‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 106 sur 170 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Deê avant^ehemtns couverts.

Quiconque a réfléchi sur la fortification moderne et sur la nature des armes qui y ont donné lieu , ne peut s'empêcher de considén^r les chemins couverts, comme la plus heureuse des inventions de cet art. En effet, l'assiégé y est défendu par un parapet que rien ne peut pvcer, il est dans un ouvrage que le canon ennemi ne peut mettre en brèche. Son feu rasant de près le terrain « n'y laisse rien à Tabri de ses coups ] tandis que les coups de Tassiégeant , dont les yeux distinguent à peine le point précis d*où on lui lance la mort , ne savent où s'adresser* et vont indiiTéremment se perdre, soit dans les masses des parapets des ouvrages en arrière ^ soit dans la pentQ du glacis en avant. Car leurs couleurs uniformes ne laissent discerner entre eux aucune différence , et rendent même difficile à apercevoir la courte pointe des palissades, qui ne débordant que de 9 pouces la crête du glacis >. se perd dans les herbes dont cette crête est coturonnée. C'est de ce chemin couvert , de plain «pied, avec la campagpfi , que Tassîégé peut avec facilité faire déboucher les sprtjka. qu il a rassemblées en sûreté dans leur intérieur, où Iqrs de leur retrait^ elles trouvent un sûr asile. Si de là oq passe à l'examen de ce qui a lieu dans l'attaque et la défense des places , k)rsque par le progrès des approches , le moment est venu où Tassiégeant a à 3*empi^rçr de.pe chemin couvert , ou , pour mieux dire , i en chasser Futsiégé, ou reconnaît encore que de toutes les opérations

4B ESSAI GilNÉHA.! 1>B rORTIVlCATIOlf.

da siège, c*est la plus délicate, la plus épineuse , la plus meurtrière , et même la plus longue , de quel<{ue manière qu'on s'y.prenne pour Teffectuer. El , sans rentrer ici dans des détails dont le lecteur doit être fatigué, on doit concevoir que dès Tinstant où Tassiégeant se présente au-dessus de la crèle du chemin couvert , il masque quelques-uns des feux qui l'ont jusqu'aloi^ protégé et qull se découvre à quelques-uns de ceux de Tassiégé, qui n'avaient encore pii l'atteindre. S'y donne-t-il un grand développemetit ? Tous ses feux sont masqués , tout ce qu'il avait éteint de ceux de -l'assiégé, se rallume. Ne présente-t-il que des tètes étroites ? elles recueillent tous les coups de l'assiégé , et ne peuvent lui en rendre que peu. Placé entre deux écueils, tout ce qu'il peut faire est de reconnaître le plus dangereux , et de l'éviter en tâchant de ne point échouer tout-a-fait sur l'autre. Yeut-il éviter les longueurs d'un travail minutieux, et j substituer la force ouverte , il risque de manquer son but , ou de ne l'atteindre qu'au travers de flots de sang. S'avancet-il pied i pied, il est miné par des pertes de détail , qui hii font regretter d'avoir pris le chemin le plus long. Eln un mot , le chemin couvert tient une si grande place dans l'attaque et la défense d'une place , que de sa prise ou de sa conservation dépendent les espérances de l'assiégeant ou de l'assiégé, et que l'instant qui en décide semble décider du sort de la place , qui désormais semble moins se défendre que lutter contre les horreurs d'une agonie plus ou moins longue.

D'après ces considérations, qui n'^ont échappé sans doute à personne, on ne doit être étonné que d'une chose 9 c'est qu'on n*ait pas cherché plus tôt et plus fréquemment , à ajouter h la foi*ce des places , par une rédu-

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plîcation de chemin couvert , presque toujours et partout facile à faire. H semble cependant que les premiers et la plupart tics avant-chemins couverts qui existent , ne soient dus qu'à une sorte de hasard, ou de nécessité indépendante du dessein de renforcer les places , ou d'augmenter h durée de leur résistance. Des glacis prolongés dans un terrain aquatique, ou terminés par quelque ruisseau, se trouvaient avoir un avant-fossé plein d'eau. Cet avantfossé, obstacle de plus aux approches de l'assiégeant , en était un aussi aux sorties de l'assiégé. On faisait disparaître ce dernier obstacle , en couvrant l'avant-fossé d'un avant -chemin couvert, dans les places d'armes duquel les sorties pouvaient se rassembler, pour fondre sur F ennemi , et retrouver un asile, après avoir rempli ou manqué leur objet. Mais on s'aperçut bientôt que cet avantehemin couvert , lorsqu'il était placé à une juste distance •do premier, et que son glacis ne se dérobait pas au feu des ouvrages de la place , était d'une défense à^ peu près aussi bonne que lui , ou pouvait le devenii^ en le soutenant de près par des ouvrages avancés, si' l'appui que lui donnaient ceux de la place paraissait trop éloigné. Dès lors r avant-chemin couvert, soutenu de lunettes placées sur les capitales des bastions et des demi-lunes , fut admis parmi les moyens reconnus d'ajouter à la force des places, surtout quand un fossé plein d'eau séparait cet avant-chemin couvert dur glacis de celui de la place. Mais voyons pourquoi cette dernière condition sembla essentielle.

On doit se souvenir qu*un chemin couvert ne peut se défendre avec opiniâtreté et succès, qu'autant que la contrescarpe en arrière ne peut être franchie ; et qu'à moins d'être revêtue et d'avoir uni!) pieds de haut , ou de border un fossé plein d'eau , de 5 pieds de profon*-

So ESSAI ciNÉHAL DE PORTIFICATION.

deur, elle n'est point à Tabri de ce danger. Mais la contrescarpe en arrière* d'un ayant-chemin couvert ne peut avoir de hauteur que par Tun ou Fautre de ces deux moyens; savoir, parce que^céssivemeut éloignée de la crête du chemin couvert de la place, le prolongement des plans du glacis de ce dernier s'enfonce à une grande profondeur, qui forme à cette contrescarpe un relief suffisant ; ou psfrce que , pour lui former ce relief, on a creusé 1* avant-fossé fort au-dessous des plans du même glacis. Or, le premier de ces moyens a l'inconvénient de soustraire la surface de Tavant-glacis aux feux de la place, et le second a celui de soustraire aux mêmes feuxTavantfossé, et d'en faire une parallèle toute creusée contre la place, n n'y a donc que la possibilité de remplir d'eau un semblable àvant^-fossé , qui en rende l'usage absolument sans danger; bien entendu que 1^ moyens de le saigner ne seront pas au pouvoir de l'assiégeant , du moment qu'ih se sera rendu maître de l'avant'chemin couvert.

Quelques Considérations cependant conduisent k penser que, dans bien des cas , un avant-chemin couvert sans avant-fossé plein d'eau, et même sans avant-fossé d'aucune espèce, serait capable encore de très bons effets. Nous avons tu que cette sorte d'ouvrage ne pouvait guère convenir qu'à une grande place , qui ait par conséquent une grande garnison. Or on conçoit que , si cet a^anlchemin couvert saps contrescarpe ni fossé en arrière serait facile à emporter de vive force , il serait facile aussi i reprendre de vive force , par cette forte garnison (i) ; que

(1) Qu*on se représente avec quel avantage une garnison nombreuse, après ayoir fait essayer tout le feu du front d'attaque n Tassiegcant arriva sor la crétc de Payant-cbemin couvert, pourra déboucher des

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