TISSUS
8. — L'essai dynamométrique des tissus a provoqué l'adoption de certains usages conventionnels quant aux dimensions sur lesquelles s'effectuent les épreuves. En France, peut-être pour se conformer aux habitudes des Ministères de la guerre et de la Marine, qui ont été des premiers à essayer la résistance des draps et des toiles, on opère sur des bandes d'une largeur constante de 5 centimètres, qu'il s'agisse de draps de laine, de calicot, de toiles de lin ou de chanvre, etc.
Quant à la longueur de ces bandes, on l'a
fixée différemment suivant la nature des textiles, plus grande pour les tissus de chanvre et de lin, appelés souvent à servir comme toiles à voiles, afin que s'il s'y rencontre des défauts dont les conséquences peuvent être très graves, on ait plus de chance de les relrouver.
L'écartement des deux mâchoires ou pinces de l'appareil est habituellement le suivant pour les différents articles :
Étoffes de coton I0cent
Draps et autres tissus de laine i5 //
Étoffes de soie (gros de Naples) pour drapeaux 3o // Tissus de lin et de chanvre 4° "
Les bandes à essayer doivent mesurer au moins 10 centimètres de plus, puisqu'il faut tenir compte des portions emprisonnées dans les deux mâchoires. L'épreuve s'effectue de même dans le sens de la chaîne et dans celui de la trame.
9. — Pour les draps, le découpage des bandes est très simple. On se sert d'une sorte de griffe solidement emmanchée, portant en saillie deux petites lames d'acier parallèles, un peu arrondies et bien tranchantes, larges d'environ 2 centimètres et distantes exactement de 5 centimètres {fig. 17). La pièce de drap étant déroulée sur une table en bois ou une planche, on saisit l'outil par la poignée et on l'applique normalement sur l'étoffe, de façon à placer aussi bien que possible
le tranchant des couteaux dans le sens des fils (chaîne ou trame) dont on veut évaluer la résistance. Si l'on appuie alors avec force en imprimant aux tranchants arrondis un léger mouvement de pivot, on produit deux entailles que l'on réunit par un coup de ciseaux transversal. Il ne reste plus qu'à soulever d'une main la languette ainsi détachée et à la tirer en arrière, tandis que l'on maintient de l'autre main l'étoffe sur la table, pour déchirer aisément une bande de la longueur voulue.
Certains tissus, autres que les draps, les calicots par exemple, se prêtent encore à cette manière d'opérer, mais le nombre en est très limité. D'ordinaire, on est obligé de procéder par des moyens différents qui varient selon les circonstances.
S'il s'agit d'un feutre, on commence par tracer les contours de la bande, que l'on découpe ensuite, soit à la règle, soit avec des ciseaux (*),
Il en est de même pour des tricots, tels que des
(i) Dans ce cas, on peut se servir avec avantage d'une règle en fer d'une largeur exacte de 5 centimètres, ce qui dispense de taire aucun tracé.
jersey, mais on a soin de faire le Iracé dans le sens des mailles et perpendiculairement.
Dans le plus grand nombre des cas, et notamment quand on a affaire à des toiles de chanvre ou de lin, on trace d'abord à la règle parallèlement au sens du tissu, une bande de 5 1 , 6, voire même 7 centimètres de largeur, suivant que les fils composants ont été reconnus plus ou moins grossiers et plus ou moins sinueux.
La bande ayant été découpée, on en effiloche les deux grands côtés, d'abord jusqu'à ce que les fils retirés aient toute la longueur de cette bande, puis jusqu'à ce que la largeur de celle-ci soit exactement réduite aux 5 centimètres voulus. Pour reconnaître que cette condition est remplie, on peut employer un compas d'épaisseur que l'on applique sur la bande examinée verticalement par transparence.
Ces opérations préliminaires demandent beaucoup de soin et occasionnent souvent une assez grande perte de temps.
Afin d'établir une appréciation sur des bases sérieuses, on fait ordinairement, dans les deux sens de la chaîne et de la trame, plusieurs épreuves, 5 par exemple, dont on prend la moyenne. C'est une précaution utile, car il peut se rencontrer dans les différentes parties d'une même étoffe des écarts de résistance assez sensibles.
La Condition des soies de Paris, qui effectue depuis quelques années des essais de ce genre pour le public, a eu l'occasion d'opérer sur les articles les plus variés, draps, jerseys, calicots, toiles de chanvre, de lin, de jute, tissus de soie pour drapeaux, pour ballons, tissus d'amiante, etc.
10 Dynamomètre de Perreaux. — L'un des plus anciens dynamomètres qui aient été construits pour éprouver les tissus est l'appareil de Perreaux. C'est un instrument horizontal en fonte, portant deux pinces ou mâchoires, munies de vis, qui permettent de serrer énergiquement les extrémités de la bande à essayer. La traction se produit à l'aide d'une manivelle ; le dynamomètre est à ressort. On peut mesurer l'allongement de l'étoffe jusqu'au moment de la rupture.
11. Dynamomètre de Chévefy— En 1884, les Ministères de la Guerre et de la Marine ont adopté un autre appareil, imaginé par le commissaire de la Marine Chévefy. La construction de cet instrument est basée sur l'emploi d'un levier à contrepoids rendu solidaire d'une came, sur laquelle s'enroule une chaîne et qui transmet l'effort à un enregistreur.
