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PRATIQUE DES OPERATIONS

10. Conditionnement des Soies. — Quand on a une balle de soie à conditionner, on commence par en prendre le poids brut, à une grande balance pouvant peser jusqu'à 200 kilog. avec une approximation de 20 grammes au

CONDITIONNEMENT

moins. Immédiatement celle balle est ouverte ; on en retire la soie et on réunit la toile d'emballage, les papiers et ficelles, dont l'ensemble constitue la iare, pour les peser à une autre balance beaucoup plus petite. La différence entre les deux poids reconnus donne le poids net de la partie de soie présentée.

En même temps que s'effectue cette opération, on prélève rapidement, et autant que possible dans toutes les parties de la balle, un certain nombre de malteaux, d'un poids total d'environ 1 kilogramme à iks,5oo, destinés à servir d'échantillons d'essai. Au fur et à mesure qu'on les relire, on les répartit également dans trois tiroirs numérotés qu'on superpose aussitôt après, afin de préserver le contenu de l'influence de l'air extérieur. Pour que les échantillons du tiroir supérieur ne soient pas exposés librement à l'atmosphère de la salle, on recouvre ce dernier d'une plaque métallique et on se hâte de porter ces tiroirs à des peseurs installés à une balance de précision.

La balle est remontée, recousue et plombée, soit directement, soit sous une sache spéciale appartenant à la Condition. On a soin d'en prendre, comme contrôle, le poids de sortie.

Quant aux trois lots d'épreuve qui ont été prélevés, on les pèse à tour de rôle, et le plus rapidement possible, dans une petite caisse métal-

lique, à une balance dont la série de poids descend jusqu'au demi-décigramme.

Un aide qui assiste le peseur contrôle le poids de chaque lot et l'inscrit, en même temps que le nombre des matteaux, dans un registre à souche. Il en détache un bulletin, dit bulletin d'appareil, qu'il joint aux échantillons à expérimenter. Ceux-ci sont alors transportés dans la salle de dessiccation. Ils peuvent y attendre impunément, un temps quelconque, que leur tour soit venu d'être mis en expérience, la variation d'état hygrométrique n'ayant plus aucune influence sur le résultat de l'épreuve.

On ne dessèche d'abord que les deux premiers lots. Chacun d'eux est accroché, les matteaux dépliés s'il est nécessaire, sur le pourtour d'une couronne métallique que l'on introduit dans une étuve, en la suspendant par une tige centrale mobile à l'extrémité de l'un des bras d'une balance installée au-dessus de l'appareil. Cette couronne, avec la tige destinée à la soutenir, est construite de façon à faire équilibre au plateau qui reçoit les poids.

11. — La température des étuves étant maintenue de no à i2o° au plus, et le courant d'air chaud se renouvelant sans cesse, la fibre ne tarde pas à abandonner une quantité d'eau importante, ce qu'il est facile de constater, si l'on cherche à opérer la pesée vers le commencement

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de l'opération. On remarque, en effet, que, pour maintenir le fléau horizontal, il faut constamment enlever des poids du plateau, afin de compenser la perte qu'éprouve la soie sous l'influence de la chaleur.

Toutefois, au bout d'un certain temps, l'équilibre établi n'est plus aussi vite rompu et finit par devenir tout-à-fait stationnaire. A ce moment, la soie se trouve complètement desséchée ou, comme l'on dit, à l'absolu.

Pour opérer la pesée définitive, il est indispensable de se mettre à l'abri des courants d'air qui se produisent à l'intérieur des étuves, en raison de l'arrivée de l'air chaud par le haut et de son entraînement vers le bas sous l'action de la cheminée d'appel. On ferme donc toutes les clefs ou registres de l'appareil.

12. — A l'instant de la levée, on inscrit les nouveaux poids obtenus sur le bulletin d'appareil, en regard des poids primitifs, et on calcule les pertes centésimales résultant de leurs différences. Si ces pertes concordent entre elles ou ne s'écartent que d'une quantité inférieure à o, 3, l'épreuve du conditionnement est terminée. Si, au contraire, la différence est égale ou supérieure à ce chiffre, on procède à la dessiccation du troisième lot laissé en réserve, qui devient alors ce qu'on appelle un repasseur.

Toutefois, lorsqu'au lieu de soies du mûrier, il

s'agit de soies sauvages ou tussah, qui ont une valeur relativement faible et contiennent souvent des quantités considérables d'humidité, on fera bien de profiter de la tolérance de o,5 accordée d'ordinaire par les règlements.

