INDUSTRIE
Il a souTeot été dit et répété , en parlant des coionies modernes, que ce sont des ateliers entretenus au loin par les métropoles pour satisfaire à des besoins qui ne peuvent être remplis que là. On a pu entendre que ce soient ces grandes manufactures où les observations de la science sont appliquées aux procédés des arts , et d'où sortent de si admirables produits de llndustrie humaine. Ce serait une étrange erreur , et ce n est vraiment que par abus * de mots que Ton s'exprime ainsi. Les métropoles ne demandent aujourd'hui à leurs colonies que des produits agricoles ; elles ne leur permettent qu'une première et grossière élaboration de ces produits : et dans les pays où l'on cultive la canne , le cotonnier et la plante colorante qui fournit l'indigo , on ne trouvera ni raffineries, ni ateliers de filature, de tisseranderie ou de teinture. Les colonies actuelles ne doivent être qu'un moyen de consommation des produits du sol européen et de l'industrie nationale, qu'un moyen d'alimenter de nouveau cette industrie , en lui fournissant les matières qui lui manquent. Ces considérations, vues seulement des colonies , se présentent sans doute d'une manière désavantageuse ; mais si ou les observe d'un point
^38 plus élevé 9 on ne manquera pas d'apercevoir tout ce qu'elles offrent d'utile à la métropole, et d'applaudir à la sage politique qui a établi ces rapports.
Elle est au surplus parfaitement secondée par les dispositions naturelles du créole. Le blanc s'y croit d'une essence trop relevée pour se livrer lui-même au travail. 11 le regarde comme le caractère propre de l'esclavage, c'est le partage exclusif du noir. Si par hasard on rencontre quelque individu de cette classe privilégiée exerçant une profession industrielle , on peut affirmer que c'est un Européen nouvellement arrivé avec peu de moyens pécuniaires, qui se hâte d'acquérir la faculté de se procurer quelques esclaves pour s'élever comme les autres à la qualité d'entrepreneur.
Le libre de son côté conçoit avec facilité , imite avec adresse, exécute avec précision. La nature l'a heureusement doué à cet égard ; et ce qui sert ses dispositions , c'est le désir constant qu'il nourrit de se rapprocher des blancs par tous les points qu'il peut atteindre et de s'éloigner de la classe des esclaves. Pour cela même il ne se livre à aucun travail de force ou qui s'exécute en plein air. Il ne s'adonne qu'aux métiers sédentaires.
Le gouvernement a toujours cherché à combattre cette indolence, cette paresse, cet éloignement du travail, à prévenir les désordres qu'exige et entretient cette insouciante oisiveté, cause de tant de maux , au physique comme au moral , pour les individus comme pour la société.
J'ai déjà dit qu'un ancien ordonnateur de la colo-
^59 nie, M. Marchant, plus par persuasion que partout autre moyen , était parvenu à faire embrasser à quelques libi^es les professions de calfats , tourneurs, forgerons. Un très-petit nombre persista, et huit ans après il ne restait plus que six calfats; les autres étaient retournés à leurs occupations antérieures , c'est-à-diro à leur indépendante nullité.
On a Yu que dans le système d'instruction arrêté par le roi en 1816, on avait fait aussi la part du travail. Les ateliers du roi furent ouverts de. nouveau; douze places d'apprentis, créées à la suite d'une compagnie d'ouvriers , devaient être occupées par autant de jeunes créoles qui y auraient appris des métiers qu'une plus grande activité du commerce annonçait devoir être plus lucratifs. Au bout de ce temps ils avaient la perspective d'aller compléter leur apprentissage à l'école royale des arts et métiers. Ni cet iivantage d'apprendre gratuitement un état , en recevant en outre comme le soldat la paye , la nourriture et Thabillement , ni le goût que le créole a généralement pour l'état militaire, et qu'on avait cru un motif susceptible de balancer chez ces jeunes gens ce que la discipline peut avoir de déplaisant, ne purent en déterminer plus de neuf à prendre ce parti, que déjà sept d'entre eux avaient abandonné après la deuxième année.
Cependant l'administration ne se décourageait point. Après ces essais infructueux , elle crut avoir remporté une victoire signalée sur l'inertie quand elle vit , en 1822 , céder à de pressantes exhortations une vingtaine de jeunes gens de Saint-Louis » qui furent
répartis, suivant le désir qu'ils manifestèrent, dans divers ateliers. Un d'eux , qui crut avoir du goût pour la culture, fut placé au Jardin du Roi. On leur donna un logement gratuit. Un créole de Saint-Paul et deux de Sainte-Suzanne suivirent ce louable exem* pie ; mais bientôt le zèle se ralentit. Peu à peu ils demandèrent des congés et ne rejoignirent pas. En X 8a 4 il n'en restait plus qu'un , employé comme piqueur.
