COMMERCB AVEC LA FRANCE
Les ports qui expédient actuellement de France pour nie Bourbon sont le Havre, Saint-Malo, Nantes, Bordeaux et Marseille. Nantes et Bordeaux y dirigent le plus d'arméniens ; Marseille et le Havre viennent en seconde ligne ; Saint*Malo n'envoie pas plus de deux navires par an. Le nombre total était en 1822 , comme je viens de le dire , de 63 bâtimens , jaugeant ensemble i9,5oo tonneaux, et armés de i i4i hommes d'équipage ( i )• On aperçoit combien ces expéditions sont utiles aux ports par l'activité qu'elles
(r) On évalue à 35o le nombre des navires français expédiés de France à la Martinique et à la Guadeloupe, leur capacité à 90,000 tonneaux, le nombre de leurs équipages à 9000 marins, les denrées transportées à go millions de livres de
donnmt à tous les genres d'industrie, le déboudié qu'elles procurent aux produits des manufactures et à certains de ceux de l'agriculture. Pour ne parier que de ce qui est plus frappant, qu'on se figure combien d'ouvriers de toute espèce sont employés dans les ports, tant pour mettre les navires en état de naviguer, que lors des chargemens et des déchargemens; à combien d'individus de tout sexe et de tout
sucre, plusieurs millions de livres de café, plusieurs mille balles de coton , etc.
On trouve les rapprochemens suivans dans un discours du ministre de la marine à la chambre des députés, en mai 1837 :
La valeur totale des exportations de la Finance pour les divers pays avec lesquels elle est en relation^ a été, pendant
Tannée i8a5, de 345>d6a,999
dont pour les colonies françaises i 4Br4<>^»o^
Le cinquième de ces valeurs est en produits de l'agriculture , le reste en produits de l'in* dustne : ces valeurs ont été estimées , en tonneaux de mer, h 4999690
dont pour les colonies françaises i ^ÇQfQ']^
Cette navigation a employé un nombre de
matelots de 47>38o
dont pour les colonies françaises^ 11, 845
Si l'on peut comparer à ces opérations de rSaS celles qui ont eu lieu pour Bourbon en 183 3^ nous aurons les résultats suivans : -^
Valeur des exportations de
France pour Bourbon. . . f. 6,407,3a 1 ou J Evaluation en tonneaux de J ^* ^^ <ï«' e«t
mer ig^Sooou/^
Nombre des matelots em-
fêlatif ù toutes les , oofooiei.
ployés iji4ioun
lOO
âge ces travaux donnent des moyens de subsistance, de combien de faraiUes ils assurent Texistence.
Que l'on jette les yeux sur le tableau des articles d'exportation de France et sur celui des retours (ciaprès, page i65) ; que l'on en calcule les quantités et les valeurs , et Fon reconnaîtra tous les avantages que procurent ces expéditions ( i )•
Mais combien elles importent â un état maritime ! quelles ressources assurent à la France ces navigations lointaines qui forment en même temps des officiers et des matelots^exercés à tous les événemens qui se rencontrent à la mer , habitués à la succession rapide des divers climats , plies à une subordination qui devient naturelle , accoutumés à cette vie qui constitue véritablement Thomnie de mer et le rend si utile à la patrie , en* temps de paix par le succès de ces belles et grandes spéculations commerciales, en temps de guerre quand il s'agit de défendre les intérêts nationaux et de soutenir l'honneur du pavillon. Or une marine instruite en théorie et en pratique fait la force d'un État qui, comme laFrance, occupe une si grande étendue de côtes , . et possède de si riches colonies. C'est la marine qui conserve les colonies, c'est par el|e qu'elles existent. Ses citadelles flottantes les protègent et garantissent leur pos* session à la nation qui peut mieux et plus tôt en armer davantage; comme ses magasins flottans font en tout temps la richesse du pays et^entretiennent des deux côtés une égale prospérité.
(i) Od estime que la valeur de ces retours excède d'un septiëme celle des eiportations de France.
I COHKERCE AVEC l'iNDE.
Ce n'est pas des communications directes de la France avec les côtes méridionales de fAsie que j'entends parler ici , mais bien du commerce d'Inde eu Inde. Il a toujours été considéré comme d'un grand avantage non seulement pour les colonies françaises dans ces mers , mais encore pour leur métropole. Si . en effet la valeur des produits coloniaux excède celle des objets consommés , le solde ne peut se faire qu'en marchandises , et cet excécjant doit trouver un dé^ bouché. Son écoulement naturel , qu'il ait lieu soit en denrées coloniales , soit en marchandises européennes, s'opère par l'Inde (i). D'un côté, cette contrée donne à l'industrie de la France des articles d'une grande valeur et d'un petit volume, nécessaires à l'entretien de ses fabriques , à sa consommation , à celle des autres colonies , et que complètent et assortissent les cargaisons de retour des navires importateurs : de l'autre, elle fournit aux consommations locales des articles indispensables que la France ne peut leur fournir , ou qu'eUe^ ne peut leur fournir au même prix.
Les articles qui sont dans ce cas se réduisent à trois principaux : les toiles , les bougies , les savons.
(i) Pendant la seule année iS^ix , il a été réexporté de Bourbon pour l'Inde, en objets venus antérieurement de France^ une valeur de 78i,33ofr.
En articles importés de France durant i8'i2. i,i4o,ooo
i,9^i,33o fr.
