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II. LAVAGE DES LAINES

16. — Par ce traitement, on se propose de doser les impuretés contenues dans la fibre. Pour des fils, ces impuretés peuvent être des corps gras provenant d'un désuintage imparfait, ou encore de l'ensimage, lorsque les huiles nécessaires au travail du peignage ou du cardage n'ont pas été complètement enlevées. Elles peuvent consister aussi en glycérine et matières terreuses diverses, destinées à charger, enfin en chlorure de magnésium, sel qui, tout en donnant du poids par lui-même, entretient la fibre constamment humide.

Gomme pour l'épreuve du décreusage de la soie, on détermine la perte d'une laine au lavage en comparant les poids absolus d'un échantillon

avant et après son traitement. Toutefois il est ici une remarque à faire : si l'on commençait par dessécher à l'étuve l'échantillon, on risquerait de rendre insoluble ou peu soluble dans les bains une partie des matières étrangères qu'il contient, effet d'autant plus à craindre qu'on ne peut employer ces bains qu'à une température très modérée (de 3o à 4o°), sous peine d'altérer la fibre.

Pour éviter cet inconvénient, nous avons jugé nécessaire d'établir le premier poids absolu par un moyen détourné qu'on trouvera décrit ciaprès.

17. Pratique de l'opération. — On prélève environ 200 grammes de laine que l'on partage en deux lots sensiblement égaux et qu'on laisse suspendus côte à côte, bien ouverts, sur une perche, pendant quelques heures, afin qu'ils prennent le même état hygrométrique. On les pèse ensuite en même temps à la balance de précision.

L'un est desséché dans une étuve (son poids absolu devant servir à calculer celui du second), l'autre est soumis à une série de traitements qui se donnent tous à la température de 3o à 4°° et pendant quelques minutes seulement, leur action étant assez prompte. L'échantillon est promené dans chaque bain, retiré, exprimé, et replongé à plusieurs reprises :

i° Bain d'eau (') ;

2° Bain d'eau aiguisée d'acide chlorhydrique (de un demi à un centième). Cet agent a pour but de décomposer les savons insolubles, à base de chaux et de magnésie, que renferme très souvent la laine ; d'enlever ainsi ces bases et de mettre en liberté les acides gras, qui pourront ensuite se dissoudre dans un bain alcalin ;

3° Binçage à l'eau ;

4° Bain de carbonate de soude à 2° B. ; 5° Binçage à l'eau ;

6° Bain d'eau aiguisée d'une très petite quantité d'acide acétique (deux millièmes environ d'acide à 8° du commerce). Ce réactif est destiné à saturer les traces d'alcali ayant pu échapper au rinçage.

L'échantillon est exprimé, bien entendu, au sortir de chacun de ces bains. On l'abandonne d'abord à la dessiccation à l'air sur une perche, puis on l'introduit dans une étuve où Ton prend son poids absolu. Comme le poids absolu avant lavage a été calculé d'après le résultat du conditionnement du premier lot, on possède les éléments voulus pour établir la perte.

Si l'on désigne par A le poids absolu (calculé)

(i) Pour les laines en suint, ouïes cardés gras, on le fera précéder d'un ou plusieurs bains de carbonate de soude à 2° Baumé,

avant lavage, a, le poids absolu après lavage, la perte pour cent x sera représentée, comme dans le cas du décreusage des soies, par :

18. — La perte des laines au lavage est extrêmement variable. D'après les essais effectués à la Condition de Paris, elle oscille, dans des circonstances normales :

Pour les laines lavées de i,f> à 3 °/0.

// // peignées n 0,2 11 1 //

// // filées // o,G // 0,8 //

n 11 retorses // o,f> // 2,f> //

// // cardées grasses // i3 // 24 11

Quant aux laines en suint, elles peuvent perdre de 4° à 70 °/o e^ même un peu au delà.

19. Application au résultat du conditionnement de la perte trouvée au lavage.

i° Si A est le poids absolu de la partie de laine remise à la Condition et y, la perte pour cent de l'absolu par le lavage, renseignements fournis par le bureau d'essais de Paris, le poids absolu de la partie supposée lavée sera

1J1-JL

et le poids conditionné C de celle partie

t étant le taux de reprise.

LAVAGE DES LAINES < i

Celte expression est celle que les clients de la Condition de Paris trouveront le plus de facilité à appliquer ;

2° Mais on peut se proposer de chercher d'une manière plus générale quel est le poids conditionné d'une partie de laine dont on connaît la teneur en humidité et en impuretés diverses.

Si P est le poids net de la partie, x, la teneur pour cent en humidité, y, la teneur pour cent en matières étrangères, t, le taux de reprise, le poids conditionné, établi en partant de la laine complètement dégraissée, sera :

(*>Cî=p(» -£)(»- +

C'est, selon nous, la seule base de calcul équitable.

Cependant il arrive d'ordinaire que, pour la vente des cardés gras, les filateurs obtiennent une tolérance de i5 °/0 d'huile. Cette tolérance, à cause des deux interprétations différentes qu'on peut lui donner, provoque souvent des difficultés entre les intéressés.