On avait en même temps essayé un autre moyen. Parmi les familles admises aux secours du bureau de bienfaisance, plusieurs comptaient des garçons au nombre de leur enfans» On les menaça de leur retirer les secours si elles n'envoyaient ces jeunes gens dans les ateliers où ils en recevraient de plus efficaces sans doute. L'effet suivit de près une .menace sans résultat et n'en obtint pas davantage.
On conçoit que si les ateliers du roi n'ont reçu aucun apprenti, quoiqu'ils y fussent traités comme les blancs européens, soldés comme eux et enseignés par eux , il en a dû être de même à plus forte raison dans les ateliers des particuliers. Outre qu'il eût fallu payer l'apprentissage, on y aurait trouvé le mélange des ouvriers noirs, quelquefois même il eût fallu recevoir des leçons de ceux-ci , double motif d'éloignement.
L'inutilité des efforts de l'administration présentait quelque chose de décourageant. Les colons espérèrent que l'exemple, si puissant sur les honunes, aurait des résultats plus heureux; et autant pour exciter l'émulation de leurs jeunes compatriotes qu'afin de pourvoir aux besoins du pays , ils sollicitèrent du gouvernement de la métropole l'envoi de plusieurs
ouvriers civils. Le ministère se prêta à ce désir , qui, sous un rapport , rentrait dans ses vues constantes , bien qu'il fût évident qu'en envoyant des gens ramassés pour la plupart sur le pavé de Paris, et qui n'avaient d'autres ressources que leur état , ressource bien faible , surtout quand elle n'est pas accompagnée de l'esprit de conduite, le but serait manqué. L'expérience a confirmé cette prévision. Excepté deux ou trois bons sujets , les autres n'ont donné que de mauvais exemples, et ont été 'loin de concourir au bien que l'on espérait.
Je ne dois point passer sous silence un exemple plus saillant donné à ses compatriotes par un colon distingué dans le pays , et par le rang qu'il y tient et par l'admirable conduite qu'il a suivie pendant la révolution. Envoyé en Europe pour son éducation , il pensa, dans un âge encore tendre, que le meilleur moyen de l'achever était de se ranger sous la bannière de ses princes. Il les servit jusqu'à ce que, trahis par les événemens , ce qu'il eût de mieux à faire fut de revenir à Bourbon attendre que la fidélité ne fût plus imputée à crime. M. le chevalier Millon des Marquets, lorsque son fils aine eut atteint l'âge convenable , l'envoya recevoir , à l'école des arts et métiers, fondée par le vénérable duc de la Rochefoucauld , l'instruction la plus utile à un colon destiné à diriger de grands ateliers* Il n'est pas à ma connaissance que cet exemple ait été suivi.
Quoi qu'il en soit , il y a quelque industrie à Bour* bon, et je rapporte ici le tableau des professions qui y étaient exercées en iS^o.
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J'ai compris dans ce tableau toutes les professions qui sont sujettes à patentes. On ne sera donc point étonné d'y voir figurer les avocats, les huissiers , les notaires , ainsi que les officiers de santé et les pharmaciens , et dans Tordre du commerce, les agens de change et courtiers, les dépositaires (i) et les négocians. Parmi les autres, on a classé à part les entrepreneurs, tètes à plusieurs bras, qui ont employé leurs capitaux à se procurer des noirs ouvriers, en dirigent le travail , et n'exercent réellement par euxmêmes aucune profession.