Les toiles blanches de l'Inde , les guinées bleues j les indiennes grossières de Patna sont employées eiclusiveinentà Bourbon, les premières par les blancs, soit pour leuf usiage personnel, soit pour l'intérieur du ménage; les autres pour l'habillement des esclaves des deux sexes : les toiles de lin ou de chanvre fabriquées en France n'y sont jamais achetées. Tous les raisonnemens que Ton fera dans l'intérêt de l'agriculture et du commerce sous ce rapport , tomberont devant une vérité de fait : c'est que, quant au prix, les toiles de France ne peuvent soutenir la concurrence ; qu^nt à Tusage , la toile de chanvre et de lin n'ayant pas comitie celle de coton la propriété de se charger des sueurs sans se refroidir, elk serait d'un emploi dangereux pour la sainte dans un pays où la chaleur entretient une transpiration constante, excitée et maintenue par le travail, et ou les brises continuelles tendent en même temps à inte^ rompre ou supprimer cette transpiration, qï qui n'arrive jamais sans un grave inconvénient pour l'économie animale. Que si l'on disait que , cédant à cette considération et reconnaissant combien elle est fondée , elle ne peut du moins être opposée à l'emploi de toiles de coton fabriquées en France , il serait facile de répondre que , d'accord sur ce point , le prix comparatif sera toujours en faveur des toileries de l'Inde; que l'avantage sera encore pour elles si l'on compare les qualités ; que ce n'est jamais sans risques , et que ce ne peut être par des ordonnances, que l'on peut changer la direction prise depuis long* temps par le commerce , et soutenue par les habn
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tudes. Une autre considération plus importante , c est qu'il ne s'agirait de servir que la portion de l'industrie française qui se borne à mettre en œuvre des produits étrangers , tandis que l'on consommeraitUa ruine déjà bien avancée des établissemens français dans l'Inde, producteurs également de la matière première et de la main-d'œuvre. Or, si l'on doit encouragement et protection à l'industrie de la métropole, il n'est pas moins vrai qu'on ne doit pas les lui donner aux dépens d'autres établissemens nationaux aussi , lors surtout que , pour ceux-ci , ce serait une cause absolue d'un dommage irréparable, ce qui n'est pas pour l'autre.
Il ne sort d'ailleurs jusqu'à présent des fabriques de France aucune toile qui puisse remplacer les toiles bleues de Flnde , dites guinêeê^ pour l'habillement des esclaves à Bourbon. Celles dont on a cru pouvoir introduire l'usage ont été loin, et pour la propriété hygiénique, et pour le tissu , et pour la durée , et pour le prix , de pouvoir entrer en compensation , et il a fallu y renoncer.
L'emploi des toiles de l'Inde non seulement est avantageux aux consommateurs de Bourbon , mais s'il cessait dans cette colonie , ainsi qu'elle en est menacée , ce serait la ruine des établissemens français de la cote de Coromandel. Ces établissemens dans des temps qui, pour être éloignés, ne sont pas oubliés , ont joui d'une faveur à laquelle ils ont alors répondu. Victimes d'événemens qui les ont tellement molestés qu'ils ont peine à se relever , lé voisinage des possessions anglaises, la tyrannie commerciale
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que ce gouvernement exerce dans llnde à notre détriment , les lois qu'il a dictées par des traités arrachés [far la ruse à la loyauté, à la suite de mesures dictées par sa jalousie despotique , les mettent dans une tellQ position, quQ, successivement privés des principaux moyens qu'ils avaient de fournir quelque aliment à notre commerce, les établissemens français sur cette côte n'ont guère plus que le coton pour se soutenir ; et cette soie n'étant plus exportée brute, puisque la diminution de la consommation n'y attire que très-peu de navires français, il ne leur reste de ressource que l'exportation des tissus , réduite elle - même aux seules toileries dont il est ici question , pour ce qui regarde notre commerce.
Ce serait donc une mesure désastreuse également, et pour nos établissemens de la côte de Coromandel, c'est-à-dire Pondichéry, Rarikal et Yanaon , et pour l'île Bourbon, que la proscription dans cette der* nière colonie des toiles produites par les premiers et consommées dans la seconde , sans que cette perte fût compensée par les avantages qu'en retireraient l'industrie et le commerce de la France , pour lesquels ce débouché serait nouveau , et qui peuvent continuer à ne le pas exploiter plus qu'ils n'ont fait jusqu'à présent.
Mais pour secourir ces établissemens > on pourrait apporter leurs cotons en France pour les reporter ouvrés à Bourbon. Il ne ^serait pas difficile de faire sentir la futilité de cette proposition. Le résultat pour la colonie serait d'augmenter le prix de la toile au moins du double transport; quant à la France,.
io5 d'augmenter la quantité de cotonif en laine qui y est déjà trop grande, et quant aux établissemens de riode, de leur enlever une des faibles branches d'industrie qui leur restent (i). "^
 l'égard des savons et des bougies, le commerce français en a jusquicî peu envoyé à Bourbon. C'est, dit-on , parce qu'il n'y trouvait qu'un faible débit ; le moyen de l'accroître c'est de lui accorder un pri* vilége. Il ne suffit pas de vouloir pour que le commerce dirige ses envois plutôt sur un point que sur un autre: il s'y décide lorsqu'il y a excédant aux besoins au lieu de production, et lorsqu'il trouve une vente profitable au lieu de consommation , en d'autres termes, lorsqu'il achète bon marché et qu'il vend cher. Or cet excédant n'existe pas : voyez quelle est la quantité des produits et quel est leur prix. Ces prix , déjà élevés au lieu de production , ce qui prouve leur insuffisance aux besoins de la consommation locale, augmentés au lieu de la vente de tous les frais que le transport y ajoute , seront tels alors qu'ils ne pourront soutenir la concurrence avec les produits semblables que l'Inde y fait parvenir, et qui sont d'un prix peu élevé , parce que la
(i) L'importaDce de cette question , qui était majeure au moment où j'écrivais ce qu'on vient de lire, a diminué malheureusement depuis par suite de mesures assurément très-faussf s en administration comme en politique : les Indiens et même des négocians français ont abandonné Pondichéry pour aller porter leurs établissemcns sur le territoire anglais. Comme il y a lieu d'espérer la révocation de ces mesures, je laisse subsister la discussion qu'on vient de lire.
