‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 13 sur 170 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

De l'origine ^ des progrès et de Vétat actuel de la fortification moderne. Causes qui en rendent la défense inférieure à V attaque* Remèdes à opposer à ce mal. • . • ^

Ljl fortification est Fart de mettre , par des travaux eicécutés à Favance , le faU^le en état de résister an fort , et de reyoïùscr ses attaques. De tous ceux dont le grand art de la guerre se compose , c est le seul , peut-être , cpi trouve grâce aux ;yetnB de la philosophie. En effet , tandis que tout le reste est Tart de détruire , d^ opprimer et dW servir, la fortification n^est que.celui de conserver, de résister et de se maintenir. Tel fut incontestablement le but de son origine 3 et, si quelquefois on a pu lui reprocher de s^en être écartée dans ses effets , et d'avoir servi à con-

5» EêSJLl «éNÉML DB FOETI«IGATIOR.

solider V usurpation , ou h perpétuer l'oppressioa , toujours est-il vrai qu^elle a rempli imperturbaUemeutsôn i»bjet , qui est de conserver à celui qui possède, de rendre Fart afiOreux des conquêtes et moins rapide et plus coûteux , d^assurer le stabilité des insthutions politiques contre les orages du dedans et contrç Ips chocs du dehors, et de rendre par conséquent infinimetft plus rares les révolutions .et les renversemens des empira , les plus grands maux , sans contttdît , de ceux auxquels Thomme en société soit en proie*

La première épreuve de Tinjustice acmée donna sans doute naissance à la fortification, 4{ui, dans too les temps, comme dans tous les Eeux, dut liéce^irement se proportionner aux moyens de IVttaqile^et, relativement à la natm*e des ai^mes e^ à la manière de s*ea servir, être constamment Fart ie'j^répare» à4*assaillant les obstacles les plus difficiles à vaincre >, et d^assurer a Fassailli toute espèce d^avantages , tant d^ns le jeu et le maniement de ses armes., que dans Tabri où elle met sa personne . et ses mimitîons , des atteintes de Tennémî. C^est ainsi que , c(9ntre des pierres et des javelots , les hjpptis de la nouvelle 2^1ande sont une suffisante fortification (i). Cest

(1) Ces hyppat tont des enceintes de troncs d'arbres jointîft, plantés aTe^^quèlqae iadmaison rers rintérieur de l'espace réaiermé ; en sorte que les défenseurs placés sur des plates-formes , ou échaiauds élerés inlërieurement de distance en -distance , et surtout aux angles de l'enceinte , découvrent parfaitement , à rextérieur, le pied de ces troncs d'arbres. Ces écbafauds sont d'environ trois pieds moins élevés que le sommet des pieux de l'enceinte , ce qui fait que les guerriers placés dessus n'ont guère qu'un tiers du corps exposé aux traits , quand ib s'avancent pour en décocber eux-mêmes. Ils y sont en outre revêtus de leurs habits de combat à l'épreiiTe du jaiyelot, et armés de leurs

cof M rtiLuimuic» SS

«întÀ que oontiae ie8 balisles ^ les c«taptiltes , les bdîers, «d. es mines des anciens , dé hautes morailles flanquées èe tours f couroBBées , les ones ^ les autres , de créneaux et de mâchicoulis , et entourées de fossés profonds, étaient une défense xedoatable , et même supérieure i Tattaque* Uivrention de la poudre et Tusage de rartillerte , â

mesure qu il i^élendit et qu'il se perfectionna , altérèrent et finireot par renverser totalement le rapport qui existait entre les anciennes fortifications el Tart de les atta- ' quer. On ne tarda pas à sentir le besoin de. les changer; IF ailleurs « il fallàii bien employer pour ks défendre^ les mêmes armes dont on se servait pour les attaquer «'piisque , par la violence de leurs coujp , la longueur de leurs portées , la justesse de lev ti% et h rapûEfé^e Içiur lervice y elles l%mportaîei|t évidemment s|u* les anciennes ^ et cela seul nécessitait déjà de gi;^nds et prompts cfaangemens dans la fortification. La longueur descaâons, celle de leurs affûts, et Fespace nécessaire pour leur recul , exigeaient de larges plates*formes derrière les murailles. On les fit en terre , d'où leur vînt le nom dq^ terre-pleins. Mais bientôt On reconnut que lesrmuraiUes n'avï^ient ^lus assez d'épaisseur pour servir de parapet contre les nouvelles armes. B fallut donc augmenter cette épaisseur ^is-

