Essai élémentaire de géographie botanique
G N désigne sous le nom de géographie botanique Télude mé- > thodique des faits relatifs à la distribution des végétaux sur le globe , et des lois plus ou moins générales qu'on en peut déduire. Cette branche dct connoissances humaines n*a pu exciter Tattention des obserrateurs que depuis que la géographie et la botanique , enrichies par un grand nombre de faits, ont su s'élever à des idées générales. Les anciens naturalistes avoient fort négligé Tétude et même Findieatioa des patries des plantes. Unncus est le premier qui ait pensé à les indiquer dana les ouvrages généraux ; il est le premier qui ait donné et le précepte et le modèle de la manière de rédiger Ici Flores ; il est le premier surtout qui ait distingué avec soin les haUtatiom , c*est«àFdire les pays dans le»quels les plantes croissent', et les staHont , c*est-4rdire la nature particulière des localités dans lesquelles elles ont coutume de se développer. C'est donc de Lhinsnis que sont réellement sorties les premières idées de géographie* botanique.
Depuis cette époque , tous les botanistes ont indiqué avec plua de précision la patrie des plantes, et quelques-uns . même ont fsit de cette étude l'objet de leurs recherches spéciales. Ainsi Girand -Soulavie , dans son Histoire naturelle de la France méridionale, publiée en 1783, et Bernardin de Sainl-FSerre , dans ses élégantes Études de la nature , ont présenté k cet égard quelques considérations intéressantes, maià dépourvues de cette exactitude qui fixe Pattention des sa- * vans et qui seule constate la vérité. M. Link*, en 1789, a £iit connoltre les plantes qui lui paroissent propres aux ter^ rains calcaires. M. Stromeyer*, en 1800 , a présenté sur la Héographie botanique le plan d'un travail qui fait connoltre
1 Lànk, FluiiK Cullinf^ensis jf>eritnen ; ^n-B." Goettingœ , i-jBg.
2 Strwktjtr, Comm. si*l, hi*t. veget. gtogr. *p€C,i iu Q." GvU., iduo.
foute rétendue de Im teieoce, et qui Ikil regretter qu'elle n*ait pas été étudiée plut tôt. M« Lavy ' 9 en 1801 , a elané les plantes du Piémont relativement à leur ordre géographique* M. Klelman*, en r8o4, a publié quelques obiervations téressantcs sur la végétation des Alpes, J*ai moinnéme, puisque Tordre chronologique pie force k me citer ici, exposé d*uné manière abrégée, dans la Flore françoise^, quelques observatirâs générales déduites de Télude des plantes de France, et fai, depuis, ajouté à cette base quelques détails ultérieurs, aoit dans les rapports de mes voyages^, soit dans Tarlicle Géographie botanique et agricole du Dictionnaire d*% gricuUure^, toit enGn dans le 3.* volume des Méiiioircf de la société d*Arcueil, publié en 1817. M. Bossi a fait à i# Lombardie l'application de Ja méthode que j^avois proposée , pour la France^. Mais Touvrage le plus précieux que nouf possédions sur la géographie des plantes, le seul, peut-être, qui r«ii fait cntvffosr dans toute son étendue , est la Géo^ graphie des plahtq^ que M. de Uumboldt a publiée dans soi| Tableau physique des régions équatoriales 7 , auquel on doit {oindre quelques développemens insérés dans ses élégans Ta* bleaux de la nature^; ouvrages remarquables par le grand nombre de faits qu'ils font connottre , et par leur heureuse liaison avec les lois les plus importantes des sciences physir ques. Dès-lors lu géographie botanique prit une marche pluf assurée. M. ^VallU•lll)(.•^J,' , dans sa More de F.nponiefj et ensuite dans ses llvs;iis sur la \Yp;«''tafion (le la Suisse"* et des
monts Carpathcs", a dévekipjiié Thistoire générale des vé^,
I IfBvy, SuaioBtJ plaatar. Pedemont. indigen.; in>8.* Tamrini, i8otL « Kiclman , Distert. de veget. in région. y/If>inis; in-fi.*' Thlf., t6o4«
♦ 3 Flore fran^oise , 3/ tdil., i8o5 , vol. 2 , p. i , av. une carte i^éograph.