niatièFe première abonde , que la main-d'œuvre est peu coàteuse , et que les frais de transport sont moindres. Si donc il y a une grande différence de prix, et cela ne peut être autrement, de deux choses Tune : ou il faut proscrire absolument les produits indiens, et ce serait nuire a la colonie et lui imposer un excès de dépense pour le haut prix d'un article dé consommation dont on ne peut se passer, or on ne peut raisonnablement penser à un tel résultat ; ou bien il faut faire en sorte que ces articles soient apportés de France à un prix au moins égal à celui de ceax qu'on voudrait proscrire , et Ton a vu qu'on ne peut l'espérer.
Ainsi l'on ne servirait point le commerce de la métropole, on nuirait à la colonie consommatrice, et en troisième lieu on nuirait à des établissemens qui ont éprouvé déjà de si détestables effets d'une mesure, qui, sans être utile à quelque portion que ce soit du commerce de la France , n'a servi que l'odieux monopole de la compagnie anglaise.
Je veux parler ici du commerce des sels produits parles territoires de Pondichéry et de Karikal.
Les aidées dépendantes de ces deux établissemens en livraient autrefois 63,ooo quintaux, poids de marc, au commerce français, qui les payait 5o4»ooo francs Par un traité , la compagnie anglaise a obtenu l'exclusif de la vente de cette denrée , afin de ne pas compromettre , par une libre concurrence , le produit de la fabrication des peuples asservis à sa puissance; et pour dédommager les propriétaires de salines des aidées françaises , elle a accordé une somme de i^jOoo
pagodes ( 36,ooo fr. ) une fois payée. Depuis lors , la compagnie exerce sur les seh fabriqués dans ces deux territoires un privilège exclusif. On en peut consommer dans le pays , mais on ne peut en vendre au dehors une seule once , même pour la consommation des navires franco en relâche , que sous le bon plaisir du gouvernement anglais de Madras.
Pour terminer cet article , plus important qu'il ne semble , du commerce de l'île Bourbon avec l'Inde , je dirai que si }'at fait voir ce qu'est et ce que. doit être ce commerce , combien il importe à la France de le maintenir, et combien il lui serait désavantageux de le rendre nul , ce n'est pas une considération d'un léger poids dans la balance qu'une navigation dont les avantages déterminent à s'y livrer une portion quelle qu'elle soit de la population créole. Nous avons , vu qu'elle devient de plus en plus nombreuse et qu'il est indispensable de trouver les moyens de l'employer hors de son pays. On doit donc saisir toutes les occasions qui se présentent, et c'est un devoir d'encourager celle qui lui fournit la faculté de £aiire l'apprentissage du métier de la mar.
COMMERCE AVEC JAVA , SUMATRA , ET AUTBES P0eSESSION& HOLLANDAJSES.
Quoique les expéditions vers les îles hollandaise» soient assez fréquentes , elles ne profitent à Bourbon que par l'exportation de divers articles d'Europe^ comme vins , eaux^e-vie et liqueurs , parfumerie > horlogerie , bijouterie , etc. Le petit nombre d'articles
io8 qui composent les retours n'est pas de nature à entrer en consommation , si ce n'est quelques chevaux et du riz dont la qualité ne peut être comparée à celui du Bengale et même de Coromandel. Les cafés ^ les sucres , les épiceries sont reçus en entrepôt et complètent les cargaisons pour France.
COMMEBGB AVEC MASCATE.
Soit qu'on puisse les regarder comme une consé* quence des anciennes liaisonsfde la France avec la Porte-Ottomane, liaisons teUes autrefois queTambassadeur du roi très-chrétien à Constantinople y était le protecteur de toutes les nations qui n'avaient point d'agens diplomatiques ou consulaires dans les échelles ; soit que seulement ils prennent leur origine au temps où le pavillon de France avait dans les mers des Indes une prépondérance usurpée depuis par une compagnie de marchands anglais; des rapports intimes existaient entre les deux colonies françaises dont l'une est rob)et de cet ouvrage , et l'iman de Mascate, auprès duquel la France entretenait autrefois un coàsuL Ce prince musulman a constamment maintenu ces rapports pendant la révolution, bravant tout pour procurer aux lies des secours auxquels elles ont dû de prolonger leur résistance à des attaques qui l'ont enfin emporté. Ces relations si utiles pour les Français , et si honorables pour les deux parties , l'iman les a renouées avec empressement. C'était au gouvernement français de faire Jcs premières démarches. Accueillis avec une noble générosité et une
log loyale amitié , les bâtimens français furent défrayés pendant leur séjour à Mascate , et bientôt Fiman envoya les siens à Bourbon. Il chargea même son frère d'une mission moitié diplomatique , moitié commerciale ; car les princes asiatiques sont les premiers marchands de leur pays , et l'iman possède plusieurs bâtimens qui naviguent pour son compte avec des espèces de subrécargues qui ne sont que ses commis. Le commerce qui se fait réciproquement a une double utilité pour Tile Bourbon. La colonie reçoit des poissons salés, des fruits secs, de l'orge, du sel minéral pour sa consommation, des gommes et des médicamens destinés pour l'Europe, des chevaux, des mulets , des Ânes de grande race et propres à fournir des mulets créoles , beaux , forts , dociles , plus recherchés , plus avantageusement employés que ceux provenant de l'Amérique méridionale. Mascate cotamerce avec Bassora et la Perse , et peut présenter à nos rapports commerciaux un développement qui ne doit pas être négligé , quoiqu'il ne puisse jamais être très-étendu. En échange, l'île Bourbon fournit des toiles de Flnde, du riz, du safran, quelques provenances de l'industrie française, comme draps, yyar piers, verreries et cristaux, quelques munitions navales, du sucre et une plus grande quantité degiroQe. Ce commerce emploie par an trois à quatre bâtimens de quatre cents tonneaux; il est avantageux. Ce n'est pas tout de produire, il faut consommer. Plus on a de consommateurs , plus se soutient le prix dç la denrée. Ainsi, dans l'intérêt de la colonie autant que par reconnaissance, il convient de maintenir,
d'encourager ce débouché, et ce doit être surtout moins dans la vue de placer 1 excédant des besoins de la métrop<^ , que pour diminuer le commerce de Mascate avec Tlnde anglaise , notamment avec la cote de Malabar ; car il ne faut pas se dissimuler que , dans ces contrées , le commerce français a toujours à lutter avec la compagnie des Indes britanniques , qui, dans ses idées constantes d'extension sans limites , d'exclusion absolue des autres nations, de privilège sans partage, de xiomination générale, ne néglige rien de ce qui peut la conduire à ce but.
