‹ Essai de synthèse des Conceptions étio-pathogéniques du Diastème interincisif médian supérieurChapitre 8 sur 13 · DU FREIN GINGIVO-LABIAL · texte numérisé non relu

DU FREIN GINGIVO-LABIAL

Dans la rédaction de ce chapitre nous avons fait un large appel à un article du Docteur l’Hirondel paru dans la Revue de Stomatologie de Juillet 1935.

À) Rappel anatomique.

Normalement le frein de la lèvre supérieure est formé d’un double feuillet muqueux enserrant en son centre un petit trousseau fibreux. Il joue le rôle d’une cloison incomplète tendue dans le sens sagittal, de la lèvre à la paroi alvéolaire et divise le vestibule en deux moitiés symétriques.

Cette cloison est de forme triangulaire avec deux faces droite et gauche, lisses, brillantes, se continuant avec la face muqueuse du vestibule. Des trois bords, le postérieur se joint au rempart alvéolaire; l’antérieur à la lèvre; l’inférieur, libre, est plus ou moins oblique de haut en bas ,tantôt d’arrière en avant, tantôt d’avant en arrière; au repos, il peut décrire une courbe à concavité antéro-postérieure. Le sommet supérieur du triangle est logé en haut au fond du sillon vestibulaire.

Le trousseau fibreux central s’insère du côté osseux dans la petite gouttière verticale à concavité antérieure et labiale, trace de la suture embryologique de l’os intermaxillaire. Souvent ce trousseau fibro-muqueux s’insère non seulement sur la face vestibulaire du rempart alvéolaire mais encore sur son bord inférieur interincisif et sur sa face palatine. Qant aux insertions labiales elles sont non seulement sous muqueuses mais traversent la lèvre de part en part pour se perdre dans l’orbiculaire

externe.

B) Anatomie Pathologique.

Lorsque le frein est hypertrophié, le frein est tout entier augmenté de volume : c’est l’insertion postérieüre ou gingivo osseuse qui joue le rôle le plus important : plus large, plus haute et plus longue que normalement; au lieu de s’arrêter à un ou deux millimètres du bord gingival, le bord postérieur descend dans l’espace interincisif, parfois s’insère sur la face palatine jusqu’au niveau

de la papille palatine .

C) Conséquences de cette hypertrophie.

Dewey a fort bien décrit les différents aspects que peut prendre ce frein hypertrophié :

1) Ou bien l’hypertrophie est totale et l’insertion uniformément répartie sur le rempart alvéolaire, les incisives sont écartées parallèlement sur toute leur longueur,

de l’apex à la couronne.

2) Ou l’hypertrophie avec l'insertion porte principalement ou uniquement sur la partie inférieure du frein au niveau du bord gingival inférieur, les couronnes des . incisives seules seront écartées, divergentes et:les apex auront un écartement normal ou même réduit.

3) Ou l’hypertrophie avec l’insertion porte uniquement ou principalement sur la partie haute du frein, les racines et les apex incisives seront écartées, les couronnes convergentes pourront même chevaucher.

Il semble donc indéniable que l’hypertrophie du frein gingivo-labial puisse être la cause de différentes variétés de diastèmes, mais une autre constatation tirée celle-là de la thérapeutique ne peut que nous confirmer dans.cette hypothèse.

La résection chirurgicale correcte du frein gingivolabial :

a) dans certains cas suffit à elle seule à entraîner la disparition du diastème;

b) dans les autres cas, elle est le temps préparatoire indispensable à la mise en œuvre d’un traitement orthodontique approprié :

Le traitement orthodontique seul est insuffisant pour obtenir un résultat permanent.

Evidemment, les incisives médianes supérieures pour-

ront sous l’effet de forces diverses, être rapprochées mais:

( Si une force mécanique agit sur les incisives cen-

trales et tend à les rapprocher, la bride muqueuse et élas-

tique s’y oppose d’abord; puis, si l’action mécanique est supérieure à sa résistance les dents pourront se rapprocher, sembler se joindre. En réalité, la bride fibro-élastique est simplement comprimée, elle réagira à la manière d’un caoutchouc et repoussera les incisives à leur malposition primitive ).

Cette manière de considérer le rôle de l’hypertrophie du frein gingivo-labial semble être celle de la majorité des auteurs, pourtant le Docteur Gornouec a écrit récemment : (Janvier 1938 revue de Stomatologie) :

« L’examen attentif des patients montre :

1°) que le frein a fréquemment une insertion et un développement normaux dans les cas de diastème;

2°) que chez certains individus cette insertion est anormale mais dans le sens opposé : celui de la hauteur et, ce qui apparaît entre les centrales ce n’est pas le frein mais la papille palatine.

3°) Par ailleurs le frein n'offre pas un obstacle sérieux au moment de la poussée de la dent et, une dent par son labeur lent insidieux mais tenace dans sa poussée, détruit les obstacles d’une autre qualité : elle détruit les os, elle détruit les plans musculo-fibro-muqueux; des dents de sagesse font irruption à travers la joue, le frein n’est pas un obstacle qu’à l’occasion elle ne puisse avaler.

4°) un frein hypertrophié peut ne pas occasionner

de diastème.

C’est la conclusion tirée d’une observation rapportée

Sr

en mai 1938 à la Société de Stomatologie de Paris et dont voici un résumé :

« Une fillette âgée de 10 ans, présentant un frein hypertrophié à insertion gingivale et labiale en éventail, se continuant en arrière avec une papille palatine médiane hypertrophique, n’a pas provoqué de diastème mais (et ce point est à notre avis capital à noter) : les centrales ont tendance à se recouvrir en tuiles de toit, la centrale supérieure gauche en rotation, en mesio veribulo gression. Sous l’action de cette dent, le frein est repoussé à droite et nous avons l’impression qu’au cours de la poussée éruptive, le frein court le risque d’être séparé de la

papille médiane par un lent mais sûr travail d’usure … »

À ces arguments nous répondrons :

1°) Jamais personne n’a eu l’idée de soutenir que l’hypertrophie du frein était la seule et unique cause du diastème incisif médian supérieur : il est bien évident que d’autres causes doivent être reconnues. C’est ainsi que, au cas de la même séance de la Société de Stomatologie, de mai 1938, le Docteur Gornouec a rapporté le cas d’un diastème incisif médian supérieur rectangulaire sans que le frein labial puisse être incriminé en quoi que ce soit; certes, mais la représentation graphique de ce cas montre l’absence d’incisives latérales qui, à elle seule, suffit grandement à justifier l’existence du diastème; d’autre part, l’hérédité, nous le verrons, peut être parfois

seule à incriminer.

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