boucUers pour parer les coups de pierres. Les ëchafaods sontabondamment pourras de pierres et de traî^. Dans Vintérieur du [tffppQ, il j a une cayeme où les femmes et les enfans de la peuplade sont i l'abri des coups, et les proTÎsions à couTert des injure» de l'air. Je ne dois pas avoir besoin d'avertir que toujours l'aTantage del'^ieTation d«B platesfoi mes , d'où partent les coups des assif^gés^ est augmenta par cJlle du 0 terrain du hyppa," qui ne manque jamais d'^e un sommet ou une croupe escarp<{e de montagne. ( Ployez kH Hifénns voyages de Cook ,. surtout les pvçmiers.) ^

54 £SSAI ciNÉBAL DB FORTIFICATION.

qu'à huit à neuf pieds , pour la rendre à Tépreuve de leurs coups. Bîenxôl Tinsuffisaiice , le danger même des parapets de maçonnerie ise manifesta. Chaque coup de canon les ébréchant plus oU moins , ils ne conservaient pas long-temps répaisseur qui lés reildàit à Tëpreuve du boulet. De plus , les éclats des pierres de leur sommet , et des joues de leurs embrasurcfs , faisaieiit infîniment plus de ravages parmi les défenseurs , que les coups îmtnédiats de Fàrtillerie assiégeante.- On ne put donc tarder à leur substituer des parapets eu tcrre*^ et , comme il fallut à cettx-ci i8 à 20 pieds d'épaisseur, pour être à l'épreuve delà grosse adillerie , les tours qm eurent moins de 10 à I n toiles de diatnètre , ne purent j par le peu de capacité qui leur resta , après avdir reçu ces parapets , demeurer propres au service de l'artillerie. Dès lors la suppression jde presque toutes fut irrévocablement prononcée , et , à leur place , on vit s'élever des boulevards ronds ou carrés comme elles , mais incomparablement plus grands.

On en était là , quand l'emploi de la poudre à canon dans 'les mifies , les mit en état de faire , en quelques jours, des effets plus grands^ plus dangereux, et surtout plus effrayans pour Fassiégé, qu'il n'avait été jusqu'alors possible de leur en faire produire en quelques mois. Ce nouveau danger, et celui des escalad!es , dont la réussite devenait chaque jmir plus fréquente, firent faire plus d'attenlion qu'on n'en avait apporté jusqu'alors , à n'avoir aucune partie de son enceinte qui ne fut vue et flanquée des parties collatérales , afin qu'il n'y eût aucun point où l'assiégeant pAt impunément attacher le mineur, ou appliquer une échelle au rempart. On doit sentir que cette condition était devenue essentielle depuis la suppression des paf%pcts de maçonnerie de peu d'épaisseilr, celle des

DHCOUBS PBiuiUNAlBS. 55

larges caréneaux, et surtout celle des mâchicoulis ^ au moyen ^desquels on découvrait partout le pied de ses murailles ; et que le défaut contraire se trouvait nécesBainement à la partie antérieure des tours rondes, et surtout des carrés et des boulevards construits sur leur modèle. On fut doncpgir là conduit, et comme forcé, pour ainsi dire , à substituer à ces derniers les^bastions*

On pourrait pousser beaucoup plus loin cette espèce d'histoire naturelle de la fortification moderne , et mon* trer que chaque addition qu elle a reçue , chaque ckan«> gement qu elle a subi , a été la suite nécessaire de 'l'ad-* mission de quelque nouveau moyen dans T attaque. De son côlé , celle-ci , à mesure que la fottifi<^ation/ œ per-^ fectionnait, éuit forcée, par de fréquentes et malheureuses* épreuves, par des revers éclatai^ et répétés, de chercher une autre marche, d'employer de nouveaux moyens , on de multiplier etprodiguer, en quelque soute, ceux dont jusqu alors elle avait pu ne faire qu'un emploi économe et modéré.