13. — Pour établir le poids conditionné de la balle présentée, on calcule d'abord, d'après le poids d'ensemble des échantillons, avant et après la dessiccation, quel serait le poids de la balle supposée desséchée elle-même à l'absolu, puis on y ajoute la reprise légale de 11 pour cent, ce qui donne le poids conditionné.

Si l'on appelle P, le poids net de la balle à son arrivée, p et a, celui des échantillons d'épreuve avant et après la dessiccation, le poids absolu de la balle sera

et le poids conditionné

c = P?(,+Li\.

p \ iooJ En général, ce poids est inférieur au poids primitif P et parfois d'une quantité importante. Néanmoins, après des temps très secs et surtout durant les grandes chaleurs de l'été, on voit souvent le contraire se produire et le poids conditionné ressortir plus fort que le poids primitif. On dit alors que la soie gagne au conditionnement.

CONDITIONNEMENT

Le résultat est fourni au client sur un bulletin contenant un compte rendu suffisamment détaillé de l'opération. Ce bulletin, lorsqu'il a acquis un caractère officiel par suite de l'apposition de la signature du Directeur de l'établissement, se trouve frappé, depuis 1872, du timbre de dimension de ofr,6o. Dans l'intérêt du commerce, la plupart des Conditions se soustraient au paiement de ce droit.

14. Soie décreusée. — Dans un mémoire qui fait autorité ('), Chevreul a présenté le résumé des expériences exécutées par lui, en vue de déterminer les proportions d'eau « que les étoffes absorbent à la température de 200, dans des atmosphères à 65, 75, 80 et 1000 de l'hygromètre de Saussure ».

Ayant étudié comparativement la soie écrue et la soie décreusée, Chevreul s'était prononcé ainsi, quant à la différence du pouvoir hygrométrique des deux soies : « Cette matière, que l'on nomme improprement gomme ou vernis de la soie, augmente le pouvoir qu'a cette étoffe d'absorber la vapeur d'eau; les soies écrues absorbent donc sensiblement plus d'eau que les soies décreusées ».

D'autre part, il résulte d'expériences person-

(I) Comptes rendus de l'Académie des Sciences^ t. lî, i836.

nelles dont nous avons donné ailleurs la relation (*) que, placée dans les mêmes circonstances où la soie écrue renferme 9,910 pour cent d'eau, c'est-à-dire se trouve à l'état conditionné à la reprise légale de 11 °/0, la soie décreusée contient une proportion d'eau centésimale de 8,45 environ, correspondante à une reprise de 9,25.

Comme on le voit, nos résultats ne faisaient que confirmer en les précisant, mais sur une échelle beaucoup plus importante (plusieurs centaines de grammes), ceux de l'illustre savant, qui avait opéré sur quelques grammes à peine, et seulement dans les limites d'un certain état de saturation de l'air.

Plus récemment enlin, M. Schlcesing fils a entrepris, dans les conditions les plus rigoureuses, de nouvelles expériences, pour établir les propriétés hygroscopiques des trois principaux textiles, laine, soie et colon, en tenant compte, cette fois, non pas seulement de la fraclion de saturation de l'air ambiant, mais aussi de l'influence exercée par des températures de 12, 24 et 35°, dans les échanges d'humidité entre l'air et les matières essayées ('2).

Les courbes représentant ses résultats indi-

(1) Essai sur le Conditionnement, etc., p. 19;.

(2) Comptes rendus de l'Académie des Sciences, l« sem. 1893, p. 808.

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quent, d'une part, que la laine est plus hygrométrique que la soie et cette dernière, à son tour, plus hygrométrique que le coton ; elles montrent, d'autre part, que la soie décreusée contient moins d'humidité que la soie écrue.

En conséquence, cette dernière notion, contrôlée en outre bien des fois à la Condition de Paris par des applications pratiques, nous paraît acquise. Elle ne saurait être infirmée par l'opinion de Bolley et Suida ('), à laquelle se rallie M. Léo Vignon (2) sans l'appuyer d'aucune expérience.

Au point de vue du commerce, la donnée introduite ci-dessus semble au premier abord ne présenter qu'un intérêt théorique, puisqu'on ne fait presque jamais conditionner la soie décreusée, ni les chappes et fantaisies, matières qui ne renferment plus qu'une partie seulement de leur grès. Cependant, ainsi que nous le verrons dans un autre chapitre, elle peut trouver son utilité pratique pour le calcul de la perte au décreusage des soies en fabrique, d'après les résultats fournis par la Condition.

15. Conditionnement des laines. — Comme pour les soies, on commence par établir le poids net de la marchandise, en prenant le poids brut

f1) Schweiz . polytechnische Zcitschrift, 1868, 2e livre. (2) La soie au point de vue scientifique et industriel, chez Baillière et fils, 1890, p. fa5.

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