‹ Essai élémentaire de géographie botaniqueChapitre 3 sur 4 · Classe. Isles éloignées des contineiis · texte numérisé non relu

Classe. Isles éloignées des contineiis

Jamaïque lal. bor. iR" 100 I 194

Sainte •IlélèiK- lal. austr. i5"r>5' .... 100 '. io3

Tristan da Cunha lat. ausir. 3;* 100 : 49

Il résulte (les tableaux précédens, que,

1." Si l'on se borne aux continens ou aux grandes îles trèsvoisines des continens , le nombre des nionocolylédones , comparé aux dicotylédones, va en augmentant vers le pôle et en diminuant vtrs l'équaleur, avec assez de régularité.

■2." Dans les îles éloignées des continens le nombre proportionnel des dicotylédones est plus petit que leur latitude ne paroil le comporter. Ainsi, dans la Jamaïque, où selon l'analogie la proportion devroit être =1:4, elle se trouve cire = i:\,c)^^: à Sainte-Hélène, où la proportion devroit être aussi â peu près =1:4, elle se trouve =i:),o3; à Tristan da Cunha, où la proportion devroit être =i;3,C, elle se trouve =1 :0,4g.

Ce double résultat, et surtout le dernier, pourroit tenir en partie à ce que les monocotylédones ont généralement

♦ Moyenne des lieux «uffisammenl nplorti-

*tciOÎn de pl«i d*huinidité ifnt les dicotylédones : aussi voyons- •0114 les r^ons très-sèches,' comme les Canaries, la Crimée, le foyaume dcNaples, présenter moins de monocotylédoncsqile l'Analogie de leur latitude ne riadiquc , tandis que la Guiaae,

les environs de Venise, qui sont fort humides, en uni un peu plus que la moyenne dciipays situés aux munies latitudes» { Oet calculs analofuea, qu*il seriMt trop long, de rflpi* porter en détail, montrent que le nombre des arbres, qui', propoIrtiomieUeiBenI aux herbes, est très -petit près du pôle , va sans cesse en augmentant k mesure qu'on, approcliji^ deréquàteuF; et (^omme le plus grand nombre des arbres appartient à la classe des dicotylédones, ce r^uU»^ i^,|swlr à-fait conforme aux précédens. Pour donner ope idée ém cette. disproportion , je dirai qu'on compte en Lapotiie ii ari>res et 24 arbustes qui s'élèvent au-dessus de deux pieds : on trouve en France 74 espèces d'arbres sauvages et 195 ar^ bustes s'élevant au-dessus de deux pieds. La Flore de la Cuiane , pays mal comnu , mais situé sous les tropiques, offre 225 arbres et un nombre trcs-grand d'arbrisseaux, c'està-dire que la proportion des arbres à la totalit^ de la végétation est en Laponie.é.*. ..i..^ , -«^ . < V* en France, Ij;, ' à la Guianc . . î^.

Ce plus grand nombre de végétaux ligneux qu'on observe dans les pays chauds, se retrouve m/^me en comparant la distribution sur le globe des espèces de chaque famille. Ainsi les fougères en arbre ne vivent que sons les tropiques : les palmiers , qu'on peut rej^arder comme des liliacées en arbre, ne sortent guère de cette roue • les inalvacées fournissent , sous les tropiques, les plus grands arbres du monde, et ne présentent que des herbes dans les pays les plus septentrionaux où elles parviennent ; on en peut dire autant des rubiacces, des composées, etc.

Jusqu'ici nous voyons la \ égétation de la zone tempérée tenir le milieu entre celle de la zone glaciale et de la rone torride: mais il est un point de vue sous lequel elle présente un caractère qui lui est propre, c est qu'elle est la patrie de prédilection des herbes annuelles et bisannuelles. Ainsi , en négligeant les aco^lédones, la JLapooie n<; pr^ii^e que

56 espèces dMicrbes , qui ne fructitient qu*une seule fois; on n'en connoit à la Guiane que 70, et la France en compte 1073: de sorte qu'en comparant ces nombres absolus avec la totalité des végétaux de chaque pays, on trouve que le nombre proportionnel des plantes unuiielles est en Laponie à la (iuiaue en 1 rance au-delà de Les extrêmes de la température produisent ici des elfe ts analogues : les herbes délicates ne peuvent réussir que dans ces heureuses zones tempérées où Thomnie, qui à bien des égards est l'un des êtres les plus délicats de la nature, a lui-même éminemment prospéré ; ce n'est que dans ces fortunes climats que l'œil est récréé chaque printemps par celte verdure nouvelle dont la fraîcheur est inconnue et aux habitans de la zone polaire, et k ceux qui vivent sous le soleil brûlant de l'équateur.

