COLONISATION
DE L'INTÉRDEUft DE L'ILE.
En considérant Taugmentation toujours croissante de la population créole à Bourbon , la nouYelle direction donnée à la culture , d'où résulte sous l'un et l'autre rapport insuffisance de territoire , je me suis toujours étonné qu'on ne cherchât point à se mettre plus à l'aise en quittant les bords de la mer; à former des établissemens nouveaux dans l'intérieur non cultivé, non habité, si ce n'est par les marrons, non encore connu , si ce n'est superficiellement par quelques chasseurs et par le très^petit nombre de voyageurs qui le traversent à la hâte. Cependant lorsque le gouvernement semble désirer les moyens d'employer à l'extérieur un excédant de la population de la métropole ; lorsque par les essais qu'il a tentés jusqu'ici, il est reconnu qu'il n'est pas si facile qu'on l'avait cru de fonder de nouvelles colonies , et même d'étendre la culture de celles que l'on possède sur le continent américain , on doit regarder comme un bonheur de trouver encore des lieux à cultiver dans un pays qui réunit tous les avantages de fertilité, de salubrité, de colonisation perfectionnée, et qui garantit une existence assurée et des bénéfices cer-
tâÎDS. Ces conditions, Tile Bourbon les présente. D'autres conditions qui se rattachent à l'emploi d'un certain nombre de blancs, à rabôlition de la traite des noirs, à raffranchissement graduel de la population esclave , Ttle Bourbon en présente encore un accomplissement aisé. Établissons quelques questions » leur solution prouvera la vérité de ce que je viens d'avancer.
i"" Est'il Trai qu'il y ait encore à Bourbon des terres à défricher, des terrains à concéder?
a"" Est-il avantageux à la France , est-il dans les intérêts de la colonie que ces terres soient mises en culture, que ces concessions soient accordées?
3* Qui des Européens ou des créoles doit ou peut être chargé de ces défrichemens , de cette mise en culture?
If L'emploi des noirs y est-il indispensable ou même nécessaire?
S"" Une grande et unique concession est-elle plus avantageuse que plusieurs concessions particulières?
6"" Le gouvernement n'aurait-il pas dans l'intérêt général du pays des conditions à imposer aux concessionnaires?
'f' Enfin quels moyens sont à employer pour atteindre au but désiré de la manière la plus satisfaisante?
L'examen de ces diverses propositions conduira à l'évidence de celle dont elles sont la preuve, que la colonisation de l'Ile Bourbon n'est pas entière, n'est pas complète , et qu'un très-léger effort peut faire parvenir à cet état en peu d'années.
Et d'abord est-îl vrai qu'il y ait encore à Bourbon des terres non cultivées?
Je n'entends point parler ici des terrains qui for^ ment les hauts des habitations , et sur lesqueb existent encore des restes des forêts qui couvraient autrefois le versant des montagnes jusques à la mer. 11 est certes loin de mes idées de proposer qu'on les découvre davantage , et suivant moi , au contraire , on a déjà trop abattu de ces bois si nécessaires à la fertilité du pays. Mais on rencontre parfois, soit dans certaines parties de l'intérieur, soit en remontant certaines rivières, des terrains vagues , éminemment propres à la culture , enveloppés de montagnes qui les préservent de la violence des ouragans, environnés de forêts qui y entretiennent la fraîcheur, traversés de ruisseaux qui leur procurent l'humidité indispensable à la végétation. Ces terrains , que les créoles appellent des dettes , conviennent à toutes les plantes intertropicales. Le mais et le riz pour la subsistance des habitans , le cafier, le giroflier, et les autres arbres à épicéa pour alimenter le commerce, y réussiraient paiement et fourniraient des produits considérables dès les premières années. Déîà des demandes ont été présentées, quelques-unes ont été accueillies pour ces défrîchemens ; mais d'une part, le manque de moyens pécuniaires a contrarié les concessionnaires et ne leur a pas même permis de tenter des essais dont la réussite les eût encouragés; de l'autre, cet abandon de concessions faites, et les craintes sur les suites de travaux inconsidérés qui auraient pu être entrepris, ont porté à ajourner
toute décision sur leè demandes de concessions nou« yelles. Cependant non seulement ces terrains , parmi lesquels on peut citer » en passant, la mare à Pouled'Eau ) la mare à Martin, les ilettes des hauts de la rivière Saint-Denis, présentent, je le ^pète,de8 espaces on ne peut plus propres à la culture; mais aussi une grande pitftie de Tintérieur de File est dans ce cast, et Ton y rencontre des plaines d'une vaste étendue entièremefnt abandonnées, long-temps inconnues. Encore à présent, elles ne sont que rarement parcourues par quelques blancs que fort peu d'affaires, encore moins de curiosité, portent à suivre le chemin pair lequel les quartiers Saint-Benott et Saint -Pierre communiquent directement entre eux. Je Citerai la plaine des Palmistes et la plaine des Cafres que traverse ce chemin , la plaine des Sables, au sud-est de celle-ci, celle de Cilaos plus rapprochée du volcan; au nord de l'tle, la plaine des Chicots , la plaine des Fougères , et la plaine d' Affouches ; au-dessous de celles-ci, dans l'intérieur, la plaihe des Trois-Étangs.
Mais, dira-tM>n, pourquoi n'a-t-on pas dé) A mis ces terres en culture? A cela il est facile de répondre.
lies Européens ne se sont décidés à quitter leur pays pour aller à de si grandes distances que ])ar l'espoir d'une grande fortune promptement réalisée. Les lieux les plus rapprochés de la mer et les plus aisés à cultiver ont été les premiers habités ; et ce n'est qu'à mesure que le nombre des colons a augmenté qu'ils se sont éloignés des points d'un facile accès , se sont étendus le long des côtes et ont gagné
le haut des montagnes. Pour des gens qui veulent jouir promptement, l'attente est pénible; tout ce qui ne fait pas entrevoir un succès sans obstacles est laissé à d'autres plus tardifs, et la moindre chance défavorable amène le découragement. On en est à ce point aujourd'hui que toute la ceinture de Tile étant occupée» il faut absolument rechercher des portions qui ne le soient point encore , où Ton puisse s'établir. En 1786 , le gouvernement concéda les iieite$ et bas- Cwds entre les sommets des montagnes et le momc des Salaces , à la naissance des trois principales r»* vièresdu Mat, des Galets et de Saint-Étienne; ces terrains forment une étendue considérable. Un Européen actif obtint en 1816 la ccMioession de la mare a Poule-d'Eau , portion de ces terres concédées en 1786 et abandonnées. A ma connaissance, un créole entreprenant sollicita plus récemment celle des Uettes de la rivière Saint-Denis.
Mais il faut des avances pour opérer les défrichemens et attendre les premiers produits ; il faut des fonds pour se procurer les bras nécessaires à Texploitalion ; il faut la possibilité de se procurer ces bras. U ne suffit pas de cultiver les terrains concédés, il faut que la communication entre eux et les parties de l'Ile déjà habitées soit commode , surtout pour le transport des denrées. Or ce n'est pas sana difficultés et sans des travaux que l'on regarde comme improductifs y que l'on ouvre des chemins à travers des montagnes , des forêts ou des plaines ineullea* Un particulier seul ne peut vaincre ces obstacles^ surmonter ces difficultés ^wuppoiter ces contrariétés.
