Paul , la rivière Saint-Gilles ; dans la commune de Saint-Pierre, la rivière d'Abord; celte du Rempart , dans la commune de Saiut-Joseph ; mais celles des Galets et Saint-Étienne méritent qu'on en fasse une mention particulière.
La première, celle des Galets, a sa source dans les montagnes , peu loin de celle de la rivière Saint- Denis : comme celle-ci , elle est long-temps trèsencaissée, et quand elle entre dans la plaine , elle le fait avec un bruit continuel, qui augmente lors des crues et devient effrayant. Son lit est alors si rempli, les eaux si élevées, le courant si rapide , il entraîne tant de roches qu'il serait imprudent de se risquer à la franchir : c'est une de celles où le besoin d'un pont se fait le plus sentir^ et aussi pour rétablissement duquel il y^a plus de difficultés.
La rivière Saint-Étienne, qui sépare les communes de Saint-Louis et de Saint-Pierre, a sa source fort loin de son embouchure, au travers des montagnes
io5 «
qui bordent la partie sous le vent Elle coule entre elles pendant six lieues et reçoit des ruisseaux qui en font une rivière assez pleine près de son embouchure. Son lit, ordinairement peu large, s'agrandit dans les crues; elle coule alors avec impétuosité. Elle portait inutilement ses eaux à la mer ; une partie d'elles , détournée dans un utile et beau canal, va rendre la vie à un terrain depuis long-temps aride et stérile. Le gué de cette rivière est souvent dangereux, comme tous ceux que nous avons décrits, par la rapidité du courant, l'abondance des eaux et les roches qu'elles entraînent.
Il n'est pas sans intérêt de remarquer ici que plusieurs des rivières dont il vient d'être parlé , ont à leur embouchure des terrains d'alluvion plus ou moins étendus. Les blocs de lave et de basalte, entraînés par les eaux , froissés sans cesse entre eux dans leur cours rapide et inégal , et décomposés en partie , s'arrêtent enfin quand ils rencontrent les eaux de la mer qui s'opposent à l'impétuosité, des torrens. Les pluies auxquelles ces torrens sont dus , ont d'ailleurs dépouillé les montagnes des terres qui les couvraient; mais parvenus au point de jonction, ils y déposent dans leur immobilité ces terres tenues jusqu'alors en suspension; elles se mêlent aux rochiçsy exhaussent ces fonds et forment enfin ces terrain^ alluvionnaires qui deviennent cultivables à mesui:^ qu'on s'éloigne des premiers tciâps de leur création. Depuis que le9 excavations immenses au fond desquelles coulent les rivières ^ acquièrent plusf de {argenre leur pente devient moins roide, les éèûuUs àfi-^
io6 viennent plus rares; la fréquence des pluies diminue à mesure que Ton dépeuple les forêts ; les torrens moins fougueux entraînent moins loin une moindre quantité de roches et de terres ; le terrain d'alluvion s'étend moins. Les rivières qui en ont formé de plus grands sont celles dont le cours intérieur est plus long, dont les escarpemens sont plus élevés , dont le volume d'eai^ est plus considérable , dont le courant, plus rapide dans les montagnes, s'adoucit près de l'embouchure et se balance avec les eaux de la mer. Ainsi la rivière du Mat a formé la vaste étendue actuellement bien cultivée , qu'on nomme le Chamborne , où ' les roches se sont tellement amoncelées, qu'elles ont forcé la rivière à se courber vers l'est. Ainsi la' rivière des Pluies a produit ce terrain , encore en partie inculte, qui s'étend de la Mare au Butor. Ainsi l'on doit à la rivière des Galets cette pointe très-avancée dans la mer, et la vaste plaine bornée à l'est par le cap de la Possession et qui se prolonge à l'ouest vers le cap Lahoussaie , aidée qu'elle a été de ce côté par les nombreuses ravines qui tombent des montagnes du quartier Saint- Paul. Les moindres rivières déposent aussi à leur embouchure les terres qu'elles charrient , derrière la ceinture des Galets qui les retient, tandis que les eaux la traversent pour se perdre dans la mer. Ainsi la rivière Sainte-Marie , dont l'embouchure , formant un bassin régulier , avait donné lieu autrefois au projet d'y établir un port, voit aujourd'hui ce bassin rempli d'une excellente terre végétale , éminemment propre à la culture des plantes légumineuses. Les ri^
▼ières Saint-* Denis, Sainte -Suzanne, Saint -Jean, Saint -Gilles , présentent le inéme effet, et il en est à peu près de même de toute» les autres.
