PIROGUES
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Les pirogues de pèche sont comprises dans ces tableaux; quelquefois, quoique rarement, elles servent au transport des passagers , ainsi qu'à l'embarquement ou au débarquement des denrées? d'une ajabe part, elles forment une partie du capital du pays, pour le remplacement duquel on éprouvera soufi peu des embarras , et sous ce double rapport , il 0'était pas hors de convenance d'en faire connaître -le nombre. Nous répéterons a cette occasion ce que nous avons eu déjà liçu de dire , que l'abattage des bois de fortes dimensions allant toujours en augmentant, les difficultés augmentent aussi pour la construction des pirogues. Le nombre de celles de pèche a augmenté , mais celui des pirogues de charge a diminué ; et c'est pourtant celles qu'il importe plus au commerce maritime de conserver, à moins qu'il ne les remplace par ks chaloupes pontées.
J'ai dit plus haut que le créole n'était pas navigateur; aussi n'en trouve-t-on qu'un nombre infiniment rare dans les bateaux employés au transport par mer. Chacune de ces embarcations doit , d'après tes réglemens, êtte cmnmandée par un blanc ou par un libre ; quelques-uns de ceux-ci y sont employés , mais , pour la plupart , ce sont des Européens que la nécessité force à admettre à un service qui les enlève à la navigation hauturière du commerce , et par suite les soustrait au service des classes. Le plus important service à rendre à la colonie , serait de décider les créoles blancs et libres à naviguer sur leurs côtes , et par suite à s'embarquer sur les navires de long cours.
A mesure que la population augmenta , que les défrichemens s'étendirent et s'éloignèrent des cAtes, il fallut employer de nouveaux moyens de transport, et ajoutera la voie de la mer qui n'était pas toujours praticable, celte de terre qui, pour avoir plus d'embarras , avait aussi moins de dangers. On ouvrit donc d'abord des sentiers de communication ; et de perfectionnemens en perfectionnemens on arriva aux routes actuelles : j'ai dit ce qu'elles sont aujourd'hui.
Dans les commencemens de la colonie , tous les transports sans exception se faisaient â tête de noirs ; et nous voyons d'a/iciens réglemens limitatifs du poids des objets à transporter ainsi. La nécessité forçait à cet emploi des forces de l'homme, ruineux , et par k ialîgue que les noirs éprouvaient, et par le temps entevé aux travaux de la terre. En même temps que l'agriculture commençait à prendre l'extension à laquelle nous la verrons bientôt atteindre , on sentit la nécessité de renoncer à un mode de transport si vicieux; et successivement Ton introduisit celui par voitures j)artout où fl pouvait être adopté. C'est ainsi que s'opère aujourd'hui le transport des marchandises dans presque toute la partie du vent et dans une grande portion de celle sous le vent. Nous avons vu que cela ne x)eut être généralement ; et dans ces localités difficiles, on rencontre encore* dés bandes de cinquante, de cent noirs , de tout sexe , de tout âge ^ portant sur la tête des sacs de maïs , de café , de girofle on de sucre, chantant eh chœur des airs qui règlent le pas , et rendent la marche phis égale et plus faciic.
!»66 Les voitures fureut d'abord traînées à bras ; niais^ on ne tarda pas à reconnaître que s'il y avait en effet amélioration dans ce mode de transport , il présentât aussi de grands inconvéniens. Il fallait donc complé-^ tement avancer dans la voie où l'on venait de s'engager , et pour cela augmenter le nombre des bêtes de trait qui existaient dans le pays. Mais pour qu'une spéculation fondée sur l'introduction d'animaux étrangers réussit, il fallait, quant à l'importateur, qu'il fût certain de la vente ; quant à l'habitant, que le nombre des animaux introduits fût assez considérable pour que les pertes occasionnées par un acclimatement difficile, et dont le doraptage augmente les chances fâcheuses , ne fussent pas entièrement ruineuses. L'administration , qui suivait avec attention la marche des choses, jugea avec raison que, si une telle affaire était dans son commencement aban^ donnée aux seuls intérêts particuliers, on serait ai long-temps avant d'arriver au but indiqué, que cela équivaudrait àvne pas l'atteindre, et qu'il était indispensable qu'elle l'entamât elle-même. Elle traita donc pour l'importation de Madagascar de plusieurs chargemens de bœufs , sur chacun desquels chargemena cent bêtes de choix lui durent être livrées au prix de dix-huit piastres et demie , lorsque le prix courant était de trente è quarante piastres par tête. L'inten* tion annoncée de l'administration était de les céder à la personne qui proposerait le meilleur marché de charroi. Une seule proposition fut faite; mais dès lors le prix des transports fut réduit de moitié. Le reste deschargemens fut vendu par l'importateur aux
colons. Cette opération est l'époque où commence une importation habituelle de bêtes à cornes, qui a contribué puissamment au développement de deux branches importantes de Findustrie coloniale , l'-agricultare et les transports fi).