Quoi qu'il en soit , dès que la fortification se fut , dan» toutes ses parties, conformée à ce qu'exigeutTusage^l^ armes à feu, tant dans Tattaque que dans la défense, le rapport qui avait existé entre Tancienne fortification et son attaque par les anciennes armes , parut se rétablir entre la nouvelle et les nouveaux moyens de Tattaquer \ et les sièges de Rhodes , de M ahe , d'Ostende , de la cita« délie d* Anvera et de Candie , ne le cédèrent point à ceux de Tyr, de Lilybée, d'Agrigente, de Sagonte, de Nu* mance et de Carthage. H en résulta que, de même que chez les anciens , 1^ plus grands capitaines «avaient loujotu*s considéré l'art de Tattaque et de la défense des places, et celui de la fortification qui en fait la matière f

66 SSSAI oiRÉftAL DB FOBTIFIGATIOK.

oomme la partie la plus essentielle de la sdenoe oûtitaire } de mÂme, à la renaissance de Fart des fortifications, en suite de Tinvention de la poudre , on vit les généraux du premier ordre s'appliquer arec un ^in extrême â Tatta- <jne et à la défense dçs places., et y attacher pltis de gloire, s'il est possible , qu'au gain des plus brillantes victoires. Qui pourrait douter, en effet, que la prise de Tyr n*ait coûté à Alexandre plus d'efforts de ^énie et de courage , que les batailles d'Issus et d'Arbèles ? Qui ne Toit , par les €euls détails où il est entré sur les sièges d'Âlésie et de Marseille , que César en regardait le succès oonune plus important pour sa gloire que^toutes ses victoires dans les G^es ? £t remarquons, en passant, qu'après avoir lu ses Commentaires , il ne peut rester le moindre doute

qu'il ne fûvlni^ijaème son propre ingénieur, et que rien chez les anciens , si ee n'esf peut-être la part qu'eut Arcbiitiède i la défense de Syracuse , n'annonce que cette profession fiit , chez eux , distincte de celle de général et de commandant de place.

Ainsi , chez les modernes , on vit le duc de Guise tirer plus de gloire de la défense de Metz et de la prise de Calais, qu'aucun des généraux de son temps n'en acquit par les plus signalées victoires. Lisez Montluc, et vous verres combien ce brave capitaine se savait gré de sa belle défense de Sienne , et combien il prisait ses talens pour la conduite , soit de l'attaque , soit de la défense d'une place.

Cet esprit fut général dans tout le militaire de l'Europe jusque vers la fin du siècle dernier, et quiconque se croyait fait pour les grands emplois de la guerre, cherchait avec soin , au milieu des plus grands périls , une école de siège, oùilpûts'instruiredesdétailsimportansde l'attaque et de la défense des places. C'est ainsi que Chamilly avait

vncovit nkunwàiM. S7

Aé àCanâie apprendre!^ faire sa belk défense de Oave, et que , long-^emps atipatfaTant^ iou9 les gnerrieca àg quel* que réputation en Eorope, avaient éié en Flandre et en Hollande, i^rendre sotta les princei d'0rai|{e,1tfaarice et Frédéric Henri , Tari des sièges et de la fortification.

Tant qne cet esprit se sontiat, la fc^tification qp la défense maintînt son avantaga sur Tattaqi» \ et, malgré Testrème différence appcn^lée par les mcenrs modeniea, entre les conséquences pour l'assiégé 9 de la prise de la place ) et les effityjables rétoltats qa'entratlniit faiéviUblementpoor lui le même événenentcheftle&^lidens, on s aperçut de peu de diminantion dana la vigueur et ropiniâtreté des défèiMaf de places ; te point d'iàonq^ur et la disdplftie militaire rempla^t4 cet égard , i peu de chose près, lea dfections naturelles et morales qui avaient rendu les anciens si forts dans la défense de leurs places. Qui a donc mnené, depuis environ on siècle ^ la. disproportion que tout-le monde aperçoit entre la défii^pse et Tottaque ? Commaoït ae &ft4 c|ue la décadence de la défense des placea date à peu près de rép^yjue 'oA leurs fortifications se sont incontestablement perfectionnées i C'est «ans doute que Vattaqiie a fait de j^Ijsls gravtds pas encore vers sa perfection. le suis loia de méconnaître Ta réalité de cette cause, qui est sans contredit laprincipale ; mais il y en a de second^ses dont Tinfluenee moins remarquée n'est pas moinavéelle^ Cest l'oubli de la saience de l'attaque et de la défense des places, etl'abandcB qiû en est fait depuis enviiron un siècle aux seuls i^géniqprs par tout le reste duanitijudre \ c'esf l'ignorance à peoyrès* égale où aont«naintenant , de ses premiers principes «et de ses élémens les plus essentiels ^ lef généraux du pre-<

58 ESSAI GéaA&AL DB FOfiTIFIOàTION.

. mier o jdre , et les âëhatans daîQS la earrière , les cotnin». dans des places et les derniers sous-iîeutenaiis de leur» garnisons.