Il est superflu de noler Tinnombrable quantité de ravines qui coupent trop fréquemment la grande route. Les pluies abondantes autrefois creusèrent ces lits de torrens , dans lesquels il n'y a d'eau que pendant quelques jours tle rhivernage; ils sont secs durant le reste de Tannée. 11 en est qui sont extrêmement profonds , dont les bords sont fort escarpés et qui rendent vrair ment difficile cette portion de chemin , excepté pour les piétons , qui n'y ont au reste que de la fatigue. On a pratiqué partout des rampes pour en faciliter l'accès. Les plus remarquables sont , au vent, la ravine du Bois blanc et la ravine des Chèvres ; sous le vent, celles de la grande Chaloupe , delà petite Chaloupe , la ravine de l'Ermitage et celle des Trois^-Bassins , la grande et la petite Ravine , la ravine des Châteaux , celles du Trou et des Avirons , de Langevin , de la basse Vallée , de Baril , de la Mare longue. Il n'échappera pas que s'il y a plus de rivières dans la partie du vent , il y a plus de ravines dans celle sous le vent ; ce qui confirme et justifie la théorie exposée dans un précédent article et au commencement de celui-ci.
iq8
ROVTES.
A MEsûBE que la population augmenta, que les défrichemens 8'étendir^it, que les produits devinrent plus nombreux , il fallut rendre les communications plus faciles , les moyens de transport plus commodes, et ajouter à la voie de mer , qui n'était pas toujours praticable , celle de terre , qui , pour avoir plus d'embarras, avait moins de danger. On ouvrit d'abord des sentiers; plus tard on les élargit, on les perfectionna par la suite , et l'on obtint enfin les routes actuelles.
Celle qu'on appelle route royale fut tracée dans le double but de servir au transport des denrées jusqu'aux lieux d'embarquement , et aux communications nécessaires à la défense du pays. Aussi la voyonsnous suivre presque partout le bord de la mer, et ne s'en éloigner que dans le seul quartier St-André , pour arriver plus tôt au passage de la rivière du Mat.
Plus baut est une autre route qu'on nomme che-^ min de Ligne , et qui fait une seconde ceinture ; elle fut nécessitée par l'extension des défrichemens : on la considère comme chemin vicinal ; eUe est moins large , plus sinueuse que la première , avec laquelle elle communique souvent par d'autres chemins ou sentiers, qui sont presque toujours perpendiculaires aux premiers , suivent assez ordinairement les limites des habitations , et en ont pris le nom de chemins
de borne. La roule royale et le chemin de Ligne se . réunissent souvent, notamment au passage des ri- ▼îères principales. D'autres communications se sont établies par d'autres chemins de borne avec les habitations supérieures. L'abord des sources a rendu indispensables des servitudes que Ton appelle chemim d'eau^ et qui souvent traversent les propriétés particulières. Il ne sera traité ici que de la route royale.
Il est assez difficile de se reporter aujourd'hui au temps où elle fut tracée : on eût pu , en étudiant mieux le terrain, faire un chemin moins dispen-* dieux , plus court , et que n'eussent interrompu ni l'ennemi ni les crues d'eau; mais il est vraisemblable que ce fut â mesure que les défrichemeos eurent lieu qu'on ouvrit les cheinins , et naturellement on dut suivre la côte , puisque ce fut là que les premiers établissemens de culture furent formés.
Dans la partie du vent , on n'eut qu'à adoucir le passage de quelques ravines , à améliorer les gués de^ rivières; mais il n'en fut pas ainsi sous le vent : ce ne fut pas sans peine que l'on triompha des obstacles que le sol présentait ; aussi dans la première la route est belle, large, solide, praticable partout, soit aux charrettes lourdement chargées , soit aux calèches et aux légers cabriolets, tandis que dans lautrc elle n'est ouverte qu'aux piétons et aux cavaliers , et ne pourra, du moins dans la plus grande partie, être jamais pratiquée que par eux.
En sortant de Saint-Denis pour aller au vent , on trouve une chaussée réparée en 1817 et 1818, et
^qui, si elle était ombragée, offrirait une agréable promenade. Des arbres ont été plantés; quelquesuns réussissent, beaucoup sont chétifs et viennent mal; ou ea détruit souvent malgré la surveillance. A peu de distance de la ville, la ravine du Butor, et bientôt après celle des Citronniers,, coupent désagréablement la route, qui parcourt de là une plaine d alluvions déjà anciennes , mais pas assez pour qu'elles puissent être cultivées. La rivière des Pluies se partageen plusieurs bras, un peu en amont du chemin royal et au-dessous du chemin de Ligne ; elle creuse dans le premier, pendant la mauvaise saison , des lits profonds qu'elle encombre de roches et de terres , et qui restent desséchés durant le reste de Tannée où les eaux se rendent souterrainement à la , mer. Cette portion du chemin est d'autant plus pénible au voyageur, que son aridité contraste avec les cultures extrêmement vivaces qui couvrent la pente des montagnes voisines. On arrive ensuite à un plateau très-productif et bien cultivé , nommé la Mare , élevé de quelques toises seulement au-dessus du niveau de la mer, et l'on parvient à la rivière Sainte-Marie, que l'on traverse sur un gué pavé. A peu de distance la ravine du Charpentier, où l'on voit un filet d'eau courante au milieu des blocs qu'elle a apportés jusque-là dans les mois pluvieux, borne une espèce de Delta formé des terres qu'y a déposées la rivière Sainte-Marie , et dont l'autre limite à l'ouest est la ravine du I^arc. Cet excellent terrain est cultivé en jardinage et d'un très-grand rapport. Là y commence une montée à laqueUe, en la proloft-
m géant , on pouvait donner une pente plus douce , et qui conduit à Téglise de la paroisse de Sainte-Marie , éleyée, comme presque toutes celles de la colonie, sur le bord du chemin. Il est bordé jusqu'à la ravine des Chèvres d'une double plantation qui l'ombrage et le sépare des champs de cannes et des caféteries au milieu desquelles il est dirigé.
