AVANT-PROPOS
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On trouve décrite daus les traités de Pathologie les plus modernes, sous le nom de Luxation spontanée ou consécutive du fémur, une maladie de l'articulation ilio - fémorale dont l'essence spéciale est une inflammation des surfaces articulaires , et le résultat le plus fréquent un déplacement respectif de ces mêmes surfaces , c'est-à-dire , une luxation du fémur.
Cependant il s'en faut de beaucoup que les choses se passent toujours de cette manière. L'inflammation, si elle n'est pas très-intense, peut se terminer par résolution et la luxation n'arrive pas. Elle peut, au contraire, se compliquer des circonstances les plus graves , d'une nécrose ou d'une carie plus ou moins étendues , d'abcès autour de l'articulation ,
accidents qui causent le plus souvent la mort du malade, et quelquefois sans qu'il se produise de luxation. Dans des cas plus heureux , mais plus rares, la carie se termine par une ankylose de la hanche , ce qui est loin de ressembler à une luxation. On voit donc que les dénominations anciennes de morbus coxendicum , de coxarthrocace , etc., quoique vagues et peu significatives , puisque , traduites littéralementy elles signifient simplement maladie des hanches , sans donner aucune idée sur la nature de la maladie, on voit, dis-je, qu'elles valaient bien celle par laquelle on les a remplacées , et qui présente l'inconvénient trèsgrave d'être basée sur un symptôme qui n'existe pas toujours (1).
Au surplus , tous les auteurs se sont entendus sur la nature de la maladie ; il n'y a faute et inexactitude que dans l'application du nom, et on ne conçoit pas comment cette faute a pu être commise par des gens qui avaient sur
(0 Ce reproche ne peut s'appliquer à MM. Richerand , S. Cooper , etc., qui ont classé la maladie des hanches parrai les tumeurs blanches et caries articulaires.
la chose les idées les plus claires et les plus précises. C'est ainsi qne l'auteur de l'article Cavité coPyloïde du Dictionnaire des sciences médicales, admet quatre variétés de luxations spontanées ou consécutives du fémur.
première variété. Gonflement des surfaces articulaires , du ligament rond et du paquet celluleux synovial ; quelquefois abcès autour de l'articulation ; toujours luxation en haut et en dehors.
seconde variété. Gonflement des cartilages articulaires ; abcès autour de l'articulation ; carie sur un point quelconque de la cavité cotyloïde ; luxation opérée par le point carié.
troisième variété. Carie de la cavité cotyloïde à son centre , sans gonflement antécédent des cartilages articulaires ; quelquefois carie de la tête du fémur ; souvent raccourcissement, mais non luxation de la cuisse.
quatrième variété. Gonflement et carie des surfaces articulaires ; alongement puis raccourcissement peu considérables, mais sans luxation du membre ; abcès autour de l'articulation dans ces deux dernières variétés.
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Assurément, on ne peut rien voir de plus méthodique que cette distinction , rien de plus conforme à ce que l'observation nous apprend : elle suffit bien, sans doute, pour que Ton croie à l'assertion de son auteur lorsqu'il déclare, au commencement, qu'elle est le fruit des nombreuses observations que sa pratique lui a fournies. Pourquoi faut-il que , suivant les ei remens de ses devanciers, il ait compris sous la même dénomination des maladies bien différentes de celles qu'elle indique, appelant, comme on vient de le voir, luxations, des caries, des nécroses , des ankyloses même , affections si différentes des luxations ?
Toutefois , le plaisir d'une critique , chose toujours si facile, n'est point ce qui nous a suggéré ces réflexions, peut-être déjà trop étendues. Il nous importait de faire connaître le but de ce mémoire et de préciser les intentions de son'auteur, et pour nous aider de la classification qui vient d'être citée, nous dirons que la troisième et la quatrième variétés se trouvent hors de notre sujet, puisqu'elles comprennent des caries , ou autres affections résultant de
l'inflammation articulaire , mais existant sans luxation; que la première et la seconde seulement nous occuperont, puisqu'elles sont toujours accompagnées de déplacement ; que si Fon trouve dans notre ouvrage quelque chose de relatif à la carie , nous n'en avons parlé que comme d'une complication accidentelle, quelquefois susceptible de guérison et pas toujours exclusive, même pendant sa durée, des moyens par lesquels nous parvenons à guérir la luxation. Enfin, après avoir blâmé la dénomination de luxation spontanée ou consécutive sous le rapport de sa fausse application , nous croyons pouvoir la conserver ici sans encourir le reproche de contradiction ou d'inconséquence , puisque la luxation est le symptôme ou plutôt le résultat le plus constant de l'affection dont nous allons traiter , quand elle n'a pu être arrêtée dans sa marche, et que c'est à l'éloignement de ce résultat ou à sa guérison, lorsqu'il est arrivé, que se rattache notre travail tout entier.
