Les terres Magellanique
Enfin f il faudroit joindre à cette indication générale chacune dca Iles qui est asseï écartée .de lout autre oontineaft pour présenter un choix de.v^étaux qui lui est propre.
Las botanistes savent qu'en général let plantât de ces vingt régions sont différentes les unes dit autres, de sorte que, lorsqu'on trouve dans les écrits^ies voyageurs des plantes de Vuae de ces régions qu'on dit avoir été nBtrouvéea dans une autre, on doit, avant d'admettre cette pcoposition, étudier les échantillons venus des deux pays avec un soin tout parjticulier. A ne considérer cette division du globe que comme une précaution dans la synonymie et la détermination des espèces, elle auroit déjà quelque utilité; mais elle sert surtout à pouvoir exprimer sous une forme un peu plus générale la multitude immense des faits relatifs aux patries des plantes.
Panni les phénomènes généraux que présente l'habitation des plantes, il en est un qui me parott plus inexplicable encore que tous les autres.- c'est qu'il est certains genres, certaines fairalles, dont toutes les espèces croissent dans un seul pa\s (je les appellerni , par analogie avec le langage médical, genrrs endémiques) , et d'autres dont les espèces sont réparties sur le monde entier (je les appellerai, par un motif analogue , gf/iro .iporadiques). Ainsi, quoique très-nombreuses, tontes les espèces des genres Hei mannia, Manulea , Borbonia^ Clujlia, AnOioiiza , Goitcna, etc., sont originaires du c.ip de Bonne-Espéranee , telles de Banhsia, de Styphelia, de Coodfuia^ etc., de la Nouvelle - Hollande ; celles de Mutisia, de CiDclioiut . de l uchna , de Cuci^u^ , ùc l nîandsia , etc. , de TAmériquc écjuatoriale : tandis qu'au contraire Ja plupart des j.'enres ont dos espèces qui croissent spoiifnririncnt dans des pays très-divers. (^)ntlqnes fiimilles uièmes .seuiLilent afl'ecter certaines région» ; ainsi les hespéridées sont toutes de rinde ou de la Chine; les labiatiilores, de l'Amérique méridiuuaie; les épacridées, de l'Ausiralasiç. Mais rien i^e pa-
roît cependant bien régulier dans cette disposition des espèces sur le globe. Ainsi , par exemple , nous possédons en Europe certaines espèces de genres très-nombreux, et dont toutes les autres espèces sont originaires de quelque autre région. Toutes les passijlora habitent l'Amérique , sauf une, découverte il y a peu de temps dans l'extrémité australe de l'Afrique par M. Burchell. 7'ous les mrsembryanthemum habitent le cap de Bonne- Espérance, excepté les AI. nodi/lprum et copticum , qu'on trouve en Corse et en Barbarie; tons les i.r/a, excepté Vixia bulbocodiuin , commun sur nos c/^tes méridionales; tous les gladiolus^ excepté le gladiolus commuais, si commun dans nos moissons; toutes les bruyères, au nombre de deux ou trois cents espèces, excepté cinq à six qu'on trouve en Europe; presque toutes les oxalis, excepté trois espèces sauvages en France et quelques-unes en Amérique. Ces espèces égrenées, qu'on compareroit volontiers à des soldats séparés de leurs régimens, ont été les causes pour lesquelles les botanistes ont pendant si long-temps négligé l'étude des ordres naturels: il fulloit que la botanique exotique fût très-avancée pour qu'on pût reconnoitre leurs afliuités ; car elles sembloient échapper à toutes les règles, lorsque ces règles n'étoicnt établies que sur les familles européennes. Au reste, cette disposition plus ou moins réj;ulièrc des espèces et des familles sur le globe est un fait avéré , mais qu'il est aujourd'hui tout-à-fait impossible de réduire h quelque théorie. \în autre fait assez remarquable qui se présente dans la comparaison des régions, c'est que certains pays qui n'uHrent point ou presque point d'espèces semblables, donnent naissance à des espèces analogues, c'est-à-dire appartenant aux mêmes genres. Ainsi, par exemple, les Etats-Unis d'Amérique présentent un grand nombre de genres semblables à ceux de l'ancien continent: tantôt les espèces sont partagées entre les Etats-Unis et l'Europe, comme, par exemple, dans les genres Fraxinus, Populus, Pinus, iilia; tantôt entre les Étals- Unis et l'Asie, comme dans les genres Juglans, Mognuliaj Vitis; quelquefois entre les trois régions, comme pour les genres Acer , Salix , Delphinium , etc. Ce phénomène se présente d'une manière plus piquante lorsqu'il s'agit de genres très-peu nombreux eu espèces : aiu^i, par exemple,