Après ces exceptions, il reste bien peu de ces professions mécaniques si nombreuses dans les plus petites villes européennes. Excepté à Saint-Denis, et pour quelques-unes à Saint-Paul, on n'en rencontre point dans les autres quartiers. Cela vient surtout de ce que c'est à Saint-Denis et à Saint-Paul qu'il y a vraiment cette agglomération d'individus qui constitue les villes et les bourgs; que là se trouvent beaucoup d'Européens qui n'y sont ou ne s'y regardent que comme passagers, qui ont besoin du secours de cette petite industrie, tandis que les habitans , les propriétaires ruraux , qui ont beaucoup de noirs à leur service, trouvent parini eux des bras susceptibles d'être occupés tour à tour aux divers travaux dont les ré-
(i) On appelle dépositaires des propriétaires résidant dans les villes, qui y reçoivent dans leurs magasins les denrées des habitans, les tiennent à la disposition de ceux-ci , et les rendent sur la représentation du récépissé qu'ils ont fourni. Ces récépissés , qu'on appelle Bous de dépôt , circulent dans la colonie comme papiers de commerce.
sullfits leur sont utiles. Aussi il n'est pas d'habitation sur laquelle il ne se trouve des noirs charrons , cordonniers, menuisiers et charpentiers, forgerons et serruriers , et jusqu'à des coiffeurs et des ménétriers. Dans ces deux Tilles d'ailleurs , on a constamment 90US les yeux le spectacle d'une laborieuse activité; on y est entraîné par l'exemple , par la facilité que le travail procure, au moyen du salaire qu'il fournit, pour satisfaire à des besoins plus nombreux et plus pressans ; tandis que dans les campagnes le créole , sujet à peu de besoins pour son vêtement et sa nourriture, péchant ou chassant quand il faut , quand il ▼eut , mène une vie indolente , exempt de soucis et d'inquiétudes.
Ce défaut de besoins, la vanité, la mollesse, la crainte de la fatigue, expliquent peut-être suffisam* tnent l'inutilité des efforts qui ont vainement appelé à plusieurs reprises les jeunes créoles à Tapprentissage de divers métiers.
Au surplus, dans le tableau qui précède, on n'a vu aucune de ces utiles professions auxquelles en Europe on ne craint pas de se livrer. Celles qui exigent l'entier développement des forces, ou pour l'exercice' desquelles il faut travailler à découvert et à l'ardeur du soleil, sont abandonnées aux esclaves. Eux seuls sont charpentiers, couvreurs, maçons, scieurs de long , tailleurs de pierre. Des entrepreneurs leur font apprendre ces divers métiers et retirent de leurs tra- Taux un lucre toujours fort élevé. Nous avons vu tels ouvriers de ce genre dont la journée* était payée une piastre (cinq francs). Il faut encore ajouter que
dans ce tableau des professions exercées par des blancs et des libres , il y a beaucoup de maîtres qui emploient des ouyriers esclaves. Tels sont, par exemple, les ferblantiers , les menuisiers , les peintres , les tonneliers, les bouchers, les boulangers, de sorte que le tableau , qui fait connaître réellement les professions pratiquées par des individus des deux pre-^ mières classes de la population pourvus de patentes , n'indique point le nombre des individus de la trm-* gième classe qui y sont occupés ; ce qu'il serait in^ téressant, mais ce qu'il est difficile de savoir.
Je terminerai cet article par une remarque qui doit foire naître de graves réflexions : c'est que , seuls peut-être parmi les insulaires , les créoles de Bour^ bon ne sont point navigateurs. Cela viendrait -il de ce qu'ils ne sont point aborigènes ? En effet, bien que nés dans l'Ile, ils regardent tous la France comme leur patrie. Un navire n'est que le pont qui entretient la communication entre deux terres sépa» rées par une si grande étendue de mer. De même que leurs pères, de même que ceux qui , chaque année, arrivent de France, ils ne sont qu'agriculteurs et marchands ; et si l'on excepte quelques malheu» reux riverains qui pèchent dans des pirogues , il en est infiniment peu qui fassent leur état de la navigation , non pas seulement de la navigation lointaine, mais même de celle qui se borne aux côtes de l'Inde, de l'Afrique et de l'Arabie , ou au cabotage entre les lies dont cette mer est parsemée. S'ils se décidaient à y remplacer les Européens , ils y trouveraient un travail pénible , mais lucratif, qu'ils ne partageraient
a47 qu'ayec des blancs^ Il serait important d'ailleurs à la colonie de ne jamais employer sur les navires d'esclayes, qu'il n'est pas sans danger d'y placer. On en a vu s'emparer de quelque embarcation , et se livrer aventureusement à la mer> dans l'espérance, presque toujours trompée, de. regagner leur pays.
Ce n'est pas , au surplus , que plusieurs créoles n'aient embrassé la profession de marin. On en compte parmi les officiers de la marine militaire, comme dans la marine du commerce. Mais malgré ces exceptions , il reste vrai et exact que l'insulaire de Bourbon peut être, mais n'est point navigateur.