COMMEBGlS âVSC MOlLA>
Moka , situé à l'entrée de la mer Rouge, était autrefois fréquenté par la France qui y est encore propriétaire d'une loge. Ces relations, si long-temps interrompues , y sont presque oubliées. Le gouvernement a essayé de les rétablir. On ne peut dire qu'il ait atteint ni manqué son but. Ses premiers pas ont été bientôt suivis par le commerce ; mais , soit que l'époque du voyage du navire expédié ne fût pas convenable , soit qu'il faille du temps pour rev^dir à d'anciennes habitudes, l'expédition n'a pas été aussi heureuse qu'on avait peut-*étre droit de l'espérer. Le commerce de Moka est évalué à six millions de francs. Nous fournissions autrefois une partie de cette somme ; il importe de rentrer au moins dans ce partage. Les envois se composent , comme pour Mascate, de sucre , de girofle en clous et en essence, quelques muscades, delà poud^^e guerre,
des armes, du plomb, du fer vieui et neuf, des indiennes , des miroirs, du safran , des toiles de la côte Malabar et de celle de Coromandel, du tabac de Madagascar* Ces cargaisons peuvent, comme on voit, être fournies par Ttlé Bourbon, par la France et pac les étâblissemens français de l'Inde et de Madagascar. Les retours se font en dents d éléphant et en civettes que Moka reçoit de TAbyssinie, en poudre d'or et en ivoire, que la côte orientale d'Afrique y envoie ; en médicamens et gommes qui y viennent de l'Arabie et de l'Asie ; enfin en café. Ce n'est pas à Moka que cette fève se traite ; c'est bien le port par lequel elle sort de l'Arabie , mais le marché est Bet-el-<Fa-guy, ville maure, à trente lieues dans les terres : Il s'ouvre en mars. Cette époque est à considérer pour la direction à donner aux expéditions. Mascate est , comme on voit , en concurrence pour quelques articles; mais il faut observer que cette place ne fournit que ceux qui proviennent de l'Asie , tandis que Moka tire ceux qu'elle met dans le commerce , de TArabie et de la côte d'Afrique qui lui est opposée. Tous ces articles sont toujours d'une bonne vente en. France; et comme ils présentent une grande valeur sous un petit volume, ils sont d'une grapde utilité pour la composition des chargemens des navires qui opèrent leur retour de Bourbon dans la métropole (i).
(i) Les gommes et médicamens qu'on tire de Mascate et de Moka sont principalement la myrrhe , l'encens , l'aloès , l'assa fœtida , Taloës sucçotrin , le benjoin , la gomme ara-
COMMERCE AVEC ZANZIBAR ET LA c6iE D*AFRIQUE.
Les relations que Ton entretenait autrefois ayec cette côte avaient principalement pour objet la traite des noirs. C est de là qu'on tirait surtout les Cafrcs^ bons travailleurs , forts, dociles et tranquilles. Jai pu rappeler cette branche de commerce , la seule , pour ainsi dire, qui fût exploitée avec succès, quoiqu'elle ne puisse plus letre. C'était à peu près le seul motif qui attirât nos bâtimens des deux colonies vers cette portion de la côte d'Afrique , qui , du reste , est sous la domination de l'iman de Mascate. Aussi un au moins des bâtimens que ce prince expédie vers l'ile française , opère son retour en passant par le détroit de Mozambique et touche à Zanzibar, pour recevoir le tribut que paie l'émir ou gouverneur à son souverain arabe.
COMMERCE AVEC LES ILES DE l' ARCHIPEL AU NORD DE BOVRBON.
L'archipel des lies d'Anjouan est quelquefois, quoique rarement aujourd'hui^ visité par des navires français , qui , soit en allant dans l'Inde, soit en revenant , passent par le canal Mozambique , suivant la saison où ils se trouvent dans ces parages, et vont prendre dans ces îles des rafratchissemens , en co-
bique, Tadrafrante^ le galbanum, la noix de galle, le mirobolan , etc.
it3 chons, en volailles, en fruits, que Ton se procure aisément et à bon compte. Leurs habitans, Arabes d'origine , ont toujours eu des dispositions favorables aux Français. Quant à TUe Bourbon , elle ne communique jamais avec cet archipel que pour tirer d'Aldabra des tortues de terre, dont on rapporte deux ou trois chargemens par an , par des goélettes de6o à loo tonneaux. On va chercher au^ Seychelles, ainsi qu^à Diégo-Garcia , de l'huile de coco et quelques autres articles de pou d'importance ; c'est une faible part dans le commerce de la colonie et qui n'est exploitée que par des caboteurs.