Une pente bien ménagée conduit au fond de cette ravine , où un pont en maçonnerie conduit de l'autre côté que l'on remonte par une semblable pente ^ et l'on arrive au haut du coteau de Bel-Air.
De là on jouit du plus charmant paysage : une plaine d'une vaste étendue est à vos pieds , coupée par plusieurs rivières d'une eau tranquille , occupée par diverses habitations et parles premières girofleries de la partie du vent, par des bosquets de cafiers, des rizières, des champs de cannes et de mais, que la teinte différente de leur couleur verte fait distinguer. La mer borde la gauche de ce tableau. Sur la droite, on compte distinctement les divers plans de montagnes qui s'éloignent vers l'intérieur. Devant soi la route se prolonge vers une des plus agréables portions de l'Ile , qui conserve le nom de Quartier franrfais ; rien en effet ne rappelle plus la France aux yeux d'un Européen que ce fertile pays.
Bientôt on est arrêté par la rivière Sainte-Suzanne. On la traverse , soit sur la route elle-même quand les eaux sont à leur hauteur habituelle, soit après quelquespluies par un léger détour, à un gué moins large et plus facile.
Un pays plat, fertile, arrosé de plusieurs ruis-
seaux et ravines , où Ton ne trouve qu'un pont en bois , s'étend jusqu'au gué de la rivière Saint-Jean , limite entre les communes de Sainte-Suzanne et Saint-André.
Après avoir cheminé quelques minutes au milieu d'une riche caféterie ^ la route se détourne subitement à droite pour aller chercher la rivière du Mat. Cet espace, d'environ une lieue, semble n'être qu'une rue bordée de petites propriétés, de maisons rappro* chées , de jardins et de bosquets qui séparent les unes des autres. Aux deux tiers de ce chemin sont l'église Saint-André , bel édifice récemment bâti sur une éminence , et les casernes de la gendarmerie.
Cependant une route, fort belle aussi, continue au bord de la mer, contournant le vaste plateau du Xhamborne , et venant rejoindre l'autre au passage de la rivière du Mat à travers les habitations.
Au-delà , on se dirige vers le gué de la rivière des Roches, sur un sol fertile et productif, semé de riches et nombreuses habitations. Cette partie du pays se nomme le Bras-Panon , d'une ravine qui descend des montagnes , en suit le pied presque parallèlement à la mer , et va se jeter dans la rivière vers laquelle on marche. C'est une des parties de la route les plus agréables et les mieux ombragées.
Après avoir traversé la rivière des Hoches , et traversé quelque temps la plaine , une pente douce et prolongée conduit au haut d'un coteau d'où Ton voit l'église de Saint-Benoit. On n'y parvient qu'après 1 être descendu sur un terrain marécageux qui a | donné à ces parages le nom de Bourbier. On re- !
ii3
trouve ensuite un plateau qui se continue jusqu'à la •rivière des Marsouins. De là, on aperçoit distinctement la fumée du volcan, qui se dessine le plus souvent comme une longue colonne d albâtre sur un fond d'azur.
Peu après avoir dépassé l'église Saint-Benoit , on traverse à gué pour les charrettes, et sur un pont pour les piétons ef les cavaliers , la rivière des Marsouins. Une double haie de rosiers de Chine , presque toujours en fleurs , borde le chemin depuis l'église , et à travers tout le quartier , peuplé de belles et de jolies maisons, jusqu'à l'endroit où commence le chemin de la plaine, qui établit la communication par l'intérieur de l'île entre la partie du vent et celle sous le vent.
La route royale, interrompue par plusieurs ravines et ruisseaux ])eu importans , arrive au bord de la rivière de l'Est. On a vu quelles difficultés cette rivière oppose au voyageur, qui trouve au-delà le quartier Sainte -Rose et parvient enfin aux limites du pays Brûlé , dans lequel on descend par le rempart du Bois blanc , qui souvent encombré d'arbres renversés exige de fréquentes réparations.