Ce que nous venons d'esquisser pour les classes, on devra le faire un jour pour toutes les familles; mais la plupart des Hores étrangères sont encore trop incomplètes pour qu'on puisse donner une grande importance aux résultats qu'on obtiendroit aujourd'hui de recherches longues et minutieuses à faire sur des documens imparfaits. M. de Humboldt a tenté ce beau travail pour quelques grandes familles, et a luimême consigné les résultats curieux auxquels il est parvenu, dans un article du Dictionnaire des sciences naturelles (Toni. 18, p. /l'i^), auquel je ne pnis mieux faire que de renvoyer le lecteur. Ceux qui désireront poursuivre ce genre de recherches autant que le comporte l'état actuel de la scienct, devront aussi étudier avec soin et les Prolégomènes du grand ouvrage botanique de M. de Humboldt, et les notes de géographie botanique qu'il a placées à la fin des principales familles des plantes, et les Mémoires de M. Brown sur la Nouvelle -Hollande et le Congo, que j'ai déjà cités plus haut. L'espace me manque pour donner ici tous les faits de détail; je m'attache surtout à faire connoilre la marche du raisonnement qui me paroit propre à la science que quelques botanistes philosophes travaillent â créer.

Toutes les lois que, selou la précision des documens, nous venons d'établir avec plus ou moins de probabilité sur la distribution des plantes, relativement aux degrés de latitude. on devroit les chercher relativement aux hauteurs absolues

||i-deiiiit dé U mer i mais le nombre Aet plantes âonî PSIf^ Htefioii a été constatée soas ce rapport, est trop borné pour ûter Featreprendrc : on peut déjà cependant entreroir gao Im ménuct lois sy représentent arec asses de préciaioli. Lea ^aàses , lei fiunHlet on les genres qui s*appFochent le plot 4u p61e, tendent & i^étever plus haut sur les montagnes, landis que cellés qui rettetit dans les cônes Tonines de Téqmi^ tèur sont aosÉi eeOes qui dans les pays tempérés restent dans 4es plaines. A mesure qtt*on avance iren réqdatm', on tc^ troure sur les montagnes un choix de végétaux analogues , 'quant -aux genres et Éax fiimllles , k ceux des plaittéé 'été pays tempérés; et comme les montagnes des pa3rs équitîtoattit aoot plus hautes que les nôtres, on y retrouve mi^me des plantes de genres et de familles analogues k nos plantes Montagnardes. ' : • v

Mais, quoique la latitude ^t la hauteur soienties cause» dominantes de la température moyenne d*ttn lien , il est en* core d'autres causes que f ai indiquées plus haut , et qui influent principalement sur la distribution de la chaleur dana les diverses époques de Tannée : tels sont le voisinage ou- la distance de la mer, la forme générale des eontloens, la di» rection des vents, etc. Ces causes modifient continuellement les résultats précédons, et établissent de certains rapports de végétation entre des localités éloignéea. -

Pour achever ce qui est relatif k cette espèce d^arlthmé^ tique botanique, comme rappelle M. de Hnniboldt,'et pour montrer jusqu'à quel point elle peut peindre Taspect général de la végétation des pays divers, |e dirtii encore qu'on a tiré quelque parti de la 'comparaison du nombre proportionné des éspéces et des genre» d'tm pays. Phis -le nombre moyeft dca espîèces de chaque gebre ou de chaque fiimllle est borné, plus Paspect de la végétation présente de variété; plus*, an contraire , ce nombre -est grand , plus le isOup d'oeil do paya plante dé* îttbitfofiiitolè' dans leé foftnes. Le tableau suivant fait cMîlbttre ^es résultats pour qtielques pays; biais il est iiéeessaif# de faii^ ttbserver ici combien peu ees ré^tats éflTreOt de certitifedeiréeUe. Ils sont , en effet, modifiés parla mM^ j/t^ grande des auteurs à diviser dava»>