Il faut dans cm contrées, et ayec les instrinnens dont on peut disposa:, une force d'âme peu commune pour combattre toutes ces résistances avec succès. Il faut un faisceau de volontés, une masse de forces difficiles à réunir dans une colooie. .
Aussi les concessionnaires de 1 7S6 , qui avaient à remonter et à travwsear souvent les rivières , à graviir à travers des habitations cultivées et les forêts qui leur succèdent jusqu'au sommet des montagnes , et à descendre les revers de ces montagnes sur une pente rapide, fourrée, dangereuse , et qui n'avaient pa^ li^ réunion des moyens nécessaires, ont abandonné leurs concessicHis.
Mais, ob)ectera-t-on , s'il est vrai que ces portions de t^raîns soient restées sans culture par les causçsi que vous venez d'indiquer, n'y en a^t-il pas uâe autre que tous les efforts ne pourront détruire, ïimr possibilité de cultiver?
Ce n'est pas seulement par la température ou l'état plus ou moins sec de l'atmosphère qu'il faut juger un pays. C'est aussi et surtout par son élévation au* dessus du niveau de la mer. Ce qu'il faut considéra, c'est l'effet de la pression de l'air, et cette pressicm, qui se manifeste aux yeux dans le tube du baro^ métré , ne se manifeste pas moins dans les plantes. En parcourant les régions les plus élevées de l'ile, on ne rencontre d'abord que des mousses ; mais , et je répète ici ce que j'ai dit au commencement de cet ouvrage , à mesure que l'on descend on trouve suc** cessivement les fougères rampantes d'abord , puis de plus en plus élevées jusqu'à devenir arborescentes,
puis des arbustes petits, puis de plus grands , puisenfin une yégétation vigoureuse. Or les plaines dont je parle ont été mesurées. Celle des Chicots et celle de Cilaos sont de mille toises seulement au-dessus da niveau de la mer; la plaine des Trois-Ëtangs et celle des Cafres sont à sept cent cinquante toises; celle des Palmistes leur est inférieure de toute la hauteur de la grande montée.
Et si les assertions de la théorie sont appuyées des irésultats de Texpérience, que restera-t-il encore â démontrer?
Or la surface de la plaine des Cafres est couverte d'arbres et d'arbustes : le piton de Yillers , qui la termine du c6té de Saint-Pierre , est planté de ceri- ^ siers sauvages qui y multiplient sans cesse. Oo ne récusera pas le témoignage d'un homme qui a visité CCS plaines aVec le désir , la volonté et la faculté de reconnaître la nature de leur sol et la possibilité de les exploiter. Or voici ce que rapporte M. Bréon, directeur du Jardin du Roi, et sur la véracité duquel on peut ^Qtièrement compter. Dans les bonnes terres de la plaine des Cafres , on peut cultiver avec avantage toutes les espèces de céréales, le mais, la pomnie de terre, tous les légumes et les arbres d'Europe, du cap de Bonne*-Espérance , de la Chine, de TAmérique septentrionale. Dans les qualités inte^ médiaires^ on établirait avec succès des prairies de sainfoin, de vesce, de luzerne, de trèfle, etc. Les terres de la plaine des Palmistes peuvent être cultivées en blé, ma!s, haricots, pois, pommes de terte, patates, manioc. Tous les l^umes et une
partie des arbres d'Europe, du Cap, de la Chine, ainsi que de l'Amérique septentrionale , pourraient s'y naturaliser aisément. La plaine des Trois-Étangs, au pied du piton des neiges, en partie couverte de bois et assez pourvue de sources , peut recevoir les mêmes cultures et est très-avantageusement située pour l'éducation des troupeaux. C'est à peu de distance de cet espace, au pied du Gros-Morne, que sont les sources d'eaux thermales. Ainsi à l'accroissement de surfaces cultivables se joindrait la facilité d'accès à ces sources qui peuvent être d'une si grandç utilité dans une infinité de cas médicajux.
Je dois ajouter à ceci ce que )'ai recueilli des per** sonnes qui ont fait elles-mêmes des essais de culture dans les lieux dont )e parle.
Yers 1796, MM. Joseph Hubert et Jean-Baptiste Hubert-Montfleury son frère ( leur grand-père a ouvert te chemin de la plaine ) , M. Delaville^Marter, M. Désîlle projetèrent un établissement apx Sables ^ dans la plaine des Pahnistes , au pied de la grande montée , par où cette plaine communique avec celle des Cafres. Le lieu qu'ils choisirent était à sept lieues de Saint-Pierre et à environ pareille distance du quartier Saint-Benoit, au-delà des bois et à cinq lieues de toute habitation de ce côté. Us confièrent l'exécution de leur projet à MM. Aubry , de Sainte Servan, qui demeure aujourd'hui à Saint-Louis ,. Furet, aussi de Saint -Servan, qui demeure maintenant à la rivière des roches , Guilloin,^ qui est mort depuis quelques années. On leur donna trois nqîrs ( un vieux et deux enfans ) \ on leur promit.de Iqud
envoyer six bœufs et de les soutenir pendant trois ans dans leurs besoins de TÎvres , etc. Au bout de ce temps , les terres qu'ils auraient défrichées leur devaient appartenir.
Ces trois Européens, jeunes, ardeiis, pleins de vigueur et d'espérances, s'établirent dans un espace de cinq lieues de long sur une lieue et demie et trois lieues dans les moindre et plus grande largeurs, ils ne défrichèrent qu'environ cent gaulettes carrées. Le blé qu'ils semèrent, le» patates qu'ils plantèrent , réussirent à m»¥eiUe. Le bananier, le vangassayer créoles ^vinrent très-^bien, et près de là on rencontre auprès du café marron le ceriner d'Europe dont je viens de parler. A son pied rampe le fraisier qui couvre tout le sol. L'espace est immense pour les troupeaux et le pâturage excellent. L'eau y est abondante.
Us restèrent un an sur ce point ; mais les habitons qui les y avaient mis , n'ayant point tenu Ifnrs promesses, ils abandonnèrent leur entreprise, ne pouvant suffire seuls aux travaux qu'elle exigeait , les noirs qu'on leur avait donnés n'étant pas en état de les aider. M. Aubry , dont je tiens ces détails et qui cou- Hak toute la colonie, regarde cet endroit conune un des plus beaux de l'île. Son avis est qu'on peut y cultiver toutes les productions 4^ l'Europe en même temps que beaucoup des arbres , arbustes et plantes du pays, et en cela il est d'aoeord avec M. Bréon dont j'ai rapporté plus haut l'opinion.
Dans l'hiver, c'est-à-dire en juillet et août, la température de la plaine est très-froide, dit M. Aubry,
^63 wab relatiTetuent à ceUç des bords de la inlor. Il y pleut beaucoup , il y tombe de la neige. Comme le chemin était alors très-fréqueuté, à cause des croisières ennemies qui souvent interceptaient la comruçiunication de Saint-Paul à Saiot-Denia au pasâage <le la Grande-Chaloupe, et que nos trois jeunes gens avaient placé leurs cases sur la route, ils secoururent des créoles et des noirs voyageurs que le mauvais temps avait surpris.