Si l'on quitte Saint-Denis pour aller sous le vent , on rencontre une suite de montagnes et de vall^s qui rendent la route difficile. La. première ordonnance coloniale rendue à l'occasion des chemins publics, eut celui-ci pour objet: elle date de 1720. On traversait autrefois la rivière Saint -Denis sur un pont construit depuis 1766 ,>. et renversé par une forte crue 9 il y a peu d'années. 11 conduisait à 1. 8
une première rampe très - roide , et ensuite par une pente douce au pied de la montagne, haute de deux cents toises. On y a pratiqué treize rampes ou replis , au moyen desquels on la gravit en trois quarts d'heure. Ces rampes sont pavées de larges dalles basaltiques provenant de la montagne ellemême. Pendant une grande partie du jour, elles réfléchissent une chaleur très-intense. Lors des pluies , Teau y roule en torrens rapides. Du haut de cette montagne , en regardant derrière soi , le point de vue est magnifique. A ses pieds on voit la ville , régulièrement tracée , et le lit de la rivière bordé d'agréables jardins; plus loin, la route du vent et cette vaste plaine en partie inculte , en partie cultivée , qui s'étend au»4elà de l'église Sainte-Marie; à droite, la partie de la montagne opposée à celle sur laquelle on se trouve, et que l'on appelle le Brûlé de Saint* Denis ; quelques habitations en garnissent la pente ; une forêt la couronne ; à gauche, la rade et les bâtimens qui la couvrent. L'horizon seul borne la vue de ce côté.
A un tiers de lieue environ du sommet de la mon* tagne Saint-Denis , et par un terrain presque inculte, on trouve la grande ravine , que l'on descend , et Ton remonte par une double peute assez douce; ensuite la ravine à Jacques , très-profonde , très-encaissée , et que l'on traverse de la même manière. A peine arrivé au sommet de l'escarpement , et après avoir marché quelques minutes sur un sol de laves , entrecoupé rarement de minces couches de terre végétale , on arrive au haut de la ravine de la grande Chaloupe ^
byGoogle
îi5 très-large, très-profonde, et dont les bords sont très^ escarpés. Il a fallu y pratiquer, sur Tune et l'autre pente, des rampes sans le secours desquelles on n'eût pu continuer la route. Au fondée la ravine, le chemin passe au bord de la mer^ sur la lisière du banc du Galet qtii enveloppe toute cette partie de l'ilè. Ce fond est couvert d*acacias qui y entretiennent une fraîcheur favorable , et dont les fleurs parfument Tair peu après la saison des pluies. Il est la réunion de plusieurs ravines qui se prolongent dans Fintérieur ^ et dont les flancs et les sommets sont pourvus d'ar^ bres d'une forte végétation.
Quand, avec beaucoup de fatigue, on a gagné l'autre sommité, on descend , après seulement quelques minutes de marche , la ravine de la petite Chaloupe , dont les bords , moins escarpés que ceux de la précédente , sont également boisés. La double pente est plus prolongée et plus facile à parcourir. On arrive peu après à la ravine à Malheur , où les noirs ne manquent pas de s'effrayer de contes de revenaos, et enfin au cap de la Possession. Tout le terrain depuis la sommité occidentale de la ravine à Jacques est inculte.
Du haut du cap de la Possession on aperçoit à ses pieds le petit village de ce nom, traversé de plusieurs ruisseaux et où Ton respire toujours un air doux et favorable aux poitrines délicates; plus loin, la vaste plaine de la Possessipn et la pointe des Galets qui se prolonge fort avant dans la mer; plus loin encore la ville de Saint-Paul , et dans le dernier lointain, la pointe Lahoussaie, qui termine la ceinture
iiG de inoDtagnes qui enveloppe cette grande alluviou.
On descend la montagne au moyen de plusieurs rampes cachées parles arbres qui la couvrent ; et après avoir cheminé dans la plaine qui nest cultivée que partiellement, on passe à gué la rivière des Galets, du parvient bientôt aux. trois ponts établis sur l'étang de Saint-Paul et enfin à la ville.
Cette route , qui depuis Saint - Denis n'a guère que sepi lieues , dont seulement environ la moitié en plaine et le reste à travers sept montagnes , est la seule communication entre les deux parties de l'île; elle n'est praticable de Saint-Denis à la Possession que pour des piétons et des cavaliers , et ne sert au transport que des objets de peu de pesanteur que les noirs pprtent sur la tétc. C'est seulement par mer qu'on opère celui des marchandises et denrées qui doivent passer du vent sous le vent et réciproque ' ment.
Pendant la guerre de larévolution , les Anglais, qui gênaient les communications par mer, mettaient souvent aussi obstacle aux communications par terre entre Saint-Paul et Saint-Denis, en plaçant à l'ouvert de la ravine de la grande Chaloupe un bâtiment de guerre dont l'artillerie l'enfilait et ne permettait pas d'y passer. On chercha alors à pratiquer un chemin à l'abri de ce danger. On présumait avec raison que les profondes ravines dont il vient d'être parlé, le seraient moins à mesure qu'on se rapprocherait de leur origine ; qu'on obtiendrait ainsi une communication sûre, plus ^facile peut-être, peut-être aussi moins longue.