Ce n ctf pas qt^ ^ dès les premiers moxnens de la renaissance de Tari, il n^ existât des ingénieurs. C'étaient ordinairement quelques ofiicieôs subalternes , souvent même de simples soldats , qui acceptaient et exerçaient dans les sièges U périlleuse nbssion de tracer et de diriger en détail les travaux des attaquer^ et ceux de la défense dans les places assiégées/ Mais pendant long-temps leu£s fonctions sô'bomèn^t a exécuter, jour par jour et nuit ' par nuit , ce que le général'de Tarmée , et même TofScier général de jour, araiem déterminé; et les meilleurs- ' d'entre eux étaient ceux qfii remplissaient, ayec le plus d^xactitude et deK:élânté , les ordres jqu ils avaient reçus.

Il ne parait pas que clxeE les anciens où les fonctions les plus disparates étaient succesâvement exercées par le inène homme , où , aprè^ avoir dirigé comme Edile la coostruction des ouvrages publics ^ on passait comme ^esteur k Fadministoation des finances, de là à la dispensa tion de la justice comme préteur, puis à la tète des armées comme copsul et comme proconsul ; il ne parait pas , db-je , qae chez- les aocienar, les fonctions d'ingénieurs , dans Tattaque et la défense des ^places , aient été séparées de c6Hes des officiers chargés de commander les thivailleurs. Ainsi ces officîefs se préparaient, par la connaissance et Tusage des détails , à la direction en grand des travaux de sièges qui les attendaicdans un poste plus élwé. Ainsi se conserva chez tesr%nciens la science des forftfications là où elle devait être, chez les généraux d'armée et chez les confmandans des forteresses.

Il en fut autrement chez les modernes. Les ingéoicurè

DIMOITBS riiLIllIllAIlB. i)

devinrent chacpie jour pins nécessaire. EnpUyés i la construction des places fortes , la plupart cherchèrent à s* attirer de la célébrité en attachant leur nom à quel^foe mode de fortification qu'ils honorèrent du nom de ^^ Urne, et un assez grand nombre y parvinrent. Chaque souverain crut alors devoir s'attacher, par toutes sortes de moyens , quelques-uns de ces hommes célU>re8. Sully, qui avait en France les fortifications dans son département de grand-maltre de Fartillerie , fut le premier qm chercha à assurer à sa patrie les avantages d'un étiJMissement d^une utilîté permanente en ce genre , et& fermer Un corps "pardculier d'mgémeors. C'est ce qu il exéeNila en t6o4 9 par la réanioivd*«n petit nombre des plus re« nommés "de son temps, sous Je titre ttingénieurê crdinaireê du Rai. 0 ne paratt pas que, 'pendant plus d*un dem}-siède, ce corps fit faire i l'art des progrès* reuiarqua&Ies ; enfin Vauban parut.

Ses premiers pas dans la carrière y nécessairement dirigés par ses chefs , ne lui servirent qn'i reconnaître, par des expériences répétées, le vice des méthodes qu'on suivait dans l'attaque des placés , et qui empêchait -d'apercevoir ceux qu'on ne savait pas éviter dans^ leur construction. H parait qu'au siège de Gravelineaen i658, et à cdui de Lille en 1667, ^ chacun desqueb il dirigea une des attaques , il parvint cependant i s'écarter jnsgu'à un certain point de la route battue , et k réunir&oâ celle qa'il se fraya , la brièveté e| la séqprité. Mais ce ne fût que quand il fuichargéen chefdelaconduiteéntièred'im siège, qu'il lui fut permis de donner pleinement i essor à son génie , fijt de changer totalement la méthode d'attaquer les places.