Dans le reste de l'année , le temps y est habituel^ lement très-beau ; mais le soleil y est caché de bonne heure par les hautes montagnes de Fouest.
Le sol est marécageux en quelques endroits de Ul plains des Palmistes , ot Feau est près de la surface de la terre ; mais de la Grande-Montée au piton de Yillers, c'est-à-dire dans la plaine des Cafres, le terrain est magnifique.
Dans les tlettes » le sol est le même que dans la partie de Ttle actuellement habitée : il est susceptible de toute espèce de cultures , et toutes les productions coloniales doivent y réussir. La température y est égale et douce.
Les plaines ne pourront recevoir que les cultures européennes, et notamment les céréales; mais de cette nécessité même on tirera avantage, puisqu'on pourra à leur place livrer les terrions inférieurs à la « canne et au cafier, qui fourniront des produits d'autant plus beaux que la terre sera encore neuve pour eux. Les plaines offriront d'immenses prairies et permettront de faire revivre avec vigueur une branche importante de profits , desséchée aujourd'hui par les
â64 mites de cette fatale imprévoyance qui a chassé les aoimaux des savanes de Saint-Paul, de Saint-Leu, de Saint-Louis , où ils ne trouvent plus ni firaicheur ni pâturages.
Cependant avec tous ces avantages, pourqam n'a*t-il été donné aucune suite aux concessions de ' 1786? Pourquoi Fessai entrepris en 1796 a-tm été | abandonné? Je crois en apercevoir la raison. Bien 1 qu'on ait toujours soutenu que les concessions Tont du bord de la mer au sommet des montagnes, on avait la conscience de Terreur dans laquelle on était , et l'on hésitait à faire une entreprise qui eût infailliblement conduit à une décision que Ton ne pressentait que trop ne pas devoir être favorable. Je me trouve ainsi porté à la seconde question que j'ai posée en commençant.
Y a-t-il encore des terrains à concéder à Bourbon?
Dans les premières concessions qui donnent pour limites latérales deux lignes prises du bord de la mer et dirigées vers le sommet des montagnes, on considéra évidemment TUe, ou comme, ayant pour centre un piton auquel devaient aboutir comme autant de rayons les lignes limitatives des concessions , ou comme partagée par une longue montagne sur laquelle ces mêmes lignes s'appuyaient , de sorte que chacun de^ versans de cette montagne unique appar- . tint à chacune des deux parties du vent et sous le vent qui venaient se réunir à sa crête. On ne tarda pas sans doute à rçconnattre inexactes Tune et Vautre proposition, à remarquer que les divers plai\s,
de montagne» sont séparés distinctement les uns des autres : mais les expressions étaient consacrées ; on continua à les employer, laissant à des temps que Ton supposa bien éloignés l'explication qui devait devenir nécessaire. La -décision fut sans cesse ajournée , autant pour éviter l'embarras de se prononcer contre des idées généralement reçues , de blesser des prétentions qui, pour être vaines et futiles , n'en sont pas moins soutenues avec une vigueur et une obstination qui ressemblent fort à de l'entêtement, et, il faut le dire aussi, parce qu'il n'était point fait de réclamations; Pour prévenir des demandes qui eussent forcé à cette explication , on ne cessait de présenter tous ces terrains , les uns comme inabordables , les autres comme incultivables. En vain M. Le Marchant a-t-il mis en culture l'étonnante position d'O» rère, sur les bords de la rivière des Galets, tout-à-fait dans les montagnes ; en vain pour y arriver, et pour en extraire les produits, a-t-il pratiqué les chemins les plus hardis sur les escarpemens d'effrayans précipices; se9 succès n'ont été regardés que comme un tour de forée. On pouvait les admirer, sans doute, mais on ne devait pas les imiter ; et pourtant le gouvernement anglais, pendant l'occupation duquel ces admirables travaux se sont opérés, avait, par un honorable encouragement, exeiifpté d'impôts cette propriété durant un certain nombre d'années. En vain encore MM. Hubert avaient-ils commencé un établissement de culture dan» la plaine des Palmistes ; c'est , ne manqua-t-on pas d'observer, parce que les profits n'étaient pas en
rapport avec les travaux qu'ils l'ont abandonné. Ces idées répandues dans la colonie par des homuies qui d'ailleurs inspiraient une grande confiance, mais qui se gardaient bien de dire leur secret, avaient acquis la valeur d'i^ne incontestable vérité , et personne ne s'avisait de former contre elles 1q moindre doute. Lorsque de nouveaux arrivés ont sollicité et obtenu la concession de la mare à Poule^'Eau , les anciens concessionnaires des terrains n'ont rien dit , certains que les ocù veaux profuriétaires n'auraient pas a&sez de forces pour mettre leur concession en vakmr, et que son abandon passerait, aux yeux d'autres prétendans , pour une preuve nouvelle de l'impossibilité d'aucun succès. C'est ce qui est arrivé.
Mais le temps estvenu où il est indispensable de prononcer t et quelles que soient à cet égard les opinions d'une partie des eoldos, je a'hésiterai pas a dire que rien ne me semble plus facile. Je conçois te sommet des montagnes exprimé dans les concessions , celui des montagnes vues de la misr : et )e fais la part assez large , puisque ]e comprends le second et quelquefois le troisième plan des montagnes. Ainsi , dès que Ton est parvenu au sommet vu delà mer , on est au terme de la concession ; dès que l'on a cessé de monter et que l'on descend dans l'intérieur , dès que l'on est sur le revers de ces montagnes , on est au-delà de la concession faite, sur un terrain qui n'est pas concédké et qui peut l'être. Ainsi pour donner des exemples » la plaine des Palmistes , qui est au«delà des montagnes qui couronnent le quartier de Saint-*Ben<4t , et des bois qui les couvrent, est un terrain libre. C'est par
â67 une prétention erremée que qaelques habitans de Saint-Benoit y ont tenté un établissement, et ils Font si bien senti qù^ls îont abandonné. Ainsi la plaine des Sables qui est an rev^s des montagnes dans lesquelles brûle le volcan ; la plaine de Cilaos au revers des montagnes que Ton aperçoit quand on aborde Ptle parle sud-est; la plaine des Cafres au revers des mon* tagues qui appartiennent au quartier Saint-Pierre; ainsi tout ce qui est au pied du Benard et de ces montagnes que Ton reconnaît quand on cotoye le nord de 111e, tout cela n'est pas sorti de la main du gon^ vernement et il peut en disposer. Le gouvernement n'a point cessé de fe penser , et 3 Ta manifesté en 1 786 par la concession des llettes et bas-fonds compris entre le sonmiet de ces montagnes et les Salaces , concession délaissée par ceux auxquels elle avait été faite. Il Ta manifesté en 1816 par la concession de la mare à Poule-d'Eau , acte contre lequel il n'y a point eu de réclamations. On pourrait donc tirer avec raison conséquence en faveur de la thèse que je soutiens et de ces actes eux-mêmes , car on ne donne que ce qu'on possède, et de l'absence de toute réclamation, car si Ton n'a pas réclamé, c'est qu'on n'en avait pas le droit ; et si on l'eût eu , on n'eût pas manqué de l'exercer. Mais enfin fût -il vrai que; d'après les termes de la concession , les limites de la propriété se trouvassent où le prétendent les partisans de ce que j'appelle une erreur , ils n'en seraient pas plus habiles à s'opposer aujourd'hui à ce qu'il en fût disposé par le souverain ; car une condition impérative était la mise en culture dans un espace de temps déterminé. La non
26S exécution de cette condition équivaut à un abandon.^ à une renonciation, expression formelle de Facte de concession. Toute terre non cultivée doit faire retouir au domaine , et telle est la position dans laquelle se trouvent ces terrains. Non seulement ils ne sont pas mis en culture , mais aucune tentative , aucun effort n'ont été faits ; le seul qui ait eu lieu a été délaissé. Ces terrains sont donc abandonnés, toute réclamation ultérieure est repoussée par ce fait. Si Ton pouvait admettre que la concession eût eu lieu , le souverain est rentré dans sa propriété , puisqu'il ne s'en était dessaisi qu'à une condition qui n'a point été remplie.