Par suite on y construit peu. Au reste, un pays qui n'a point déports ne peut avoir de bàtimens destmés aux navigations hauturières. Un pays qui, sans prévoyance ) a dépeuplé ses forêts, ne peut guère plus y trouver les moyens de bâtir ces grands maga-*. sÎBS flottans. Cependant il y a peu d'années encore que l'on a construit à Saint-Pierre un navire de 25o tonneaux : fréquemment aussi, on bâtit des embarcations de â5 à loo tonneaux pour le cabotage de la côte. Mais les moyens s'épuisent ; les arbres propres à la construction des pirogues deviennent rares , et même les plus petites ne peuvent plus être d'une seule pièce. Une bonne spéculation adoptée depuis peu de temps par le commerce français , est l'expédition de France pour la colonie de bateaux démontés qui y sont reçus avec exemption de droits.
Il ne faudrait cependant pas conclure de ceci que le créole de Bourbon ne soit pas industrieux. On pourrait plutôt dire qu'il est pourvu de cette inteK
^48 ligence qui fait iaventer et exécuter avec les plus faibles moyens ce qu'exigent ses différens travaux : et sans parler ici de. ces longues conduites qui amènent à peu de frais, et par des distances quelquefois considérables , Teau des mornes dans les habitations inférieures, sans parler de ces machines que les Européens trouveraient grossières peut-être , mais qui ont le mérite de simplifier le travail dç l'égrenage du coton ou les diverses préparations que subit le café depuis le commencement de la récolte jusqu'à celui où il est mis dans le commerce , )e vais m'occuper de deux entreprises qui prouveront ce que je viens d'avancer. La première est l'établissement d'une saline , la seconde celui d'une chaufournerie.
La mer procurait à la plupart des riverains le sel nécessaire à leur consommation ; le commerce en fournissait aux autres.
Rien de plus simple que le moyen employé paiu les premiers. Ils emplissent d'eau salée les bases des branches du palmier, qui forment des espèces d'écuelles ou plateaux creux , que l'on nomme ampondres. Après l'évaporation il reste un fort beau sel blanc. L'Étang- Salé , commune de Saint-Louis, rempli par les eaux de la mer, et qui joint à une grande surface très-peu de profondeur, ce qui rend focile l'action des rayons solaires^ est une saline naturelle qui, quoique d'une étendue assez considérable, donne cependant de faibles quantités. On conçoit que ces moyens ne peuvent procurer que de petits produits, insuffisans aux besoins de la population; ils n'en sont guères que le quart. Le com-
iDerce n'apportait pas plus des trois huilièmes de ces besoins.
C'est en réfléchissant à cette situation des choses , que des homines actifs et industrieux se proposèrent une entreprise utile à leurs compatriotes et avantageuse à leurs intérêts. Un assez grand nombre de chances faisait espérer un succès complet , mais ib avaieut besoin de secours et de protection , et pour déterminer ceux que le gouvernement devait leur donner, il fallait connaître les besoins du pays, les moyens actuellement employés pour y pourvoir, Tétendue des ressources des nouveaux entrepreneurs. Cela conduisit à des recherches dont il ne peut être indifférent de trouver ici Tensemble et krésumé.
On voulut savoir d'abord quelle était la consommation habituelle de l'Ile, Déjà en 181 5, lors d'un projet analogue à celui que présentaient MM. Frap-pieren 1822 , on s'en était occupé et l'on avait reçu deux évaluations, dont une la portait à deux millions de livres , quand l'autre n'indiquait que quatre cents inilliers. 11 y avait trop de différence pour qu'on pût y donner quelque foi.
Des informations prises dans les mairies donnèrent pour résultat neuf cent cinquante-huit mille six cents liyres : mais on crut reconnaître qu'elles reposaient sur des bases arbitrairement choisies, qui n'avaient pas même le mérite d'avoir été adoptées généralement, et elles inspirèrent de la défiance.
Deux autres moyens se présentèrent pour obtenir le chiffre le plus approchant de la véritable consom*mation. L'un consistait à multijilier la population
âSo absolue par la quantité de sel que chaque individu* est censé consommer; Fautre, à réunir les quantité» importées et celles fabriquées dans le pays.
Quant au premier, en calculant d'après les états delà population au i** janvier 1822, on avait un total de 6g,5oo (i) , et, multipliant ce nombre par la quantité consommée individuellement et évaluée à une demi-once par )our, on arriva à une quantité to~ taie de sept cent quatre-vingt-douze mille cent neuf livres.