Du haiit de la ravine à Jacques, au lieu de s avancer ver^ la mer pour gagner le sommet de l'escarpement à la droite de la grande Chaloupe, ou continua à s'avancer vers l'ouest , et tantôt contournant les ravines que l'on rencontrait, tantôt traversant celles qui le permettaient , on arriva enfin au dehors du village de la Possession , vers le ruisseau des Lataniers où l'on rejoignit la route royale. On donna à ce nouveau chemin le nom de route militaire. On cessa de le suivre lorsque l'autre n'offrit plus de danger; et maintenant il est presque impraticable , comme je l'ai reconnu moi-même , à cause des obstacles que présentent à chaque pas des arbres renversés, des lianes serrées , des éboulis de terres supérieures , ou des amas de roches amenées par les eaux torrentielles. Les ravines, moins profondes et moins larges que dans la route royale , y sont en plus grand nombre. On marche presque toujours au milieu d'une forêt épaisse que l'on exploite en quelques endroits pouf faire du charbon. On trouve cependant dans quelques éclaircis des champs cultivés. 11 est à regretter que les premiers travaux n'aient pas été portés de ce côté , que même depuis quinze ans on n'ait pas amélioré ou seulement entretenu ce chemin qui eût sans doute été préférable à l'autre. Maintenant il faudrait beaucoup de temps et de dépenses pour le rendre praticable.
On a proposé de diriger la communication au pied des falaises , le long du banc de galet qui s'étend jusqu'à la Possession. La distance et surtout la fatigue seraient moindres ; mais pendant la saison des pluies, et même dans les grains que retiennent assez souvent
ii8 CCS iDonlagnes élevées et dont une partie est encore couyerte d'arbres , les ravines qui viennent d'être indiquées et celles moins considérables qu'occasionnent les accidens du terrain , forment au bord de la mer autant de cascades dont la chute eût interrompu la circulation : ces eaux donnent souvent lieu à des éboulis qui eussent embarrassé la route et l'eussent rendue dangereuse. La plage d'ailleurs est fort étroite, souvent couverte par lamer , qui eût bientôt détruit ou détérioré un chemin dont l'établissement et l'entretien eussent exigé beaucoup de temps, de soins et de dépenses, sans une véritable compensation.
Pour continuer la route vers les quartiers sous le vent, en partant de Saint- Paul on gravit la montagne du Bernica par une rampe très-prolongée qui la contourne. Du sommet on a aussi un beau paysage sous les yeux. La montagne opposée est couronnée d'habitations et domine les rizières qui entourent l'étang : plus près est la ville de Saint-Paul moins régulière et moins grande que Saint-Denis, plus près encore des jardins et d'antres champs de riz. Au loin , yers Test, la plaine grise de la Possession, au milieu delàquelle on distingue le piton des Galets toujours vert; en tirant vers le nord, la pointe des Galets qui ferme à l'est la baie de Saint-Paul comme le cap Lahoussaie la termine à l'ouest; et entre ces deux pointes , les navires mouillés dans la rade.
En avançant dans la route , on trouve la ravine Saint-Gilles , celle de l'Ermitage , celle de la Saline , puis celle des Trois-Bassins. Tout ce terrain est parfaitement cultivé : le chemin, qui n'est, à bien dire.
»>9 qu'an sentier , est bordé de haies de rosiers de Chine. Les trois premières ravines sont peu profondes et faciles à travarser. Celle des Trois^Bassins est profonde et large ; la pente est aisée et bien entretenue » tant pour y descendre que pour en sortir. Ses abords sont couterts d'arbres respectés jusqu'ici, qui font de cet endroit une belle et imposante solitude. Arrivé à la sommité occidendale, on descend presque aussitôt du côté de Saint -Leu, par la montée Panon : c'est un chelom large, d'une pente prolongée , pavé dans toute sa longueur , ce qui le rend glissant et difficile après une rosée abondante. Je trouve dans un mémoire du chevalier Bancks , qu'il a été tracé par le vicomte de Souillac, gouverneur de l'ile Bourbon de 1776 à 1778. Je crois qu'il s'agit plutôt d'une restauration que d'un jftemier travail. Cette opinion est fondée sur le nom même que porte ce chemin : on le trouve appliqué à d'autres localités (i) : il est celui d'undea premiers habitans de la colonie , souche d'une pos* térité très-nombreuse et des plus notables parmi les anciennes familles qui existent actuellement à Bourbon (2). Il est probable que c'est à lui qu'on le doit.
(i) Le morne Panon , dans les hauts du quartier Saint- Benoît; ]e bras Panon , ravine qui part de ce morne et va j^^ ter ses eaux dans la riviëi'e des Roches ^ donne ce même nom aux terres comprises entre cette rivière et celle du Mat.
(a) Cette .famille est divisée aujourd'hui en plusieurs bran* ches, qui ne consei*vent le nom de Panon que dans leurs actes et sont connues par divero surnoms. Une seule de ces branches , que je ne crois pas T aînée y porte uniquement ce nom ^ ainsi qu'un membre d'une des autres branches , actuellement député de la colonie. .
La ravine des Troi^Bassins est la limite entre les communes de Saint-Paul et de Saint-Leu. L'administration municipale de la première a tracé sur le bord de la mer un chemin qui vient se terminer au bas de la montée Panon y où il rejoint la route royale. Ce chemin, au milieu des sables , est peu fréquenté, quoiqu'il ait reçu récemment de fortes réparations: il est utile pour le transport du «produit des habitations qui sont entre le chemin du haut et la mer.