12. Dynamomètre d'Ollivier et Cie, avec appareil d'essai à la perforation, système Persoz. — Sur le même principe que l'appareil Chévefy, MM. Ollivier et Cie ont construit un
dynamomètre perfectionné dont les fig. 18 et ig indiquent les dispositions essentielles. Il se compose d'une table en fonte avec vis calantes N, d'un bâti vertical, ou colonne à socle H, boulonnée sur la table, d'une longue vis verticale actionnée par des pignons d'angle et d'un volant manivelle M. La tête de vis porte la mâchoire ou prise inférieure. Du côté opposé à la vis, est fixé à la colonne un arc de cercle D, gradué suivant la force de l'appareil. Un chariot à cliquet, muni d'un index e et actionné par un levier à contrepoids CQ, parcourt le secteur et indique l'effort exercé au moment de la rupture.
Une règle à double branche en laiton, divisée en demi-centimètres, permet de constater les allongements.
Pour se servir de l'appareil, l'opérateur assujettit fortement une des extrémités de la bander à éprouver (fig. 19) dans la mâchoire supérieure, formée de deux plaques à cannelures internes s'emboîlant exactement, puis l'autre extrémité dans la mâchoire inférieure, amenée par le mouvement de la manivelle à la hauteur voulue, en ayant soin que la bande soit également tendue sur toute sa largeur, condition très importante pour l'exactitude du résultat.
Il tourne alors le volant-manivelle de manière à faire descendre la vis. L'effort se transmet, par l'intermédiaire du tissu, à la came, qui soulève
Perso* — Essai des Matières textiles 12
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le levier à contrepoids et lui fait parcourir l'arc de cercle gradué. Au moment de la rupture, le levier s'arrête, le cliquet du chariot s'engage dans la dent du secteur et l'index marque en kilogrammes l'effort exercé.
Pour remettre l'appareil en état, l'opérateur fait remonter la vis en tournant le volant dans le sens opposé à la première manipulation, puis il soulève le cliquet du chariot pour ramener le levier à son point de départ.
A chaque dynamomètre est joint, pour la vérification, un plateau en tôle avec des tringles que l'on accroche aux cornes de la mâchoire supérieure. Quand le plateau est ainsi suspendu au-dessous de la table, on le charge avec précaution de poids bien justes. Ces poids, en y ajoutant, bien entendu, la lare du plateau et des tringles, doivent déterminer une position d'équilibre du levier telle, que l'index du chariot marque précisément la même tension. En faisant varier la charge, on vérifiera à volonté les différents points de la graduation.
13. Essai des tissus, papiers, etc., à la perforation. — Dans ces dernières années, nous nous sommes occupé d'essayer les tissus d'une façon nouvelle, en déterminant leur résistance relative à la perforation. Cette épreuve est destinée à réaliser mécaniquement et de manière à en enregistrer les résultats, celle que pratiquent
journellement les drapiers et les tailleurs, lorsque, tenant solidement tendu entre les mains un morceau de l'étoffe, ils y appuient les pouces pour essayer de la rompre et en apprécient de la sorte la plus ou moins grande solidité.
La méthode consiste en principe à maintenir solidement par ses bords, sur un cadre circulaire, entre deux rondelles métalliques p, <j {fig. 20), à la façon d'une membrane de tambour, un morceau du tissu à éprouver. Au centre de cette surface bien tendue, vient s'appliquer l'extrémimité d'une tige rigide que l'on presse progressivement par un effort mécanique, jusqu'à ce qu'il y ait perforation. L'effort exercé peut être mesuré exactement en kilogramme et la
hauteur de la llèche du lambour jusqu'à la rupture en centimètres et fractions.
La tige perforatrice se termine en un cône, que l'on coiffe, à la façon d'un bilboquet avec une bille ou sphère métallique B, d'un diamètre déterminé. Cette pièce a ainsi une forme bien définie, ce qui est essentiel pour assurer des conditions d'expérience toujours identiques.
Un petit dispositif P', dit planoscope, placé sur la surface à essayer, avant la mise en marche de l'appareil, et que l'on retire au moment de l'opération, indique, par l'écartement de ses deux branches, l'instant précis où la bille B vient porter sur cette surface.
L'appareil construit sur ces données est formé de deux châssis métalliques mr coulissant aisément l'un dans l'autre, comme le montre la fig. 20 ; il s'adapte au dynamomètre Ollivier et Gie. Suivant la force de l'instrument, il peut servir à essayer des matières très variées : papiers et cartons, draps, toiles et autres tissus, feutres, tricots, peaux et cuirs, lames et toiles métalliques, etc.
Le nouveau système paraît particulièrement utile pour l'essai des articles qui doivent supporter des efforts de poussée, tels que : étoffes pour vêtements, toiles à voiles, tissus pour ballons, papiers d'emballage, filets, lames de verre, de caoutchouc, etc.
Enfin le même appareil se prête à un troisième genre d'essai, celui de la résis- Fig.2l tance à la traction des échevettes de fils. Pour procéder à celle épreuve, on accroche aux cornes de l'appareil le porle-bobine R' {fig. 21), et on substitue à la mâchoire inférieure un deuxième porte-bobines R. L'écheveau est placé sur tas deux bobines.
La résistance moyenne du fil s'obtient en divisant le poids de rupture, non point par le nombre des spires de l'écheveau, mais bien par celui des bouts qui tirent.