Quant au second moyen , les quantités importées pendant les années 1818, 1819, 1 820 et les six premiers mois de 1821, étantau moyen de 335,70o liv., la quantité que fabriquent journellement les colons qui habitent le bord de la mer étant évaluée dans chaque commune à des nombres dont le total est re-^ présenté par celui de 2479800 liv. ,' on avait pour le total de la quantité mise en circulation, le nombre de cinq cent quatre vingt-trois mille cinq cents li* vres (2).
(l) Blancs. 16378 j
Libres. 4953 | ôgSoS.
Noirs. 48174 ) (a) Importation.
'818 4^"4o ] Total. 1174950
1820 378854 Moyeooe proportionnelle.
i8ai Sixprem.mois. 191130 ; 3357oa
Saint-Denis. 5oo
Sainte-Marie. 3oo
 reporter 800
a5i Ainsi Ton tombait d'incertitudes en incertitudes. Tous ces élémens différaient tellement entré eux, qu'on n'osait en adopter un de préférence. Pour tâcher d'approcher le plus de l'exactitude , on réunit toutes ces indications.
i" donnée.
2* donnée.
3* idenij 4* idem, 5* idem y
renseignemens individuels. <
renseignemens officiels, résultat de la population, résultat de l'importation et
de la fabrication.
583,5oo 4^734,209
£t l'on eut pour terme moyen , 946842.
La troisième donnée , malgré les doutes que l'on avait d'abord cru pouvoir légitimement établir , s'éloigne peu de ce chiffre. La quatrième est inexacte puisqu'elle repose sur les recensemens fautifs euxmêmes , et qui présentent un existant évidemment
Report.
Sainte-Suzanne.
Saint-André.
5oo
Saint-Benoît.
3oo
Sainte-Rose.
Saint- Joseph.
SaintrPierre.
3oooo
Saint-Louis.
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Saint-Leu.
Saint-Paul.
iSoooo
247>8oo 583, 5oo
inférieur à la vérité. D ailleurs, une plus grande abondance de sel en augmenterait à coup sûr la consommation, soit pour les troupeaux, soit même pour certaines terres. On crut donc pouvoir regarder comme à très-peu près certaine l'évaluation de la consommation annuelle à un million de livres.
En rapprochant la somme du produit de la fabrication et de l'importation, de la quantité nécessaire à la consommation, la différence donnait une part assez belle à une nouvelle branche d'industrie , qui pouvait entrevoir des profits , même sans contrarier les fabricateurs actuels et seulement en restreignant l'importation à celle du commerce français, puisque cette différence est évaluée à 4i65oo livres.
Il convient ici d'examiner les élémens de l'importation , qui , comme il vient d'être dit , n'est année moyenne que de 335700 livres ou 168 tonneaux. Une très-faible partie provient par Nantes des salines françaises : cette denrée présente si peu de bénéfices qu'elle n'est jamais l'objet spécial d'une spécuiatioD; on ne la charge que comme lest, lorsque la cargaison a plus d'encombrement que de pesanteur. Ces envois sont accidentels et ne peuvent entrer en grande considération dans la détermination qui serait prise. L'importation de la plus grande partie des sels introduits à Bourbon se fait par Mascate et Pondichéry, ou autres ports de la côte Coromandel. Les Arabes apportent un sel minéral, âpre au goût et moins salubre que le sel marin ; aussi ne le consomme-t-on qu'à défaut d'autre ; et nous en avons vu des parties rester plusieurs années invendues. Ce n'est pas qu'il
25S n'ait une assez belle apparence, ses cristaux se pulvérisent aisément , et sur la table il est d'un bel effet surtout par son éblouissante blancheur. Quant aux sels de l'Inde, obtenus comme les nôtres parévaporation , ils ne nous viennent que par voie étrangère , et ce qui en est fabriqué dans les aidées françaises ne peut plus être considéré par nous , depuis le traité de Londres de 1 8 1 5 , que comme sels étrangers. Cette dernière considération suffit , à présent du moins , pour qu'on ne s'inquiète pas si des mesures que com^ manderaient les besoins de la colonie en restreindraient l'importation.
Il eût été bon sans doute de connaître d'une manière positive la part du commerce français et celle du commerce arabe et indien dans cette importation. Ce document ne fut pas recherché dans le temps : mais, je l'ai dit, l'importation du sel français est peu considérable.
