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CHAPITRE III

TITRAGE ET NUMÉROTAGE

1. — On désigne sous le nom de titrage ou de numérotage, l'opération qui a pour but de déterminer la grosseur d'un fil donné et, par titre ou numéro, le chiffre qui exprime cette grosseur. Le terme de titrage est plus généralement consacré à l'essai des fils de soie, celui de numérotage à l'essai des autres textiles.

Deux méthodes tout à fait différentes sont mises en pratique pour cette détermination. Dans l'une, appliquée exclusivement aux soies, on évalue le titre d'après le poids moyen trouvé à une échevette d'une longueur constante; dans l'autre, on l'établit d'après la longueur du fil qui serait nécessaire pouratteindre un poids fixe : kilogramme,, demi-kilogramme ; ou, plus généralement, d'après le nombre d'échevettes de longueur donnée qui serait nécessaire pour obtenir ce poids.

De toute façon, on recherche dans le titrage la relation qui existe entre le poids et la longueur

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du fil à l'essayer, en partant de bases fondamentales.

Si l'on songe que, dans cette évaluation, chaque pays a été naturellement conduit à se servir de ses mesures habituelles, chaque région conservant d'ailleurs ses usages particuliers, on comprendra combien il peut être difficile de se reconnaître dans la comparaison des différents numéros et d'arriver à une conversion exacte lorsqu'on passe d'un système dans un autre. Cette situation donnant lieu à de graves inconvénients, le besoin d'une réforme se faisait depuis longtemps sentir.

Il y a une trentaine d'années, en prévision de l'adoption prochaine du système métrique parles diverses nations européennes, le moment avait paru opportun d'essayer d'unifier tous ces systèmes de numérotage. Plusieurs congrès internationaux, réunis successivement à Vienne (1873), àBruxelles(i874), à Turin(i875), à Paris (1878), eurent pour effet d'élucider la question dans tous ses points et d'amener les délégués à une entente complète sur les résolutions à prendre.

Malheureusement, cette entente n'a pas suffi pour procurer tous les résultats attendus. D'une part, les gouvernements ont mis à l'adoption de l'ensemble des nouvelles mesures une assez grande indifférence ; d'autre part, l'Angleterre, dont le concours eût été d'un si grand poids,

TITRAGE DES SOIES

préférant sans doute le maintien de ses anciens usages, a fait avorter le mouvement par une abstention systématique. Ce n'est donc point la solution qui a manqué, mais seulement la ferme volonté de l'appliquer.

TITRAGE DES SOIES

2. — D'après une loi en date du 1 3 juin 1 866, le titre d'une soie est représenté en France par le poids moyen exprimé en grammes d'une échevette de 5oo mètres, l'essai étant effectué sur 20 échevettes de même longueur.

Disons-le tout de suite, la donnée ainsi établie n'intéresse nullement le commerce, habitué par un usage très ancien à ne considérer comme titre de la soie que le poids moyen exprimé en grains on deniers d'une échevette de 4°o aunes, soit d'environ 47» mètres en chiffres ronds 476m.

A tort ou à raison, les intéressés prétendent ne pouvoir pas se rendre aussi bien compte des écarts de grosseur d'un fil sur des grammes que sur des deniers. En conséquence, pour leur donner satisfaction, les bureaux de conditionnement, après avoir fait connaître sur le bulletin les poids des 20 échevettes de 5oo mètres en grammes et fractions, indiquent dans une colonne en regard la conversion de ces poids en deniers (le

SG

TITRAGE DES SOIES

denier français étant considéré comme ayant une valeur de ogr,o53i3. Enfin, à la suite du titre moyen en deniers de l'échevette de 5oo mètres, est inscrit le titre ancien correspondant à l'échevette de 476 mètres. C'est d'après ce dernier titre seul que le commerce apprécie la finesse du fil.

Si l'usage des aunes et des deniers s'est perpétué jusqu'à nos jours pour le titrage des soies, on peut l'attribuer à ce que des mesures de longueur et de poids semblables ont servi et servent encore pour cette évaluation dans les différents pays de l'Europe, de sorte que les négociants y trouvent une base internationale qui leur permet de s'entendre à peu près dans leurs transactions. Nous disons a peu près, attendu qu'il faut tenir compte encore de certains écarts dans ces mesures; l'uniformité actuelle n'est donc qu'apparente, elle est plus nominale que réelle.

Par une décision très louable, la Chambre de Commerce de Turin, lors de l'introduction du système métrique dans les Etats Sardes, échangea les mesures d'unités anciennes contre des mesures métriques, de telle façon que le nouveau titre résultant de cette transformation fût sensiblement égal à l'ancien. C'est ainsi qu'elle fixa à 45o mètres la longueur de l'échevette et à ogr,o5o l'unité de poids.

