‹ Essai de statistique de l'île BourbonChapitre 4 sur 90 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Mon but, en écrivant cet ouvrage , a été d'appeler Tattention sur une colonie encore peu connue, quoique habitée depuis plus de cent cinquante ans par les Français.

C'est de Tîle Bourbon que partirent, il y a cent dix ans, les premiers colons de Tîle de France. Bëduite cependant à un rôle secondaire, bornée à l'agriculture, elle voyait ses produits n'avoir d'autre destination que celle d'alimenter l'approvisionnement et le commerce de sa voisine , qui s'était réservé la fourniture exclusive des articles de consommation provenant de l'Europe et de l'Inde. Sans communication avec les étrangers, sans rapports directs avec la Métropole, les navigateurs ne la connaissaient que comme ces

«4, points de repaire qui indiquent le voisinage d'une autre terre, ou comme ces écueils signales sur les cartes pour prémunir contre le danger de leur approche. Tandis qu'un commerce étendu maintenait l'île de France dans' un état brillant de prospérité, tandis que, siège du gouvernement , elle était Tobjet unique des faveurs de la mère - patrie , et le seul point de correspondance des Français dans la mer des Indes, Tile Bourbon restait dans une affligeante médiocrité. Il ne fallait rien moins que le bouleversement qui a ébranlé l'Europe, pour mettre un terme à la position respective de ces deux colonies de la France; et s'il est déplorable que l'une d'elles soit passée sous une domination étrangère, c'est un bonheur pour l'autre, qui, par ses relations directes avec la France, a été conduite en peu de temps à donner à son agriculture un développement auquel, sans ces événemens, elle ne fût jamais parvenue.

Heureusement placé pendant plusieurs années pour recueillir des documens précieux et

authentiques, j*ai pu étudier ce pays, neuf encore pour la France. Ce que j 'écris est à la fois le fruit de mes recherches, le produit de mes observations, le résultat de mes réflexions^ et le résumé de mémoires fournis par d'an-* ciens habitans, également recommandables par leur véracité , leur expérience et la sagesse de leurs vues. Ce qui m'a déterminé à le rendre public, c'est qu'un pareil ouvrage manquait à nos bibliothèques économiques et commerciales. Il m'a semblé qu'il pourrait y avoir quelque avantage à oflfrir des rapprochemens utiles, à indiquer ce que d'autres peuvent avoir omis, à réunir ce qui est épars. J'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt pour le commerce d'avoir sous les yeux des renseignemens qui sont de nature à décider ses opérations ^ que mon travail ne serait pas sans jfruît pour la colonie elle-même, qui ignore toutes ses ressources et ne connaît pas tous les ëlémens de prospérité qu'elle renferme en son sem.

Quelques-uns de mes amis m'ont fait des

\6 observations sur la nature même de mon travail. Suivant eux, il ne devrait pas être livré à l'impression; mais je m'autorise de plusieurs précédens.

Sans parler ici d^un ouvrage remarquable publié il y a cinquante ans par Tabbé Baynal, et qui, parmi quelques tableaux fantastiques, renferme de précieux documens sur les colonies des Européens dans les deux Indes, n'avons-nous pas vu un administrateur, cité à juste titre pour la loyauté autant que pour la rigidité de ses principes, ne pas craindre de rendre publique sa correspondance officielle ? Ce monument de la rectitude des idées ^ de la justesse du raisonnement, de la profondeur des vues, de la noblesse du caractère, de l'élévation de l'âme, en un mot de tous les talens et de toutes les éminentes qualités qu'on s'est plu à reconnaître dans M. Malouet, est devenu le guide des administrateurs des colonies; et sa publicité, loin d'avoir été jamais regardée comme inconvenante ou dangereuse, a rendu au contraire de grands services, et aux admi-

^7 nistrateurs qui y ont puise d'utiles leçons^ et aux administres qui y ont appris combien sont dignes de leur reconnaissance ceux auxquels le roi daigne accorder sa confiance (i).

Plus récemment , nous avons vu publier, dans un ouvrage sur la Martinique, des détails analogues à ceux que renferme le mien , et qui ne peuvent avoir été puisés ailleurs que dans les dépôts publics (2).

Dernièrement un homme recommandable , surtout par l'emploi élevé qu'il a occupé à la Guadeloupe, a mis au jour un ouvrage par lequel il fixe l'attention sur cette colonie par les mêmes moyens que j'emploie en faveur de Pile Bourbon (3)-

Enfin, il y a peu d'années, on a trouvé dans un voyage aux îles de France et de

(i) Mémoires sur les colonies^ et notamment la Guianne française ; par P. V. Malouet.

(p) Statistique de la Martinique ^ par le marquis de Sainte- Croix.

(3) Des Antilles françaises^ et notamment la Guadeloupe , depuis leur découverte jusqu'au i*' novembre 1828 ; par Boyer, ex-commandant en second de cette dernière colonie. T. I. 2

Bourbon des documens du même genre, mais dépourvus de toute authenticité et souvent Êiutii^.

Autorisé par ces exemples , et surtout par celui qu'a laissé l'ancien ministre, regardé comme le type du véritable administrateur, j'ai cru pouvoir réunir en un seul corps les renseignemens que j'ai été à portée de recueillir pendant un séjour de huit ans. Il s'y rencontrera sans doute des détails qui ont été l'objet de communications officielles; mais le dire^ c'est donner une garantie de leur exactitude. Je ne me suis pas dissimulé qu'il est des points qu'il serait indiscret de traiter, et l'on verra qu'à cet égard je me suis imposé une réserve convenable. Mais tout ce qui tend à augmenter la prospérité du pays, tout ce qui peut être l'objet d'études spéciales, tout ce qui peut, en la décrivant, faire connaître la colonie sous des rapports avantageux à la métropole et à elle-même, au prince et aux sujets, à la culture coloniale et à l'industrie française, au commerce des deux pays, tout cela est du do-

»9 maine de la science , et chacun a des droits à Texposer. C'est un bonheur autant qu'un devoir de démontrer Finfluence qu'un gou^vemement paternel a nécessairement sur la richesse d'un pays par les encouragetaiens qu'il donne à l'agriculture, au commerce et à la navigation; de fournir au premier une occasion nouvelle de manifester sa bien-veillance et sa protection envers une colonie qui le mérite à tant d'égards, et à celle-ci de témoigner tout ce qu'elle doit de i:econnaissance à son souverain et aux agens de sa puissance, et de justifier l'attachement qu'elle n'a cessé de conserver pour l'auguste maison dont sa fidélité la rend digne de porter le nom (i). On me saura peut-être quelque gré d'avoir rectifié des idées erronées et d'avoir indiqué

(i) L'île Bourbon , rentrée en avril i8i5 sous la domination du roi , est la seule possession française qui ait conservé le pavillon blanc depuis ce moment. Sollicitée de recevoir les secours ou la protection des Anglais quand on connut dans les iles les événemens qui avaient eu lieu en France au mois de mars, elle les repoussa , et ne dut qu'à elle seule l'unique exemple d'inviolable fidélité qui ait aloi-s été donné à la maison de Bourbon.

des détails pour la plupart inconnus jusq[u'ici. Si je suis parvenu à intéresser en faveur de cette belle île, j'aurai atteint le but auquel j^ai osé aspirer, et ce sera la recompense la plus douce que je désire obtenir des soins auxquels je me serai livré.

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