Ainsi il était évident que la fabrication locale est insuffisante aux besoins ; que les envois de l'extérieur ne remplissent pas la différence ; une entreprise qui comblerait ce vuide était conséquemment une chose utile, susceptible d'être encouragée. Mais quelles res-* sources offrait celle projetée?
Établis sur les pas géométriques, dans un lieu découvert , éloigné de toutes plantations , exposé à l'influence de tous les vents , et sur lequel porte directement et sans obstacles l'action du soleil pendant tout le temps qu'il est sur l'horizon , dans un lieu peu élevé au-dessus du niveau des plus hautes marées, et qui cependant ne peut recevoir de dom-
â54 mages par une introduction d'eau salée contre la Tolonté des entrepreneurs , MM. Frappier ont disposé leurs carreaux de manière à produire chaque année un million de sel : celte quantité est égale à la consommation totale ; elle serait presque le double du besdin, si la fabrication et l'importation restaient les mêmes qu'aujourd'hui. Mais celle-ci peut-être réduite de la portion que fournit l'étranger, et comme le créole cherche en général à diminuer ses fatigues et ses soins j dès qu'il pourra se pourvoir avec facilité et à peu de frais , il ne tardera pas à ^andonner ses petites salines et à servir d'autant l'activité des nouveaux entrepreneurs, auxquels au surplus le terrain permet de s'étendre davantage si le besoin venait à l'exiger.
Il est à remarquer que MM. Frappier, en établissant leur saline de manière à fournir un million de sel, étaient arrivés à ce chiffre par d'autres moyens que nous , ce qui est une sorte de garantie de son exactitude.
Quel que soit au reste , en ce moment , l'état de cette saline; que ces industrieux colons aient ou non reçu les encouragemens sur lesquels ils avaient cru pouvoir compter ; que , secondés par leurs compatriotes, ils aient dû donner à leur établissement le développement qu'ils projetaient , la consistance qu'ils espéraient; qu'ils aient pu affranchir leur pays d'un tribut annuel de trois mille trois cents piastres au moins (i65oo fr.), payées à l'étranger pour la valeur de ses importations , ou qu'ils n'aient pu vaincre les obstacles contre lesquels ils devaient s'attendre à
a65 lutter , ils auront au moins prouvé qu'avec de Tlotelligence, deTardeur, delà volonté, il n'est rien à quoi l'homme ne parvienne, et que presque toujours il suffit de vouloir pour réussir.
Il s'£^ssait de la création d'une industrie nouvelle dans l'exécution des idées de MM. Frappier. M. Desjardins ne présentait qu'un perfectionnement dans l'entreprise dont je vais maintenant parler , mais ce perfectionnement devait avoir une très grande importance pour la colonie.
On pourrait avec quelque raison s'étonner que certains arts soient restés à Bourbon stationnaires, précisément au point où ils étaient lorsqu'ils y ont été transportés. On trouve l'explication de ceci quand on considère que les blancs qui les ont introduits , se sont bornés à instruire, tant bien que mal, les noirs manipulateurs, et que ceux-ci , bornés à une simple routine , n'ont fait que se la transmettre sans amélioration de procédés , quand ce n'était pas sans altération.
Ceci s'applique notamment à la préparation de la chaux.
Elle se fait à Bourbon avec les coraux ou madrépores qui bordent généralement toute la côte de l'Ile. Faute de choisir les matériaux et d'employer les procédés convenables , on n'obtenait plus qu'une chaux mal cuite, de mauvaise qualité, peu adhérente. Un seul habitant se donnait le soin de diriger lui-même les travaux de ses noirs : il avait de meilleurs produits, mais en petite quantité , et les vendait fort cher. Depuis la naissance de la colonie, toutes les cons-
tructioDs civiles sont en bois, et Ton conçoit qu'à la rigueur on pouvait employer une telle chaux pour le petit nombre d'ouvrages très-peu importans où cette matière est indispensable. Mais depuis quo la rareté deô bois force enfin à bâtir en pierre les maisons, les magasins et même les dépendances ou servitudes ; depuis que l'établissement des sucreries exige des bâtisses solides en moellons et en briques ; depuis surtout qu'on a entrepris des travaux à la mer et sur les rivières , il a fallu de meilleurs matériaux.
