‹ Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées ou symptomatiques de l'articulation ilio-fémorale [electronic resource]Chapitre 16 sur 57 · DE LA MÉTHODE NOUVELLE · texte numérisé non relu

DE LA MÉTHODE NOUVELLE

Nous avons essayé dans les chapitres précédens de faire un exposé aussi fidèle que complet de l'état actuel de la science sur les luxations spontanées et pour ne pas occuper ici le lecteur par un résumé inutile de ce qu'il a déjà vu, nous nous contenterons de faire remarquer que tous les divers traitemens employés ou même conseillés jusqu'à ce jour n'avaient eu pour but que de chercher à prévenir la luxation, ou si déjà elle était opérée, d'arrêter les accidens qui peuvent la compliquer et d'obtenir le plus promptement possible la formation d'u neankylose, ou de ce qu'on appelle une fausse articulation. Personne, que nous sachions, n'avait proposé ou même songé à proposer la réduction de la luxation une fois effectuée : rien de sembla-

ble ne se trouve dans aucune observation , dans aucun ouvrage public en France ou à l'étranger, ni dans aucune consultation de médecins de notre siècle ou des siècles précédens ; enfin des limites que rien ne semblait devoir faire déplacer avaient été établies sur cette partie du territoire de la science.

Si donc nous avons eu ridée de faire disparaître une infirmité qu'avant nous on se résignait à laisser subsister; si cette idée a été mise à exécution, si nous sommes parvenu à réduire, après un laps de temps plus ou moins considérable, non seulement des luxations spontanées, mais encore des luxations anciennes accidentelles et, ce qui semble plus incroyable, des luxations congénitales; si enfin bon nombre d'observations authentiques, irréfragables, atteste nos succès et permet d'établir une doctrine qui promette à l'avenir d'aussi heureux résultats pourlescas analogues, il nous semble, pour ne rien dire de plus positif, que nous aurons rempli les conditions imposées par l'Académie aux concurrens et présenté quelque chose de nouveau, une véritable invention utile à l'art de guérir.

Le hasard n'a rien a revendiquer, comme cela arrive souvent, dans la découverte qui fait le sujet

de ce travail. Elle n'est pas non plus le résultat suhil d'une heureuse inspiration. Depuis long-temps des doutes et des réflexions sur des faits admis jusqu'alors comme incontestables l'avaient préparée et nous n'y sommes arrivés qu'après bien des tàtonnemens, bien des essais et surtout après bien des frais occasionnés par la confection d'appareils qu'il a fallu souvent reconstruire. Entrons à cet égard dans quelques détails que nous croyons nécessaires pour justifier nos assertions et repousser le reproche de jactance que nous sommes loin de mériter.

Dans le courant de l'année 1817, on vint nous présenter un enfant qui était atteint d'une luxation spontanée du fémur. Le déplacement était opéré et les accidens arrêtés. Nous nous bornâmes à donner au petit malade quelques soins insignifians et nous le renvoyâmes en disant qu'il n'y avait rien de mieux à faire pour lui, qu'il resterait estropié et qu'il était encore fort heureux pour lui que la maladie se terminât ainsi. En prononçant cet arrêt, nous étions bien persuadé que nous ne disions que la vérité, mais nous n'en étions pas moins très-peu satisfaits de notre réponse; aussi pouvons-nous dire que ce mécontentement de nous-même, qui tenait notre esprit en malaise toutes les fois que nous pensions à la fémoro-coxalgie, devint dès-lors le germe d'idées et de réflexions vagues qui plus tard

prirent une direction fixe et donnèrent lieu à des résultats.

En 1818, quelques cures heureuses d'infirmités accidentelles ou congénitales opérées contre toute attente , nous déterminèrent à fonder un établissement destiné au traitement des déviations de la taille et autres difformités du corps humain. De nouveaux succès ayant suivi les premiers, nous vîmes bientôt arriver plusieurs malades atteints de fém oro-coxalgie. Une jeune fille nous fut amenée avec une double luxation coxo-fémorale congénitale. Nous nous contentâmes de mouler en plâtre cette difformité et nous renvoyâmes la malade. Un jeune garçon Jules Bouchon, Voyez l'observation page i34, fut traité dans notre établissement pour une coxalgie fémorale suivie de luxation spontane'e déjà effectuée , guéri des accidens graves qui la compliquaient et renvoyé comme les autres avec un raccourcissement du membre affecté et une claudication qui nous désespéraient.

Mais alors notre établissement existait depuis plusieurs années -, doué d'un goût particulier, et s'il nous est permis de le dire, de quelques dispositions naturelles pour la mécanique appliquée au corps humain , nous avions eu mainte occasion d'exercer notre imagination sur ce sujet et d'étudier comparativement l'action des machines en

opposition avec celles des muscles. Par exemple, nous avions réussi, contre l'opinion de tous ceux de nos collègues qui avaient vu le malade, à guérir un raccourcissement considérable avec claudication de l'extrémité inférieure dépendant d'un renversement latéral dubassin, qu'au premier coup-d'oeil j'avais pris pour une luxation spontanée (1).