nous ne connoiMons, dans le inonde entier, que deux liquidambars, deux panax , deux platanes, deux stillingia, deux planera; l'une des espèces de chaque genre habite l'Asie orientale, Tautre l'Amérique septentrionale.- nous ne connoissons que deux majanthemum , deux talhsneria , deux ostrya , deux châtaigniers, deux HipopJuic , l'une des espèces en Europe, l'autre aux États-Unis: nous ne connoissons que trois espèces de /arix, de carpinus, de troUius , l'une en Europe , la seconde en Sibérie , la troisième aux P'tats-Unis. Ce que je viens de dire des trois régions principales de la partie tempérée de l'hémisphère boréal, est également vrai des trois régions équatoriales ; ainsi on trouve entre les tropiques, en Asie , en Afrique et en Amérique , des espèces analogues, mais jamais semblables entre elles : par exemple, les espèces des genres Cratœva, Bertiera, Elœis, etc. , sont partagées entre l'Amérique et l'Afrique équatoriales; celles des genres Sagus , Strophranthus , etc., entre l'Asie et l'Afrique équatoriales; celles des genres Pi^cho^r/a, Bégonia^ etc. , entre l'Amérique et l'Asie équatoriale; celles des genres Melastoma, Sterculia , Jussieua, entre les trois régions équatoriales. Nous ne connoissons dans le monde entier que deux cjytinus , l'un dans la région méditerranéenne, l'autre au Mexique^ deux sphenoclea, l'un au Malabar, l'autre au Mexique; deux welothria, l'un en Guinée, l'autre aux Antilles; deux gyrocarpus, l'un dans l'Inde , l'autre aux Antilles; deux sauvagrsia , l'un âCayenne, l'autre à Madagascar, etc. La même analogie s'aperçoit aussi entre les régions de l'hémisphère austral, mais d'une manière moins marquée, soit parce que les mers en occupent une partie proportionnéinent plus grande, soit surtout parce que nous connoissons moins les détails de leur botanique locale.
Si nous comparons les régions analogues des deux hémisphères , nous y trouverons de citerne quelques rapports assez remarquables : ainsi, les espèces des genres Callha , Empetrum y t te. . se trouvent dans les parties le6 plus froides des deux hémisji hères , et manquent dans tout l'espace intermédiaire; les espèces des genres Oaa/is, Passerina^ etc., se trouvent (i..i)S 1rs légions tempérées des deux hémisphères, et uiauquent dans les espaces intermédiaires; les hjypoxis offrent mén!ke ceci de singulier, qu'une partie des espèces
croît dans la région tempérée australe de l'ancien monde , et Vautre seulement dans la région tein])érée boréale du nouveau.
Enlin, certaines régions présentent des analogies plus particulières encore , et que je dirois volontiers plus mystérieuses. Par exemple, cert;iins genres assez nombreux en espèces sont partages entre le cap de Bonne-Espérance et le cap de Van- Diémen : tels sont les pelargonium , les protea , etc. La régioa des Canaries et celle de l'Europe offrent un grand nombre de genres semblables, mais qui ont cette particularité que les espèces herbacées sont en Europe, et les espèces ligneuses aux Canaries : ainsi, on trouve dans cette région des sonchus, des preruinthes, des convolvulus , des echium , qui sont des arbrisseaux et presque des arbres; l'île de Sainte-Hélène, dont les forêts sont des espèces de solidago, est, sous ce rapport, analogue aux Canaries.