COMMERCE AVEC MADAGÂSCAK.
Les relations que l'Ile Bourbon entretient avec Madagascar sont actives et profitables. Quelques développemens vont le foire connaître.
Dans un mémoire adressé à la société de Géogra* pfaie et publié par elle dans son bulletin , j'ai donné sur les peuples qui habitent cette grande lie , des notions dont on a pu inférer combien il est utile à la France de maintenir les relations qui existent avec eux depuis long-temps. En considérant ici ces relations sous le point de vue commercial, on tirera d'autres conséquences en feveur de cette proposition.
Presque toute la partie orientale de Madagascar , dans une étendue de trois cents lieues de côtes , à partir du cap d'Ambre au nord , jusqu'au cap Sainte- Marie au sud, est fréquentée par les Français. Quoique le commerce ne s'y fasse que sur huit à dix points,
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elle fournit en abondance plusieurs variétés de riz; et cet article devient d'autant plus importante Bourbon , que la culture de la canne à sucre y employant plus de surface , n'en laisse aux terres à vivres qu'une quantité dont les produits sont insuffisans à la consommation locale. 11 en est de même des mahis , quoique la nature du sol malgache ne permette de les cultiver qu'en certains endroits et en moindres quantités que le riz.
Les bœufs en vie sont tirés de Tamatave et d'Anossy , province plus connue sous le nom de Fort- Dauphin. Cette fourniture est d'autant plus digne d'attention, que l'aridité actuelle des savanes 4 Bourbon ne présentant plus de pâturages aux troupeaux, le petit nombre des bêtes à cornes qui y existent est insuffisant a la subsistance de la portion de la population blanche qui en fait sa nourriture ; Textension donnée aux charrois exige d'ailleurs l'emploi d'un nombre de bœufs plus considérable. La difficulté de l'acclimatement de ces animaux augmente encore la nécessité de l'introduction d'un plus grand nomlMPe. On peut considérer cette branche de commerce comme un des ob)ets les plus importans de l'approvisionnement de l'ile.
Au nord de Madagascar , près le cap d'Ambre , dans la baie de Woêmar , on a , depuis quelques années , formé des établissemens de salaisons. Les bâtimens qui y sont envoyés traitent les bœufs en vie, les abattent , les salent , et rapportent avec eux ces viandes préparées et qui sont employées dans la colonie, soit au ravitaillement des navires, soit à la
ii5 consommation des garnisons , soit enfin à celle des esclaves dans les habitations. Ces salaisons se conservent parfaitement tant qu'elles sont exemptes du contact de Tair ; mais, soit par l'influence du climat, soit à cause de la nature des sels, ou bien est-ce un effet des méthodes employées , elles se corrompent promptement si un baril ouvert reste deux ou trois {ours sans être consommé. Quoi qu'il en soit de cette circonstance à laquelle il sera possible sans doute d'apporter remède, cette branche de commerce mérite d'être encouragée.
L'abattage des bestiaux sur les lieux mêmes où ils ont été élevés , donne lieu à la vente des peaux. On en traite aussi dans la partie opposée de l'tle , à l'ouest du cap Sainte-Marie, dans la baie de Saint- Augustin. Mais quoique les peaux y soient à bon marché , ce pays est peu fréquenté à cause du caractère inhospitalier des naturels et surtout à cause de l'insalubrité du lieu.
Les rabanes , tissus grossiers d'^orce d'arbre , le tabac en feuilles, les tortues, sont des articles utiles d'importation à Bourbon, mais peu considérables en quantités et en valeurs. Les rabanes, qui sont fabriquées sur toute la côte , mais dont le principal marché est à Tamatave, servent à faire des voiles aux pirogues et aux bateaux qui font le cabotage de la c6te ; elles recouvrent les tables sur lesquelles on opère au soleil la dessiccation du sucre ; on les emploie aussi a quelques usages dans l'intérieur des maisons. Les tortues, plus petites, moins chères, mais plus délicates que celles d'AIdabra , ne chargent
qae deux ou trots petits navires; OQ tes prend à Anossy. Qoant au tabac, ces feuilles sont l'objet d'un commerce plus étendu et qui pourrait le devenir -davants^e. L'établisserai^it d'une ferme des tabacs à Bourbon, en y diminuant la culture de cette plante, ^eoL a augmeuté nécessairement Timporlatic», qui deviendrait pkistsonsidérablesi les relations avec Mascate devenaient plus actives. Je ne parle pas ici des t>Agi^^9 tissus fins d'écorce d'arbre : ils étaient autrefois «eaployés à Bouibon dans les ajustemens des dames créoles , qui y ont avec raison substitué les étoffes «ui^péennes. Aussi n'en extrait-on guères plus de Madagascar que comme objet de curioMté, et leur importation en France est infiniment faible. Pour la vestrdndre encore, la douane les considère dans nos ports comme tissus étrangers dont l'entrée est prohibée.