Depuis la montée Panon jusqu'à Saint-Leu, la route suit une falaise de basalte, d'environ vingt toises d'élévation, coupée par la grande et la petite ravine 5 • pourvues toutes deux de rampes pour en franchir les escarpemens. Le sol est partout couvert de laves , et ne présente que de loin à loin de légères veines de terre que recouvre un gazon court et dur. Oi> arrive bientôt à la ravine des Châteaux, où uue pointe, composée d'un amas de blocs énormes de lave entassés les uns sur les autres, ferme de ce côté la baie de Saint-Leu. De là jusqu'au quartier, la route est tracée au bas d'une falaise coupée à pic, sur un sable mêlé de coquillages. Elle est bordée de fours à chaux qui fournissent à la consommation de celle employée dans une grande partie de la colonie. Là est l'embarcadaire des Colimaçons , qui sert au transport de cette chaux et des denrées coloniales récoltées sur les habitations des environs. On parvient enfin au quartier ou bourg, bâti au pied des montagnes , sur une étroite langue de terre , au bord de* la mer, et presque à son niveau. La route royale le traverse; elle y est plantée d'une double rangée de
bois noirs, qui en font une véritable allée de jardin, et bordée de belles maisons en pierre , rarement habitées par leurs riches propriétaires , qui passent la plus grande partie de Tannée dans leurs habitations.
La compagoie avait en cet endroit des magasins solidement bâtis en pierre, pour recevoir les produits de la culture des hauts de Saint-Leu, qui fournissent en abondance un des meilleurs cafés de l'île ; Tembarcadaire est devant ces magasins.
On retrouve les sables à l'extrémité du quartier , et l'on s'élève peu après sur un plateau, qui, de la grande pointe, borne méridionale de la baie de Saint- Leu , s'étend jusqu'à la ravine des Sables ; le sol y est couvert d'un chiendent assez bon pour les troupeaux; mais il est entièrement dépourvu d'arbres.
A la ravine des Sables commence une plage de sable gris, resserrée quelquefois entre des blocs de basalte et de lave dont tout cet espace est semé , et dont plusieurs avancent dans IqL mer. Cette plage se termine à la ravine du Trou , que suit presque immédiatement celle des Avirons.
On s'éloigne alors de la mer afin d'éviter les dunes de sable comprises entre la pointe des Avirons et celle de l'Étang-Salé. Ces dunes, remarquables par leur élévation, leur étendue et leur accroissement journalier, gagnent sans cesse la montagne. Au point où nous sommes, elles ont plus de soixante toises d'élévation, et rendent le chemin difficile à parcourir. Leur pente du côté du sud est très-douce ; elle conduit à la plaine de l'Étang-Salé , sablonneuse entre la route et la mer , mais parfaitement cultivée en blé
OU mais de l'autre côté du chemin , et qui rappdle les belles campagnes de la Beauce et du pays Chartrain. On y remarque une agglomération de maisons assez semblable aux villages qui^ souvent en France^ bordent les grandes routes. C'est le hameau de FÉtang- Salé.
La route jusqu'à la rivière Saint-Étienne est sur un bon terrain, d'une belle largeur, praticable aux voitures , comme^ dans les quartiers du vent. On trouve auprès de l'église paroissiale un autre petit hameau que l'on nomme le Gol , et à un quart de lieue de la rivière, un troisième rassemblement de maisons auprès de la chapelle de la Vierge du rosaire. On l'appelle spécialement Saint-Louis, quoique ce nom ait été imposé à toute la commune.
Au lieu où elle coupe le chemin , la rivière Saint- Étienne a une largeur de quatre cent quarante toises après les pluies , mais infiniment réduite dans l'autre saison ; il n'y a le plus souvent alors qu'un pied et demi à deux pieds de hauteur d'eau.
Après être monté sur la rive gauche, on entre dans une plaine d'une lieue et demie à deux lieues de long, dont le sol est bon , quoique peu profond, mais absolument inculte à cause de son aridité. Après la ravine des Mares et la ravine des Gabrits , qui y sont peu apparentes , on rencontre la ravine Blanche, dont l'escarpement septentrional présente , quand on vient de Saint-Pierre, l'apparence d'un mur de fortification régulièrement bâti et dans laquelle on pénètre par une sorte de poterne. Le terrain est bien cultivé près du quartier Saint-Piare y
qui occupe une assez grande étendue, et est remarquable par ses rues larges et bien bâties.
C'est là que vient aboutir le chemin de la plaine qui traverse Tile en partant de Saint-Benoit.
Il lut ouvert par le père de MM. Hubert, morts tous deux en 1825, âgés, Tun de soixante-dix-neuf ans , l'autre de soixante«<lix-sept ans. Ce chemin jusqu'à la grande montée est entretenu par la commune de Saint-Benott , et depuis ce point par celle de Saint-Pierre.