11 semble au premier coup d'œil , et cette idée est si séduisante qu'elle est presque populaire, que ces espèces sont les mêmes que les nôtres, devenues ligneuses par leur séjour dans un climat chaud ; mais il n'en est rien : les espèces ligneuses des Canaries restent ligneuses dans nos climats plus froids; nos espèces herbacées ne deviennent point ligneuses dans les pays chauds , ou du moins celles qui en sont légèrement susceptibles ne le deviennent pas plus aux Canaries qu'ailleurs. Observons, en effet, pour faire mieux sentir ce caractère particulier de lu végétation des Canaries, que d'autres régions également chaudes ont de même des espèces communes avec l'Europe , mais qui y sont herbacées comme chez nôus : ainsi, les sonchus et les echium d'Égypte , les convolvulus d'Egypte et de l'Inde, sont herbacés et non ligneux comme aux Canaries. Ces rapports de certains pays les uns avec les autres tiennent sans doute à des ressemblances de localités quelquefois appréciables, quelquefois inconnues; mais, même dans ce dernier cas, elles peuvent servir de guides dans les naturalisations. Au reste, tout ce que nous venons de dire des régions ne doit s'entendre que des plantes sauvages; car, dès que les graines d'une espèce trouvent, où que ce soit, un climat et un terrain convenables, elles peuvent s'y développer comme dans leur sol natal. Ce fait nous amène à l'idée déjà indiquée plus haut ,*
«mir, 5nie 1m «Miras tUnaenft uoi^MMttt à' to* cm» jpkyti^iics ngiwini «ctocUeitteai , et ^« Jcs hahél ati — i y— g» iwieiU bieo airsir été es partie d é iewa néet par dat eatfct jéologi^ei qui o*exiileiit plus aeiranrjiiii. I>ms eetfe kjh •Ipethàe oa eoncevroit faeileneat peurquei certaines plantes jie se trouvent |aai«îs sauvages dans des lieux où elles vie«« .aeot parraitcmeiit dés qu'on les y apporte. Mais cette .théorie participe, il faut Tavouer* â Tiucertitude de toutes les idées relatives à Tétat ancien de notre glolw et ««roci- :gîae primitive des êtres orfanisés.
. Sous le premier rapport, on pourroit se demander, nvec tqiielqucs phjfaifiiens , si les parties les plus élcyées d* ^Mi», ayant été les premières découvertes par les eaux, n'ont pis 4iû être les premières peuplées de végétaux, et servir conae . de centres d'où les plantes se seroient dispersées de tous c6tés. .Cette liypuihèse seroit asses daecord avec Tidée des ri'gions; mais la difierence-de température des plaines et des raon- .tagnes, euasi bien que la circonstaaee» observée plus kaut, ,que certaines chaînes de montagnes semlilcnt plutèi servir de limites que de centres de végétation , empêche de pouvoir donner trop d^imporUwoe à cette idée, que le célèbre WiU- .denow paroisioit avoir admise.
Dira-t-on, avec quelques autres naturalistes, que les terrains primitifs ont dû les premiers se couvrir de végétaux, ceux-ci ayant dû précéder le développement des animaux» et par conséquent la formation des terrains secondaires P .Dans celte idée , les parties primitives du globe devroient être les centres des régions; mais, outre qu'il est diHicile de
..reconnoitrc (les traces de celte dispersion . il est très-douteux .que les espèces de plantes qui végètent aujouril hui soient Ils uicLucs que celles qui ont du exister avant les terrains 5('( nridaircs , et dont nous trouvons des empreintes ou des débris dans ces terrains. Cette étude curieuse , commencée il y a peu de temps, au moins avec quclcjue exactitude, par jyi. de Steruberg, et que M. Adolphe Bron^iniarl, tout jeune .qu'il est, paroit déjà destiné a perfectionner; cette étude, .dis-je, semble indiquer (jue nos espèces végétales sont dilfércntes des espèces antcdiiu\ iennes, et que par conséquent il
• y a eu développement d'une nouvelle végétation depuis la formation des. terrains secondaires.
Que seroil-ce, si de ces cousidcrations purement gi^olo- . giqucs nous passions à celles qui tiennent aux bases, et je dirois volontiers à la métaphysique de Thistoire naturelle P Toute la théorie de la géographie botanique repose sur l'idée que l'on se fait de l'origine des êtres organisés et de la permanence des espèces. Je n'entreprendrai point de discuter ici ces deux questions fondamentales, peut-être insolubles; mais je ne puis me dispenser de faire remarquer leurs rapports avec l'étude de la distribution des végétaux.