Voici quelle était cette ancienne méthode. Après avoir

60 BSSAI «iRiEÂL 9E FOBTIFICÂTIOIT.

investi la place (i), on choisissait un ou plusieurs pojnUy par lescfuels on se proposait 4'j pénétrer,- etFonfomuMt autant datta<{ue8 cpi'on avait choisi de. ces points. On marchait i chacun d^eux par une tranchée en zigzag-, lesquels dans le commencement et d*loin d'abord assez longs, raccourcissaient à mesure qu'ils approchaient de la place. On s'y croyait forcé par deux raisons 3 la pvetnière , que le travail , (Revenant d'une exécution plus lente et plus périlleuse, à proportion de ce qu il appro-» duik davantage de la placf() il était natiurel de chercher autaol que possible k Tabréger; /etla.seccmde, qu'une maactie d'attaque plus évasée, s'il%st permise s'exprimer ainsi , eût masqué^ las b^jtteries qui , placées à demeure dès îe commen6ement du siège, tiraient aux défenses, et ^nd)altaient de plein fouei, et, pour. ainsi dire , corps à corps , le canon de l'assiégé. Chacune de ees batteries , établie sur un terrain avjantageux , d'oA l'on découvrait le mieux les ouvrages de la place , était assurée par un fortin dansjaquel on l'enfermait', et ce fortin recevait le, nom de celui des généraux, ou deu^elle des brigades de l'armée qui l'avait construit* ou q^i se trouivait chargée de veiller à sa garde.

Qu'aifivait-il de cette disposition ? Kassiégé réunissait tout son feu, particulièrement celui de son cl|femin couvert i]ue rien ne combattait , contre F^troile tète d'attaque qoî s'avançait vers lui ; et ce feu, tant de canon que de mousqueterie^ prenant en tous sens l'assiégeant, ne lui pennettait que des progrès leiUs et achetés par beaucoup de sang. Si , sans se rebuter, il parvenait ce-

(I) Plafdb. l»iig. 1.

DISC0I7BS PAàUKlJIAlBB. 6l

pendant à ayancer, en faisait sur hii , de droite et de gauche , des sorties qui , enyeloppffnt ie feu d^honunes armés ^'il lia âiit posHble de tei^ i Tétrôite tête de son traTSÎl , avaient toujours du succès , et souvent dé^ truisaient en quelques instansl^ouvrage pénible de jdusieurs jours. L'assiégeant y accourait de la queue de la tranchée , quelquefois même du camp y mais toujours trop tard, et repoussait enfin la sertie jusque dans le chemin oeuTert , dont le feu^ ainsi que celui du rempart » ne p6u^ vait étriqué tAs meurUier, fiiit ainsi de derrière des parapets sur des hommes découverts d^ latète aux jâeds.

Bour protéf^r cependant la marche dea zigzags , tadt contre les sorties que centre le feu supérieur de Vasriégâi et pour pôiiifoir tant soit peu répondre à ce dermer ,* on poussait i <£roite et i gaucEfe de ces zigzags , des boyaux dépende longueur, dans lesquels on pratiquait de chaque côté du ehêmineilhent de Tattaque , un petit logement -paar 3o on 4o mousquetaires. On £ûsaU soutenir ceux-^^i par autant d'autreà^hommes armés qu'ikétait possible d*en faire contenir aux zigzags^n' arrière , ^ns intercepter <9ti trop gêner la communication "et le .transpoif t des matériaux nécessaires aux travailleurs de la tète de I!attaque. Les sorties avaient iibrs à la vérité besoifk d'être un peu plus nombreuses -, mais , tares a enveldjpper rennemi et de le joindre avant qu il p£ct se 'former, elles manqurient rarement de le jeter en désordre , et de rempHr leus but constant de détruire pjus ou moins de son travail. Mais Tassiégeant , à force de constance à le réparer, parvenak^il enfin à s^approcher de ]a contrescarpe ? Alors il Fattaquaif, souvent à plusieurs reprises , l'emportait de vivefoive, et, chassant Fenuemi de son chemin couvert, fusait sur sa crête pendant Tattaque un logement ordinairement pris

62 BS8AI OilfiBAL DB FORTIFICATION.

et repritf plusieurs fois. Dès que ce logemem âait solidement établi, 9n traTaillàit à la descente du fossé; et, suivant <{u*dn se décidait à faire brèdhue pér le canoa on par la. mine , on y établissait une batterie , ou Ton attachait le* mineur à rfesearjie opposée*

Telle était la marcbe jusqu^alors invariablement snivie pour Tattaqi^ des places ^ «t Foux^onçûit qu*elle'doniiaît lieu , tant de la part de Fassiégeant que de oclk de Tas* siégé , i une suite continueile d'actions de vl^aeur. Il .en résultait que la vie et Thonneur de ceux (fax y eoneouraients'y trouvant dans un perpétuel danger, chacun avait le plus grand intérêt à s'y comlpMter avec capacité , et à connaître , autant qci'il lui était possible , le fort et 1» fidble d'ua métier aussi périlleux. Aussi voit-on , dans tous |es mémoires» des guerriers de ce temps/ combien ih se pi« quaient de s^ entendre auto sièges » et de se connaître en fortification* ^ . .