Ces articles se paient avec quelques produits des manufactures de France , des toiles de l'Inde , blaa* ches «t bleues , dagrossiëres indiennes de Patna , des armes et de la poudre de guerce, des liqueurs et des viandes conservées , pour l'usage des Français qui se sont établis notamment à Tamotave ; de l'arack pour les naturek qui en sont extrêmement friands. Mais comme ia valeur de ces retours est infièrieure à ceHe des caxgais<His extraites de Madagascar, le solde se fait ^ea piastres d'Espagne et œ commerce est désavantageux sous ce rapport pour la colonie , dont il fait sortir une assez grande quantité d'espèces (i).
(t) Ce désavantage vient de s'accroître par rétablissement de doasnes que vient de ftiirc Radama à Madagascar.
C€ddBISRC£ AT£G h'ULE MAOBICS*
De» relationsi ancieniies des deux colonies de Bourbon et de ftle de France» sont résultas entre elles des rapporls^ fuéquens , entretenus par les habitudes toutes françaises que conservent les colons de Maurice y malgré les soins intéressés du gouvernement auquel ik sont actuellement soumis. De là un cabotage continuel qui pourrait être tout entier à l'a«* vantage de Bourbon, qui devrait du mcnns. se parta^ ger, si Ton s'en tenait bond fide^ comme on dit à présent, au principe de réciprocité que l'on invoque sans cesse , que Ton place dans tous les traités et dont an Ceut on ne trouve nulle part l'application. Ce n'est poiut du moins l'Ile Bourbon qui en tire tout le profit, bie& qu'il soit énoncé positivement dans les conventions coeduea entre les deux calrànets »éH tropolitains , ou dans .les dispositions arrêtées de conn cert par les gouverneurs des deux colonies* £n eflfet , le nombre des bâtimeos employés, sous le pavi)bua britannique à ces communications , est de beaucoup supérieur à celui des navires français : il est troisi foia plus grand* S'il est bon que ce cabotage, ait lieu parce qu'il procure un écoulement Cacile aux produits fran* çais, sous le rapport de la navigation et du fret File Maurice est celle des deux colonies à laquelle il est le plus profitable. Aussi ce n'est pas sans motif que le gouvernement de l'ile anglaise a consenti à accorder que les navires des deux nations fussent semblahlement traités dans les ports de chacune , c'est-à*dire
ii8 que les navires français payassent a Maurice les mêmes droits que les Anglais , pourvu que les Anglais ne payassent à Bourbon que les mêmes droits que les Français. Dans ce traitement où la réciprocilu n'existe que dans les mots, le bénéfice «st évi-* demment pour ceux qui , étrangers chez nous , y acquitteraient un droit double de celui payé par les nationaux , et ce bénéfice est dans une proportion beaucoup plus forte que ne serait pour nous le désavantage d'être traités chez eux autrement que leurs propres navires ; car ce n'est pas la quotité des droits qu'il faut seulement envisager ici , c'est la multiplicité des occasions de perception. Ainsi , bien qu'on puisse dire qu'il est avantageux aux deux nations de maintenir cette espèce de réciprocité, il est indispensable, pour qu'il y ait parité, d'augmenter le nombre des caboteurs français, seul moyen , sinon d'obtenir un juste dédommagement, au moins de partager désormais les chances.
Mais nous avons vu que les forêts de Bourbon sont déjà trop appauvries pour fournir aux constructions nécessaires, et que la main-d'œuvre y est si chère , qu'elles monteraient à un prix trop élevé. C'est la France seule qui peut les procurer, et le gouvernement local n*a pas hésité à faire appel au commerce en exemptant de tout droit d'entrée le bateau qui serait envoyé démonté , ainsi que ses agrès , voilure, mâture, pourvu bien entendu que le tout dût être loyalement employé à l'armement de ce bateau.
Le cabotage entre les deux iles, qui, comme nous
YenoDS de voir, est , quant au pavillon sous lequel il est fait , au désavantage de Bourbon , est aussi , dans certains cas, au désavantage de son commerce et de celui de la métropole, par la fraude à laquelle il donne Ueu. Il est certaines denrées du cru de File , le girofle, par exemple, dont il semble intéressant de faire passer ailleurs qu'en Europe le superflu au nécessaire des besoins du commerce français. Introduits à Maurice par les caboteurs anglais, avec le double privUége de moindres frais dans les deux Iles, les girofles en sont réexportés par navires anglais et ne paient qu'un droit extrêmement modique au Bengale, où Us sont présentés comme provenance d'une colonie. anglaise, tandis que, s'ils sont portés de Bourbon à.Calcuta par navires français, ils sont chargés, à leur arrivée , de droits cxorbitans que l'exiguité du droit de sortie perçu au lieu d'extraction est loin de compenser. Le problème consiste donc à combiner les diverses hypothèses , de telle sorte que l'exportation des denrées soit encouragée , et que les frais résultans de l'introduction à l'étranger ne soient pas au détriment du commerce français. Ce problème n'a pas encore été résolu. Je ne rapporterai point ici les divers essais tentés. Les mesures prises en 1817, améliorées depuis , ne sont pas encorç parvenues à ce degré de conciliation des divers intérêts que l'administration coloniale a toujours cherchée obtenir et que le commerce réclame. Le cabotage entre les deux lies offre , ai-)e dit , des occasions de fraude auxquelles il est aussi important que diflScile de porter remède ; et pourtant on
pourrait diminuer cette difficulté en adoptant an système autre que celui en vigueur. Je ne veux point ici parler de ces fraudes grossières que Ton peut pré- Tenir , si les agens supérieurs de la suryeiHance des douanes y mettent quelque soin et les agens inférieurs quelque exactitude , mais bien de celles qui sont ' la conséquence indispensable de dispositions outrées , contre lesquelles la nature même des besoins et des habitudes porte chacun à s'élever.