L'art du chaufournier n'était pas resté autant en arrière à Ttle de France, à cause du goût que l'on y avait pour les constructions en pierre. Cette colonie s'était chaînée de venir au secours de sa voisine: mais depuis 1 8 1 5 c'était se pourvoir a l'étranger de ce que Ton pouvait se procurer chez soi; miais on payait un prix élevé ce que l'on pouvait avoir à meilleur compte. Les considérations politiques et commerciales se réunissaient pour déterminer enfin à obtenir de meilleurs produits sur le lieu même.
Avec les créoles l'exemple est tout , non pas qu'Us manquent de génie inventif, non pas qu'ils ne sentent très-bien la nécessité du mieux et qu'ils ne soient très-en état de trouver les moyens d'y parvenir; mais dans un pays où Ton veut amasser rapidement et jouir promptement, on aime mieux continuer ce qui a été fait que d'essayer de nouveaux procédés. Les moyens dont on dispose sont si difficiles à manier, et avec eux il est si diflicile d'obtenir des résultats avantageux . qu'on n'ose se livrer à des essais toujours coûteux, douteux au moins, et sou-
vent improductif. Le goQYemeineût , outre llntérét que comme père , <^oinme tuteur , II devait prendre à une amélioration , eu avait un , pour ainsi dire personnel, puisqu'il était le plus fort consommateur, et qu'il faisait exécuter des travau:& importans plus encore par leur objet €[ae par leur étendue. L'exemple qu'il allait donner pouvait au premier moment , au premier aperçu , paraître dispendieux : tel est en effet le sort des travaux en régie. 11 était en quelque sorte blâmable sous^ le rapport d'économie ; ïnaîs ce n*est pas toujours ainsi qu'il faut considérer ses opérations; et celle-ci devait avoir des résultats si graves qu*on ne dut plus hésiter. Le directeur des travaux reçût donc Tordre de faire réunir des coraux de choix, et profitant d'un ancien fourneau qui se trouvait à portée , on commença à cuire. On réussit, cela devait être. Le but principal avait été d'exciter à mieux faire , en prouvant la possibilité du succès ; on vit poindre une sorte d^émulation. Il devait se faire que quelqu'un portât toute son attention à rechercher le plus sûr moyen ^obtenir de meilleurs produits ^ cela arriva naturellement ; et le gouvernement n'ent plus qu'à exciter les recherches , par la préférence qu'il donna aux meilleurs fabricateurs.
M. Desîardins , de Saint-Paul , se distingua dans cette carrière. II ne lui avait pas échappé que la qualité de la chaux livrée alors au commerce dépendait autant du choix des coraux que de la construction des fours , et de la conduite du feu. Après avoir étudié dans nos auteurs français les procédé» de Êibrication et suivi les opérations effectuées dans les aie* T. I. 17
liers du roi , il fit construire un four de grandes dimensions, choisir sous ses yeux les madrépores à convertir en chaux , et disposer le bois dans le fourneau suivant les indications qu'il avait recueillies. U obtint de sa première fournée six cents barriques de chaux d'une excellente qualité , et n'avait consommé que vingt-quatre cordes de bois (i)« Les fours en usage eussent exigé , pour donner la même quantité, plus de fournées, plus de temps, et beaucoup plus de combustible , ce qui est surtout à considérer dans un pays où le bois devient rare et cher. U fut authcntiquement reconnu que la qualité de cette chaux était supérieure non seulement à celle de toutes les fa-* bricationsdu pays, mais aussi à celle de Maurice. Enfin M. Desjardins put vendre sa chaux à un prix beaucoup moins élevé que les autres. On a payé 6 fr. 90 cent. , 8 et même 9 fr. , de la chaux mauvaise et qui laissait au rebut une grande quantité de gratons de corail , mal cuits et absolument inutiles. M. Oesjardins peut établir à 6 fr. 5o c. celle qu'il fabrique et dont pas un atome n'est à rejeter.
Ce résultat si heureux, si important pour la colonie, a été obtenu après huit mois d'essais et de travaux Ils ne pouvaient être entrepris, il faut le dire, que par un homme doué d'un esprit observateur, d'une persévérance difficile à décourager, et qui pouvait non seulement y consacrer beaucoup de temps, mais attendre patiemment et sans gêne la
(1) Une barrique de chaux pèse 3oo liv. soit i5o kil à peu prte; ainsi 600 barriques font 90,000 kil. environ.