Les uns admettent, en effet, que, dans le calcul du poids conditionné, la laine seule doit être majorée d'abord de la reprise d'humidité, puis de ce qu'on pourrait appeler la reprise d'huile, soit 17,647, chiffre correspondant à la teneur centésimale de i5.

On aurait dans ce cas :

(3o) ^(i^JLVi^^Y^L^liMll

\ loo/V 100/\ 100 /

Les autres prétendent qu'on doit établir le poids conditionné en considérant les i5 % de matière grasse comme faisant partie intégrante de la fibre et participant comme elle à la reprise

de Dans ce cas, on déduirait de la perle centésimale au lavage le chiffre de la tolérance. Le résultat serait celte fois

\ loo/V 100 J\ 100/

Exemple. — Pour montrer combien sont importants les écarts auxquels donnent lieu ces diverses manières de calculer, nous citerons l'exemple suivant, relevé à la Condition de Paris, avec les éléments ci-après :

P=ii83kg,97o,.T= i4,i9^y = i948, t*at i8,25> Ln appliquant respectivement les formules (29), (3o) et (3i) on trouve comme poids conditionnés :

i° 967kg,35o;

3° 5oo.

soit une différence de 180^,1 54 enlre le premier et le troisième résultats.

Remarque. — La réduction de poids d'une

partie de laine par le lavage et le conditionnement, suivant l'hypothèse à laquelle correspond l'expression (3o), serait D = P — G et, si l'on suppose P égal à 100 :

m v = (- + y-~) O + ifo)-'

D peut avoir une valeur négative ; dans ce cas, il y a augmentation de poids par le conditionnement, malgré la perte au lavage.

20. Observations.— Dans l'épreuve qui vien t d'être décrite, il ne s'agit que d'enlever à la laine les impuretés (corps gras, savons, glycérine, talc, etc.), qu'elle peut contenir, mais non les mordants métalliques et les principes colorants qui auraient servi à la teindre.

Le but de l'opération n'est pas le même dans certaines Conditions du Nord, où l'on se propose de doser la laine, aussi bien en teint qu'en écru, complètement débarrassée de ce qui ne constitue pas la fibre proprement dite. 11 y a donc là un point de vue très différent, qui justifie le terme de décreusage des lames employé dans ces établissements.

Une brochure de M. l'abbé Vassart (') fait ressortir le malentendu qui existe dans l'esprit de certaines personnes et de l'auteur lui-même, au

\l) Des Conditions publiques au point dé vue indus- U'icl et commercial.

sujet des opérations pratiquées dans les bureaux du Nord et dans celui de la capitale.

Les résultats comparatifs obtenus de part et d'autre sur des laines teintes et surtout sur des noirs peuvent présenter ainsi de grands écarts.

A la Condition de Paris, on ne décreuse pas les laines, on les lave et les dégraisse, en se limitant à des réactifs faibles, employés à une chaleur très modérée.

Si l'on voulait enlever la couleur à des laines teintes, il faudrait évidemment suivre d'autres méthodes et les faire varier selon chaque cas particulier. Un chimiste connaissant bien la teinture serait seul qualifié pour les choisir à propos et les appliquer. Encore atteindrait-il rarement le but proposé.

21. — Dans les bureaux de conditionnement, on opère quelquefois le dosage des matières étrangères que contiennent les fils de coton écrus, mais cette épreuve offre beaucoup moins d'intérêt, vu le bon marché relatif du textile en jeu ; aussi n'y a-t-il pas d'usage établi à cet égard.

Le problème consiste à enlever quelques matières grasses et résineuses inhérentes à la fibre végétale, ainsi qu'un peu d'huile et autres im*

puretés que le fil a pu ramasser durant le cours de sa fabrication, sans s'occuper de la teinle qu'il conserve, car il ne s'agit pas d'un lessivage sérieux, mais d'un simple nettoyage.

Comme pour les dosages précédents, on prélève un échantillon d'une centaine de grammes au moins du fil de coton à essayer, on le dessèche à l'étuve à no0 pour prendre son poids absolu, et, après l'avoir dépouillé de ses impuretés, on le repèse à l'absolu. La perte pour cent est encore donnée par la formule :

w l V VI — ,

Quant aux méthodes à employer pour cette purification, on ne saurait songer à suivre celles beaucoup trop longues des établissements industriels. Voici le traitement que nous avons adopté à la Condition de Paris et qu'on peut modifier d'ailleurs suivant les circonstances :

i° Immersion pendant une demi-heure dans de l'eau à 6o°, pour bien mouiller la fibre et enlever certaines substances solubles ;

2° Bain de 5 minutes dans de l'eau à 45° aiguisée de 1 % d'acide chlorhydrique ;

3° Rinçage ;

4° Bain de soude caustique tà 2° B. Une heure à l'ébullition ; 5° Rinçage ;

Persoz — Essai des Matières textiles 6

6° Nouveau bain d'acide chlorhydrique semblable au précédent ; 70 Rinçage à fond.

Pour ces opérations, il n'est point nécessaire d'employer de l'eau distillée ou corrigée.

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