Cie fut en ^67^ au siège de Maëstricht , que Vaufaan , maître d'en dirigea l'attaque à son gré', abuidonna sans retour cette ancie^e et aveiigle routine» Apisès avoir choisi {i) lé firont qu'il voulait attaquer, en même temps qu'^1 «myrit des tranchées en zigzags sur ses trois capitales, il se hâta de les^rotéger par une ph#e «d'armes parallèle aux ouvrages de 'la place, et embrassant tous ceux du front d'attaque. Cette placèd'ai*mes reçut une garde 'nom-* breuse destinée à. repousser toute solrtie^ après Tavoir maltraitée par un feu d'autant plu^ meurtrier, qu'il était &it À couvert. Placée à. environ 3oo toises (a) de la crête

(1) Planch. 1, fîg. 2.

(2] On provient ^ue cette mesure , et toutes celles dont il sera qucs-

DI6COVB8 PBâLIXIHAiaB. 6S

des chemins couverts., occu{itant de préférence les points d'où Ton décourrait le nûeiix le tensun eu avant, il. iîu &cile de choisir dans son circuit les positions le^plns cou-* veoabUs pour les UtUsie» a«i^eti)»es ; et <ccs Imtories établies, ou dans ta parallèle , on nn peu en airant , et dans ce dernier ca&, liées avec velle par un boptu db cooimnnication , s'en trouvèrent natnreHeinent protégées » at récipro^pement la défendirent. Les attacpaia -puisent alors cheminer en avant.de cette, parallèle , et sous sa ^otee» tiou , sans craindre les sorties^ tant que Tassiégeant ponr les repousser eut moins de chemin à faire) qner T^^égé, n en avait à'parcourir pour parvenir à la tèbc de ces mèmet attaques. Près d'arriver k moitié chemin de sa paraltàletè la crête des chemins couverts, Vauban ^ traça une sq*» conde'qui , de nouveau , rendit toute sortieabeaucoup pins périlleuse poi|r Tassiégé que pour VaséégeanU Placée i

' environ i5o tpises des chemins couverts , elle pub en combattre le £&i par sa.mousqueierie , répondra i scella des ouvrages de la place , et détourner- par là leur atteiiftion et leurs coups du ch&ninemmu deTattaqtie qui, en conséquence , se ^fit d'ane maniire i la fois pins pspîde et moins meurtrière. > «.

Si , dans quelques endroiu , par son élévation , Q|tte deuxième pai^^ masqua^ qoeh|ues-unes des batteries de la premiète , on les tira fie celle-ci pout^les replacer

' dansda qouvelle , oi, plus rapprochées , elles firent plus d'e£Fet. Pour ne point n^asquer de, nouveau ces demièriss , ou sç contenta , quand on fut parvenu k environ 70 ou 80

tion dans le cours ée cet cpuYrage , sont les anciennes niesares de France ; la toise de six pieds de roi, le pie^ de 1 2 ponces.