1^ iéê jjettrct ; ou à distinguer plut d'espéees $ îk le sont

( Aï )

encore par eette outre circonstance, q^e, dans les pays souvent étudiés, les espèces ont été toutes distinguées, taudis qu'on confond plus souvent les unes avec les autres lorsqu'il est question de plantes étrangères. Au milieu des incertitudes de ce genre de calcul , il est dillicile de ne pas remarquer que c'est dans les îles isolées que le nonibre des espèces de chaque genre est proportionnellement le plus petit : fa't f;ue je me borne ù consi;;ncr ici , en attendant des résultats plus exacts.

4«* Tableau, Nombre proportionnel des genres et des espèces

de divers pays,

Eipécet. Grnrvf. Moyenne de* ci|iic»» pur genre.

France 5gG6 8.>o 7'/»

Allrmagn« 41UO 6od G'/)

Cap ( 10.' cluxse du

Prodr. ()<r Thuiib.) i3ui» aGS 5

ElaU-unis 2891 * 739 4

Laponie 1087 32o 3

Iilrs Rri raiiiiiqiies.. i.iÔ5* ^58 2'/,

Barbarie x^-j'j S04 3'/^

Islande. 6<,a .... ait 3

Jamaïque i335 §04 a%

Egvpte io3o 416 a'/,

Cuiaiic 1201) 5G6 3'/^ *

Tristan tia Cuiihj. . 1 i3 £5 « 2

Sainto • Ilélèuc. . . . 61* J5 1'/,

Canaries ^7 1 * 21a 1'/,

J^ai cherché à prouver jusqu'ici que les habitations considérées dans leur ensemble paroissent déterminées par la température. Sans doute, il faut combiner avec elle les consi<« dérations déduites des stations j car il est clair que, plus un, pays sera sablonneux, plus on y trouvera de plan tes des tables ^ etc. Mais, lors même que l'on donne à ce.s causes toute la latitude qu'on peut leur attribuer , peut-on parvenir â rendre complètement raison des faits les mieux connus^ C'est ce dont je doute, et ce qui exige une nouvelle discusMon.

* Les nombres marqués d un astériii(jae rapportent aux planlfi v^cttUires aculemcot.

^ Il ne seroit peut-être pas dillicile de trouver deux points ûans les États-Unis et l'Europe, ou dans rAmérique et l'Afrique ëquinoxiale, qui présentent toutes les mêmes circonstances, savoir, une même température, une même hau< leur, un même sol, une dose égale d'humidité; cependant f presque tous, peut-être tous J es végétaux seraient dififérens. jdans ces deux localités semblables: on pourroit bien trouver une certaine analogie d'aspect et même de structure entre les plantes de ces deux localités supposées; mais ce seroient en général des espèces différentes. Il semble donc que d'autres circonstances que celles qui déterminent aujourd'hui les stations, ont influé sur les habitations. Avant de discuter cette question., établissons d'abord les faits indépendamment de toute théorie. r^jtyt.

Lorsque l'on compare entre elles les diverses parties du inonde séparées par de vastes mers , on trouve de grandes différences dans je choix des végétaux; mais il y en a aussi quelques-uns de communs. SU s'agit de Phémisphère boréal , on trouve de ces espèces communes à plusieurs régions, principalement vers le pMe , où tous ces pays se réunissent ou se rapprochent beaucoup. On en retrouve encore çà et là dans le reste des deux cuntioens; mais, si Ton fait abstraction des espèces qui paroisseut avoir été transportées par l'homme , leur Nombre va toujours en diminuant à mesure qu'on approche des régions australes, où la distance des continens devient plus grande : ainsi, sur aSgi espèces phanérogames décrites par Pursh dans les États-Unis, on en trouve 385 qui se retrouvent dans l'Europe boréale ou tempérée , et sur ce nombre , comme l'observe M. de Humboldt , il en est plusieurs qu'il est difficile de croire transportées par l'homme; telles sont le satyrium viridr, le belula nana , etc. Au contraire, MM. de Humboldt et Bonpland n'ont trouvé, dans tous leurs voyages dans l'Amérique équinoxiale, qu'environ vingt-quatre espèces (toutes cyporacécs ou graminées) qui fussent communes à l'Amérique et à quelque partie de l'ancien monde. nombre des ocotylédones commun aux deux continens est plus considérable (autant du moins que la di/liculté de distinguer let espèces dans cette classe permet de Taflirmer)- Mais les proportions paroissent les mêmes, c'est-à-dire qu'il y a plu3

d'espèces communes aux deux contînens vers le nord que vers le sud.

