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CHAPITRE PREMIER

CONDITIONNEMENT

1. — Tous les textiles végétaux et animaux contiennent à l'état normal une proportion importante d'humidité, proportion qui varie d'ailleurs, non seulement avec la nature de chacun d'eux, mais, pour le même, avec les circonstances atmosphériques auxquelles il se trouve exposé.

Il en résulte qu'un lot de marchandises peut présenter des écarts de poids sensibles, selon les locaux dans lesquels il a séjourné.

Cette propriété hygroscopique des textiles ne pouvait manquer de provoquer des abus, dont le commerce eut, en effet, longtemps à souffrir.

Evitant de se servir de magasins très secs qui lui auraient occasionné une perte de poids, le possesseur d'une marchandise ne savait pas toujours s'en tenir à une juste mesure et se laissait parfois entraîner à bénéficier d'un gain facile mais illicite, en la plaçant dans des endroits humides, caves, sous-sols ou rez-de-chaussée, qu'il prenait au besoin la précaution d'arroser.

Conditionnement

Le commerce de la soie, dont les intérêts se trouvaient le plus gravement atteints par de semblables pratiques, en raison de la valeur élevée de la matière en jeu, fut le premier à chercher un remède à ce genre de Iraude (').

Dès 1750, sur une ordonnance du roi de Sardaigne, on mit, à Turin, à la disposilion des négociants, une vaste salle à quatre cheminées, où les soies étaient suspendues à des crochets en fer appliqués aux murs. La température ambiante était maintenue à un degré déterminé du ier octobre au icr mai, par des poêles. Pendant les mois d'été, la dessiccation s'opérait par l'action seule de l'air extérieur. Après un certain temps de séjour dans ce local, les soies étaient pesées.

Trente ans plus tard, à Lyon, Rast-Maupas

(!) Voir pour l'historique détaillé du Conditionnement l'ouvrage de Perret : Monographie de la Condition de Lyon et celui de Persoz : Essai sur le Con* ditionnement, etc.

Pour tout ce qui a trait aux opérations pratiquées aujourd'hui dans les bureaux de conditionnement, et aux renseignements techniques concernant les appareils de dessiccation les plus modernes, on consultera avec profit deux mémoires écrits avec une parfaite compétence par M. Jean Storhay, ingénieur des Arts et Manufactures, à savoir : i° Renseignements pratiqties sur les Conditions publiques, publiés par la Société Industrielle du Nord de la France, Lille, 1888. •ia Les Conditions publiques des textiles en 1889, chez Bernard et Cie, Paris, 1891.

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d'abord, puis divers autres entrepreneurs, installaient à leur tour des établissements de même sorte. La soie y était disposée, sur des claies métalliques, dans des armoires ou cages complètement grillagées, soutenues par des montants audessus du plancher et permettant ainsi la libre circulation de l'air.

Des scellés apposés par l'entrepreneur et le déposant garantissaient celui-ci contre toute soustraction.

Au bout de 2.4 heures ou plus, selon les circonstances, la marchandise était considérée comme dans de bonnes conditions et pesée d'une manière définitive. Par un caprice du langage, les locaux consacrés à ce contrôle reçurent par extension, le nom de Conditions, tandis que l'épreuve elle-même fut appelée conditionnement. C'est de i8o5 que date la création, à Lyon, de la première Condition officielle, établie sur le principe précédent.

Il n'est pas difficile de comprendre combien ces procédés laissaient à désirer et nous ne nous attarderons pas à en faire la critique. Ceux que l'on met aujourd'hui en pratique en diffèrent complètement, mais on n'y arriva pas du premier coup. Il fallut, pour cela, bien des études, le concours même de plusieurs savants ; et on ne doit pas oublier que, si les premières méthodes de conditionnement nous sont venues

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d'Italie, à la France était réservé le mérite de les remplacer par d'autres offrant le caractère d'une précision scientifique.