Si, en effet, quelques -tins de ces cosmopolites éhontés, pour qui les intérêts généraux ne sont d'aucune considération , et qui se sont accoutumés à ne plier devant aucunes lois , osent , à l'aide de séductions coupables, procura un faux nom et un faux passeport aux sucres de Maurice, par exemple , ei^ faisant apposer à Bourbon , sur les sacs qui le» contiennent, la marque de la douane française , et obtiennent ainsi pour eux d'être traités comme produits coloniaux, ils auront trompé le fisc par une manœuvre aussi vile que blâmable. Quelque répréhensible que soit ce tort , on peut aisément y porter remède : il y a trop de différences entre les qualités apparentes et celles intrinsèques des sucres des deux pays pour qu'on s'y méprenne long^temps (i). Cependant on aura nui d'une manière notable à ceux de Bourbon , en leur donnant une réputation d'infériorité qu'ils sont loin de mériter , et ce n'est pas moins un devoir envers les colons de leur signaler
(i) Lorsque les sucres do Bourbon valent 6 et 7 |>iastres, ceux de Maurice ne valent que 3 et 4 piastres.
une fraude si condamnable qu'envers la douane , qui , à l'aide de ce subterfuge , se trouve forcée de traiter en nationauis , à leur arrivée dans nos ports , ces sucres étrangers porteurs de passeports français surpris à la bonne foi des autorités coloniales» Ce n'est pas de cela que )'ai entendu parler : c'est sur un sujet bien autrement important que j'ai désiré porter l'attentioi).
Lorsque, par une mesure prise dans Fintérét de son commerce, le ministère britannique prohiba, non seulement l'entrée, mais même le séjour sur les rades de Maurice d'aucuns produits de l'industrie étrangère , pour procurer à ceux de l'industrie nationale le privilège de la consommation coloniale (i), le gouvernement de Bourbon dut maintenir avec plus de force la prohibition prononcée contre certains produits étrangers susceptibles de rivaliser avec ceux des manu£EK:tur6s françaises. Son but évi* dent et réel fut d'appliquer ce principe de récipro-' cité dont je parlais tout à l'heure ; ce but n'a point été atteint. On n'a point nui à l'industrie anglaise , on n'a point servi la nôtre. La prohibition d'admission des produits français dans les colonies anglaises n'a été que fictive : ils ne s'y présentafient pas , parce qu'ils ne peuvent soutenir la concurrence ; tandis que la prohibition des produits anglais dans notre
(i) Si cette mesure fût avantageuse au commerce anglais^ elle fut désastreuse pour Maurice, dont les produits perdirent un tiers de leur valieur, lorsque le prix des objets importés d'Europe augmenta dans le même rapport.
Me lia eu, pour certains de ces produits, d autre résultat que de déterminer leur introduction frauduleuse. Il aurait fallu, pour rendre la mesure utile, non seulement que le commerce français fournit suffisamment et au moment même à la consommation , mais encore que les habitudes des consommateurs fussent tout-à-fait changées ; or ce n'est point par des réglemens qu'on change les mœurs d'un pays. Le climat , autant qu'un long usage, a rendu indispensable l'usage des toiles de coton. L'Inde est en possession de les fournir depuis un temps qui remonte à l'époque des prospérités de la FraBce dans ces contrées, je devrais dire à celle où les Français ont commencé à y former des établissemens. Si , à certaines espèces de ces toileries , on a substitué depuis celles des manufactures anglaises , ce fut le résultat de la conquête et l'effet du monopole de la compagnie des Indes. On s'est accoutumé ensuite A la finesse des fils , à la bonté du tissu , et des prix peu élevés sont venus ajouter à ces motifs de prédilection. Les toiles françaises peuvent sans doute sous les deux premiers rapports .être mises en opposition avec les autres ; mais la meilleure preuve qu'elles ne peuvent rivaliser pour les prix , c'est que l'industrie française n'a point fait d'expéditions , ou n'en a fait que de très-faibles. Le bénéfice est le but de toutes les opérations commerciales : or les toileries françaises ne pouvant être vendues à Bourbon à un prix qui procure un gain convenable , elles n'entrent que pour une faible part dans l'assortiment des cargaisons.
En vain reproduirait-on ces mesures tyranniques qui ont désolé le commerce à l'époque où une imagination délirante rêvait lo blocus continental ; en vain allumerait- on de nouveau ces bûchers qui consumaient les produits anglais sans éclairer la veute des produits français ; en vain rétablirait-on l'odieux système des visites domiciliaires, des saisies , des amendes ; ce ne serait pas répondre aux observations si fondées des colons. Ne les enténd-on pas dire avec autant de raison et de fondement que de soumission et de respect : » Depuis dix ans nous attendons les en-
• vois du commerce français ; depuis dix ans nous les » appelons par nos réglemens prohibitifs des produits » étrangers. Il n'a point répondu à notre appel , il n'a
> point satisfait à nos besoins. Nous ne demandons 9 pas mieux que d'employer ses produits; qu'ils nous » arrivent , nous fermerons la porte aux toiles étran- » gères ; qu'il nous donne les siens à prix égal , ils » auront la préférence. Mais en conscience , il ne » peut être exigeant au point de vouloir que nous
* ne recevions pas d'autrui ce qu'il nous fait payer » à trop haut prix , ce qu'il persiste à nous refu-
> ser. 4»
En une seule année, les établissemens de l'Inde ont introduit à Bourbon cent seize mille pièces detotle de coton de divers degrés de finesse. Pendant le même espace de temps , l'Angleterre y a envoyé vingt mille pièces de percale , et la France n'a fait parvenir en deux ans que treize mille pièces de batiste^ c'est-à-dire que la France a expédié en très-petite quantité la seule toilerie dont l'hygiène coloniale dé-
ja4 feud l'usage avec biea plus de force et de raison que les lois fiscales n'eu protègent rintroduclioa (i).