D'autres difformités dans lesquelles la position nouvelle des os avait du nécessairement modifier la manière d'être des muscles, avaient également disparu par l'emploi des machines variées par nous selon le besoin. Pourquoi donc, nous disions-nous, la rétraction des faisceaux musculaires qui environnent la hanche, ne céderait-elle pas à une force graduelle et soutenue qui agirait sans rien perdre de son intensité, quelle que soit la position de l'individu ? Mais ce n'était pas le tout encore que la résistance musculaire, d'autres obstacles bien plus graves venaient jeter le découragement dans notre esprit, toutes les fois que nous avions la velléité de faire quelques tentatives. Presque tous les auteurs s'accordaient à admettre dans les parties qui constituent l'articulation et celles qui l'environnent une disposition nouvelle, survenue avant ou après la luxation, qui devait nécessairement rendre dan-

(i) L'histoire de ce cas remarquable sera consigné dans un autre Mémoire.

gereux ou impossible le retour des choses à leur ancien état; soit que le colylefut rempli par une mucosité concrète, un épaississement des parties molles ou par une exostose développée sur un point quelconque de sa surface, ou bien qu'il se fut resserré sur lui-même par suite de l'absence du corps sur lequel il est comme moulé, dans tous les cas, le résultat était le même, c'est qu'il n'y avait plus de cavité pour recevoir la tête du fémur. Et cette tête elle-même, comment la dégager de ses nouvelles adhérences ? Comment rompre sans déterminer de vives douleurs, sans s'exposer au danger de produire des accidens plus ou moins graves , ces nouvelles fibres ligamenteuses, cette capsule nouvelle, travail si justement et universellement admiré d'une nature toujours prête à tout réparer ?

D'un autre côté, Moreau avait vu la cavité cotyloïde conservée quoiqu'avec des proportions un peu moindres, il est vrai, chez ùn individu âgé de 68 ans qui avait eu une luxation de la cuisse dès la plus tendre jeunesse (1). Une seconde observation à peu près semblable recueillie parle même auteur venait à l'appui de la première. Guyenot et Cabanis , Voyez la page 5o, étaient parvenus à réduire au bout de deux ans une luxation que l'on pouvait regarder comme étant accompagnée d'une

(i) Mém. de l'Acad. T. 2. p. i55. in 4».

maladie de la hanche. M. Boyer avait fait remarquer que la cavité cotyloïde abandonnée par la tête du fémur se déformait plutôt par suite de la pression que l'os exerçait sur elle de dehors en dedans que par toute autre cause et qu'en général elle avait une tendance remarquable à se conserver. Les praticiens n'étaient nullement d'accord sur l'époque à laquelle on peut encore tenter et espérer la réduction d'une 1 uxation , et quelques-uns avaient démontré par des autopsies cadavériques que les adhérences de l'os de la cuisse avec les chairs du voisinage n'étaient pas aussi constantes qu'on le pensait (1). Nous-mêmes enfin avions reconnu sur les sujets que nous avions eu l'occasion

(i) Martin, chirurgien de l'hôpital Saint-André de Bordeaux, essaya inutilement de réduire des luxations qui ne dataient que de deux et trois mois, mais il n'attribua pas cette résistance à des adhérences du fémur avec les muscles voisins II avait eu l'occasion d'ouvrir le corps d'un enfant qui portait une luxation ancienne et n'avait vu aucune apparence d'union entre la tête du fémur et le petit fessier sur lequel elle s'appuyait. Seulemeut la pression et le frottement habituels des parties avaient déterminé une dépression en manière d'articulation nouvelle.

{Journal de Médecine, T. 29, année 1768. )

Nous devons à l'obligeance de M. Simonin de Nancy, le fait suivant d'anatomie pathologique, fait très-curieux et qui est bien de nature à confirmer notre doctrine.

Germain (Joséphine), enfant abandonné, désignée sous le N° 14,657 , née le ao mars 1821, décédée le 19 mars i832, a été apportée à l'amphithéâtre d'anatomie ( hôpital de Nancy ), où elle a été examinée le 22 dudit mois.

Atteinte d'une double luxation congénitale des fémurs, ayant succombe

d'examiner qu'une traction ménagée et soutenue alongeait toujours plus ou moins le membre luxé ce qui rendait problématique à nos yeux l'existence de la nouvelle articulation telle qu'on la décrit

à une phthisie pulmonaire compliquée d'inflammation abdominale, elle a présenté ce qui suit :

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