Nul doute donc qu'il reste à Bourbon des terres à défricher , des terrains à concéder.
Maintenant est-il avantageux à la métropole , est-il dans les intérêts de la colonie qu'ils soient mis en culture?
Je m'occuperai d'abord de la question relative à^ la France; elle est, ce me semble, résolue par cette seule considération que tout ce qui tend à augmenter son commerce est à son avantage. Or accroître la population d'une colonie , c'est , d'une part , étendre les bornes de ses consommations et donner conséquemment plus de débouchés au produit du sol et de l'industrie de la métropole^ d'autre part , c'est multiplier les retours en denrées coloniales, rendre plus nom-» breuses ces denrées dans les marchés européens et y faire entrer la métropole pour une plus grande part i c'est fournir plus de matériaux à son industrie ; c'est employer hors d'Europe une population qui y devient considérable. L'envoi en sera d'abord , il est vrai , fai-*
ble et presque iDaperçu, mais dès les premi^s sucëèft il augmentera en raison même de ces succès. G*est enfin mettre en action un plus grand nombre de bâ-*" timens de mer , employer plus de marins , les former aux grandes navigations , et marcher yers.un résultat que doit désirer toute nation maritime , Taccroissement de sa puissance navale.
Quant à la seconde question , elle se résout plus facilement encore. Une partie des terres dont il s'agit peut dès à présent recevoir des cultures coloniales. Le café réussirait également dans les unes et dans les autres de celles que )'ai indiquées : or, après quatre ans le café produit. Les arbres à épices se plairaient dans les ilettes. Il ne faut pas plus d'années pour que le cannellier puisse être dépouillé de son écorce , et cette branche de commerce , inconnue à Bourbon , peut y devenir florissante. Des essais faits avec Técorce de vieux cannelliers ont donné des produits inférieurs , il est vrai , à ceux de la Guiane, mais qui en diffèrent peu cependant : celle des jeunes arbres en donnera de meilleurs. Une autre partie de ces terrains peut être dès à présent couverte des céréales européennes , ce qui sera d'un double avantage pour le pays. D'une part on pourra employer plus de terres inférieures aux cultures intertropicales , de l'autre on aura assuré davantage la subsistance de la colonie , but vers lequel il faut toujours marcher; on pourra même livrer de nouveau des grains à l'exportation, branche de commerce qui fut autrefois d'un si grand rapport et qui peut le redevenir en-* core.
Enfin la colonie présentait dans les commencemens les plus riches pâturages et de nombreux trou* peaux; les. savanea arides aujourd'hui noiOTreot plus aucunes ressoucoes en ce genre. On est obligé de tirer constamment du dehors les animaux nécessaires À la consommation ainsi qu'aux transpiurts intérieurs. Les terrains dont je parle feraient revivre cet ancien état de choses si ^récûeux alors , plus précieux aujourd'hui, soit qu>'c»i!les laisse dans leur état de prairies naturelles , soit qu'on y fasse des prairies artificielles.
11 est un autre point de vue sous lequel on doit envisager l'utilité de cette colonie intérieure ^ moins important à présoit que jadis, mais qu'il ne faut pourtant pas négliger. C'est dans ce vaste espace abandonné que se retirent les grands marrons ; c'est là qu'ils forment de petites sociétés , de petites cultures même. Cette retraite pourrait devenir dangereuse «'il se trouvait parmi eux, et itest possible qu'il s'y en rencontre, quelque tête ardente , quelque imagination vaste qui rêve la fin de l'asservissement de cette population trois fois plus nombreuse que la blanche. En cultivant les plaines dont je parle , et les llettes dont il a été question , on resserrera les marrons dans les forêts incultivables qui recouvrent la double pente des montagnes , et l'on rendra leur nombre moindre de tous ceux pour lesquels la vie sauvage est devenue insupportable.
Enfin , et cette considération n'est pas à rejeter, ime augmentation de la population blanche changeant la proportion entre les gens libres et les es-
cbves 9 assurera d'autant plus la tranquillité de la colonie entière, en la garantissant contre tous pro-jets de révolte» auxquels on se livre d'autant moins qu'on envisage moins de chances de succès.
Mais sous un autre rapport il est d'un bien haut intérêt pour la colonie qu'on se livre enfin à cette belle entreprise C'est ce qui va résulter de l'examen de cette question : qui des Européens ou des créoles doit être chargé de ces défricheméns , de cette mise «n culture?
Le climat des plaines supérieures se rapproche par la température de celui de l'Europe , et les Euro^ péen^ pourront s'y livrer personnellement au tra* vaiL C'est à eux , j'oserai dire c'est â eux seuls qu'on doit confier ces terrains. Exempts du préjugé indispensable dans toutes les colonies où il y a des esclaves , ils ne connaîtront point encore ce dange* reux orgueil qui crie sans cesse au créole que travailler est déroger à l'éminente qualité de la couleur blanche. Ils travailleront donc et ils seront un exem* pie utile pour les créoles , pour les libres même dont on pourra permettre à quelques-uns de se mêler parmi eux. On préparerait ainsi, quoique de loin , le moment où il faudra en venir à un total affranchissement, moment encore éloigné , mab qui avance d'autant plus que sa marche est moins aperçue, et contre les dai^rs duquel il est d'autant plus important de se prémunir de bonne heure. Ainsi dans les plaines dont il s'agit on n'emploiera point de noirs , et ils ea seront exclus, si ce n'est pour le seul état dedomes^ ticité intérieure, et encore en nombre infinin>ent res-^
treint , mais nullement pour les travaux des champs* U serait difficile, d'ailleurs, pour ne pas dire plus, de s'en procurer. Ceux actuellement dans la colonie, employés dans lés habitations établies, y sont eu nombre déjà insuffisant aux besoins. Les noirs ne s^accommoderaient pas d'un climat trop différent de celui auquel la nature les a destinés. Les maladies fréquentes , longues ^ morteUes quelquefois, auxquelles ils seraient exposés , les interruptions de travail occasionnées par les jours pluvieux et les froides matinées, les vétemens de laine plus chers et d'une moindre durée , tout auguïenterait la dépense du colon et la mettrait hors de proportion avec le'montant des produitSé Ceci n'est point une supposition, l'exemple en est dans celles des habitations de Saint- Benoit les plus rapprochées des montagnes et des bois. Les cases de ces noirs pourraient être trop aisément le refuge des marrons des anciennes habitations : eux-mêmes auraient trop de facilités pour le marronege. Toutes les considérations se réunissent donc pour exclure les noirs de la nouvelle colonie, et y employer exclusivement les Européens.