G4 BS5AI GÉNéBAL DB POBTlFClâTIOR*

tojpes de la palissade , de faire de chaque cAlë des trois nuircheê de zigzags cliçiiiiiiamsur les capitales , des loge* .p^iU gpii beaucoup plus étendus que les anciens , reçwr^iie^natnded^fni-placeêtCarmeê, et purent recevoir «juclques npuT^lea batteries. Protégé par elles^ Tasàégfsaakt put d^er de nouveau les sorties , et s'avaçcer sai^. les oaindi^ , jusqu'à près de 3o toises du chemin couvert.- Aimé 1&, Yaubain enveloppa de nouveaason . fioDut d'attaque par une troiaiéme parallèle dont le feu déc(»ivrant4e trop près toutes les issues du chemin couvert j[ pour permettre à aucune sortie âp se former sur ^£rète , les interdît tojates à Tassiégé sur le fi^nt de Tattiqu#, et n'en laissa plus craindre à l'assiégeant que par les flancs. De nouvelles batteries d'axmiss de courte portée, mais d'un effet extrêmement multiplié , telles que les^^errierS , fuf^nt établies dans cette parallèle y qui ^'ailleurs , trafeée à la queue des glacis |* et conséquem* ^jpent dans leur point le plus bas , ne masqua que peu ou l^nt les batteries des parallèles antérieures. ' Si , pai^l'effet de tant de feu^^employés , d'id>ord sucoeisii^emept , puis simultanément à éteindre le feu de la ^lâoe , celui-ci se trouvait téllement'ailkibli , qu'on pût BYfjp peu de pçrte chasser, de vivie force , l'assiégé de, son chemin couvert, et en faire le couronnement à découvert pendanD^ l'attaque > Vai4>a& ne rejeta pas ce moyen de i'andenne méthode y swtout qu^nd on était pressé de se Rendre maitce de la place ; mojns avare cependant du temps quç du sang du loldat , il préféra tou}oiu« , pour peu que l'assiégé eût consente quelques moyens de nuire, une méthode d'un effet non moins sûr, mais qui , remplaçant la valeur par l'industrie, ^cheta^t la prise du chemin couvert par le umvail^ au lieu de la payer avec

DISCOUB0 FRÉLIMIlfAlBB. 65

da sang. Pour chasser Tassiégé des saillans de son chemin couvert , il éleva à i4 ou 1 5 toises de leur crête des ea^ valiers de tranchée , dont tout le travail se faisant à couvert, fiit peu meurtrier, et dont cependant Télëvation devint telle , que , plongeant dans les deux hranches du chemin couvert, elle les ^t abandonner à Tassiëgé jusqu'à leurs premières traverses. Débouchant alora^i la sape sur les capitales , Tassiégeant put s'approcher avec infini* ment moins de péril que par Tautre méthode , des saillana du chemin couvert. Puis, arrivé à la distance requise pour les couronner, il les embrassa , et , en prolongeant paràllëlement les branches y toujours à la sape , il fit abandonner successivement et à mesure des progrès de ses difierentes sapes , toutes les parties du chemin couvert du front d'attaque à l'assiégé. Pendant que toutes ces sapes , se rejoignant , complétaient le couronnement de ce front , il fit travailler, sans perte de temps-) â l'établissement des batteries de brèche et aux descentes de fossés, sans ou* Jblier des contre-batteries destinées à protéger les unes et les autres contre les flancs de la place.

On doit facilement concevoir l'effet que dut produire l'heureux emploi de tant de nouveaux moyens qui , rendant la marche de l'assiégeant aussi assurée qu'elle avait jusqu'alors été précaire et dépendante du plus ou du moins de vigueur de l'assiégé , réduisit la longueur du siège de Maëstricht, l'une des plus fortes places des Hollandais , i une durée de 1 3 jours de tranchée ouverte , et la perte en hommes par laquelle ce succès fut acheté , au dixième au plus de ce qu'un semblable siège avait été jusqu'alors en possession de coûter. La supériorité de Vauban ne fut contestée par personne; et , comme il continua de diriger les sièges de presque toutes les places qu'attaqua ou fît at-<

66 ESSAI «élUÉRAL DE PORTIFICÂTIOIT.

taqQ€r Loais XIY , les officiers généraux de jour à la tran*chée , les généraux d'armée même , s'en rapportant en«ûèrement à lui , cessèrent tout natureUement de s^occu* pcr de la marclie des attaques , désormais soumise à un art devenu nouveau pour eux. Les officiers particuliers, émerveillés de voir que le danger des attaques était bien plus diminué encore que la rapidité de leur marche n'é^ tait accrue , en conclurent que la science de Yauban et des ingénieurs qu'il avait formés , était au-dessus de leur portée , et qu'ayant , d'ailleurs ^ pour la mettre en pratique, toujours avec eux des ingénieurs, il leur devenait inutile de rapprendre. Ainsi Tétonnant progrès de Tart lui nuisit en quelque sorte , en ce que le £ûsant paraître trop relevé, il 6ta à ceux qui n en £Edsaient pas leur unique étude , r espoir d'y atteindre ^ et que tous T abandonnèrent. De nouvelles merveilles opérées par Vanban achevèrent de les confirmer dans cette fausse idée ; je dis faune , car il est évident que Tart était devenu plus facile, k raison de ce que ses efTets étaient devenus moins incertains , et de ce que ses principes , rendus susoeptioles de démons*^ Iration à peu près rigoureuse , laissaient désormais , dans leur application , bien moins de latitude qu'auparavant , aux erreurs auxquelles on est toujours exposé dans la pratique.