En venant de Saint-Bcnolt, on s'élève pendant une lieue et demie en longeant diverses habitations , et on parvient aux forêts à travers iesquelles un sentier conduit à la plaine des Palmistes, après avoir traversé la ravine sèche qui est encombrée d'énormes roches. Le gouvernement fit élargir ce sentier en 1822 et abattre de côté et d'autre des arbres dont le feuillage épais y entretenait une constante humidité qui le rendait souvent impraticable.
La plaine des Palmistes est séparée de la plaine des Caires par un escarpement qu'on appelle la grande montée : on y à pratiqué plusieurs rampes. Delà jusqu'à Saint-Pierre le chemin est découvert et n'exigé qu'un faible entretien. Cette route, fort utile et qui lie la communication intérieure entre la partie du vent et celle sous le vent, est suivie fréquemment par les habitans des deux quartiers opposés , pour leurs relations mutuelles; elle est même souvent préférée par ceux de Saint-Pierre pour aller à Saint- Denis , non qu'elle soit moins longue , il y a peu de différence, mais parce que les chemins de la partie
du vent sont plus commodes et moins fatigans. La pente de ce chemin vers Saint-Pierre est couverte de fraisiers qui furent uuportés de 1735 à 1740 P^^ M. de la Goui^ue . dont le nom existe encore dans la colonie. On lui doit sans doute aussi les cerisiers , qui abondent en ce lieu en état de Sauvageons.
Reprenons la description de la route royale.
De lautrc côté de la rivière d* Abord , sur la rive droite de laquelle est bâti le quartier Saint-Pierre, et où il y a très-peu d'eau, commence une falaise de lave de peu d'élévation, composée de blocs entassés les uds sur les autres; elle est surmontée par un plateau qui, en s'éloignant de la côte , s'élève vers Tint^ieur par une pente assez douce pendant à peu près une lieue , au bout de laquelle la montagne devient hachée et semée de pitons. C'est sur ce plateau que passe la route,
A trois quarts de lieue de la rivière d'Abord est la ravine des Cafres, limite des deux communes p elle a peu d'encaissement. Après l'avoir passée on est sur le territoire de Saint-Joseph. On descend dans la plaine du Grand Bois qui est presque au niveau de la mer : le terrain remonte ensuite jusqu'à Manapani , sur un sol très-élevé et que l'on peut comparer, sous ce rapport , à la montagne de Saint-Denis et a celle de la grande Chaloupe. On traverse la ravine de Manapani par de belles rampes pratiquées sur ses deux escarpemens.
Peu après on rencontre la rivière du Rempart , encaissée entre deux montagnes de lave escarpées comme des murs , et distantes de quatre-vingts pieds
Tune de Tautre. Ses eaui très-limpides coulent sur un fond de galet.
De la rivière du Rempart jusqu'à la rivière de Langevin, la route suit la direction de la côte et en est peu éloignée.
La rivière de liangevin n'est ni large ni encaissée au passage du grand chemin. C'est la dernière eau courante qui se rencontre jusqu'aux cascades de Sainte-Rose, c'est-à-dire pendant un espace de sept à huit lieues. A partir de là , la côte est élevée , le chemin en passe à peu de distance et aboutit sur l'escarpement occidental de la basse vallée, où la falaise se termine.
Avant 1 808 , la grande route ne se continuait pas au delà de ce point. Il n'y avait aucun chemin public sur les brûlés (1) qui se succèdent; on n'y trouvait que des sentiers entrelacés de racines ou entrecoupés de laves tranchantes .sur lesquelles on ne pouvait marcher , même avec des souliers , sans risquer de se blesser. M. le général Desbrulys et M. Marchant , ordonnateur, administrateurs généraux de la colonie, ordonnèrent l'ouverture de la route. Nous devons consigner ce bienfait , auquel les habitans doivent la faculté de transporter aux embarcadaires les produits de leur culture.
Le côté droit de la basse vallée est une montagne, relativement au côté gauche : la communication entre eux était difficile ; on y pratiqua , il y a vingt
(i) On appelle brûlés les espaces couverts de laves plus ou moins anciennes.
ans , une belle rampe qui est la suite de la route royale. '
A partir de ee point jusques au grand Brûlé, c'est-à-dire pendant environ quatre lieues, on ne marche que sur le produit d'éruptions volcaniques de différens âges, séparées par de petites portions cultivables.
En sortant du Bràlé qui suit immédiatement la basse vallée , on trouve le petit canton de Baril , qui présente un joli plateau de bonnes terres , très-près du bord de la mer et presque à son nivçau. Ce petit espace entre deux brûlés est bien cultivé en girofliers et en maïs. Des sourq/cs d'eau douce jaillissent des fentes des rochers. On avait essayé avec peine quelques puits oà les eaux parviennent par les filtrations des montagnes. M. le gouverneur, baron Milius , reconnut dans sa tournée la nécessité et la possibilité de les réunir, et en 1822 son successeur a fait creuser à une grande profondeur dans la lave, une vaste fontaine toute revêtue en pierres de taiile.