4 Uapporu des voyages boUn. t-t agroooni. (I.nis le« départrnicnt de la France, inipriniëaparoiiceaxdeUSociétéd'agric. de Paris^ iGoO— 1814.
5 Oiclionnahrvd'agricttllure, chm Oél«rriUe, àParis, 6 toL, 1809.
6 GlvfmmU deUm société d*ineoragememtc dêl rêgno 4f //«//« , m.** 7.
7 E*««i «ur la gëographfo àt* plantes; t iii-4.*. Paria, 1807.
8 TableauK de b iia'ure, trad. par Errics ; 3 rot. te-ia. PMÎa^ t8o8. ': ^ Flora Laponica , 2 vol. in- 12. lîiiotnti, 1812.
10 De vegetaiione et climate JdeUetiœ Icntamen ; in-Q* Tiguri, lâij,
II Flor» Cgrpûtkoi uui principatium ; iu-b." Gtcilinga, 1814.
gétaux cîe ces trois pays avec une sagacité remarquable. M. Hobcrt Brown a fait connoître plusieurs généralités piquantes sur la géographie botanique de la Nouvelle - Hollaode ' et de la partie d'Afrique voisine du Congo et a , dans ses divers Mémoires, comme c'est le propre de son talent, ouvert aux botanistes une nouvelle route. M. Schbuw' a cherché à démêler, au milieu des faits nombreux et divers qui semblent se contredire , si l'on pouvoit admettre que chaque espèce de plante eût pris naissance dans un seul lieu; ilprépare, sur la géographie des plantes de l'Italie, un travail que Ips botanistes attendent avec impatience. M. Boué^ a publié quelques considérations utiles sur la manière d'étudier la Flore d'un pays donné, et les a appuyées sur l'exemple de rÉcosse. M. Winch ^ a fait un travail presque analogue sur quelques parties de l'Angleterre. M. Léopold de Buch , après avoir indiqué, dans son Voyage en Norwége , plusieurs faibi curieux de géographie botanique, a publié un travail trèsintéressant sur la distribution des plante^ dans les îles Canaries'', résultat de ses propres recherches et de celles de son ami Chr. Smith , dont la botanique a pleuré depuis la mort misérable. Enfin, M. de Humboldt a recueilli , avec son X talent ordinaire , tout ce que l'on connoit sur les bases de la
géograuhie des plantes, et, en le combinant avec ses propres recherches, en a tracé, dans les Prolégomènes de la Flore d'Amérique', le tableau le plus fidèle et le plus brillant.
A ces divers ouvrages il faut, pour avoir une idée complète de l'état actuel de nos connoissances , joindre cette multitude immense de notes relatives à la patrie des plantes
I General gcogr. remarJis on thehot. of Terra austr.; in-/!.** Lond., 1814. a Observation* on the hetbarium collected t*J prof. Chr. Smith, in ihe vicinitjr of Congo ; 10-4.'' London , 1C18.
3 De sedibus plant/it utn originariis sertio prima. Haçniit , 1816, in-ô.**
4 lie meth. Florain cujusdam région, conducendi ; io-8.' Edinb. , 1817.
5 Essai on the géographie»! distribution of plant* thromgh the eoun- Mies of Northambet land , etc.; in-S." \ewCastle , 1O19.
<> Atlgemeine Ueberticht der Flora auf den Canarischen Insel». Berlin, i8ig; în-4.'*
7 Huniholdi, BonpUnd ctKunth, JVopa pUntMrim gênera et speci*f .^mericat , «te; Pari«.
.qu|oii trouve ^tnes idam les écrite dct vo]ra§eim, diM lèt collectioiif des aaturalisles , , dans les Flores cl les owragei généraux de botanique; j'oserai peot-étre encore ajouter ici, que , par la manière dont i*at récapitulé ces notes dans le Système univenel du règne végétal , elles deviendront plus utiles dans Tavenir à Tétude de la distribution des plantes sur le globe*
Teb sont les ouvrages qui constituent la bibliothèque de la géographie botanique , et dont cet article doit être le résumé : fy joindrai lès considérations qui m*ont 'été fournies par l'examen attentif que j*ai fait, pendant sept années de voyages en France, de la distribution des plantes sur le sol qui nous entoure*
Je me propose de publier sous peu la statistique végétale de la France, qui contiendra, entre- autres résultato de mes voyages, rensemble des faite observés sur la distribution des plantes sauvages, et cultivées sur la surface de la France* Uartide actuel peut être considéré comme Tintroduction de cet ouvrage.
