LIV. II. CHAP. m. 4S
C«st sans douté à Fexisteticë de cet ouvrage , qui à cet égard servit dé modèle à Gormontaingne , que Yhn doit ' la belle idée et la superbe exécution de la double touroune de Bellecroix à Metz.
Ici le disciple fut vraiment inspiré par le génie du maître. Il ne se traina point servilement sur ses traces » et ne consulta que la nature et les grands principes de son art. Ayant devant lui une longue pente qui se*tern^i* ùait à*un large plateau , bordé sur une partie de son front par une profonde vallée ^ à sa gauche par un escarpement , et i sa droite par un autre vallon dans lequel coulait un ruisseau, il résolut d'occuper ce terrain dans toute sa largeur, et de ne point se borner à un ouvrage à corne ou à couronne qu'on eût pu déborder. Sa branche gauche longea l'escarpement, mais enveIop\)ée de son chemin couvert, et bordée de son glacis abandonné k la pente naturelle du- remblai de ses terres. Sa branche droite borda le sommet du vallon dans lequel une inondation fut feriuée , et où une lunette , rendue presque inaccessible par cette inondation, fut placée pour rendre ce flanc de l'ouvrage aussi inattaquable que l'autre. Ses deux flancs parfaitement assurés , et les deux ailes de son front rendues en même temps inattaquables , il chercha pour ce front la disposition la plus avantageuse , c'est-à-dire qu'il le fortifia sur la ligne droite ou k peu près. It le )plaça au sommet de la pente , et sorte que tout l'intérieur de l'ouvrage présenté en atnphithéitre aux ouvrages de la place n'en fut que mieux dérobé aux vues et aux feux du dehors , et que les trois grands fronts de fortification dont il le composa eurent devant eux toute l'étendue du plateau soumise à leurs feux. Cette étendue se trouvaut raccourcie et bornée vis-à-vis de son aile gauche
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par la profonde yallëe dont nous avons parlé, il poita en avant sur le bord élevé de cette vallée , pour Féclairer, un ouvrage détaché , qu'il rendit teapectable par Faddition d*un appareil de contre-mines , le plus complet que l'on connaisse ; en sorte quQ rennemi ne pouvant plus se servir de cette vallée pour $m approches , fut réduit a les faire par le plateau et par un front bien plus étroit que eehii par lequel s'exécute la défense.
Un tel ouvrage où l'assiégeant , forcé de renoncer à attaquer Tun ou l'autre fropt extrême » ne peut s'attacher qu'à celui du centre, soutenu par. les deux premiers, développés. sur la même ligne droite que lui ^ un tel ouvrage fait plus que doubler la défense des fronts auxquels on l'adapte. Aussi ne peut-on évalu/er d'une manière générale l'effet de cette sorte d'ouvrages ni déterminer par uiie règle commune i tous combien ils ajoutent à la force des p{a<:e8. Car cela dépend des circonstances du terrain où ils sont assis , combinées avec les conditions de leur tracé. Nous n'en donnerons donc point de journal d'attaque et de défense , et nous nous co^itenlerons de classer dans une sorte de récapitulation ces.différens ouvrages, suivant leur valeur respective, et l'effet qu'ils produisent relativement à leur prindpal objet d'ajouter â la force des places.
L'ouvrage k corne , dont k tète réduite à sa propre défense ne résiste que par un seul froni de fortification > l'ouvrage à corne, s'il n*est établi sur un terrain qui ne permette point dç l'embrasser et d'en enfiler les faces par des batteries à ricochet , affaiblit le front sur lequel il est placé dans le cas où les fossés de ses branches vont aboutir AUX bastions ou autres parties du corps de place. Si ces fossés ne percent que sur des demi-luues ou autres
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dehors > la défense de la place sera augmentée de six à sept jours. Elle le sera du double , si Toarrage entier est porté au-delà du glacis.
L'ouvrage à couronne , qui se défend par deux fronts de fortification, n'ajoute rien à la durée de la défense de la partie de place qu'il a derrière lui , si les fossés de ses branches découvrent le corps de cette place. S'ils ne dé^ couvrent que des demi-lunes ou autres dehors, la défense pourra être augmentée d'environ huit jours, et du double, sMls sont creusés au-delà du glacis.
La double couronne , qui développe trois fronts sur la même ligne droite ou sur une portion de polygone d'un très grand nombre de côtés , est par celte circonstance ^ toutes choses égales d'ailleurs» d'une meilleure et plus longue défense que la place qu'elle couvre. Elle ajoute^ rait donc à la résistance de celle-ci , quand bien même les fossés de ses branches viendraient ouvrir à l'assiégeant le corps de place. Â ce surcroît de résistance , il faudrait ajouter huit jours , si ces fossés aboutissaient à des demilunes ou autres dehors , et le double, s'ils aboutissaient seulement au glacis de la place.
Le couronné , qui n'est qu'une portion ou segment de place ajouté à une autre place, dont il redouble dans cette partie la fortification , peut , comme la double couronne , être plus fort que la place elle-même. Cela dépend de la manière dont , dans son tracé , on aura saisi les avantages du terrain. Si , à sa jonction avec la place , son fossé aboutit au corps de cette place , ce sera toujours un grand défaut, quoique ordinairement cette jonction soit disposée de manière à ce que les batteries de l'attaque du couronné ne puissent agir par cette trouée. Mais alors îl ne faudra estimer de retard que celui d'établir
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vi8«4-Tis de cette trouée une batterie de brèclie et de fiiire cette brèche ; ce qui sera une affaire de cinq i six jours au plus. Cette durée sera à peu près doublée , sî c'est a des dehors que ce fossé aboutit. Et enfin l'addition du couronné n'aiu*a toute son influence sur la durée delà défense qu'autant qu'il sera détaché en ayant des glacis de la place.
Pour rassurer jusqu'aux plus timides contre la crainte de voir emporter par la gorge ces ouvrages ainsi avancés au-delà du glacis , nOus observerons que leur gorge revêtue peut être élevée autant qu'on le veut , en prolongeant, s'il le faut, la pente du glacis jusqu'au pied de oette gorge , qu'on peut avancer à volonté (i) ; que , de plus y on peut surmonter le revêtement de cetie gor^e par une palissade tant soit peu inclinée qui , rendant l'escalade difficile, facilitera , au contraire , la résistance que l'assiégé y opposera ; quVufin on peut joindre par des portions de chemin couvert, partant de celui de la plaoe (î»), ou cette gorge , ou le chemin couvert même de l'ouvrage , qui par çes.moyen5 réunis, joints a un dfrgré ordinaire de vigilance , sera en parfaite sûreté contre toute atuque de vive force qu'on voudra tenter contre lui per sa gorge.
(I) Plaqch. as , fig. 4.
(3} 1dm , fig. 2.
UV. 11. GflAl». I¥.