‹ Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées ou symptomatiques de l'articulation ilio-fémorale [electronic resource]Chapitre 13 sur 57 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

La luxation spontanée du fémur n'étant jamais mortelle dès son début , l'inspection cadavérique n'a pu encore nous fournir des notions bien po-

sitives sur la nature des désordres qu'elle occasionne à cette époque.

Il a été question dans ce Mémoire , page 85 , d'un fait qui serait de nature à fixer l'opinion des praticiens sur ce point de doctrine, s'il n'était rapporte' d'une manière trop vague et trop succincte. Brodie (i) parle d'une petite fille de neuf ans qui succomba sept jours après s'être donnée à la hanche une entorse violente , qu'elle aggrava les premiers jours en marchant et en dansant. A l'ouverture du cadavre, on trouva dans la cavité cotyloïde du côté malade une demi-once environ d'un pus très-foncé. La membrane synoviale qui enveloppe le col du fémur était détruite par l'ulcération dans l'étendue d'environ un schelling. Toutefois ces faits sont insuffisans pour asseoir une opinion bien motivée.

Quant aux occasions de vérifier les ravages causés par la maladie lorsqu'elle a eu une terminaison funeste , elles ne se présentent que trop souvent dans la pratique et les auteurs sont remplis d'observations détaille'es sur cette matière.

Ordinairement les tégumens et les tissus cellulaire sous-cutané et inter-musculaire sont infiltrés de sérosité. Les ouvertures fistuleuses conduisent dans des clapiers remplis d'un pus variable dans

(i) Traité des maladies des articulations par Brodic, traduit de l'anglais , Obs. X, p. 5o.

sa nature et dans sa couleur , raremeut blanc et opaque , plus souvent séreux, rougeâtre ou couleur de chocolat, mêlé dans quelques circonstances de caillots sanguins ou de flocons graisseux ou albumineux qui surnagent : les muscles abreuvés de cette sanie sont macérés , ou amincis et comme disséqués : la capsule fibreuse est détruite ou en partie ou en totalité : le ligament rond est alongé et aminci , plus souvent il a disparu complètement : la glande synoviale est augmentée de volume et engorgée , ou bien elle est détruite et comme fondue par la suppuration.

Quant aux parties dures , elles ont subi des altérations qui peuvent varier à l'infini. Tantôt ramollis et comme carnifiés , les os de l'articulation et leurs cartilages ont pris un aspect rougeâtre , ils saignent au moindre attouchement et le scalpel les divise avec facilité. Tantôt attaqués par la nécrose et la carie réunies, leurs fragmens nagent au milieu de la suppuration qui remplit les clapiers. L'altération de leur tissu peut être plus ou moins, profonde. Quelquefois les cartilages articulaires et. la couche osseuse qu'ils revêtent , ne sont détruits que superficiellement et de place en place.

D'autres fois la tête du fémur toute entière, une partie même de son col ont disparu complète-

ment par les effets de la carie , et la partie supérieure du corps de l'os présente en outre un ramollissement qui permet de la traverser sans peine avec un stylet. Si le mal s'est porté également sur la cavité cotyloïde , on trouve son fond perforé d'une infinité de petits trous, ou remplacé par une large ouverture qui communique avec l'intérieur du bassin ; ses bords détruits partiellement ou en totalité de manière à ce que son étendue soit illimitée , et , de place en place , il y a des végétations et des excroissances osseuses , inutiles efforts de la nature pour remédier aux ravages

de la maladie.

Si à la suite du déplacement quelle a subi , la tète du fémur altére'e par la carie a été' long-temps en contact avec la face externe de l'os des îles , on le voit présenter comme le fémur , un aspect noirâtre et un ramollissement de son tissu. L'étendue de ces désordres est moins en raison delà durée de la maladie que de l'activité de la cause qui l'a produite , de l'âge du sujet et de la disposition individuelle.

Plusieurs traités de pathologie , des recueils académiques et des journaux de médecine font mention d'un assez, grand nombre de faits observés sur les cadavres d'individus qui avaient été guéris de luxations spontanées par les efforts de

l'art ou de la nature. Quoique très-variés , quant aux détails , ils peuvent être tous rapportés à deux manières d'être seulement. Dans l'une, il y a formation d'une articulation nouvelle ou pseudarthrose remplaçant, tant bien que mal , celle qui a été détruite. Dans l'autre il s'est établi une ankylose ou soudure du fémur avec un point quelconque de l'os des îles. Examinons-les successivement toutes deux.

Nous avons vu , pages 63 et suivantes , que la tête du fémur portée sur la face externe de l'os des îles», y imprimait à la longue une dépression dans laquelle elle était reçue; que dans cette articulation nouvelle il s'établissait par degrés des mouvemens aussi variés qu:élendus. Cette doctrine professée par les auteurs les plus anciens est encore celle que l'on admet généralement aujourd'hui. Voici ce que la lecture de presque tous les ouvrages nous apprend sur l'état des parties dans les articulations nouvelles.