Toute la science me parott se classer sous trote chefr généraux:
1."* L'influence que les élémens extérieurs exercent liir les végétaux, et les modifications qui résultent, pour chaque espèce, du besoin qu'elle* a de chaque substance ,*on des moyeAs par lesquels eUe peut échapper à son action ;
2* Les conséquences qui résultent de ce» données géné» raies pour Tétude des stations ;
3** L*examen des habitations des plantes, et les conséquences qui en résultent relativement à rensemble de la science*
j." Paetis* Influence des élémens ou agent extérieurs
eur U4 végéiauxm
Nous devons examiner ici Tinfluence de la température, de la lumière , de rcîni , du sol et de l'atmosphère, -et ne pas perdre de vue que, quoique pour la clarté de Texpositioit nous devions les séparer, cUcs agissent cependant prc^ que toutes à la fuis.
A. Influence de la température.
De tovtai eet iafliienoct U pliw prononcée est la teni|iéra- 4ar«* Celte action cit tellement cknre qu'elle est connue de tout le monde , et qu'en Tanalysant je ne puU que cltiser des fiûte la plupart triviaux.
• La lempérâtufe influe aur les vë^iaux, ou par une actfon' purement p^jrsîque sur leurs liquides et leurs solides, ou par une action physiologique sur leur force vltale«
• Considérée dan» son action purement phjnsique » la tempé> future dilate ou condense les parties dea plantes » comme ceHe» de tous les corps» L'influence sur les solides est "peu maniiîeste { ccUe sur les liquides est tcllesaent évidente, qu'on peut établir en principe que l'action physique -de la températere sur les végétaux ou les parties de végétaux cft sensiblement propor^onaée k la quantité de liquides aqueux qu'ib rcn* ferment. Ainsi, les organes qui ne renferment point de liquides, sont comme insensibles aux extrêmes du firoid et du chaud : tels sont les bois à leur état parfait, ef lesgr^Ci complètement mûres. De là vient qi|p les graines peuvent être transportées par des causes occasionplics dans des cli* mats entièrement diffërens des leurs, et y conservent leur vie là où les plantes elles-mêmes périroient.
Mais, pour analyser les effets de la température sortes liquides des végétaux, il faut distinguer ceux qui soot hors, du végétal et destinés à y pénétrer , et ceux qui sent déjà introduits dans son tissu.
Toutes les matières dont les végétaux se nourrissent, sont ou de l'eau, ou des substances dissoutes ou suspendues dans Teau. Si la température est au-dessous de la congélation , Teau, devenue^soHde , ne peut pénétrer dans le tissu, et la végétation ^$t suspendue: si la tenipéraline est trop élevée, le terrain se dessèche et ne fournit plus d alimcns. La première cause de stérilité s'observe au pôle et dans les hautes montagnes; la seconde, dans les Ijcux très-chauds. Mais l'action de la (rmpérature est très-sensible à la surface du sol, et l'est moins à une certaine profondeur d'où il résulte, 1 .° que , dans un terrain donné , les plantes à racines profondes scsistejit mieux aux extrêmes de la température que celles k
Mciaes «perBcielIct ; a«* qu*iioe plante donnée résiste mieuc aux estréoMt ide la tcmpérature^ans un terrain plu» coaiyaçte, ou moins bon condnctenr dn.catoriqun , .ou OMiina doué de la faculté rayonnante» qne dana unaol ou trop léger, ou boa conducteur, ou rayonuant fortement le calorique*^ 3.* La nature des plantes et celle du sol étent données , lea plantes résistent mieux an froid dans une atmosphère «èçh^ y ^t à la chateur dans une atmosphère humide.
Quant aux liquides renfermés dans le tissu même du végétal, ils sont soumis aux lois générales de la physique* Le ^id peut les atteindre au point de, les congeler ; et comme, cette congélation est toujoon accompagnée de dilatationr» celle-ci » lorsqu'elle est brusque , rompt les parois des cellules ou des vaisseaux , et détermine ainsi la mort partielle des plantes» Si, -au contraire, la chaleur est extrême, elle détermine une trop forte évaporation , d'oii suit la flétrissure et le dessèchement* Voyons par quels mécanismes les plantea peuvent plus ou moins résister à ces efifeis.