Si Ton compare la Nouvelle-Hollande avec l'Europe, on trouve, d'apri^s M. Brown , que sur 4100 espèces connues dans cette terre australe il y en a )66 qui lui sont communes avec l'Europe. Sur ce nombre, i5 sont dicotylédones, 32 monocotylédones, et 119 acotylédones. Parmi les deux premières classes, il en est plusieurs qu'on peut soupçonner avoir été transportées par l'homme ; mais il en est quelquesunes, telles que les potamogétons , sur lesquelles ce soupçon paroitroit peu fondé. .

Le nombre des espèces communes aux parties de l'ancien continent fort éloignées les unes des autres est peutêtre un peu plus considérable que dans les deux exemples que je viens de citer; mais il est encore très-borné : il faut en effet se défier beaucoup , dans les recherches de ce genre , des Flores un peu anciennes: ce n'est que depuis quelques années que les botanistes ont senti toute l'importance de cette question, et ont apporté à l'examen de ces plantes dites communes à divers pays une suflisante attention. Les premiers voyageurs croyoient toujours retrouver dans les pays lointains les plantes de leur patrie, et se plaisoient à leur en donner les noms. Dès qu'ils en ont rapporté des échantillons en Europe , l'illusion s'est dissipée pour le plus grand nombre : lorsque la vue des échantillons secs a laissé encore des doutes, la culture dans les jardins a contribué à les lever, et il reste aujourd'hui (sauf les plantes transportées par l'influence de l'homme ) un bien petit nombre d'espèces phanérogames communes à des continens divers. Ainsi , la Nouvelle-Hollande a !^ , l'Amérique équinoxiale de ses espèces communes avec l'Europe , et moins encore avec le reste du monde.

Avant d'attacher quelque degré d'importance à ce petit nombre d'espèces communes à des régions fort éloignées, il convient d'examiner quels sont les divers moyens par lesquels les graines peuvent se transporter d'un pays dans un autre.

S'il s'agit d'un transport de proche en proche , il suffit que les circonstances nécessaires à la vie de l'espèce ne •oient pa» interrompues, ou, en d'autres termes, qu'il ne •c rencontre pas sur la route des espaces dans lesquels la

y^g^tatioa de tcSe on tdle espèce devicpi iia^ible. C«| i«frièm naturelles .au trapyort de» plaotes «ont de diveif f enm.

.1/ Les men sont des obstacles à la propagation des plantes fl^autanl plus piiissaos qu'elles 5nnt plus étendues» Aiosi^iei plantes des Hes participent à la végétatian des C0tt|iiifiis dont elles soat voisinef » à Jpeu pr^. en propafiion inverse de leur distance : par exemple, en. Ca43aat exceptioa dea v^^taux évidemment uaturalisés, on trouve que, sur a4ft& végétaux vasculairesiiuicrois.scnt dans les ileabrilanniqueaf il ii*y en a que 43 ou ^ qui n'aient pas encore été ra* trouvées ea- France ; * sur 533 espèces, les iles Canaries en offrept 3io, soit environ "5^9 qui n'ont pas été retrouvées fur le continent d'Afrique , et la Flore de Sainte-Hélène présente à peine deux ou trois espèces qui aient été ra^ trouvées dans Tun des deux eontîneni voisins. Les mers arrêtent le transport des plantes par lenr étendue et |Nir l'iofluencc délétère de l'eau salée sur les graines soumises à son action. Ainsi les graines du iodoicea des Ues Secbell^, trana* portées par les couraos aux Maldives, comme Ta vu M. La» billardière« où celles du mimosa icanàens et du doiaflu» ftrent, transportées des Antilles aux Hébridea, conung je Tai appris de M. Louis Necker,. arrivent *daas ets pa^ loin* tains privées de la faculté de germer* M^^s, quand nous avons des exemples prouvés 4e graines transportées réguiièremeni à de telles distances, quand nous avons de fortes probabilités pour croire que Taction délétère de Teau salée nagit pas au même degré sur toutes les graines, quand nous voyons les Jlcs offrir si souvent des végétaux semblables à ceux descAtes voisines, pouvons-nous douter qu'un certain nombre d'espèces ne puisseut avoir été et être ainsi" iransporlées par la mer <rnne région à Tautre , et prospérer lorsque les plantes y rcucoutrent un climat conforme à leurs besoinsP Ce transport, qui est très-difficile quand Its niirs sont Irèsvastes, devient plu^ facile lorsqu'il se trouve entre deux continens quelques séries d'iles qui servent aux graines çomme de points d'étapes : c'est ainsi que les îles Aleuticnnes établissent une communication entre le nord de l'Asie et do ^h:^tSjgflfl\ presque toutes les p^tcs recu^Mii€% jus^