Tout l'article qu'on vient de lire est rédigé en suivant Topinion que les espèces des êtres organisés sont permanentes, et que tout individu vivant provient d'un autre être semblable à lui : j'ai cherché à montrer qu'en suivant cette opinion , à laquelle tous les faits certains nous conduisent, et qu'où n'attaque qu'en combinant les conséquences de faits douteux ou ambigus, on pouvoit se rendre raison ■de la plus grande partie de la géographie des plantes. Que si l'on vient à dire que la permanence des espèces n'est pas prouvée, je répondrai qu'elle Test au moins dans certaines limites : si l'on vient à trouver que deux ou trois plantes voisines, prises pour des espèces, sont des variétés, nous étendrons seulement les bornes qui circonscrivent telle ou telle espèce; mais l'idée même d'espèce n'en sera pas altérée. De ce que ies botanistes ont quelquefois admis trop d'espèces, parce qu'ils ont mis trop d'importance à des caractères déduits des parties les plus visibles, mais les moins essentielles, jdes organes de la végétation, peut-on raisonnablement conclure que les organes de la fructification participent à la même incertitude , et qu'il n'existe pas d'espèces tixesP Je ne le pense pas, et je ne vois pns que ceux-mêmcs qui sou-v tiennent ces idées, se conduisent d'après elles. I.a plupart sont obligés de convenir qu'au moins dans les êtres d'organisation compliquée, lorsqu'une fois les types des espèces sont iixés, ils sont constans dans des limites données: c'e^t ce qu'on observe dans tous les êtres des deux règnes organisés dont l'anatomie e^t bien connue. Mais quelle preuve a-t-oa qu'il en soit autrement dans les êtres à organes moins distincts et moins bieu connus P On auroit facilement soutenu , avant Ucdwig, qu'il n'existoit point d'espèces constantes dans les
É ÊB ÛÊ Kê : aujourd'hui on est obligé de le re|«lcr daili iM^iUB^ pignons, dam les algues, poar citer des «xenplcs qu'on M pnbse pas arguer d'erreur dès le premier exMneiu Siagidièrc 'logique que celle oè Pon néglige' à deaseln les conaé^enM 4t toni les Mis bien connus, pour établir lei tbëories généndot ^r des Ibifs nal connus et bornés & un petit nombre d*étffc»f '^XMdeulité ploifféquenfe des cryptogames , dans divers pays éloignés , a pars «o argument en foreur de leur production pir les éiémeos «Ktérienrs; nuis nous avons vn <|n'on pent Tezpliqiier par Tagitation permononte deratmmphérerOtlM pnrtlstns des formations spontanées me sembleroient f on ooli» tmire, dans rimpoMÎbiUté dVxpliquer le fiiil général H imoontcstable, qu*un grand nombre d'espèces bien déterminéet ne se trouvent' que dans une région , ot ne ae rencontieuÉ pot lottvages dans des pays où tontct les ^eireonstancés lonr^ sont fiivonbies et o& eUes'vtveirt'trMtien lorsqu'on les y sèain.'* Jusqu'à présent léa vuriétéi des végétaux paroisaent se nàf» mm» deux cheGi généraux : criles qui sènt pirodnitfet'pkr les •élémens extérieurs actuels et qui sont modifiables pot dot dreonstanees contraires, et celles qui sont forméct par l'by- Mdité et qne les circonstances extérieures ne paroisient pat «itérer. Les dillérenceé constantes des végétaux nés dant divenes régions ne -semblent se rapporter ni à Tune ni à rautre de ces classes: on ne peut les atlfftner «mt oiMÉt» fanées externes , car d'autres ciraonstmoij^nn.fct ^d ét r ui t èiH pat; on ne peut let attribuer à rbjrbi«M^ ittr rb/bridi«é yifÊ le croisement des races suppose nétessairément le rapprochement des dtres analogues. -JevMlBprendt trét-biOB ^ tjuoique je ne partage pa^eo^idéflMen^ cety opinion, jt comprends et l'admets, danyi> \^u Ml q t l.t' ^ » que, dant «tt pays où se trouvent UppAàiÊÈiWllflnâeawé espèces des mêmes genres, il peut se U^atm^^HIt'fBÊ^èM bybridet» et |e sens qu'on peut expliquer paiM|fcT |».^pnod nombrr tfeipéoet ^o certains genres qu'on tiM^4lâo#%crtaiict régioêtiMit fe ne conçois pts comment on pburroit tolilenlr la même explication pour des espèces qui iiwmàtétiùMMwutni à de grandes distances. Si les troit méièae«HBQiiÉU|f diliii^ monde vivoient dans les mêmes lieux, je pour^ il iy irp que l'un d'eux est le produit di^ eroisftmont àêê ifémà fttftres $ mais
,> ne sauroîi admettre que, par exemple , l'espèce de Sibérie ait été produite par le croisement de celles d'Europe et d'Amérique. Je vois donc qu'il existe , dans les êtres organisés, des différences permanentes qui ne peuvent être rapportée» à aucune des causes actuelles de variations; ce sont ces differences qui constituent les espèces : ces espèces sont distribuée» sur le globe en partie d'après des lois qu'on. peut immédiatement déduire de la combinaison des lois connues de la physiologie et de la physique , en partie d'après les lois qui paroissent tenir à l'origine des choses et qui nous sont inconnues.