3. — Les congrès dont nous avons parlé plus haut ont adopté comme titre d'un fil de soie

TtTRAGE DES SOIES

le nombre de grammes que pèsent dix mille mètres de ce fil, l'épreuve devant s'effectuer sur 20 échevettes de 5oo mètres, comme on a eu l'habitude de le faire jusqu'à présent en France.

L'ensemble de ces échevettes mesurant justement dix mille mètres, leur poids tolal représente le numéro lui-même. Pour permettre d'apprécier les écarts de titres, on a décidé que les pesées individuelles seraient indiquées en demidécigrammes dans une colonne adjacente à la première, c'est à-dire en multipliant chaque poids par 20.

Ce titre a deux avantages; d'abord, d'être métrique et, en second lieu, de s'éloigner peu des titres en deniers, de sorte que son application ne doit pas amener dans les transactions la perturbation que l'on aurait pu redouter.

Depuis quelques mois, une entente s'est établie entre plusieurs directeurs de Conditions françaises et étrangères pour essayer de familiariser les commerçants avec le nouveau titre, en le faisant figurer sur les bulletins sous le nom de titre international, dénomination qui nous paraît fort heureuse et que nous continuerons à employer plus loin.

4. Pratique des opérations. — Pour procéder au titrage d'une soie, on prélève au hasard sur la balle présentée 5 flottes ou 5 matteaux, sur chacun desquels on dévidera 4 échevettes, de

TITRAGE DES SOIES

façon à en obtenir un total de 20. Quant à la manière d'opérer, deux cas sont à distinguer, selon qu'il s'agit de soies moulinées, trames, organsins, etc., ou de soies grèges.

5. — Dans le premier, les 5 matteaux sont subdivisés et répartis directement sur un appareil de mesurage dit éproavette, portant des tavelles munies de compteurs (1). 11 est construit de telle sorte que chaque tavelle s'arrête d'ellemême instantanément, quand le nombre de tours voulu est accompli, qu'elle s'arrête aussi quand le fil vient à casser ou arrive à sa fin.

6. — Lorsqu'il s'agit de grèges, il n'est pas possible de les placer directement sur l'éprouvette, d'abord parce que leur guindrage est, en général, beaucoup trop grand, ensuite parce que le fil peut être sujet à se rompre facilement, en raison de sa finesse ou de son adhérence à l'écheveau, dans les parties où se trouvent des gommures. On doit donc recourir à un dévidage préalable et mettre la soie, ou du moins la quantité de soie nécessaire pour l'essai, sur des bobines, dites rockets ou roquets. L'opération s'effectue à l'aide de machines fort simples, dites banques de grèges. Une fois les rockets garnis de soie, on les place également sur Y éprouvette pour mesurer les 20 échevettes d'épreuve.

(') Essai sur le conditionnement, le titrage, etc.

TITRAGE DES SOIES

Ces échevetles sont pliées une à une et pesées d'abord ensemble, dans un but de contrôle, puis isolément, à une balance de précision par la méthode de Borda. Les résultats sont inscrits comme nous l'avons dit plus haut.

7. Calculs relatifs au titrage des soies. — Le titre légal des soies en grammes n'étant pas en usage dans le commerce, ainsi que nous l avons dit, il en résulte la nécessité de convertir ce titre en deniers, pour des échevetles de 5oo et de 476 mètres.

Conversion du titre légal t en titre en deniers D. — On opérera cetle conversion en divisant le titre légal par oer,o53i3, valeur du denier, ou en

le multipliant par — * %, soit par 18,82.

Ce résultat correspond au poids de l'échevette de 5oo mètres ; mais comme on a conservé l'habitude d'évaluer le titre d'après le poids de l'échevette de 476 mètres, il est plus utile dans la pratique de calculer ce dernier titre; à cet effet, on

multipliera le précédent par le rapport ou 0,952.

Conversion du titre légal en titre ancien en deniers d, et réciproquement.

D'après ce qui vient d'être dit, on aura :

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d'où

(34) d = 17,92 t et

8. — Voici encore quelques calculs qui peuvent intéresser le fabricant de tissus.

Conversion du titre légal en longueur kilogrammétrique et réciproquement :

Soient L, cette longueur et t, le litre légal. On a la relation :

L 5oom

d'où

(36) Lt = 5oo 000 mètres

Conversion du titre ancien en longueur kilogr animé trique et réciproquement .

Si L est cetle longueur et d, le litre ancien en deniers, on pourra poser le rapport :

iooosr — d X oer,o53i3

d'où

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