2. — A partir de 1842, grâce aux travaux de Talabot et de d'Arcet, poursuivis pour le compte de la Chambre de Commerce de Lyon depuis l'année i83i, avec le précieux concours de Gamot, le conditionnement des soies, basé sur des principes tout différents de ceux d'autrefois, entre dans une voie nouvelle. La marchandise n'est plus mise tout entière en traitement. On en prend des échantillons qu'on dessèche à l'étuve, à une température un peu supérieure à ioo°, suffisante pour expulser toute l'humidité et les amener à l'état de siccité complète. La perte qu'ils ont éprouvée permet d'établir le poids absolu de la balle entière. A ce poids, on ajoute alors, par le calcul, une proportion d'eau fixe et déterminée, correspondant à celle que la marchandise contiendrait à l'état normal, de façon à obtenir finalement le poids conditionné, qui servira de base au règlement de la facture.

On a donné le nom de taux de reprise à la quantité d'eau ajoutée ainsi à 100 parties de soie complètement sèche. Les résultats de l'expérience ont conduit à fixer ce taux à 1 1 , en arrondissant un peu les chiffres, la proportion d'eau centésimale trouvée dans des circonstances normales étant très voisiné de 10.

ÉTUVES 13

Si l'on appelle ce, cette teneur en humidité et t, la reprise, on a par définition

d'où

et

100 — x pour t = il x = 9,910.

C'est sur les mêmes principes qu'ont été essayés depuis lors divers autres textiles, laine, coton, lin, etc., les chiffres des reprises attribuées à chacun d'eux étant fixés surtout par des usages commerciaux.

3. Étuves. — Nous passerons rapidement en revue les principaux systèmes d'étuves qui ont servi ou servent actuellement à ce genre d'épreuve.

Toutes présentent ce caractère commun que les échantillons à dessécher y sont suspendus au fléau d'une balance par une tige traversant le couvercle. Cette disposition permet de déterminer le poids du textile à un moment quelconque, de suivre ainsi les progrès de la dessiccation et, lorsque celle-ci est complète, d'effectuer la pesée définitive, en prenant la précaution de fermer toutes les clefs des registres qui commandent le mouvement de l'air chaud.

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se composait d'une cloche métallique renversée, à double paroi. La partie supérieure en était ouverte et surmontée du couvercle mobile H. Dans le haut de l'espace annulaire formé par les deux

Fig. 2

parois, arrivait de la vapeur qui ressortaitjken bas, condensée ou non, par un tube d'évacuation. L'ensemble était renfermé dans une enveloppe cylindrique destinée à atténuer la déperdition de la chaleur.

Avec cette étuve, la dessiccation d'un lot de 5oo grammes de soie exigeait environ 6 heures, le mouvement de l'air chaud sur la fibre étant

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extrêmement lent et la température n'atteignant guère que io3°. En outre, on était exposé à voir se produire des fuites de vapeur.

Cela ne veut pas dire que, pour cette destination, la vapeur soit un moyen de chauffage à rejeter. Employée différemment, elle présenterait, au contraire, certains avantages incontestables, soit pour de grands établissements publics, soit pour des installations privées chez des propriétaires d'usines (l).

4. — Quoi qu'il en soit, la modification apportée, en i853, à l'appareil Talabot par Persoz père, directeur de la Condition de Paris, avec le concours de Rogeat, fabricant d'appareils de chauffage, à Lyon, fut un perfectionnement très important, car elle permit, grâce à l'application d'un courant d'air plus rapide et à une température plus élevée, d'abréger considérablement la durée de la dessiccation, de la réduire à trois quarts d'heure en moyenne et à beaucoup moins encore pour de petits lots de textiles.

Dans le système dit Talabot-Persoz-Rogeat, l'air chaud, produit par un calorifère au coke, sert à alimenter la chambre de dessiccation formée d'un cylindre en tôle mince. Il est déversé

(') Dans son rapport sur l'Exposition de 18891, M. Storhay a annoncé la construction d'une étuve la vapeur avec des dispositions nouvelles, qui semblent assurer un fonctionnement régulier.

