FORMES DIVERSES DU PASSÉ
§ 125. — Plus-que-parfait (aux. à l'imparfait) : ind. aviéu canîa « j'avais chanté », ère vengu « j'étais venu » ; subj. aguèsse canta, siguèsse ou fugues se vengu.
Un temps que faute d'une meilleure expression de moi connue j'appellerai plus-que-prétérit (aux. au prétérit) : ind. agtière canta « j'eus chanté », siguêre ou fuguère vengu « je fus venu ».
Le plus-que-parfait et le plus-que-prétérit expriment des actions antérieures à celles qui sont exprimées respectivement par l'imparfait et le prétérit, avec les mêmes nuances de sens, ex. quand avié canta, s'assetavo « quand il avait chanté, il s'asseyait », quand aguè canta, s'assetè « quand il eut chanté, il s'assit ».
estrau (querc), estroup (1.), estrope, anneau de cordage qui attache la rame au tolet ; erse de gouvernail ». DG « Estrope, v. étrope. — Etrope, pour estrope, plus anciennement ^5/rop, emprunté de l'anglo-saxon stropp, qui est le latin stroppus, grec atpo'cpo;, corde, lien « corde qui attache l'aviron au tolet ». — Tolet. « cheville de bois ou de fer fixée verticalement sur le plat bord d'une embarcation pour servir de point d'appui à l'aviron ». — Erse, V. herse. — Herse du gouvernail « corde qui attache le gouvernail à l'étambot ». — Ètambot « pièce de bois qui, continuant la quille, s'élève à l'arrière du navire et porte le gouvernail ». On connaît vpr. estrop « étrope » (Levy) ; une variante phonétique estrau a pu exister en Quercy dès le moyen âge : il y a sporadiquement dans nos parlers modernes passage de^ fin. rom. à ti, ainsi « trop » se dit à Marseille trou, et un ancien querc. * estrou a pu devenir estrau par substitution d'une diphtongue fréquente à une diphtongue plus rare dans le parler ; l'auteur de la Cro^ada a pu adopter, pour les besoins de la rime, la forme d'un parler voisin du sien propre. Il n'y a donc aucune difficulté phonétique ou lexicologique insurmontable pour tirer du second vers de
El poble d'Avinhon venc per Rozer ab naus ; De Tharasco ichiron e coron als estraus E tuit passero l'aiga e intreron els caus (?)
le sens pleinement satisfaisant : « ceux de Tarascon sortirent de la ville et courent aux étropes (ou aux erses de gouvernail) », c.-à-d. qu'ils se précipitent pour mettre rapidement leurs bateaux en état de naviguer.
§ 126. — Il existe encore des formes avec auxiliaire « avoir » répété, le part, passé de l'aux. s'intercalant entre les deux parties des formes périphrastiques qui viennent d'être définies : parf. ai agti canta a j'ai eu chanté », pqpf. aviéu agu canta « j'avais eu chanté », pqprét. aguère agu canta « j'eus eu chanté ». Je ne connais pas d'exemples correspondants avec « être » du type * siéu esta vcngu, mais on rencontre assez fréquemment des périphrastiques doubles du verbe « être » lui-môme (surtout au parf., v. plus loin les exemples), et quelquefois des périphrastiques de verbes intransitifs construits avec « être », formés en intercalant le part, passé de « avoir » entre les deux parties du périphrastique ordinaire. Ces formes avec auxiliaire répété ou avec double auxiliaire sont anciennes (an agutsejornat dans Crois, pr. , ex. analogues dans Sainte Agnès). Elles ont, au moins aussi souvent que le sens temporel spécial défini par les traductions données au début de cet alinéa, le sens des formes correspondantes avec auxiliaire simple, sauf des nuances qui apparaissent assez clairement dans les exemples suivants :
lé sias agudo estado, en Arle, vous ? ÇMir., c. viii, str. 41) « y avez-vous (autrefois, dans le temps, déjà) été, en Arles, vous ? »
m'es agu arriha de ié vèire li prince Vitour e Louis, mai que d'unofes (Savié de Fourviero, Ai. 195, p. 3, c. i) « il m'est arrivé plus d'une fois d'y voir les princes Victor et Louis » ;
Ve, fau que plan acô se mené, }A'avès agu di, pèr se prene
(JAir.y c. IV, str. 44) « vois-tu, m'avez-vous dit (autrefois, et cela me revient en mémoire à présent), il faut mener patiemment les pourparlers en vue d'un mariage » ;