Deux fontaines semblables ont dû être établies du* rant les années suivantes dans les brûlés voisins , et fourniront, comme la précédente , aux habitans une eau saine dont ils ont été jusqu'ici privés.
De la position remarquable de Baril, on entre dans le brûlé de la mare longue, remarquable lui-même par les formes diverses que la lave a affectées en se refroidissant. Toute cette éruption est gercée de fentes assez profondes , d'un pied de large à la surface.
En quittant le brûlé de la mare longue , qui prend son nom d'un trou rempli de boue qu'on trouve à
son extrémité ^ on parcourt les terrains de la mare d'Arzule : l'éruption qui forme ce plateau est beaucoup plus ancienne que les autres, si l'on peut en juger par les dimensions des arbres gros et élevés qu'on y voit.
Après avoir passé la ravine d'Ango, qui, au chemin , n'est qu'un petit fond , on arrive aux brûlés de Tacamaka et de la Table , formés par l'éruption de
Depuis la ravine de la mare longue, le chemin se tient à un quart de lieue de la c^te. Entre la ravine de Tacamaka, qui a très-peu d'encaissement à l'endroit où la route la traverse, et le grand Brûlé ^ est le can* ton de Tacamaka qui a une lieue et demie d'étendue et est séparé de la mer par une côte escarpée d'une moyenne hauteur. C'est un fond d'anciennes éruptions couvert par une forêt de grands et vieux arbres dont les débris augmentent successivement l'épaisseur de la couche de terre végétale.
Avant d'arriver au rempart du Tremblai on trouvait , avant l'année 1 800 , la ravine des Citrons-Galets, qui fut comblée par l'éruption du 2 novembre de cette apnée. On a pu avant l'entier refroidissement de la lave y ouvrir un beau chemin.
Le rempart ou escarpement du Tremblay est la li-* mite de la commune de St-Joseph et de la partie sous lèvent; la pointe de la Table, qui en est très-peu éloignée, est le point de partage naturel des couràns d'air et d'eaux qui contournent l'Ile et l'envelop-^ pent.
Le rempart du Tremblai est à environ deux lieuesr
du rempart du Bois blanc , qui est la limite de la commune de Ste-Rose et de la partie du vent.
Cet espace, qu'on nomme le grand Brûlé ou simplement le pays brûlé , peut être considéré comme le lit actuel des éruptions du volcan, qui les y jette tantôt d'un côté, tantôt d'un autre , et qui, par cette irrégularité , forme une vaste plaine toujours fumante Jiour ainsi dire. On y marche sur des scories tranchantes comme des lames de couteau : on y est arrêté , tantôt par un courant de lave encore liquide, tantôt par de larges et profondes crevasses occasionnées par le retrait de la matière a mesure qu'elle se fige et se refroidit. Malgré la brise du S. E. , qui y règne continuellement, les rayons du soleil, réfléchis par ces laves, y portent la température à un degré élevé, et le voyageur n'a de dédommagement des peines qu'il éprouve , que le souvenir du passé et l'espoir de l'avenir.
M. Ribert , ingénieur des ponts et chaussées à Bourbon avant la révolution , a tracé dans ce Brûlé un chemin qui lie la communication par le bord de la mer entre les deux parties de l'île } il exige , tant à ses extrémités que dans le reste de l'espace qu'il parcourt, de fréquentes réparations, etprésente souvent autant d'obstacles que l'on y rencontre habituellement de difficultés.
Tout en traitant ^spécialement des routes, cet exposé BOUS a fourni l'occasion de faire connaître plus particulièrement divers points de la colonie : il concourra à expliquer comment il se fait qu'on se soit livré davantage à la culture des denrées coloniales
dans certaioes parties de Ttle. On reconnaîtra que ce n'est pas seulement parce que le sol présentait plus de facilités à l'exploitation , mais encore parce qu'il en offrait davantage aux communications, ce que prouvera aussi l'article où nous parlerons des rades et des embarcadaires.
Ainsi les deux parties de l'Ile séparées au nord par le groupe de montagnes au pied desquelles coulent d'un et d'autre côté les rivières de St- Denis et des Galets , et au sud par les éruptions plus récentes qui couvrent une grande partie de la commune de St-Joseph , doivent avoir une physionomie toutedifférente: celle-ci , conservant tous les dehors d'un pays récemment volcanisé, conserve aussi ses anciens procédés de culture et de transport, la nature lui en imposant encore la loi; celle-là, où ces apparences s'effacent chaque jour davantage, et qui communique continuellement avec les étrangers, reçoit tous les perfectionnemens de l'industrie européenne et les applique à ses travaux. La première semble encore une colonie dans l'enfance , tandis que la seconde jouit de tous les avantages d'une colonisation avancée. Le temps seul a suffi à l'une favorisée par sa position ^ tandis que l'autre aura toujours à combattre des obstacles qui naissent de son état naturel.
Nous plaçons ici le mesurage qui fut fait à la roue en 1S22 par le sieur Marçon, arpenteur juré de la colonie.