Il n'en pourrait être encore ainsi cependant des ilettes , où l'on rencontre la même température que dans les lieux actuellement habités. Les blancs ne pourraient y travailler la terre, et pendant encore quelque temps , il sera indispensable d'y employer les noirs, seule espèce d'hommes qui puisse résister au climat brûlant des tropiques. Le difficile, sans doute, sera de s'en procurer, puisque, comme il a déjà été dit, ceux actuellement existans dans l'île
sont iiigaffisang àiit foetoins. Le tiôtnb^ , d'ailleurs , ponira tirelire pas très-condidéràble, si l'on 8c réduit , comme il me semble qu'on devra le faire , à la <soltttM dès detamées coloniales autres ^ue la canne à sucre.
Je tiens bien dé démontrer qtle s'il y a encore des terres â concéder à Boutbôn ^ il ti'est pas moins dans i'inléfêt de la France que dans celui de la ôolonie âe les mettre eti culture. Mais si pour prouver la possibUité de cette culture , î'ai été amené à parler des tentatives faites, je n'ai pu taire qu'elles n'ont pas été suivies dti succès qu'on devait naturellement en attendre. Or ne peut-on pas craindre que de nouveaux essais n'en aient pas davantage i^
Oui, sans doute, on le doit craindre si l'on ne fait cette entreprise qu'avec de faibles moyens pécuniaires. Agir ainsi, ce serait perdre les fonds et le temps qu'on y itiettraif. Un seul particulier, un très-petit nombre de propriétaires ne doivent pas s'y risquer; il estcèrtain qu'ils ne réussiraient pas. Il faut attendre les produits de plusieurs années sans recueillir aucun profit. On rencontrera dés obstacles qu'il ne faut pas craindre d'affronter, comme il ne faut pas douter qu'on ne les surmonte. Une compagnie seule , par une forte réunion de capitaux, peut pourvoir â tout » et nous voici parvenus à la cinquième question posée en commençant.
Mais n'y a-t-41 pas quelque danger à mettre un si
grand espace entre les mains d'un Seul? N'est-ce pas
aller directement contre ce principe économique, que
la moyenne culture est préférable à une si grande
propriété? IN 'est-il pas aussi contraire aux fHrincipes politiques de mettre taut d'individus dans la dépendance d'un seul?
Il n'y a pas de danger à craindre , répondrai-je ayec assurance. Ce n'est pas à un seul individu que l'on aura affaire, mais à une collection d'individus : ils ne pourront avoir aucune vue politique dans leur conduite; leur intérêt' privé sera leur seul mobile comme leur unique but. On a tenté avec une forte volonté , mais avec de faibles moyens ; on a échoué. Ce n'est que d'une compagnie, c'est-à-dire d'une forte réunion de capitaux qu'on peut espérer du succès. On n'en peut espérer que de personnes qui calculent moins la promptitud?» que la certitude des résultats , pour lesquelles attendre est peu de chose, obtenir est tout.
En accordant ces terres à une compagnie , les travaux marcheront de front, quoique divisés; ils produiront ensemble , se soutiendront mutuellemeut , quoique entrepris et suivis successivement. Ces travaux, ne l'oublions pas, sont 'de deux espèces absolument distinctes. Les uns donneront des produits qu'on est habitué à appeler coloniaux , les autres fourniront des vivres et principalement des bestiaux. Les premières récoltes des uns se feront attendre; mais quand elles auront lieu, les rentrées de fonds seront brillantes. Les autres produiront plus tôt, mais donneront moins. Il faut pour les Uettes compter quatre à cinq ans avant de rien livrer au commerce; mais au bout de la septième année elles seront en plein rapport , les avances seront rentrées , et les bé-
néfîces donneront déîâ une diyidende sarirfaisant Dans les plaines, les produits seront plus prompte^ ceux des grains et des racines pourront être mis en ▼ente et les dépenses couvertes avant la fin de la troisième année : jusque-là, ils auront nourri les cultivateurs. Alors aussi pourra-t-on commencer à tirer profit du produit des bestiaux. Ainsi les produits de ces deux sortes de culture devant différer beaucoup, soit dans les époques dés recettes, soit dans les quantités, soit dans les valeurs, U est indispensable, si l'on veut obtenir un succès positif, d'établir une sorte de compensation. Il faut donc que toutes les terres à concéder soient d'abord mises sous la main d'une seule compagnie, sauf à prendre pour la suite des temps, des arrangemens qui peuvent être prévus dès à présent; car si d'un côté Ion doit avoir l'intention d'assurer à ceux qui mettraient à exécution cet utile projet des bénéfices certains, quoique attendus; de l'autre, il faut aussi donner et au gouvernement et à !à colonie la garantie que les avantages que celle-ci doit en retirer ne lui échapperont pas. Il y aurait donc dans cette concession des conditions dont l'accomplissement serait tellement obligatoire que leur inexécution en entraînerait l'annihilation absolue. Je vais en indiquer quelques-unes. On a vu combien des termes vagues ont autorisé de prétentions déraisonnables , combien l'on a éludé une explication positive de ces mots ambigus, et quels inconvéniens en sont résultés. Je suppose, on le recpnnait de reste, la question décidée. On a vu encore combien une concession sans conditions restrictives
a eotratoë d'actes abusifs et contraires au bien général , en même temps quHls ont nui aux intérêts particuliers. Des imprudens ont détruit Sans raison ce» forêts si utiles , si indispensables , dont les racines retiennent les terres , dont lés sommités arrêtent les nuages. Ils ont porté dans une région trop élevée des cultures propres seulement aux régions infétieùres , et ont déploré ensuite la stérilité de leurs propriétés , lorsque teur Irréflexion seule les a rendues arides iet mis à nil un roc désormais improductif. Atertis ^ar cette dure expérience, pourvoyons à Tavenir.
On ne donnera point pour limites des espaces concédés des ravines supposées se continuer en lignes droites i mais qui se courbent ou même disparadssent, laissant alors les propriétaires dans le doiite sur retendue de leui^ possession^r On ne prendra point non plus pour inarques de reconnaissance certains points, .des arbres, par exemple, que l'action seule de la nature ou les passions des hommes peuvent détruire ou enlever. Mais à partir ^n point central que l'on déterminera d^une manière invariable « comme un monument, une église, un établisse-* ment public, on mesurera la concession et Ton posera à ses extrémités des bornes qui serviront de point de reconnaissance, et qu'au besoin un nouveau mesurage pourrsdt faire retrouver.
On déterminera la hauteur au-delà dé laquelle on ne pourra porter le défrichement , condition plua nécessaire dans les Mettes que dans les plaines.!