Mais les bœufs ne sont pas les seuls animaux nécessaires à celle-ci. S'ils peuvent être, et s'ils sont en effet propres aux transports sur les routes et dans les habitations , il en est d'autres , et il est d'autres travaux qui exigent des moyens plus actifs.
L'espèce des chevaux et celle des ânes existant alors dans le pays, mauvaises en eUes-mémes, ne pouvaient ni suffire à ces travaux , ni faire espérer la production de mulets susceptibles d'être employés par la suite à ces divers services , auxquels , d'ailleurs , ils sont plus propres que leurs producteurs. Ce fut encore radministration de la colonie qui fournit l'exemple. Une gabarre de la marine royale , la Zélée, commandée par M. Serec, lieutenant de vaisseau, fut expédiée pour Mascate, et chargée d'en rapport ter des mulets et des ânes de grande race qui furent vendus aux habitans (2).
A ne juger ces démarches que sur les règles imposées en France à l'administration publique, elles pourraient être, elles seraient sujettes à blâme; mais il faut voir sous un antre aspect les actes des administrations coloniales. Il est souvent indispensable
(1) 1817, Administration de M. le baron Desbassayns de Richemout.
('i) 18199 Administration de M. le baron Miliut.
26S au bien du pays, il est inhérent à sa prospérité qu'elles se Inrent les premières â des opérations qui , en faisant connaître aux particuliers la route dans laquelle leurs intérêts les doivent exciter a entrer, amènent des spéculations dont ils tireront par la suite un profit qu'ils ne soupçonnaient pas d'abord« Tel a été le bon , l'excellent résultat de celles«ci ; dles ont déterminé le» armateurs à courir les "mêmes chances. Les colons encouragés se sont présentés aux ventes , les ont £aTorisées ; et le gouvernement, poursuivant constamment , mais avec sagesse, aon système d'augmenter les importations des animaux nécessaires à l'exploitation des terres et au transport de leurs produits, n'a plus eu, pendant quelques années encore , qu'à accorder des primes calculées sur les besoins de la culture et de la consonunation (i). Pour ne considérer que lès premières années de Texécution de ce système, nous voyons que, de 1630 à 1823 , le nonUi>re des bêtes de trait ou de somme s'est accru dans une proportion qui est une des preuTes comme un des moyens de la prospérité de la colonie, puisqu'elle constate l'augmentation des capitaux , augmentés eux-mêmes par les produits de la culture. Nous voyons en effet que le nombre des bœufs, chevaux , mulets et ânes , s'est accru pendant ces trois ans de 374 boeufs, 5o5 chevaux , 4^7 mulets, SS Ânes. Et pour appliquer ici la diéorie des forces , celles mises à la disposition des colons se sont augmentées d'une quantité qui peut être repré»
(1) 1822, Adminif'lratioii de M. de Frcycinet.
sentée par le nombre 7726 (1), remarque imrportante , à présent surtout que l'augmentation de» forces humaines par l'importation des noirs ne peut plus avoir lieu. Cette augmentation du nombre des bétes de trait , l'amélioration des routes, l'angmen-tation des produits , el la nécessité de les transporter aux ports d'embarquement par d'autres moyens que ceux des habitans, ont fait naître les entreprises de transport par terre qui circulent maintenant dans tous les quartiers et dans toutes les localités praticables.
Ce changement dans l'état des choses a amené une notable amélioration dans la position des babitans. C'est un grand point que , dans le temps où le nombre des trafailleurs diminue constamment , on puisse en moins distraire des travaux de la culture, et leur éviter ces fatigues si pernicieuses; c'est un grand point encore pour la discipline des ateliers , toujours compromise quand les noirs sont loin de la surveillance du maître, quelque confiance que méritent les économes ou les commandeurs auxquels on les re* met pendant ces voyages; mais ce n'est pas sous ce seul jour qu'il faut considérer les conséquences de cette innovation. Il est une antre branche d'économie qui en a été sensiblement affectée. Pour transporter vingt balles de sucre (ou un tonneau de mer de
(1) Force de l'homme — i .