Leur résistance contre lu congélation se l'oade sur la marche de leur nutrition. Leurs racines sont plongées dans un sol dont la température c>t vu hiver plus chaude que celle de
Tair : elles absorbent dune, quoiqu'eu petite quantité, un liquide qui, en s'introduisant dans leur tissu, tend à le ré-» chauffer au poin't que Tintérieur des gros arbres est en général au même degré de* température que celle indiquée par un thermomètre placé à la profondeur moyenne de leurs racines. Cette action s*étend jusqu'aux sommités , parce que les liquides ne se communiquent pas leur chaleur de molécule à molécule, et qu'ils ne peuvent la transmettre qu*avec lenteur aux subst<inces ligneuses et mauvaises conductrices qui les entourent. Il s^établit ainsi une lutte entre le froid extérieur de l'atmosphère et la chaleur interne de lâ séve. Les différences d'un arbre à l'autre tiennent essentiellement à la facilité plus ou moins grande avec laquelle la chaleur de celle-ci peut se dispenser. Ainsi, i.*, plus le nombre de», couches interposées et distinctes par des zones d'air captif sera grand entre l'aubier (qui, renfermant plus d'humidité, est plus susceptible de gel) et l'extérieur, plus les arbrea pourront ré&ister au froid ; c'est ainsi que les vieux arbrca
wéÊkUnt mieiix au froid qoe les jevim ' ; c^ctt «isfi que les JiMleanx, dont Vétwtt pfféienle «n graoïl v^mêmt 499mm «iperposës , rMiesÉ i ém ikiMi Hmmêm > «iad q«e la plupart 4et arl»mMiHNiotylM0«fls, ékinl priv^ ^*ëcofte> TÎvMl «UMM biett itoa» !<• disait froida que Ici dio»lylédmiM} e^cat ainsi q«« les jeuaet pouaiea résistent Imcs aiienic am fraM lorsque , .daoa lenr prcnier développement 9 .aUea tant abriiéci par ét» bavrgeona éaaitteux qae lai» tqv'eUesaant à jra» étcw - , . a.* PMw tel caiîtlMii •xlérîanrca Mt dépourvuet d*eaa al nbandaMiial awaiw 4e MtiAraa abaitaïaaaaaa au iM- •netisca, ptiia aasti ^ » < | étaaE féiiitant aa frakl : aiaas les plantca gra isc a gèlant aM fiiailtaiaiBli aii«i Ici eaniféréa ■réiiliant à des froida tr^vifty taddia q«a Jet arbras farts . non résiaaaz fèlMt A dca degrés da Droid pan iataasasi ainsi Ica )cuaaipoaascs f Mnbiliéaad*eav a« printeaipi, fUaai à des degrés de froid qu'elles anppqrtent en. automne « loi^ ^*cUfa sont moins aqtausca; sami les arbres gèlent maini ibc U ement après un été biaft ehand» qui af eamme diaattl Jes jardtniaia, piHkilamant aadié leurs paumes, qu*apréa ua •été froid ft pluvieux y a& lea paussea n'ant pas aequia toute leur dureté.
' 'Taulea aas aai^ca aambinéêi) sait entra elles, sait avec Tétàt partiettisar de abaque «fana, sait avec, la nature da .tissu inlime de chaque végétal , expliquent assez bien là .4iveraité d'action d'un même degré de froid aur des vëgé* •taux divers. Si noua euaitilnoiu de la même manière ractîan ■d'une température trop élevée , naui verrons que cartaias véfétauXt teb que les baia très-durs, y résistent^ parce que, renfennant peu de sua aqueux, ils offrent peu de mattètfa ■à évaporer; d'autres, comme les plantes grasses, parce ^'cllw sont douées d*ua-trés-petit«Boaibre d*organes érapo- Tataires; d'autres, comme lea bcibca dca lieux humides, parce qu'ailes - pampént promptemeat une quantité d'aai^ -aufisiisite pour suppléer aux effets de l'évapacatiaqb ^
•C }e Tai va, plv« âgé* «upporMnr sans périr un Mé de (ihcra* «màsf.) iMs la Jatila b»uaK«a ds Csaavsc ^9^«^*.-9 .^IW;^
(Quoique ce soil par des causes très -complexes que les végétaux résislent aux actions extrêuies du froid et du chaud, et que par leur réunion on pût peut-être expliquer complètement pourquoi telle plante gèle là où une autre trèssenihlable ne gèle pas ; il scroit . je pense, impossible d'expliquer , par ces simples considérations de ph}Nique . pourquoi , entre les limites mêmes où la végétation est posjfihle , des plantes différentes requièrent des degrés de chaleur différions, en sorte que telle graine germe à 5 ou C degrés, et que telle autre en exigera 20 ou 3o pour se développer. Cette diversité, qu^on retrouve dans les animaux , doit, très-probablement, dans les deux règnes organiques, être rapportée à l'intensité de l'excitabilité de la fibre ou du tissu de chaque espèce. Le problème se complique donc de causes physiques appréciables et de causes physiologiques que nous sommes obligés d'admettre, quoique nous ne puissions en rendre compte avec la même précision.