Dans ces lieux encore , s'ils sont traversés par un cours d'eau , on imposera strictement l'obligation de
«77 le maintenir et de le rendre en aemblaUe volume et dans fton eours natunel aux limites inférieures de la concession, sans pouvoir le diminua ni le détourner, quoiqu'on en puisse user dTavant^e de la propriété neuvelle* Mais on devra veiller à ce que les colons dopt il arrosa en ce moment les terres jusqu'à l'endroit où il se réunit à un autre ruisseau , ne puissent en être privés ni souffrir des travaux des nouveaux cultivateurs.
Sens doute on n'entendra pas prohiber tout abattage de bois ; la chose ne serait ni possible , ni convenable, ni avantageuse; mais c'est la destruction qu'il faut empêcher, et pour cela on poprra régler les couper de telle sorte que l'on se procure aux uns et aux autpes , à la société comme aux propriétaires , tous les avantages de la conservation* On oUigera à l'entretien , au remplacement même des forêts protectrices et à essajper sur leur lisière, suivant que leur élévation donnera des espérances, la plantation de» arbres de futaie que l'Europe possède , et qui réussissent au mêiiKe degré de hauteur, dans une température analogue.
Les concessionnaires de la {rfaine devront entretenir le chemin qui conununique de Saint^Benott à Saint-Pierre ; on lui donnera la lai^ur de la route royale, et l'on aura soin de lui donner, dans les forêts qu'il traverse sur le territoire du premier de ces quartiers, une largeur telle qu'il soit toujours sec ou se dessèche aisément après lep pluies.
M. le comte de Bouvet, gouverneur pour le roi ,de i8i5 à 1817, avait formé le projet d'ouvrir aussi
une communication du centre de Tile avec Saint- Denis. Ce projet pourrait être repiris, 11 ne serait pas sans doute d'une exécution sans difficultés , mab cm peut espérer la possibilité du succès. Ne pourrait on, par exemple, ajurès avoir traversé la rivière des Marsouins. près de sa source, gagner la mare à Pouled'Eau, de là la mare à Martin (suivant les vues de ce mémoire , ce seraient deux habitations nouvellement concédées ) , et arriver à la rivière des Pluies en passant, entre la plaine des Chicots et celle des Fougères? L'espace à parcourir serait de sept à huit lieues, dont trois dana la plaine des Palmistes et quatre à cinq dans les montagnes , jusques à l'éperon de Moka , aux bords de la rivière des Pluies où le chemin est ouvert; encore faut-il dire qu'au-dessus de l'éperon de Moka on suivrait les bords de la rivière pendant plus d'une lieue. Ce chemin serait au surplus entièremcait dans l'intérêt des nouveaux colons : il faciliterait leurs communications avec le chef-lieu ; la distance à parcourir serait bien plus courte , et ce qui serait pour eux d'un grand avantage, il mettrait en rapport ])rochsdn leurs diverses propriétés de la plaine , de la mare à Poule-d'Eau , de la mare à Martin : peut-être même dans les hauts de la rivière des Pluies reconnat trait-on quelques terrains à concéder. D'tm autre côté, l'établissement qui aurait été fait à la plaine des Trois-Étangs pourrait ouvrir une communication entre Saint-Paul , par la rivière des Galets, qui offrirait les mêmes facilités que la rivière des Pluies. Mais à t^ôté de cet intérêt pvttculier, on i^e peut méconnaître que , dans toutes
279 , circoDfitaDces , et surtout si une guerre maritime replaçait rtle Bourbon dans la position fâcheuse où elle s'est trouvée si long-temps à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci , on ne peut méconnaître, dis^e, que la colonie ne tirât un grand avantage de cette communication intérieure.
J*ai dit plus haut, en rapportant le récit de M. Aubry, que dans Thiver cet établissement avait été souvent le refuge de voyageurs transis et pour lesquels la température de la plaine est d\in froid d'autant plus piquant qu'elle est plus opposée à celle des bords de la mer. L'hospitalité , je me fais un devoir comme un plaisir de le consigner ici, est une vertu , )e dirais presque une habitude pour les colons. )1 n'est point d'habitation qui n'ait le pavillon des voyageurs , ij n'en est point où ils ne soient reçus avec la plus parfaite cordialité. Sur une route fréquentée ce serait trop exiger sans doute qu'un asile gratuit. Une condition qui peut , qui doit même être imposée à la concession de la plaine , est l'établissement d'une hôtellerie où seraient reçus, moyennant un léger paiement qui ne serait guères que le remboursement des frais , les voyageurs fatigués ou surpris par la nuit et le mauvais temps. Ce repos est indispensable pour ceux qui traversent l'île et qui ne mettent pas moins de quinze heures à parcourir les douze lieues environ que l'on compte de Saint-Benoit à Saint-Pierre. Il le serait plus encore pour ceux qui prendraient la route intérieure pour se rendre de l'un ou de l'autre de ces quartiers à Saint-Denis. Enfin cet asile serait d'une grande importance pour
les détachemens qui vont à la recherche desmarroEif ; ils y trouver^ent d ailleurs main fqrte au Imsmu et eu tous cas uo dépôt pour les vagahçndB qu ils auraient arrêtés.
Ce serait encore uji^e çoud^on à ii^po^er çiuz noo* veaux concesaiofinairai, surtout pour ceui( qw seraient établis dans 1^ plaine, qpe Jem* çimcpurs 4 la recherche e% à rarre^tution d^9 ombrons. Rien lie ood- Iribuerfi davantage à rendre le^ éypsii^n^ raref qu'une augiiieptfi^tion des moyens de répression* Les nouveaux coloQS y seront intéressés pfur leur position inéme. S'ils uy cçucour^ient pw franchement et avec zèle , leurs troupçaux ne tarderaient paff à 6tre volés» leurs plantations dévastées , leurs intérêts coQipromis. Ainsi leurs devoirs envers la colonie, comme le soin de la conservation de leurs mgyena de fortune, se réuniraient pour que cette indispensable çondi* tion soit remplie de leur part, bien entendu qu'ib fouiraient de la prime accordée pour chaque marron arrêté; prime qui , coiTime on sait, est graduée sur la durée du marronnage.
Une clau^ expresse des concessions a toujours été l'obligation d'établir, dans un temps donné, un espace déterminé, clause dont l'inexécution entraîne le retrait de la concession. Ici sans doute cette condition sera imposée, et devra être eiiprimée en termes moins généraux et moins vogues. On pourrait dire, par exemple , qu'il sera ensemencé la première ^nnée dans la plaine, un certaiu espace eP céréales européennes, en légumes, en racines et maif du pays« Dans les ilettes on se bornerait au mais , aux légujpef 9
nux r^cItUBS. Le premier devoir, qt sur raecompfisscineQt duquel le gouvernepient ne doit faïuais cesser, dana lea coloiûaa ioaulaires, d'gvoir les yeux ouvert», c'est d'assurer la subsistance des individus qui lés habitent Il n'y fiittt jamais compter que sur ses propres ressources» çt Ifi prudence défend de s'en rapporter uniquement w% itpprovif ionnemenf du dehors. D'autres condition de pUintatioii devront être réglées pour les «uopées suivantes , diç telle sorte qu'elles ne prescrivent que ce qui touche durectement et d^une manière plus pu moins rapprochée apx intérêts gé* néraux du pays » laissant à la volonté des colons ce qui r^wde uniquement leurs propres intérêts*
En même temps que je pense que, dans l'état actuel des choses , une forte réunion de capitfiux est indispeusable ppur la mise en culture des portions de pays dont je parle , je cràw aussi qu'il ne s^tdt pas dans l'intérêt de 1^ colonie que cette vaste possession ^tàt toujours dans les mains d'un seul propriétaire. Il conviendrait , à mon avis , qu'au bout d'un temps déterminé, jugé nécessaire pour que la compagnie fondatrice eût obtenu une somme de profits convenable , les terres fussent divisées et rétrocédées à des conditions prévues d'avance. La division des terres est d'une haute importance pour l'état , et d'un grand avantage pour la oulture. Ce serait d'ailleurs un moyen de récompense à des agens qui auraient con»^ tamment bien el fidèlem^it servi la conipagnie. Ce. système, qui conviendrait mieuxsans doute aux ter^ raîns des plaines intérieures, pourrait s'appliquer aux jettes , moyennant quelques modifications.
