RECHERCHES DIVERSES
38. Numérotage des fils composant un tissu. — On coupe à droit fil les bords de l'échantillon, dans les deux sens de la chaîne et
de la trame. Cela fait, on retire, en les comptant soigneusement, un certain nombre de fils de chaîne, et on prend la longueur de l'un d'eux avec une exactitude aussi grande que possible, en se servant d'un mètre rigide et mesurant sous une légère tension. Le résultat obtenu, multiplié par le nombre des fils retirés, donnera la longueur de l'ensemble. On pèse alors ces fils à la balance de précision.
Connaissant le poids et la longueur, on possède les éléments nécessaires pour calculer le titre ou le numéro du fil.
Supposons, par exemple, que la chaîne soit constituée d'un organsin et que i4o de ces fils, mesurant 33cen\8 (soit 47m,32), pèsent oer,n3. On en déduira que l'échevettede 5oo mètres pèse igr,ig4, titre légal, correspondant au titre ancien (par 4j6 mètres) de 2id,4o.
On opérerait de même sur la trame. Supposons qu'elle soit en laine et que 60 de ses fils mesurant 4o centimètres, soit 24 mètres, pèsent ogr,375. On obtiendra la longueur au kilogramme, en divisant 24,000 par 0,375, ce qui donne 64, 000.
Telle est la méthode générale à suivre pour la solution du problème. Souvent il y a lieu d'enlever d'abord l'apprêt et la teinture.
39. — Dans le même ordre d'idées, il est à propos de parler d'un instrument, dit romaine
DETERMINATIONS DIVERSES
tnicromètrique, proposé par M. Saladin, pour trouver rapidement le numéro des fils, sans appareils de dévidage, et particulièrement de ceux dont on ne possède qu'une faible longueur. Cette balance est construite d'une manière analogue à celles de M. Piat, mais elle offre, en rai-
Fis. in
son des conditions qu'elle est appelée à remplir, une plus grande sensibilité {fig. 10).
Le dévidoir est remplacé par une règle plate de 5o centimètres, autour de laquelle on fait passer le fil un certain nombre de fois pour obtenir la longueur désirée. S'il s'agit, par exemple,
DETERMINATIONS DIVERSES
d'un fil de laine peignée, donnant moins de 5o ooo mètres au kilogramme, on peut se contenter de faire deux tours entiers de la règle, afin d'avoir 2 mètres. En suspendant ce bout de fil au fléau de la romaine, on lira directemeut le numéro sur l'arc gradué. L'instrument est établi de façon à donner sur 3 échelles différentes les résultats, en opérant sur des longueurs de 4o, de 10 et de 2 mètres.
Quand on veut établir le numéro d'une partie de filés, on prélève 10 bobines qu'on place sur une rangée de supports et on tire suffisamment des 10 fils à la fois pour faire 4 tours de la règle. L'ensemble des 4o mètres, suspendu à la romaine, fournit le titre moyen.
M. Saladin a construit des règles de dimensions différentes pour mesurer les diverses sortes de fils et permettant de se servir du même instrument.
40. Poids d'un tissu au mètre carré et au mètre courant. — A la balance précédente, est joint, comme Fig. 11
accessoire , un système de deux plaques carrées < en tôle peinte, /î de 10 centime- / litres de côté,s'appliquant exactement l'une sur l'autre et ayant
comme repères, l'une 3 pointes, l'autre 3 trous correspondants. Pour déterminer le poids d'un tissu au mètre carré, on place une partie du tissu, de droit fil, entre les deux plaques, et, à l'aide de ciseaux, on la découpe, en suivant les bords du métal. On obtient ainsi un échantillon dont le poids représente la centième partie du mètre carré (fig. n).
De celte donnée, on pourra déduire également le poids d'une longueur de î mètre du tissu, si l'on connaît la largeur de celui-ci.
L'échantillon qu'on a découpé permet aussi d'établir les numéros de la chaîne et de la trame. Il suffit, en effet, de prélever séparément o.o fils de chacun des éléments, soit 2 mètres, et de les suspendre à la romaine.
41. Détermination approximative du titre des soies par l'observation. — On a vu qu'un fil simple de cocon possède en moyenne un titre voisin de 2 deniers un quart. Si donc on connaissait le nombre des fils de cocons qui ont contribué à l'obtention d'une grège, d'une trame, d'un organsin, etc., on serait à même d'en déduire le titre du fil composé. Or il est possible de trouver ce nombre de fils élémentaires, quand la soie a été décreusée.
En effet, par la cuite au savon, tous les fils de cocons se dissocient, en se dépouillant de leur grès, et chacun d'eux se dédouble en deux
brins distincts. Il suffit donc de compter ces brins; la moitié du nombre trouvé représentera celui des fils de cocons. Le résultat multiplié par 2,25 fournira approximativement le titre de la soie écrue.
Tel est le principe de la mélbode. Son application comporte diverses variantes.
42. — Un premier système consiste à compter les brins au microscope, dans des préparations prélevées sur diverses parties du fil à examiner, puis à prendre la moyenne des résultats. Cette manière d'opérer offre un écueil, en ce sens que quelques brins peuvent se trouver superposés et échapper à l'observation.