ques à présent dans ces îles sont du nombre des espèces communes à Tancien et au nouveau continent.

Il est des mers qui semblent avoir moins que les autres arrêté le passage des végétaux; telle est, par exemple, la mer Méditerranée, qui présente sur ses deux bords une végétation presque semblable : sur 1577 espèces observées par M. Desfontaines en Barbarie, il y en a seulement 5eo environ, soit à peine ^ , qui n'aient pas été retrouvées en Europe. Ce phénomène peut tenir ou à la multitude des îles qui sont dispersées dans celte mer, ou à ce qu'elle est depuis plus long-temps que toute autre parcourue par les navigateurs , ou peut-être à ce qu'elle a dû son origine à quelque irruption de Tocéan postérieure k l'origine de la végétation.

a." La seconde sorte de limites naturelles pour le trajisport des végétaux est déterminée par les déserts assez vastes et assez continus pour que les graines ne puissent être qu'avec peine transportées d'un cftté à l'autre : c'est ainsi que les sables arides et brùlans du Sahara offrent une barrière presque impossible à franchir, et établissent une grande différence entre les végétaux des deux parties de l'Afrique séparées par le désert. Hors les plantes transportées évidemment par l'homme, on peut à peine trouver dans la Flore atlantique quelques espèces qui aient été observées au Sénégal. Les steppes salés de l'Asie occidentale produisent un elfet analogue, mais d'une manière moins prononcée , parce qu'ils sont plus interrompus, et moins générale, parce qu'il est un certain nombre d'espèces végétales qui peuvent encore vivre dans cette eau saumAtre.

3.' Une troisième sorte de limites est déterminée par les grandes chaînes de montagnes : celles-ci peuvent influer, ou parce qu'étant couvertes de neiges éternelles elles offrent un obstacle à la propagation des graines, ou parce que la différence brusque de température déterminée par leur élévation empêche certaines espèces de se propager d'un càté à l'iiutre. Mais il faut remarquer que ce genre de limites est très-imparfait, comparé aux deux précédens. Lescbaines de montagnes sont toujours coupées par des fissures plus ou moins profondes, qui permettent aux plantes de s'étendre d'un côté à l'autre ainsi ou remarque très-bien en France

qne quelques planfes du Midi s'échappent au travers dîfii gorges des Alpes ou des Cevennes. et se trouvent sur le revert septentrional de ces deux chaînes . principalement àans. les lieux où elles sont plus basses ou plus interrompuei. *^ fenfin, tout obstacle continu à la végétation d'une espace (Quelconque Vempêche de s^étendre dans une certaine direction : un grand marais est une limite pour les plantes qui craignent Teau ; une grande forêt, pour celles qui craignent Tombre ; un changement de latitude ou d*élévation , pour celles qui craignent le froid. s » •

Les plantes sont; à des degrés inégaux, donéës'de la faculté de franchir Ces limites, et il import«'bAiacoup , pouf la quei-' tion qui nous occupe, de prendre nie idée générale de cei moyetfi de transport, soit nâtiireb, aoît'foeticeé^' ^-