Je n'indicpierai point id d'autres conditions qui pourraient être coniEenues , soit pour des ayanoes en vivres , en arines , et pour le remboursement de ces avances, soit pour les moyens de protection qui devraient être accordés, par exemple , une participation quelconque dans Touverture des nouveaux chemins, des primes à l'exportation pour certaines cultures , d'autres primes pour Téducatiou des troupeaux , etc. Ces encouragemens , qui auraient pour but principal de porter à l'amélioration ou à l'extension des produits, plutôt que d'augmenter les profits de la compagnie, devront être calculés et surtout distribués dans cette vue et de manière à diriger les efforts des colons vers les résultats qfai doivent être d'un plus haut intérêt pour la colonie entière.
Ainsi on aura toujours présent à Tesprit cpie, dans la concession à faire , il y aura deux grandes divisions de culture, qui elles-^mèmes se subdiviseront. Dans les tlettes, cultures coloniales. Le cafier des diverses variétés , suivant les diverses qualités du sol ; le giroflier, le cacaoyer, lecannellier, le vanillier, dont il est intéressant de faire entreries produits dans le commerce de File Bourbon , y recevront les soins des habitans, en raison des situations , des expositions et des c^spaces. Dans les plaines , on choisira les lieux propres aux pâturages, et l'on y placera les souches des divers animaux que l'on aura apportés d'Europe. Ils seront confiés aux bergers qui les auront accompagnés. D'autres lieux recevront les semences de nos céréales et se couvriront de champs de blé, d'oiçe , d'avoine , séparés par d'autres champs de patates et
a83 de mais. Cette calture sera suivie par les laboureurs et garçons dé ferme que Ton aura tirés des provinces occidentales de la France ; mais ce ne sera que successivement et par portions qu'on défrichera ces terres. On se gardera bien des entreprises qui dissémineraient les forces : à mesure des succès obtenus dans une Uette d'un facile abord ou à l'entrée de la plaine ou Ton aura préféré se fixer , on s'étendra davantage et Fon parviendra ainsi à des résultats prompts et avantageux. Bien commencer, a-t-on dit il y a long-temps, est avoir fait la moitié de l'ouvrage; un succès, quelque léger qu'il soit, est le meilleur encourageinent à continuer et la plus forte garantie que puissent se procurer ceux qui entre* prendront cette colonisation intérieure.
Quant aux méthodes de culture, on a pour' celle des ilettes de bons modèles dans la colonie : il vaut mieux imiter ce qui est reconnu bon que de tenter des essais nouveaux , toujours au moins douteux. Pour celle des plaines , on formera d'abord une ferme-modèle , autour de laquelle seront les champs et les pâturages. On choisira pour les premiers les terres de qualités supérieures ; les autres , semés en trèfle, sainfoin, luzerne, vesce , seront destinés à la nourriture des troupeaux : par là ils se> bonifieroni et deviendront susceptibles de recevoir en peu d'années les céréales et les racines. Peu à peu des fermes nouvelles s'établiront et couvriront tout Tes-* pace.
La plaine des Palmistes, ai-je dit, présente une étendue de cînqk lieues de long sur une largeur
iqoyeime de da^x Uei^^». Elle est arrosée par la rivière Sèche qui la tn^yçrae dans toote sa larg$»ir. Cmt dans la partie la plu^ intérieure de catie fkine qu'a été faite la première /e:iipérimoe, il y a trente ans ; ce perait peuMtre un uddif pour la choisir de nouveau. La plaine des Caftes « une Ueue et demie 4e long sur deux et demie de laideur; elle est srrosée par la Ravin#-Blan<^ê » le br$» ijb Pojiiteau, h rkière Sèche t une foule de source se trouventdans différens endroits; sous plusieurs rapports ^ die a TaTantage sur la première. Plus rapprochée d'ailleurs du quartier Saint-Pierre, a^ec lequd la oommuaicatièn est facile par un chemin très-beau et bien entretenu , nos nouveaux oolcms , moins isolés 9 s'accoutumeraient mieux à leur nouvelb résidence.
J'établirais la ferme aux emrirons de la Grande- Montée , 4âatre le piton qui en porte le nom et le chemin. Dans un enclos entouré d'un fossé lai^ et profond, revêtu en pierres sèches, bordé à Tintérieur d'un retranchement aussi revêtu, planté d'ormeaux et autres ari>res, et garni sur les deux berges d'une haie de sapan épineux , je disposerais symétriquement les logement des colons , les magasins , les furies, bergeries , poulaillers. L'hôtellerie serait sur |e bord de la route. Les champs partagés suivant la diversité des cultures, les pâturages divisés suivant ^espèce des troupeaux, rapprochés d'abord de ces ^enclos, s'en éloigneraient à mesure que les travaux acquerraient plus de développement, jusqu'à ce qu'enfin il y ait lieu de former successivement d'autres fermes du même modèle , déposées d'une ma-
û8S nière analogue , suîvatit les qualité^ du M\ H le^ aceideQS du terrain.
On voit que cette ferme et la répartition des plantations se rapproctient dos méttibdes auxquelles là Normandie, la Beauce, la Bretagne, le Poitou doivent le succès de leurs cultures et le bonheui" de leurs habitans.
Le principal agent de la compagnie pour lât culture résidera sur cette ferme expérimentale ; il en dirigera les travaux, en suivra les opérations, en tiendra la comptabilité ; il sera le chef de l^établissement , et tous ceux qui y seront employés lui seront subordonnés. Pour ses rapports avec le gouvernement et jusqu'à Tentier accomplissement du projet, il remplira les fonctions de maire et de juge de paix , et ce qui^ dans ces deux fonctions , appartient à la police judiciaire.
Le préfet apostolique prendra soin du nouveau quartier en ce qui tient à la religion , jusqu'à ce que son importance permette ou exige d'y établir une paroisse dont on réservera la dotation dans la distribution des terres.
La nouvelle colonie I celle de la plaine, se composera d'Européens en petit nombre d'abord ^ que l'on augmentera par la suite à meçure des défrichemens , de telle sorte que les premiers venus passent aux nouvelles fennes successivement établies , et que les derniers arrivés restent sur la ferme expérimentale.