Telles sont les considérations qui , jointes à une aversion très-prononcée chez nous pour
un néologisme sans nécessité, et à la difficulté de trouver une expression propre à donner une idée très-exacte de la maladie, nous ont déterminé à nous servir d'une dénomination connue dans la science , consacrée par le temps et assez convenable avec les restrictions que nous lui avons imposées (1). Après des explications aussi précises , nous aimons à croire que si on a pu concevoir quelque prévention défavorable à la vue d'un titre qui semble promettre l'impossible, les développemens dans lesquels nous sommes entrés, et la lecture des faits rapportés dans cet ouvrage, feront bientôt revenir d'une telle impression.
Quant au plan que nous avons suivi, nous avons cru devoir commencer , suivant l'usage adopté généralement, par la description anatomique des organes dont la maladie fait le sujet de ce mémoire. Avant d'entrer en matière et
(1) Si nous avions dû adopler un mot autre que ceux de luxation consécutive ou de spontanée, nous aurions choisi celui de luxation graduelle, par opposition aux luxations de la cuisse proprement dites, qui sont opérées brusquement.
pour s'entendre par la suite, il était indispensable de bien connaître l'articulation ilio-fémorale dans ses moindres détails, d'étudier la forme et les usages des muscles qui l'environnent, les mouvemens dont elle est susceptible dans l'état normal et le mécanisme selon lequel s'opèrent les diverses espèces de déplacemens auxquelles elle est exposée. Arrivant de là à la partie historique, nous avons indiqué les auteurs célèbres qui ont parlé de la luxation spontanée , citant les articles les plus remarquables de leurs ouvrages sur ce sujet, et les passant en revue de cette manière depuis les époques les plus reculées de la science jusqu'à nos jours. Vient ensuite l'histoire proprement dite de la luxation spontanée ou consécutive du fémur qui comprend ses causes , ses symptômes aux divers périodes de son existence, les différentes terminaisons dont elle est susceptible , ce que nous apprennent les ouvertures cadavériques, le traitement employé jusqu'à ce jour, enfin plusieurs observations de succès et de non-succès tirées des auteurs, de notre pratique particulière ou de celle de nos confrères.
Toutes ces manières sont classées en trois divisions principales ou chapitres qui se subdivisent en paragraphes ou sections secondaires.
Un quatrième article, le plus étendu de tous, est consacré à la méthode nouvelle de traitement dont la découverte nous appartient. Après un court exposé de l'état de la science à l'époque de cette découverte, ce qui n'est autre chose qu'un résumé des chapitres précédens , nous faisons connaître successivement les observations et les raisonnemens qui nous ont amené à tenter les premiers essais, leurs résultats encourageans,les faits décisifs etpéremptoires dans lesquels un succès , aussi complet qu'extraordinaire, est venu sanctionner l'utilité de la méthode nouvelle. Donnant ensuite à notre découverte toute l'extension dont elle est susceptible, nous en avons fait l'application aux luxations anciennes du fémur en général, même à celles qui sont congéniales, et dont les praticiens n'avaient jamais soupçonné la guérison, beaucoup d'entre eux les croyant même accompagnées de l'oblitération de la cavité cotyloïde. Ici encore les faits viennent
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confirmer une théorie qui, sans leur secours et dans l'état actuel de la science , eut paru plus que hasardée.
Un résumé succinct du contenu de cet ouvrage et les conclusions que j'ai cru devoir en tirer, viennent après le quatrième chapitre. Elles sont suivies de l'explication des planches qui représentent les appareils à l'aide desquels nous avons opéré les cures dont nous donnons les observations.