Les mottvemens déi eaux transportent fi^oemmeift lies graines des plantes ri^eraipes ; j*ea ai défi dit quelques* mots en parlant de celles que les eounas de la mer charient avec enx Tmais les rivîé^ies produisent cet elTefr dTiine DÎère plus sûre , parce que Teau douce nuit niQins que Pea«^ salée à la fiiculté germlnative ; nnsi OA voit souvent des plantes alpines se développei' le long du cours des livièrea' gui descendeht'dH Alpes. • ' u.-^ ' lilais , en donnant k ce transport des graines pii^Ieir'éMk toute l'importance possible, on ne peut guères expliquer comment les'irafiieii des plantes aquatiques peuvent s*êtilr frràsportées d*A 1>i&ssin dans un autre.* Comment , par éxcmple, TaldroVanda peut- il se trouver dans le bassin du V6 et dans celui du Rhône? Si ces 'faits, étdient rares, ùvf pourroit adm^t^ quelqlies causes accidentelles ; mais léa plantes aquatiqiaes, qui|'-lDàoins què toutes les autres, peii^ vent être tNnsportm'Jar le vënf , Phomme ou hs animant^ ^tf'la plupart d^lÉ^gdivenes régions; Ce Ait ne sfeiteii ^ pi>iâ t "ung^^ une preuve nouvelle des

rfroVecouvrant d*eau une partie' |iSi%imV ourpu jadis transporter et déposer Ëïsjdès ^iilfes aquatiques P 11 est difficile de* ma!j^T^^ des poissons el autres aal>^

' '^'^ 4ans des lacs privés de toute commtt*' Vet la mémé explication^ en s^appliquast

aux deux règnes organisés, devient plus probable pour Tun et pour Tautre, et moins gigantesque relati^rement au fait spécial auquel je Tavois d'abord appliquée.

Ain^ies eaux, soit dans leur état actuel, soit dans des états anciens dont d'autres phénomènes attestent la réalité, contribuent à expliquer la dispersion de certaines espèces de plantes.

2. " L'atmosphère peut aussi contribuer au même phénomène : nous en avons la preuve directe dans certaines trom-

^ beSf qui transportent quelquefois à de grandes distances des

graines de végétaux divers ; nous voyons tous les jours les vents transporter çà et là les graines qui, par leur petitesse, ou par les ailes et les aigrettes dont elles sont munies, se prêtent facilement à leur action. Mais, outre les faits de ce genre, tellement triviaux que personne ne songe à les contester, il en est d'autres qui doivent peut-être se rapporter à la même cause. Les graines ou les germes des cryptogames sont d'une dimension si petite et d'un poids si léger, que nous les voyons emportés dans Tair, comme ces molécules de poussière impalpable qui flottent sans cesse dans l'atmosphère. On peut concevoir que ces graines sont ainsi transportées à d'immenses distances , sans que cette hypothèse ^ contrarie les lois de la physique ni même celle des simples

probabilités. Ainsi les vents qui soufflent long- temps dans de certaines directions, devront transporter avec eux certaines espèces de cryptogames ; j'oserois presque en citer un exemple : la côte de Bretagne est habituellement battue par les vents de s»jd- ouest , et j'ai trouvé sur les arbres de la promenade de Quimper-Corentin deux lichens (le sticta crocala ci\c phjyscia Jlavicans) qui n'avoient encore été trouvés qu'à la Jamaïque et qu'on ne retrouve point dans le reste de la France.

3. " Les animaux concourent encore au transport des graines d'une région dans Tautre. Les semences qui , comme le xanthium spinosum ou le galium aparine , sont munies de crochets ou de piquans, s'attachent aux poib des animaux, et sont ainsi chariées hors de leur terre natale ; celles qui se trouvent entourées par des péricarpes charnus , dont certains oiseaux font leur nourriture, résistent souvent à l'effet de la

digëstîon, et sont semées çà et là avee les excrëmens de criÉ* oiseaux : la manière dont les grives sèment le gui, peut donner un exemple de ce fait. Les migrations des oiseaux, k dès distances èoosidérables , et même au travers de^||iers, peuvent, dans quelques cas, transporter des graines au loin.