On choisira pour chef un Européen digne de confiance, déjà connu par ses œuvres, qui sache voir
sans découragement les obstacles , les combattre avec force et persévérance , les surmonter avec pru-^ dence , en triompher sans cette sotte vanité qui détruit tout le bien qu'on a fait, et s'oppose à celui qui reste à faire.
On lui donnera un adjoint qui ait du zèle et de Tardeur , qui sache faire et travaille manuellement lui-même. Il devra connaître la pratique de la culture en grand, et pouvoir.suivre et enseigner les opérations de détail.
Un de ces deux chefs au moins devra être marié, et sa femme en état de diriger les travaux intérieurs de la ferme. C'est elle qui en aura la direction ; elle surveillera la laiterie, les poulaillers, la porcherie; elle ferafaire sous ses yeux les salaisons , les beurres , les fromages , etc. ; bien entendu que ce sera autant et plus par l'exemple que par les conseils qu'elle s'acquittera de sa charge. L'infirmerie sera spécialement sous sa surveillance.
On aura dix cultivateurs , dont deux bergers pourront conduire et soigner les troupeaux de bêtes à cornes et à laine , dont les souches auront été apportées d'Europe avec eux : deux autres devront pouvoir travailler les bois de charpente et le fer, assez pour construire les bâtimens secondaires de la ferme et les réparer tous au besoin. Des six restans la moitié seront essentiellement cultivateurs et en état de se livrer à tous les travaux de ce genre, sous la direction du sous-chef; les trois autres seront des garçons de ferme, auxquels seront remis tous les détails inférieurs des écuries et des étables; un d'eux saura faire
le pain ; on aura moulu le grain dans des moulins portatifs apportés d'Europe.
De ces dix agens , la moitié seront mariés^ et leurs femmes aideront celle du chef dont j'cd plus haut expliqué les devoirs ; elles se livreront aux travaux de jardinage , dont les produits , mis en commun d'abord, se diviseront ensuite à mesure que Fétat de la ferme permettra a chaque ménage de vivre à part. Une de ces femmes sera préposée à l'hôtellerie. Les jeunes geus trouveront à faire des mariages dans les familles créoles , et ces nouvelles épouses suivront aisément l'exemple des fenmies européennes.
Ainsi y quant au personnel, notre village sera peuplé en commençatit de dix-huit individus au moins, savoir :
1 Chef.
1 Chef adjoint ou sous-chef.
1 La femme de l'un d'eux au moins.
5 Cultivateurs , dont deux ouvriers en bois et en fer.
2 Bergers.
3 Garçons de ferme , dont un boulanger.
5 Femmes au moins, épouses des cultivateurs.
Je dk disD'hmt au moins ^ parce que s'il esl de fh gueur qu'il y ait six méoages, un plue grand nombre ne serait pas exclus » et qtie si qudque ménage aVait desenfans ^ ce ne semit pas uli motif pour le refuser, quoiqu'il ne faille pas se dissimuler que la dépense en serait augmentée dans une proportion différente des forces qu'il apporterait à l'établissement.
On devra s'ooouper en même temps à foMn^ la souche des troupeaiit, dont le produit prochain figurera dans Une grande proportion au chapitre des recettes de la noui>«lle colonie. On choisira un taureau et six belles vaches, un cheval et deux bonnes jumens, parmi les races de France les plus utiles aux charrois et aux autres travaux delà culture. La oom* pagnie fera venir des ânes de belle race , un étalon et deux ânesses , de forts mulets pour être employés aux travaux , les chevaux devant pendant quelques années être réservés pour la reproduction. Quant aux animaux qui devront peupler les bei^ries, les porcheries, garnir les poulaillers, le pigeonnier, on trouvera aisément de quoi y pourvoir dans le pays.
Ce qui devra exiger de grands soins dans le choix et le transport, ce sont les semences des diverses variétés de blé ^ de seigle , d'oi^ , d'avoine qui seront apportées d'Europe et que l'on pourra comparer aux graines de même espèce obtenues dans le pays.
Un assortiment d'instrumens arfltou^s , d'outils de charpentiers, de foirerons, de sarrûiiers, de maçons, parmi ceux qui sont d'un emploi fréquent, compléteront l'approvisionnement, auquel on joindra *une bibliothèque rustique et une petite pharmacie.
On formera une petite salle d'armes ; car ces colons devront 9 comme les autres créoles, être armés et pourvus de munitions.
On se sera occupé des conditions d'engagement des nouveaux colons. Pendant un certain temps ils seront uniquement aux gages de la compagnie , ils ne travailleront que pour elle ; supportant toutes les charges , elle recueillera tous les profits. Ensuite ils entreront en partage dans les produits, comme aussi une portion des charges sera à leur compte : pour obtenir des travaux de Thomme , il faut lui montrer une perspective avantageuse ; on déterminera donc proportionnellement ces deux partages. Enfin, au temps où le privilège de la compagnie cessera , ceux des premiers colons qui Tauront constamment bien et fidèlement servie, pourront acquérir pour de légères redevances annuelles , la propriété des fermes à l'établissement desquelles ils auront si puissamment concouru.
On peut supposer qu'en trois ans la première ferme expérimentale sera en plein rapport , et qu'on pourra en établir au moins une autre. Il faudra moins de temps pour en accroître le nombre ensuite, parce que d'une part nos colons auront plus d'expérience ^ d'habitude et d'encouragemens , et que de l'autre leur nombre sera augmenté. On peut , ce me semble , raisonnablement admettre comme terme du privilège de la compagnie , la vingt-cinquième année après le premier établissement. Ce temps aura suffi pour procurer les bénéfices qui auront dû déterminer l'association. La colonisation dans toute sa force , dans
toute sa vigueur , pourra continuer sans secours étrangers, en conservant à ceux qui les auront si longtemps fournis, les témoignages de reconnaissance auxquels ils auront de si légitimes droits ( 1 }.
C'est ainsi que je conçois non seulement la possibilité, mais la nécessité, la convenance de s'établir dans diverses parties de l'île Bourbon , malheureusement négligées jusqu'ici. C'est ainsi que je conçois la facilité d'augmenter les produits de cette belle colonie , en employant quelques-uns des colons actuels dépourvus de propriétés et quelques Européens qui y trouveraient une activité également utile à eux et aux deux pays. C'est enfin ainsi que je conçois la possibilité de placer une certaine quantité de capitaux de telle sorte qu'en même temps qu'ils produiront un fort intérêt à leurs propriétaires, ils accroissent celui de l'État et tournent encore plus à son avantage , en augmentant l'activité du commerce , étendant la navigation , favorisant l'industrie à l'action de laquelle ils fourniront , d'une part en consommant une plus grande portion de ses produits , et de l'autre en donnant plus de matières à élaborer. Puissent ces idées ne pas être perdues ! puissent-elles être suivies de quelque succès l Puissent mes vœux pour la prospérité d'un si bon et beau pays ne pas être stériles ! '
(1) De n^S à 176G, en quarante ans, le bénéBce de la compagnie des Indes a été de 35 à 4© p. 100 sur les marchandises d'exportation de France , de 90 à i4o p. 100 sur celles d'importation en denrées coloniales. ( Fo): Mémoire de M. Necier, pour la compagnie des Indes , du a3 tout 1769.)