«le râne — i.
du bceuf — 4du mulet — 6.
an cheval— 8.
âooo Uy. ) de Saint -Benoit à Saint- Denis , par exemple , distance de huit lieues, on employait autre* fois yingt a vingt - cinq noirs qui étaient absens de rhabitation pendant deux jours. Cette dépense ne peut être évaluée, elle se compose de trop d'éléniens qu'on ne peut apprécier; mais on peut croire que les colons la trouvaient préjudiciable à leurs intérêts ^ puisqu'ils préférèrent le transport par charrettes dès qu'il y en eut d'établi, quoique le prix fut alors de cent cinquante francs pour la même quantité.
Ce prix , le même que celui du fret de Saint- Denis en France , de la même quantité , était évidemment hors de proportion , et cette comparaison justifiait suffisamment l'adoption des mesures qui furent successivement prises ; elles sont au surplus justifiées davantage encore par les résultats, puisque maintenant, par suite de l'introduction des anhnaux de trait, des mulets surtout, par l'effet d'une plus grande concurrence,' et l'emploi de moyens moins coûteux , le prix du transport entre les deux quartiers que nous avons pris pour terme de comparaison , est réduit à soixante-dix francs , c'est-à-dire de plus de moitié.
Quel que soit cependant le développement actuel des transports par terre , qn est porté à croire que , même réunis à ceux qui se font par les bateaux de la côte , il y a insuffisance de moyens pour le prouipt arrivage des denrées aux ports d'embarquement, puisque souvent il est permis aux navires européens d'aller prendre charge aux mouillages les plus praticables , «comme Sainte-Marie , le Bois-Rouge , Sainte-
fiose, dans la {Mirtie du vent, et Saint-Pierre sous le vent. J examin^ai au chapitre du commerce jusqu'à ^el point il peut y avoir avantage à agir ainsi; mais il me semble déjà que la balance des inconvéniens ne sera pas favorable à ces mesures de tolérance , qui donnent naissance à de fâcheux abus, A ne considérer que ce qu'elles peuvent avoir de nuisible à l'objet que je traite en ce moment , je dois dire qu'outre les chances malheureuses de navigation et de perte de temps, de câbles et d'ancres qu'elles font courir aux navires européens , elles ne procurent ni un meilleur marché à l'acheteur, ni un meilleur prix au vendeur : elles nuisent sans profit à deux industries coloniales , lorsqu'il y aurait au contraire tout à gagner en les fevorisant , en les excitant , en encoura*geant les créoles à s'y livrer.
J'ai précédemment exposé les moyens appliqués aux transports par mer. Je place ici le tableau de la situation au premier janvier de chacune des années 1821, 1822 j i8â3, des moyens de transport par terre ; j'y ai rapporté le nombre de chevaux qui , suivant Raynal, existait en 1776, et celui des chevaux , mulets et ânes portés aux recensemens fournis en 1810, à l'époque de la conquête. Le premier nombre est plus élevé que celui présenté pour 1 8i2 1 , et l'on remarquera combien est faible celui de 1810. Ceci s'explique par les mauvaises qualités de la race qui existait, le peu de soins qu'on a dû donner et à leur reproduction et à leur éducation, et aussi, car il faut toujours en revenir là , par la destruction des savanes , et la nécessité où Ton s'est iqis de tenir tou-
jours les animanx dans les écuries. Toutes «b < ont dû nécesaaireinafil cou 'uhre à une djmhiutioii dans le iKMnbre des chevaux ; mais un emploi mieax entendu de leurs services , ramélioration de» races , plus d'attention à les éleiper et à les dresser, et, »'îl se peut y la facilité de l'exportation de ceux qui : vent que le luxe des habitansde Tile voisine ,. porter et portent déjà vers une augmantation i quable.
Deux autre» industries coloniales , les diverses pré* parations du tabac et la distillation du }Ué de la canne ,« soit pris à l'état de vesou , soit parvenu â odui de sirop, aurai^iit dû peii1>-étre tvouver place* ici; mais on les a tellement liées à la pereeption ûes ifit^ pots, que je ne m'en occuperai qu'en traitant de cette importante partie du tableau de la situaJSoa-de la colonie.