L'influence de la température sur la géographie des plantes doit être étudiée sous trois points de vue : 1." la température moyenne de Tannée ; 2° les extrêmes de la température, soit en froid . soit en ehaud ; S." la distribution de la température dans les différens mois de Tannée.
La température moyenne, qui pendant long-temps a ëtë Tobjct presque unique des physiciens, est en réalité la donnée la moins importante pour la géographie des plantes : à ne la considérer que comme une indication vague , elle est d'un emploi assez commode ; mais la même température moyenne peut être déterminée par des circonstances tellement différentes, que^le& conséquences et les analogies qu'on en voudroit déduire sur la végétation, seroient très-erronées.
On tire des résultats plus bornés, mais plus exacts, de l'étude des points cxtrrmcs de la température : ainsi toute localité qui, ne fût-ce que de loin en loin, présente ou un froid ou une chaleur d'une certaine intensité, ne peut présenter à Télat sauvage les végétaux incapables de supporter ce degré extrême. Lorsque ces températures exagérées ne reviennent qu'à de longs intervalles, Thomme peut maintenir dans le pays la culture d'un végétal qui ne sauroit s'y maintenir sauvage, soit parce que, à chaque fois qu'il est
détruit par la rigueur exagérée de la saison, il le rétablit par des graines ou des piaules tirées de pays plus tempérés; soit parce que, dans ces moinens critiques, il l'abrite contre l'inlempérie de l'air; soit, enlin , parce que l'agriculteur ne demande pas toujours aux plantes qu'il cultive de porter des graines fertiles. C'est ainsi que la vi;;tie, l'olivier et la plupart de nos plantes cultivées végètent très-bien pour notre usage dans des climats dont il seroit inipossible qu'elles supportassent les hivers, si elles étoient livrées à elles- nièuies : c'est une des causes qui établit une ditférenre absolue entre la géographie agricole et la géographie botanique.
Dans cette dernière, qui nous occupe essentiellement ici, les plantes ne peuvent s'établir à demeure dans un pays que lorsque ce pays ne présente pas, méuie de loin eu loin, des causes de destruction complète. Ainsi , quelle que soit la température moyenne, une plante ne peut vivre sauvage dans un climat où, ne fût-ce que tous les vingt ans, elle viendroit à geler; ou , si quelques graines y sont portées par des causes accidentelles, elles n'ont jamais le temps de s'y établir d'une manière fixe. Les plantes annuelles , qui n'ont d'autre moyen de réproduction que leurs graines, sont complètement exclues de toute localité où une intempérie«quel? conque peut, ou les tuer, ou seulement empêcher la production de leurs graines-, aussi sont-elles exclusivement bornées aux régions tempérées. Les végétaux vivaces peuvent encore vivre sauvages dans des climats qui ne leur permettent pas toujours de produire des graines; celles qui sont douées de moyens particuliers de réproduction par les racines, peuvent vivre même dans des climats où elles ne sauroicnt presque jamais donner des graines fertiles.
Sous ces divers rapports, et sous plusieurs autres, la distribution de la température dans les mois de l'année est la partie la plus importante de cette étude.