43. — Suivant un autre système, on coupe un bout de quelques centimètres du fil décreusé et, à l'aide d'un pain à cacheter, on le fixe, soit sur une lame de verre, soit sur une carte, en choisissant, dans ce cas, une feuille de couleur telle que les brins de soie y apparaissent nettement. II est évident que des brins de soie blanche ne seraient guère visibles sur une carte blanche elle-même, tandis qu'ils se détacheraient fort bien sur un fond bleu. Armé d'une aiguille et d'une loupe, l'opérateur séparera, en les comptant, tous les brins soyeux de la partie flottante. Comme dans l'essai au microscope, il est prudent d'examiner plusieurs préparations semblables et de prendre la moyenne des résultats.
Perso/. — Essai des Matières textiles 10
Lorsqu'on a affaire, ainsi que c'est le cas habituel, à une soie ouvrée, trame ou organsin, on commence par la détordre entre les doigts et l'on en relire un des bonis pour l'observer.
Ces moyens permettent d'évaluer, d'une façon approximative, le titre des fils de soie qui sont entrés dans la composition d'un tissu, même suide fort petits échantillons.
44. — Lorsque les fils ont une longueur suffisante, on peut se servir avec avantage pour leur dissociation du compteur d'apprêts (>). Cette méthode a surtout été préconisée par M. Testenoire pour le dosage de la charge des soies en éche veaux (*).
Si, en effet, on établit par le dévidage le titre de la soie teinte et par l'observation celui de la soie écrue, on possède les éléments nécessaires pour calculer la charge.
Nous avons eu l'occasion d'appliquer cette méthode à l'essai de plusieurs organsins. Pour faciliter la séparation des brins et leur dénombrement, nous avons adapté au compteur d'apprêts une pièce accessoire mobile, se plaçant vers le milieu de l'appareil. Elle porte une lame
(i) Voir au Chap. IV la description de l'apparei (*) VIndustrie textile, 1888* p. 20.
métallique verticale, avec des entailles dans lesquelles on peut disposer les brins isolés, comme les cordes d'un violon sur leur chevalet. 11 est nécessaire de prendre la moyenne des résultats de plusieurs épreuves, à cause des irrégularités que peuvent présenter les soies.
L'attention soutenue que doit apporter l'opérateur à ces observations très minutieuses provoque chez lui une grande fatigue, même si on le suppose installé dans les conditions d'éclairage les plus favorables et muni d'une large loupe établie de façon à lui laisser l'usage de ses deux mains. Il vaut donc mieux ne recourir à ces moyens que lorsqu'on ne peut faire autrement.
45. — Quant au coefficient par lequel on multiplie la moitié du nombre des brins trouvés, pour déterminer le titre en deniers ancien (par 476 mètres), le chiffre de 2,26, admis autrefois, ne doit être considéré que comme une moyenne pouvant, dans certains cas, s'écarter sensiblement de la vérité.
D'après les études très minutieuses effectuées par Dusuzeau, au laboratoire de la Condition de Lyon, le titre moyen de la bave soyeuse dans ses parties utilisables varie avec la provenance des cocons.
Il faudrait donc pour arriver à des résultats d'une valeur sérieuse connaître l'origine des soies su r lesquelles on opère.
On en jugera par le tableau suivant :
Titre de la soie sur
500 mètres
Provenance ries
cocons du mûrier
en mi -
en deniers
ligrammea
46. Nombre des fils de chaîne et de trame contenus au centimètre dans un tissu. —
Souvent on a à rechercher combien un tissu renferme de fils au centimètre, soit en chaîne, soit en trame. Cette détermination se fait, en général, aisément, à l'aide du petit instrument dix comptefils, et en prenant la moyenne de plusieurs observations.
47. Portées. — C'est également à l'aide du compte-fils que Ton évalue le nombre des portées contenues dans une étoffe donnée, de largeur connue.
Disous d'abord ce que l'on entend par portée. On a reconnu de tout temps, lors du travail de
l'ourdissage, la nécessité de fractionner en un certain nombre de faisceaux les milliers de fils de chaîne qui entrent dans la composition d'un tissu. Ces faisceaux, dont l'importance peut varier avec les habitudes de chaque pays et surtout avec les matières en traitement, ont reçu le nom de portées. La portée est donc une unité purement conventionnelle.
Dans le tissage du coton, elle comprend 4o fils, de sorte qu'une étoffe composée de 72 portées et i doit contenir ^72 H- j^J X 4<> ou 2912 fils de chaîne. Dans le commerce, on néglige d'ordinaire les fractions de portée, de façon que l'article cidessus serait désigné comme de 72 portées seulement. On ne précise guère les chiffres avec exactitude que dans la vente des articles fins : jaconas, organdis, etc., qui s'exécutent presque tous sur une base invariable de 65 portées y . Au contraire, en fabrique, on indique toujours le nombre des portées avec leurs fractions.
Dans les tissus de laine peignée ou cardée, les portées sont également de 4° fi's- Cependant, pour faciliter les opérations, on ourdit le plus souvent la laine par 20 fils ou demi-portées (4).
Enfin, dans les étoffes de soie, les portées comprennent 80 fils de chaîne, et il est d'usage d'indiquer les fractions de portées trouvées.
(') Alcan. — Traité du travail de la laine cardée, t. 11, p. 20.