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tout autour de la partie supérieure par 32 tubes verticaux en cuivre, puis entraîné de haut en bas par une ouverture inférieure communiquant avec une cheminée d'appel et, dans ce parcours, passe sur le textile qu'il dessèche (').

L'ensemble de la chambre de dessiccation et des tubes est enfermé dans une enveloppe cylindrique en tôle émaillée, généralement ornée de peintures.

Les étuves de la Condition de Paris et celles de Lyon, peut-être d'autres encore, ont été décorées par le peintre Vollon et restent pour ces établissements un souvenir précieux de cet artiste (fig. 3).

5. — Les appareils de ce système ont fonctionné à Paris et à Lyon pendant 3o ans sans subir de modiGcalion. En 1 886, le directeur de la Condition de Lyon, M. Testenoire, y apporta, avec le concours de M. A. Robin, un perfectionnement très important, consistant dans la suppression des tubes et leur remplacement par un manchon qui amène encore l'air chaud dans le haut de l'étuve, mais en bien plus grande abondance, assurant ainsi une dessiccation plus rapide et une température plus uniforme. De plus, l'intervalle compris entre ce manchon et l'enveloppe extérieure est rempli avec une ma-

('j Essai sur le Conditionnement, etc.

Persoz — Essai des Matières textiles

ÉTUVKS

tière mauvaise conductrice, sciure de liège ou ouate de verre, qui atténue d'une façon très sérieuse la déperdition de la chaleur {fig. 4)*

poussiers de coke, N v * \ A/^pnrt

d'anthracite et, en général, de charbons maigres, qui conviennent le mieux pour cette destination.

Ces diverses modifications ont été appliquées dans plusieurs établissements.

Plus récemment, M. Storhay, alors directeur d'une des principales Conditions de France, a construit un nouvel appareil étudié de manière à corriger les défauts qu'il avait reconnus à plusieurs d'entre eux, et consistant, soit dans le manque d'uniformité de la température aux divers points de la chambre de dessiccation, soit

Enfin, dans un but d'économie, MM. Testenoire et Robin ont modifié le système de chauffage et substitué à l'ancien calorifère à cloche, alimenté par des combustibles deprix, houille ou coke, un calorifère à étages, dans lequel on brûle des

Fk'. 4

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dans la difficulté du réglage du courant d'air chaud (').

Parmi les systèmes où l'air chaud est fourni par un calorifère plus ou moins éloigné de l'étuve, il convient de citer encore les appareils très intéressants, à interversion, dus à l'ingénieur italien Milesi de Turin (2), et ceux de M. Bertoldo, actuellement directeur de la Condition dépendant de la Chambre de Commerce de Turin.

6. — Un grand nombre d'étuves à gaz ont été construites, depuis quelques années, pour le conditionnement, mais elles sont loin d'être toutes bien conçues, aussi ne justifient-elles point, en général, l'opinion favorable qu'on est porté à en avoir a priori. Cependant les Conditions des soies de Bàle et de Zurich utilisent depuis longtemps un système au gaz qui leur donne satisfaction (fig. 5).

Il en est de même de M. Jametel, à Verviers, qui a construit des appareils spéciaux pour le conditionnement des laines lavées ou peignées.

Quand il s'agit d'étuves de très petite dimension, pour des essais privés, le chauffage au gaz se trouve naturellement indiqué.

(') Les Conditions publiques des textiles en 1889. ('-) Essai sur le Conditionnement, p. 168.

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7. — Un système nouveau de chauffage et d'étuves a été adopté à la Condition de Hodimont,

Fig. 5

près Vervicrs; installée en 1897, ou ^'on expérimente surtout sur des laines lavées ou peignées. 11 permet, dit-on, avec un petit nombre d'appa-

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reils et un faible personnel, de faire beaucoup de besogne.