La tête du fémur remonte'e sur la fosse iliaque externe se trouve quelquefois comme coiffée par le petit fessier qui lui donne alors une position plus fixe. Plus souvent elle est placée entre Tos des îles, le petit fessier et le moyen fessier qui Ja recouvre; on conçoit alors qu'elle a moins de fixité et que la longueur du membre est variable. Là

où le point de contact a lieu entre la tête du fémur et l'os ilium, ce dernier présente un enfoncement plus ou moins marqué, résultat de la pression long-temps exercée sur lui : d'un autre côté, la tête du fémur a diminué de volume et s'est aplatie pour toucher à l'ilium par une surface plus étendue. Les fibres musculaires environnantes se sont durcies, ont pris l'aspect d'un tissu blanchâtre et fibreux qui affermit les nouveaux .rapports des os. L'ancienne cavité cotyloïde a diminué de profondeur et d'étendue : quelques observateurs l'ont même trouvée oblitérée et remplie par une matière tantôt osseuse, tantôt d'apparence charnue.

Quant aux parties qui environnent la hanche, elles sont atrophiées d'une manière remarquable sur les muscles voisins et même sur toute la moitié correspondante du bassin. Le fémur a également éprouve' une diminution dans sa nutrition , d'où il résulte que si la maladie a eu lieu dans le jeune âge, le membre est resté plus court et par le déplacement de l'os et par son de'faut de développement. Chez l'adulte , l'atrophie existe seule. On voit le volume et la force reparaître dans le membre affecté , et les choses se rapprocher d'autant plus de l'état naturel que l'on s'éloigne davantage du siège de la maladie.

Différentes causes ont été assignées à cette atrophie, résultat constant de la luxation spontanée suivie de guérison. Paré admettait : « que la chair » des muscles est exténuée et consumée à raison » que l'os n'est en son lieu, et partant, ladite » partie ne peut faire son action , et aussi que les » veines , artères et nerfs ne sont pareillement en » leur situation naturelle, qui garde que la nour- » riture et les esprits n'y peuvent suffisamment » reluire , et étant imbécille , ne peut altérer et » retenir , cuire , n'assimiler le nutriment. » J.-L. Petit attribuait la paralysie à la compression du nerf sciatique par la tête du fémur et l'atrophie à la paralysie.

L'explication donnée par Ambroise Paré qui l'avait tout simplement copiée dans les anciens, rectifiée et traduite en langage de nos jours, me paraît bien plus convenable à la majeure partie des cas que celle de Petit qui ne peut s'appliquer qu'à une manière d'être accidentelle de la maladie. En effet on doit admettre comme cause de l'atrophie ainsi que de la diminution de la chaleur et de la sensibilité, d'abord l'immobilité long-temps prolongée du membre et par conséquent le défaut d'exercice, ensuite le ralentissement des propriétés vitales et de la nutrition occasionné par le changement de rapports des parties, l'état de souffrance

qui en résulte, et surtout par le changement de direction des vaisseaux sanguins et des nerfs- Joignez à cela , dans le cas où la maladie reconnaît une cause interne, le partage d'action de cette cause qui se porte et sur l'articulation et sur les nerfs qui distribuent la vie à ses alentours et au membre tout entier. Il n'est guère possible d'expliquer autrement les faits relatés dans l'observation rapportée à la fin de ce chapitre.

Lorsqu'il a existé une carie considérable , il se forme presque toujours une soudure des deux surfaces osseuses qui se trouvent en contact. Elle a lieu entre la tête du fémur , ou si cette dernière partie a été détruite entre son col et un point quelconque de la cavité cotyloïde ou même de la face externe de l'os des îles. M. Larrey qui attribue le raccourcissement souvent considérable de la cuisse à une déperdition de substance du fémur et non à la situation très-éleve'e de la tête dans la fosse iliaque, a présenté, pour appuyer son opinion, à la séance du mois de juin ( année 1826 ) de l'Académie royale de Chirurgie, une pièce dans laquelle le col du fémur dont il ne restait qu'une faible partie , était soudé avec le fond de la cavité cotyloïde. Je crois qu'ici on a tiré une conclusion en géne'ral d'un fait particulier qui doit être rare, mais que le hasard a fait rencontrer tout exprès pour soutenir une théorie trop exclusive.

Lorsque le fémur se soude avec un point de la fosse iliaque il peut être dans une direction parallèle à l'axe du corps , ce qui est bien plus avantageux pour la progression , ou former un angle droit avec ce même axe , ainsi que quelques observations nous rapprennent. Cette réunion se fait quelquefois au moyen d'excroissances ou saillies et de dépressions osseuses qui semblent s'articuler comme par engrênures.

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