‹ Essai de statistique de l'île BourbonChapitre 48 sur 90 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

Une ile dont la position faisait présumer d'abondantes récoltes en denrées regardées dès la création des premiers besoins comme une source féconde de richesses , également bien placée pour recevoir les produits français destinés à la consommation de l'Inde et de la Chine , en même temps que les produits indiens si recherchés dans l'ancien monde ; une ile , qui, au milieu de TOcéan pacifique, est naturellement un point de repos pour les marins qui entreprennent ces longues navigations , devait nécessairement fixer Vattention d'un peuple éminemment distingué par tout ce qui excite , entretient cette noble et brillante ardeur , âme du commerce et Fun des premiers élémens de la prospérité d'une nation. Louis XIY ne laissa pas échapper l'occasion de doter la France d'une colonie qui devait Être par la suite d'un si grand prix. La compagnie des Indes, à laquelle il la céda, en fit bientôt le centre d'un commerce qui a pris une si grande et si heureuse extension.

Pendant près de cent cinquante ans , les îles de France et de Bourbon ne furent , à bien dire, qu'une seule et même colonie. Il ne faUut rien moins qu'un de ces bouleversemens politiques qui, changeant toutes les relations , donnent au monde une face nouvelle,

pour [fixer dans celle des deux qui n'ayait eu jusqu'alors à s'occuper que d'opérations agricoles , le commerce de la France dans la mer des Indes.

Jusqu'à l'année 181 5, qui fîit celle de la rétrocession à la France de l'Ile Bourbon , que la conquAte avait mise depuis cinq ans sous la domination anglaise, il n'y eut vraiment pas de commerce en ce pays. On ne peut en effet donner ce nom aux rapports trèsrestreints qu'elle avait avec l'Ile de France, où tom les produits de son agriculture étaient envoyés pour être de la réexpédiés vers la métropole, et qui, par contre, lui faisait passer la petite quantité de marchandises nécessaires â sa consommation. Aucune opérati<m directe ne lui était permise; elle n'avait point de communication avec les nationaux, encore moins avec les étrangers. La guerre de la révolution avait bien amené quelque changement à cet état de sujétion , mais la conquête l'avait remise sous le joug d*un autre monopole. Elle ne fut affranchie de toutes ces entraves que lorsqu'elle fut devenue le seul point où le pavillon français put se déployer dans ces mers. Le traité de 1814 , <iai a abandonné l'Ile de France à l'Angleterre, est Tépoque de laquelle date le bonheur del'tleBourbon. Nous venons de voir quelle influence cette séparation a eue sur son agriculture; il ne sera pas d'un moindre intérêt dé voir à quel degré est arrivée en peu d'années sa prospérité commerciale.

Les bâtimens du roi qui portèrent la nouvelle administration à Bourbon , furent autorisés à rapporter à fret une partie des denrées qui s'étaient accumulées dans les magasins des colons : ils furent les premiers

moyens de cette communication directe , qui, de ce moment, a pris un si grand développement. Le com-^ merce ne tarda pas à entrer dans cette voie. Il expédia de France la même année 1 5 navires jaugeant ensemble 1 5oo tonneaux. Ce nombre s'est élevé en 1 823 à 63, jaugeant ensemble 19,600 tonneaux. Les importations de France dans la colonie étaient en 181 5 de 2,962,280 fr. 68 C. ; elles furent portées eu 1822 à 6,407,321 fr. 09 c. Les exportations de 1816 étaient de2, 192,744 ft*- ; ^Ues sont représentées eu 1822 par la somme de 8,718,310 fr. 47 <^* Les deux tiers des marchsmdises importées le sont en marchandises françaises , et presque exclusivement par bâlimens f ran^ çais. Tous les articles ne sont pas destinés à la con^ sommation du pays ; car , s'il est vrai de dire que plus on a plus on consomme , il est un terme cependant où s'arrête la consommation, et ce terme est celui où cesse le besoin même du superflu.

Aussi la moitié environ des objets venant d'Europe continue sa route vers Tlncle , où Thabitude de con- " sommer des produits français se maintient, et où il est important de la maintenir par de continuels envois. Ainsi d'une part , l'île Bourbon favorise l'écoulement d'une grande partie des produits du sol et des manufactures de la France, tandis qu'elle fournit à la consommation de son luxe et satisfait à une partie de besoins devenus indispensables. Le commerce de cette colonie, vu sous cet aspect, est non seulement avantageux à la métropole sous les rap* ports industriels et fiscaux ; mais il l'est aussi en ce que, facilitant la composition et l'assortiment des car-

gaisons , il rend moins long et conséquemment moins dispendieux le séjour des bâtimens sur les rades de rUe, exerce plus les marins à la navigaticm, et les tient moins longrtemps éloignés des ports de France. Il est avantageux à la colonie en ce que, donnant plus d'activité aux diverses opérations , il y entretient un plus grand mouvement, fait naître une circulation plus rapide des fonds, et rend plus facile l'extraction totale à un prix plus élevé des productions du sol colonial. •

Ces propositions vont se prouver par Texainen détaillé des rapports de cette tle , soit avec la France , soit avec Tlnde, soit avec les Ues et les pays qui Tavoisinent.

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