rentrée de si fortes aYances. M. De^ardins est arriTé à la solution complète du problème : il a rendu au pays un service éminent. Satisfait de son succès, il y a trouvé sa récompense , sans chercher à profiter des avantages qu'il aurait pu prétendre à juste titre lui devoir être accordés. Cependant la jalousie, cette passion des petites âmes, s'est élevée contre lui. Des gens honteux d'avoir long-temps marché dans une mauvaise route, désespérés de voir un autre réussir lorsqu'ils n'avaient pas même osé tenter un essai, des gens pour lesquels le succès d'autmi est un supplice, ont fait entendre leurs vaines clameurs, ce qui est plus aisé que de suivre ses traces. Mais les Êdts, accusateurs des mauvais procédés, plaident hautement la cause de l'industrieux et modeste habitant qui a voulu être utile à son pays et y est par- ▼enu. C'était un devoir de le signaler ici à la reconnaissance publique.
Ce serait le lieu de remarquer que le pays offre pour les fcmdations à la mer une pozzolane aussi précieuse que celle que l'on tire d'Italie. Tous les anciens cratères en contiennent , mais il parait que pour cette matière, comme on l'observe en tant d'au- ' très circonstances , il est un point au-delà comme en deçà duquel on ne trouve point la perfection. Ainsi un cratère éteint trop récemment ou depuis trop long-temps , ne fournit point de pozzolane d'un bon service. L'expérience seule peut déterminer celle à préférer. Après plusieurs essais on s'est arrêté à d'anciens cratères dans la commune de Sainte-Rose, et leurs produits, mis en œuvre aux travaux du bara-
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chois de Saint^Denis, oat doim^ des résultat» satisfaisans.
Un genre d'industrie né du besoin et que le besoin a perfectionné, a pour objet le transport des denrées.
Donner a la culture des soins dont le succès était garanti par la fertilité des terres ^ n était qu'une portion dès obligations que rétablissement de la colonie imposait a ses habitans. Il fallait réunir les produits sur les points que la nature des rades indiquait pour leureinbarquem^it, il fallait les y transporter. Deux voies se présentaient.
Celle de la mer paraissait devoir être la plus facile dans une ile où la culture était nécessairement rapprochée des côtes; mais ces côtes, je l'ai dit précédemment , opposaient des difficultés presque générales, presque continuelles, presque insurmontables, à cause de la ceinture de récifs qui les environne ou des sables qui laissent à l'eau peu de profondeur. La mer brise avec tant de force sur le rivage , que Ton courait risque d'avarier le chargement des pirogues , à moins de travaux avancés que la nécessité devait réclamer de Fart par la suite. Dans les commencemens ce fut pourtant le moyen adopté. 11 se développa d'abord dans le sens même des développemens de la culture, et se restreignit ensuite , lorsque rUe se peuplant davantage, on dut||soDger a*ourvrir des routes qui rendissent plus faciles et plus sûres les communications entre les divers quartiers. Les transports par mer s'effectuent, ou par des pirogues , ou par des chaloupes poatëts , ou par de
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petites goélettes qui ne s'éloignent pas de la côte , ne la perdent point de vue et restent souvent à portée de la voix. Ce cabotage n'a guère lieu dans la partie du vent qu'entre les communes de Sainte-Rose, de Saint - Benoit , le quartier français et Saint-Denis, soit pour porter de celui-ci dans les antres les produits européens nécessaires à la consommation des colons , soit pour en rapporter les denrées destinées à être expédiées pour l'Europe* Ce cabotage est fort actif entre Saint-Denis et Saint-Paul , à cause de la difficulté de la route qui n'est praticable qu'aux piétons ; elle ne pourrait être employée pour^e transport par bétes de somme que par les mulets , qui ne tarderaient pas à être épuisés : les chevaux]montent et descendent les escarp^mens des sept montagnes que traverse cette route sans aucune charge , les cavaliers mêmes les parcourent à pied. Le même motif fait employer le même moyen pour les communications entre Saint-Paul et les autres quartiers soun le vent.
Les pirogues sont presque exclusivement employées au débarquement des marchandises européennes et à l'embarquement dçs denrées de la colonie, à bord des navires qui viennent trafiquer à Bourbon.
Je place ici le tableau des bâtimens de mer de toute espèce appartenant à la colonie.
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Situation au i*' janvifr de c^
nous
DBf QOlKTIlli.
Saint-Denis . .
Sainte-Marie. • Sainte*Sazamie Saint-André. .
Sain t-Ben oit. .
Sainte-Rose. .
Saint-Joseph. .
Saint-Pierre. .
Saint-Loais . • Saint-Leu . . .
Saint-Paul. . .