L'air chaud est produit dans des coffres en tôle, traversés par des faisceaux tubulaires à vapeur. « Des dispositions spéciales sont prises pour que tous les joints des faisceaux à- vapeur se trouvent en dehors de l'enveloppe, de façon que si une fuite de vapeur se déclare, la vapeur ne se mélange pas à l'air. Ce dernier entre par le fond de l'appareil et s'échauffe en passant sur les tubes » .

Quant aux étuves, elles sont formées de trois parties :

« Une chambre de distribution dans laquelle débouche le conduit amenant l'air chaud. Cette chambre donne accès par 4 ouvertures dans la deuxième partie, composée d'un tambour rotatif subdivisé en 4 compartiments, dans chacun desquels on met un échantillon; la partie supérieure est formée d'une boîte de distribution pour l'air qui a déjà passé sur la laine ».

« Quand un échantillon est complètement desséché, on le pèse et on l'enlève pour le remplacer par un nouveau et on fait faire au tambour un quart de tour; de cette façon, le panier qui se présente sous la balance et a déjà séjourné dans l'appareil est presque sec ».

8. Étuves chauffées à l'électricité. — Enfin, tout récemment, divers constructeurs ont

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proposé d'éffectuer le chauffage des étuves à l'aide de l'électricité, les sources calorifiques étant placées dans l'espace annulaire compris entre la paroi intérieure des appareils et celle qui l'enveloppe.

Des expériences faites à la Condition de Lyon, sur les indications de M. Testenoire, avec le système à récupérateur de MM. Danto-Rogeat et C1% ont fourni, paraît-il, de fort intéressants résultats.

L'organe de chauffage se compose de plusieurs tubes de matière minérale offrant une grande résistance au passage du courant. Dans ces conditions, l'énergie électrique se transformant en chaleur, élève la température à un très haut degré.

L'air, destiné à opérer la dessiccation, passe à l'intérieur et à l'extérieur des tubes, au contact desquels il s'échauffe et arrive à l'étuve à la température moyenne de 1200. Pour éviter l'énorme perte de calorique résultant du rejet pur et simple dans la cheminée de cet air après un seul passage, c'est-à-dire dans un état très éloigné de la saturation, les constructeurs ont cherché à lui faire accomplir autant que possible un cycle fermé.

En conséquence, après avoir traversé l'étuve, l'air chaud est aspiré par un ventilateur électrique qui le refoule à nouveau sur le foyer lu-

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bulaire. Toutefois, une quantité notable de ce fluide gazeux se renouvelle constamment par l'ouverture du couvercle donnant passage à la tige de la balance, et aussi chaque fois que Ton entre ou sort des échantillons.

9. Appareils de préparation. — Chaque étuve de conditionnement ne servant que pour

Fig. 6

un échantillon à la fois, il en résulterait que, dans un centre manufacturier important, il faudrait un nombre considérable d'étuves pour satisfaire au travail journalier. On a obvié d'une façon heureuse à cet inconvénient, en établissant,

dans le voisinage des étuves, des appareils dits préparateurs. Ils consistent en coffres ou armoires, de formes variées, que L'on fait traverser par un courant d'air chaud, à 100 ou io5° environ, souvent même par celui qui sort des étuves et qui est loin d'être saturé d'humidité (Jig. 6).

Les lots de textiles, suspendus en grand nombre dans ces enceintes, s'y dessèchent au bout d'un certain temps d'une façon presque complète, en sorte qu'en les transportant dans les étuves, au fur et à mesure que celles-ci deviennent disponibles, on peut y achever rapidement la dessiccation.

Ces appareils rendent donc de très grands services. A l'Exposition de 1889, M. Storhay avait présenté une disposition générale fort avantageuse, permettant d'utiliser ainsi l'air sortant des étuves.

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