Il est des climats éminemment uniformes, dans lesquels une certaine température moyenne est produite par un hiver doux et un été frais : tels sont en général tous les pays maritimes ; ce qui tient à ce que leur température est continuellement ramenée près de la moyenne par la mer, ce vaste réservoir de température constante , qui les rafraîchit
( lO )
MU cl It» liicbiuffB Thiver : Idlcf mt encore , smii qiIVrti 9à «osDnac Ueii 1m raisoiis, les parîiet oeeîdciittlet des deM OMliiieM de rhéaritphére bôréiU, et, juaquet à va eerteim point, presque-totilHé de rhémiqiliére austral. A« eon* Mire, noe mémt tempénintt noyeane peut éire prodvHt par la coabînaiaon d'hirert tréf- froids arec des étés trè^ ehaods s e*est ee qu'on observe dans les pajt contincnfavx comparés avx pays nurittaMS, dans les partie* onentaies dés conûnens eonparées aut occidentales, dans rhémispèèré >oréal comparé à rhémisphèré ansliél.
Les plantes annnellcs , qui ont absolnment besoin de ebn* lenr pendsnt Tété povrmûrir lçurs graines, et qoipmrenl passer rhirer endoraidès , pour ainsi dire, à Fétal de graines et iîidtffihvntcs au froid de Thiver, prérérent les dinsats de la seconde série; les plaaCei'^iVaeos'i'qfiri penrent asieint se passer de mûrir 4eiirs^giifiMr, et' qui redoutent les grands imidy ptêHi I iltf ceux de la première. Ptemi . ■rtiiém ^ W plafttés qiit perdent leurs feuilles s*accommo» dent mieux des .climats Inégaux, et les plantes toufoum vertes prélérent les climats égaux.
« Si de ces données générales on descend dans les -détails i on concevra fiicilement comment la température de chaqua sisimn en particulier,' teonnnent la durée de la ehalear dans certaines époques de Tannée ou de la journée (durée que nos tiMeavx iMiÉiÉWiiM||yim mttt^tMÊÊlIfÊft que d'une maniéra imparikite)» |pai i»e n # ip ae ill fr a ^ <il ' èÊ' m végétal de tèmqw localité. #e n*al pu , premé fifl^^nef ùdiquer ici que les prinelpes et la marche dii^^ttfmiiiriiÉillIt ceux qui voudront étudier ee sttyef eurieiat ^dyi iii è ^mèi^ êpprolbndie , doivent lire et méditer le beau travail d«li« de HumMdtsur les lignes isothenncé, inséré dans le S,' velume des Mémoirea de U société d'Arcoefl. ,
'''.jL*laAamK:e de la lumière solaire sur la végétation est presque aussi importante que celle de la température, et, quoiqu'elle influe un peu moins que la pfécédente sur la diatribulioo géographique des végétaux, eBe mérite cepetf-' daat u«e mention très-particolièrr. o < «^-^
La lumière est Tagent qui opère le plus grand nombre des phénomènes de la vie végétale, i." Elle détermine une grande partie de Tabsorption de la sève,- les plantes pompent peu d'hiiniiilité pendant la nuit et à Tobscurité. 2.** Elle déter-* mine complètement Témanation aqueuse des parties vertes des plantes ; celles-ci n'exhulcnt point ou presque point d'eau pendant la nuit ou à l'obscurité, tandis que cette exhalaison est très -considérable de jour et surtout aux rayons directs du soleil. 3.** La lumière détermine, sinon absolument dam tous les cas, au moins dans presque tous ceux qu'on connoîl bien et qui nous intéressent le plus; la lumière détermine, dis- je , dans le parenchyme des parties vertes, la décomposition de Tacide carbonique , et cunséqucmment la fixation du carbone dans les végétaux, la coloration des parties vertes, le degré de leur consistance et de leur alongcment, l'intensité des propriétés sensibles, et, enGn, la direction de plu-* sieurs organes. 4.** Elle est une des causes principales, et peut-être Tunique, des mouvemens singuliers connus sous le nom de sommeil des feuilles et des fleurs. 5.^ Pendant l'absence de la lumière les parties vertes absorbent une certaine quantité de gai oxigène , déterminée pour chacune d'elles dans un temps donné.
Quoique ces diverses influences s'exercent sur presque tous les végétaux, elles ne s'exercent pas sur toutes les espèces au même degré, et c'est de celte diversité même que nait le besoin qu'a chaque végétal d'une dose particulière de lumière.