Enfin, Thomme joue un rôle si important et si actif «ir le globe , quHl en modifie eoBtiQuellement la snHkee ' ef qae son aefioa , soit volontaire, soit isv<doataire , se fint •estîr sar I9 plunaiît *des eorps de la nallire. Il i^cst répandu * diiii |0«oiicN?^«A9^ e^a transporté partout èyec lui leà ^ të^Hinx qn*!! eultive pour ses besoins. Lorsque nntrodneâos^ de ces cultures est récente » on n*a point de doute sur leur ' origine; mais, lonqu'elle est ancienne, on ignore la fMUé ' patrie de ces plantes nourricières. Ainsi personne né con^' testé Torigine américaine du miAiutt de la pomme de terre, ^ noii plus que Torigine dans Tancien monde du café ou du froment. Mais S est'cèrtàins objets cultivés de trés-àncteiAie date entre les tropiques, tels, par exemple, quele^HâmeTy' dont rorigîhe n^est pas avérée : tantôt Pun des contiens TÏ^ fourni à l'autre 1 tantôt tous les deux possédoient^dës cspèêcif analogues, qui se confondent aujourd'liui souAe' iioaitf'de'« ràiétés. On peut voir, dans le beau Mémoire- de M. BroWtt sur les plantes du Congo » par quel genre de roîsonnemeos et d'analogies on peut démêler la vérité relativement à ces ' . ancieniies naiuralimttons. ' > > s. ...v . v .

' Farmi celles qui sont plus récentes, èè étt iiëorè'Be' difficiles k constater: c'est ainsi que les Nègres arrachés de* TAfrique' par Favide activité des Européens et transportée» dans les colonies américaines, y ont porté avec eux quelque»^ ' uns des arbres Iruitiers et des * végétaux utiles de leur pa^^ trié I c>st ainsi que nous avons vu de nos jours des années portef ça et là des graines et des procédés de cultute d'une extrémité de l'Europe à Favtre, et nous montrer ainsi cora* ment dans des temps plus anciens les conquêtes d'Alexandre,^ les expéditions lointaines des Romains et ensuite les croisades ont pu transporter plusieurs végétaux d'une partie du monde à l'autre. * •

lais, outre les plantes qu'il cultive, l'homme en charie'' cesse avec lux, qu^il répand sans s'en douter et quelque*'

fois contre son gré dans le inonde entier : ainsi toutes les mauvaises herbes qui croissent au milieu de nos céréales et que l'cut-êlre nous avons reçues d'Asie avec elles, nous les avons nous-mêmes introduites dans toutes les parties du globe ; ainsi, avec les blés de Barbarie, les habitans du midi de l'Europe sèment depuis plusieurs siècles les plantes d'Alger et de Tunis; ainsi, avec les laines et les cotons de l'Orient ou de la Barbarie, on apporte fréquemment en France des graines de plantes exotiques, dont quelques-unes se naturalisent. J'en citerai un exemple frappant. Il est à la porte de Montpellier une prairie consacrée à faire sécher les laines étrangères après qu'elles ont été lavées: il ne se passe presque point d'année qu'on ne trouve dans ce pré aux laines des plantes étrangères naturalisées; j'y ai cueilli la psoralea palœslina, Vhypericum crispum, le centaurea parviflora , etc. On voit de même, dans quelques villes maritimes, les plantes étrangères naturalisées par les lests des batimeris : Bonamy en cite plusieurs semées de cette manière dans les environs de Nantes; le diitura slramonium , \e senehiera pinnatifida ^ etc., pourroient bien avoir été introduits en Europe de cette, mauKre. Enfin, les jardins de botanique, où l'on réunit tant de végétaux divers, deviennent autant de centres de naturalisation: ainsi Verigervn canadense ^ le phytolacca dreandra, etc., qui paroissent en être sortis, sont aujourd'hui plus communs en Europe que bien des plantes indigènes; ainsi nous avons vu dernièrement, aux portes de Genève , le veronica Jili/ormis se naturaliser autour d'un jardin particulier de botanique.