Tel est, en résumé, le point où la géographie botanique est obligée de s'arrêter. Ne perdons pas de vue que cette science n'a pu commencer que lorsque l'étude des espèces a été assez avancée pour lui fournir des faits nombreux et constatés, et que, d'un autre côté, il importe de l'étudier beaucoup , afin d'en fixer les bases avant que les rapports de commerce, les naturalisations, les voyages, les cultures dans les jardins, aient achevé de confondre toutes les régions les unes avec les autres, et quelquefois même aient lié les espèces entre elles par des productions intermédiaires.
Four donner une idée, et du degré réel de confiance qu'on peut accorder aux résultats des connoissances acquises aujourd'hui , et du nombre des espèces qui restent à découvrir pour pouvoir établir la géographie des plantes sur la connoissance réelle des espèces, je terminerai cet article en rappelant un calcul approximatif, que j'ai mentionné ailleurs', sur le nombre proportionnel des espèces connues et de celles qui restent à déçouvrir sur le globe.
Le catalogue le plus complet du règne végétal que non* possédions aujourd'hui, VEnchiridium de M. Persoon , contient '2i,ouo espèces, sans compter les cryptogames, qu'on peut estimer à 6000. Depuis lors les grands ouvrages de MM. Brown de Humboldt , Pursh , etc. , en ont fait connoîtrc plusieurs milliers, et il existe , dans les collections des naturalistes, un nombre très-considérable de plantes qui, quoique non décrites, ne peuvent pas être considérées comme inconnues. Pour avoir une idée approximative du nombre
t Biblioth. unir, de» «cieoccs . vol. 6, p. HQ-
tofal des espèces , soit décrites , soit réunies dans les collccfîons , j*ai compare le nombre des espèces des familles dont j'ai été en dernier lieu appelé à faire des monographies, avec le nombre qtie les mêmes genres présentent d:ins Persoon ; voici le résultat de cette comparaison.
DatM Pertoon.
D.ins le Sjar. uniT.
BononculacéM. .
Maf;noliacécs . . .
. . . . .«iS
Si divers botanistes faisoient donc simultanément le même travail sur toutes les familles du règne végétal, les 27,000 espèces indiquées dans l'ouvrage de Persoon se trouveroient portées à 56,000. Il n'est, en cfTet, nullement probable qu'il y ait eu dans les livres et dans les collections modernes plus d'augmentations dans ces douze familles que dans toutes les autres; la plus grande portion de ce calcul repose même sur deux familles européennes et qu'on croyoit des mieux connues. En me bornant à dire que le nombre des espèces décrites ou observées dans les collections est de 56, 000 , je suis probablement au- dessous et non au-dessus de la vérité.