A considérer le globe dans sa totalité , la lumière est en moyenne plus également répartie que la chaleur; mais elle ofi're des disparates importantes dans son mode de répartition. Dans les pays situés près de l'équateur, une lumière intense, parce qu'elle agit plus perpendiculairement . éclaire les végé^ taux à peu près également toute l'année pendant douze heures chaque jour. A uiesure qu'on s'éloigne de l'équateur et qu'on s'approche du pôle, l'intensité des rayons devenus plus obliques va en diminuant; mais, parla distribution de ces rayons « la lumière manque presque complètement pendant l'hiver^ où Tabsence de végétation la rendroit presque inutile aux plantes, et est presque continue pendant la durée de la vègé-
lation , (le sorte que sa continuité compense en tout ou en partie son intensité. Quoique les conséquences de la continuité de la lumière n'aient pas encore été sufllsamment étudiées , on voit déjà, d'après cette donnée générale, qu'indépendumnient de ce qui tient à la température, les plantes qui perdent leurs feuilles peuvent mieux supporter les pays, septentrionaux , et que celles à végétation continue doivent avoir un plus grand hesoin des régions méridionales. Les plantes dont les feuilles et les Heurs conservent habitueilexnent la même position, peuvent vivre dans les climats du i;iord , où la lumière est presque continue en été; tandis que c'est dans les climats méridionaux qu'on trouve et qu'on doit trouver les espèce; qui sont remarquables par le sommeil et le' réveil alternatif de leurs feuilles ou de leurs fleurs, mouvement qui est en rapport avec ralternalive des jours et des nuits.
. Pans les pays situés au niveau de la mer, les rayons solaires ne parviennent aux végétaux qu'au travers d'une épaisse atmosphère, qui éteint, pour ainsi dire, une partie de leur éclat : à mesure que l'on s'élèv£ sur les sommités des montagnes, l'action de ces, rayons est plus intense, parce que Tatmosphère est moins épaisse : d^où il résulte que , sous chaque latitude donnée, les espèces qui ont besoin en proportion de plus de lumière que de chaleur, doivent occuper le aommet des montagnes, et celles qui veulent plus de chaleur que de lumière doivent demeurer dans les plaines. Tous ceux qui ont tenté de cultiver les plantes des Alpes dans les plaines, savent combien il est difficile d'imiter cette station et de leur donner de la clarté sans trop de chaleur.
. Enfin , dans chaque pays déterminé , les plantes se distribuent entre les diverses localités, (l'après le besoin qu'elles ant d'une certaine quantité de lumière, et le point auquel chacune d'elles peut, sans trop souffrir, supporter un certain degré d'obscurité. Ainsi, toutes les plantes à feuilles trèsaqueuses, qui ont besoin de beaucoup d'évaporation ; toutes les plantes grasses qui , ayant très-peu d'organes évaporatoires , qnt- besoin d'un stimulant pour déterminer sûrement leur action ; toutes celles qui sont d'un tissu très-abondant en carbone , ou qui ont des sucs très-résineux ou huileux, ou qui
offrent une grande ëfendue de surfaces vertes, etc., ont besoin de beaucoup de lumière et se trouvent dans les lieux découverts : les autres, selon qu'elles s'écartent davantage de ces conditions, vivent ou à l'ombre légère des buissons, on à celle plus forte des haies ou des murs, ou à celle des forêts (qui varient entre elles selon la nature des arbres) , ou , comme le font certains champignons, dans les cavernes et à l'obscurité totale. On a encore peu étudié les végétaux relativement à la dose de lumière dont ils ont besoin ; mais je ne doute pas qu'il n'y ait, à cet égard, de grandes diversités, et qu'elles ne puissent expliquer celles des stations : ainsi j'ai vu des fougères rester vertes dans des caves où les autres plantes ëtoient toutes étiolées; ainsi j'ai vu la lumière artificielle des lampes produire des effets très-divers sur différens végétaux exposés à son action. Ce syjet seroit digne des recherches de quelques observateurs macts. Les époques même où une certaine dose de lumière parvient aux végétaux, quoique moins variables que ce qui tient à la température , présentent encore quelque intérêt. Ainsi, par exemple, les mousses et les arbustes toujours verts, comme le houx, qui végètent principalement en hiver, vivent très-bien dans les forets d'arbres qui perdent leurs feuilles, où ne pourroient vivre des plantes qui végètent surtout pendant l'été.