Non seulement lés réglemais que noua avons en vue n'ont point atteint le but que Ton s'était pro* pos^; ils ont eu des résultats bien plus fâchenx et sur la morale publique et sur les produis du fisc.
Lors en efiet qu'une loi ne peut être exécutée et que des peines sont cependant attachées à son inexécution ^ elle est immorale , car il est contre ton» les principes qu'une loi ne soit faite que pour provoquer à la désobéissance. Une loi qui, pour assurer son exécution, excite et favorise la délation, qui entretient la population dans un état continua de défiance, et d'hostilité envers l'administration , cette loi pèche contre toutes les règles établies et reçues. Or , pour
(i) De iSiQ & iBni la France n'a envoyé des tissus de coton dans toutes ses colonies que pour une valeur de 7,800,700 fr. , et pendant la seule année i8a4 , FAngleterre en a expédié pour 3o,ooo,ooo fr. au Bengale, d'où elle tirait, pendant Je dix-huitième siècle , la plue grande partie de ceux qu'elle consommait chez elle. Aucun fait n'est assurément plus remarquable dans l'histoire du commerce que cette révolution qui s'est opérée dans les relations commerciales de l'Angleterre et de Flnde , et rien n'est plus propre k faire sentir les procHgieux avantages de l'emploi des machines. Les Anglais livrent , même au Bengale , leurs tissus de ooton au dessous des prix de tlndCf quoique ce qui coûte dans ce pays -2 pences vaille en Angleterre 2 schillings 4 deniers , prix moyen de la main-d'oeuvre ; à quoi il faut ajouter un double fret , une double assurance ^ et l'intérêt de l'argent depuis le moment du paiement de Tachât jusqu'à celui de la rentrée du prix des retours.
appliquer ceci à Tobjet dont il s*agit, l'effet de la prohibition absolue des tcnleries anglaises n'a pas été d'en empêcher l'introduction , mais de forcer à une introduction frauduleuse , de forcer à faire ce que la IcM défend , à braver les peines qu'elle prononce pour satisfaire à an indispensable besoin, secondé que l'on est par un bénéfice qui , pour être coupable y n'en est pas moins profitable et réel.
Quant au fisc, la loi a été ruineuse; car il a été privé de la percepticm qu'il eût exercée sur tout ce qui est entré furtivement , malgré la surveillance qu'on doit supposer avoir été apportée par les ageus^ chargés de l'exécution de la loi, et il n'en a pas été dédommagé par le peu de saisies qui ont eu lieu. La part du fisc dans ces saisies est de beaucoup infé-^ rieure à ce qu'eût donné la perception du droit d'entrée. Deux saisies seulement , faites en 182 3, c'est-àdire pendant les trois premières atmées de la prohibition , ont produit , l'une 7000 fr. , l'autre 8000 fr. Un sixième seulement est rentré au trésor; mais tout ce qui est entré frauduleusement eût payé neuf pour cent de sa valeur.
La conséquence de tout ceci, c'est que pour établir convenablement et avec justice les rapports de commerce qu'un pays aussi éloigné de sa métropole doit avoir avec ses voisins , il faut beaucoup de prudence et de discernement. Ce ne sont point les relations des métropoles entre elles qu'il faqt prendre pour bases) il faut comiattre les mœurs, les habitudes, les usages, les besoins réciproques des pays pour lesquels on veut établir des règles. Ces règles
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doivent s'accorder avec ces habitudes, ces besoins, non leur être en opposition. Un système absolu de prohibition , qui généralement réussit mal, est encore plus pernicieux en ce cas et sert mal la colonie , sans procurer davantage au commerce de la métropole. Ce n'est point par l'exclusif qu'on sert le commerce; on n'y réussit qu'en le mettant en état de soutenir la concurrence avec l'étranger. On le place dans cette position en augmentant convenablement les droits imposés sur l'étranger, et faisant profiter le commerce français de cette augmentation par des primes qui diminuent et s'éteignent graduellement, en même temps que la concurrence diminue et s'éteint, car elle a pour terme celui des bénéfices qu'elle procure; mais il faut se garder que ces augmentations de droits sur l'étranger et de primes sur le national tour^ nent en augmentation de prix pour le consommateur, car alors on ruinera le pays , on nuira au commerce national , dont on consommera moins les produits, et l'on servira en dernière analyse l'étranger. Ce n'est pas où le commerce est prohibé qu'il ne va point, c'est où il ne trouve rien à gagner; et l'on pourrait presque dire d'une manière absolue et générale, ce qui est vrai dans beaucoup de cas particuliers , que les prohibitions attirent le commerce , en ce sens que la fraude donnant plus de bénéfices que les chances qui lui sont contraires ne sont dommageables, on s'expose volontiers à celles-ci, qui amènent si rarement des pertes, lorsqu'on doit espérer tant de gain quand on leuréchappe. Ce ne sont pas seulement des mesures exécutables dans le pays qui conduiront au
but que Ton désire , ce seront encore celles que pcul et doit prendre la métropole , comme point de dépari et d'expédition ; car enfin, en revenant à ce principe que les colonies sont faites pour les métropoles , il ne faut pas perdre de vue qu'une de ses conséquences indispensables est la protection que les colonies doivent recevoir de la métropole; et cette protection , quand il s'agit de commerce, ne s'exerce que par des encouragemens , elle n'est jamais le résultat des prohibitions.