Mais quelle proportion du nombre réel des végétaux du globe représentent ces cinquante-six mille espèces déjà acquises pour la science ? Si l'on calcule que c'est depuis trente ans que le plus grand nombre a été recueilli ; si l'on compare le nombre proportionnel des espèces européennes et étrangères; si, enfin, l'on cherche à se faire une idée de l'étendue des pays peu ou point parcourus par les botanistes et du nombre des végétaux qu'ils doivent renfermer, on arrive par ces voies diverses à ce même résultat , qu'il est probable que nous n'avons encore recueilli que la moitié des végétaux du globe , et que par conséquent le nombre total des espèces peut être évalué entre 110,000 et 120,000 : nombre
immense, qui tend à prouver Tadmirable fécondité de la nalurc; qui démontre la nécessité de perfectionner , autant que possible , les méthodes de classification naturelle; qui doit, enfin , montrer aux voyageurs et aux botanistes qu'il reste beaucoup à recueillir et à observer dans tous les pays du monde.
On voit par ce qui précède , que les lois de la géo<!;raphie botanique ne sont guères établies que sur la eonnuissanée souvent incomplète d'un quart des végétaux du globe. Ce nombre , tout borné qu'il est, peut suRire pour donner une idée de la théorie des stations, parce que l'étude d'une seule région suffit pour expliquer une foule de faits communs à toutes; mais, quant à la théorie des habitations, nous avons besoin de recherches nombreuses et exactes. Les travaux qui, pour l'avancement de cette partie de la science, me paroissent les plus dignes d'être recommandés aux observateurs, sont les suivans. •
II importe d'abord de multiplier les Flores locales dans différens points du globe, en ayant soin de mettre plus de précision, qu'on ne l'a fait généralement, aux limites géographiques de l'espace dont on décrit la végétation , aux élévations absolues auxquelles les plantes vivent dans diverses localités , et à l'étal habituel des milieux ou éléniens qui peuvent influer sur la végétation.
Les Flores des îles offrent en particulier un intérf't réel, soit par les bizarreries qu'elles présentent, soit parce que le travail , étant circonscrit , peut être fait avec exactitude.
11 importe que les voyageurs ne se contentent pas seulement de noter qu'ils ont trouvé telle espèce connue dans tels lieux, mais qu'ils rapportent des échantillons qui puissent en constater l'identité. Il est encore à désirer qu'ils notent avec soin les circonstances locales qui peuvent faire présiîmer si l'espèce est réellement indigène, ou si elle a été nalura^ée; si elle vit en société ou éparse , si elle est abondante ou rare dans le pays : en un mot , des détails précis et variés sur les stations et les habitations d<'s plantes sont absolument nécessaires pour donner une marche plus certaine à la géographie botanique. J'ose recommander ces recherches aux voyageurs : il est, je le répète, instant de les faire avant que la civilisation ait trop changé la surface du globe.
Quant aux MmiaCet tédestatMiy leur lAle p9mr Vmmm* m^nt de la géographie bolnique est. de comparer loua lea résultats obtenus par lesvojrageufa, pour en déduire les géné> ftlitéa. 11 aeroit fort précieux , pour laciliter ce travail, que qsd^iue savant exact et laborieux voulût liien compulser toutes les Flores déià publiées, et les ranger dans Tordre dct familles naturelles, afin de pouvoir profiter, sans trop df perto de temps, des documeus déjà acquis par la laborieuse activité des naturalistes. Je ne doute point qu*un pareil trayi|il ne fasse naître dans Tesprit de celui qui Tentreprendroit une foule d'idées nouvelles et de rapprocbenens ingénieux*
II serait encore singulièrement utile et à ce genra de reçberches, et à plusieurs autres brancbca des sciencea, qu*il je pulUiàt enfin un résumé exact et complet des connoia* sances acquises sur l'état actuel de la géographie physique et de cette partie de la physique générale qui £ut réelle-' ment partie de la géographie. Assez long -temps, dana Ici livres élémentaires consacrés à cette étude, nous n*avons vu que les divisions politiques et les travaux des hommes; il est temps que nous possédions quelque recueil , soitméthodique^ soit même alphabétique, sur la nature même des pays diveis». Si, en forinant ces vœux, je pouvois déterminer quelque savant à exécuter ces travaux, j'aurois sans doute plus contribué à Tavanceuicnt de la géographie botanique que par l'en*, qiiisse bien imparfaite que je yions d'en présenter.
SnusMvao* da llmprinarie de P. C. LsvMOi/r« ImprimMirdiiftsi.