Dan» nos pays anciennement civilisés, médiocrement favorables à la végétation et sans cesse débarrassés des plantes inutiles par l'agriculture, ces sortes de naturalisation de hasard ne se fout qu'avec lenteur, et un grand nombre de plantes ainsi propagées périssent sans postérité; mais dans les pays chauds et mal cultivés ces naturalisations deviennent très-faciles. Ainsi M. Burcheil a vu le chenopodium ambro" sioides , qu'il avoit lui-même semé dans un point de Tile Sainte- Hélène, se multiplier en quatre ans au point d'y être une des mauvaises herbes les plus communes. On trouve une preuve expérimentale de ces naturalisations que l'homme fait à son insçu , dans la comparaison même des plante* qui

•e retrouvent k de grandes. distances : ainsi, dans la Nouyelle* Hollande , dans l'Amérique, au cap de Bonne-Espérance, on frouve plus d'espèces originaires d'Europe que d*aucune antre partie du mondes d'oii Ton voit q«e rinfluence de rhomme remporte dans ce cas sur celle des causes purement physiques. Les pays dans lesquels on aborde pour la première fois, ne présentent en général que les espèces véritablement indU gènes, et 9 à mesure que* les i^lations de commerce se multiplient, on Toit s*accroltre lé nombre des plantes euro* péennes ou communes k divers continens. HAtons-nous donc , pendant qu'il en est temps encore, de faire les Flores exactes des pays lointains ; recommandons surtout aux voyageurs celles des lies peu fréquentées par les Européens: c'est dans leur étude que doit se trouver la solution d'une foule de questions de géographie vépélale.

Si Ton réfléchit maintenant à l'action perpétTicîle des qtiatre causes de transport de graines que je viens d'indiquer, les eaux, les vents, les animaux et l'homme, un trouvera, je pense, qu'elles sont bien suflisantes pour expliquer ce petîÉ nombre de végétaux qu'on retrouve semblables dans des continens divers. La première s'applique particuliè- Vement aux plantes aquatiques, la seconde aux cryptogames, les deux dernières aux phanérogames ordinaires. Leur action, lente, simultanée, continue et inaperçue, tend sans cesse à transporter les plantes en tous sens, et celles-ci se naturalisent là où elles rencontrent des circonstances favorables à leur existence.

. De l'ensemble de ces faits on peut donc déduire qu'il existe des régions botaniques : je désigne sous ce nom des espaces quelconques qui, si l'on fait exception des espèces introduites, offrent un certain nombre de plantes qui leur sont particulières et qu'on pourroit nommer véritablement aborigènes. Les plantes d'une région s'y distribuent, d'après leur nature, dans les localités qui leur conviennent, et elles tendent avec plus ou moins d'énergie à dépasser leurs limites et à se répandre dans le monde entier; mais elles sont la plupart arrêtées, ou par des mers, ou par des déserts, ou par des cbangemeus de température, ou seulement parce qu'elles Tiennent à rencoptrer des espaces déjà occupés par les

plantes d'une autre région. Il y a donc des régions parfaitement circonscrites et déterminées; il en est d'autres qu'on ne peut apprécier que par un certain ensemble ou une certaine masse de végétaux communs.

Nous sommes encore loin de pouvoir appliquer ces principes avec quelque exactitude; maison peut cependant déjà entrevoir quelques-unes de ces régions de manière à éveillrr sur ces recherches l'attention des voyageurs. Voici à peu prés celles qui se présentent à moi dans l'état actuel de nos connoissanccs. *

1.** région hyperhoréenne j qui comprend^ les extrémités boréales de l'Asie, de l'Europe et de l'Amérique, et qui se confond trop avec la suivante.

a.* La région européenne^ qui comprend toute l'Europe moyenne, sauf les parties voisines du p6le, et celles qui entourent la Méditerranée: elle s'étend à l'est jusqu'à peu près aux monts Altaï.

3. * La région sibérienne j où je comprends les grands plateaux de la Sibérie et de la Tarlarie.

4. La région méditerranéenne ^ qui comprend fout le bassin géographique de la Méditerranée; savoir : In partie d'Afrique en-deçà du Sahara , et lu partie d'Europe qui est abritée du nord par une chaîne plus ou moins continue de montagnes.

5. * La région orientale ^ ainsi désignée relativement à l'Europe australe, et qui comprend les pays voisins de la mer Noire et de la mer Caspienne.

Page 1