Les succès répétés de la méthode introduite par Vanban dans l'attaque des places , semblaient le dernier terme de la perfection de cet art \ lui seul sentit tout ce qu'il j manquait encore. L'artillerie , principal agent de cet art ^ n'avait reçu de lui qu'à regret la l<oi de ne tirer qu'aux défenses de la place , et de renoncer è l'inutile fracas qu'elle était accoutumée de faire parmi les édifices de la ville assiégée. Depuis long-temps Vauban méditait de ti-

OISCOCBS PBiLIHINAimC. 67

rer d'elle des eiFets plus grands ec phis sûrs , et snitoot plus appropriés à son but, de prendre les places arec la moindre perte possible pour Tassiégeant, et le moindre dégât possible de la yille assiégée. Il en trouTa enfin an dége d'Ath, en 1697^ Toccasion la pins faTorable. Sa réputation et son autorité étaient parvenues k leor comble ; elles étaient appuyées par le maréchal de Catinat qui commandait Tarraée , et dont la capacité et la philosophie étaient si bien en harmonie avec le génie et le patriotisme de Vauban *, il ne lui allait pas moins que cette réunion de moyens , pour Vaincre la répugnance que le corps de Vartillerie apportait à changer de méthode dans le serrice du canon de siège,

Vauban commença par changer remplacement des bat* teries. Au lieu de les opposer directement et de front au canon ennemi , il les établit (i) dans le prolongement des faces d'ouvrages sur lesquelles ce canon était placé, et dans celui des branches de lenr chemin couvert. Cela fait , il fit pratiquer une autre manière de tirer. Loin de charger son canon a charge jdeine , et de le tirer de plein fouet, il le fit charger à très petite charge , diriger dans le prolongement exact des terre-pleins des remparts et des chemins couverts , et pointer un peu plus haut que la crèie des parapets que les boulets avaient à franchir pour tomber dans ces terre-pleins. Après quelques coups ^'épreuve, tirés pour découvrir la charge strictement nécessaire pour produire cet effet , presque tous les boulets arrivaient dans le terre-plein de la fiice , sur le prolongement de laquelle ils étaient dirigés , et en parcouraient toute la longueur, en bondissant , et se relevant autant de

(t) Planch. f , fig. 3.

68 ESSAI oâNiRAL 1)£ FOnTIFlCÂTION.

fois qu'ils louchaient la terre, jusqu'à ce qu'ils Fûsseiht arrêtés par la rencontre du flanc opposé. Le canon de Tassiégé^ pris ainsi en rouage par ces bonds multipliés , ne put éviter d'être , en très peu de temps , démonté. Les fusiliers qui bordaient les parapets ne purent , sans un péril extrême , y continuer leur feu , tandis que ceux des chemins couverts, blottis derrière les traverses, n'en purent faire qu'un rare et mal assuré. Toutes ces batteries à ricochet agissant à la fois , chacune respectivement dé* truisit le canon qui pouvait incommoder sa voisine , el jamais artillerie assiégeante ne fit à la fois tant de mal , et n'éprouva moins de dommages. De son côté , la marche des attaques , faiblement contrariée par une artillerie à chaque instant démontée , et par une mousqucterie sans cesse distraite , inquiétée et intimidée par l'effet du ricochet, en devint plus rapide. Les palissades du chemin couvert brisées en rendirent l'insulte |>lus facile et la prise plus prompte ; enfin jamais siège ne fut si conrt , ne coûta moins à l'assiégeant , et ne fut à proportion si meurtrier pour l'assiégé que ne le fut lé siège d'Ath.

Un tel succès fit sur-le-champ adopter cette manière de placer et de servir le canon à toutes les attaques de places^ et l'équilibre^ déjà rompu entre l'attaque et la défense , depuis l'invention des parallèles , sembla ne pouvoir plus être rétabli. Le malheur voulut que Vauban , toujours employé à prendre des places, n'en eut jamais aucune à défendre , et , qu'ayant construit presque toutes celles qu'il fortifia^ avant d'avoir inventé le ricochet, il n'ait donné dans la construction aucun modèle à suivre pour se préserver de ses effets destructeurs. Â la vérité , ses deux derniers systèmes de Landau et de Neuf-Brisach marquent bien l'intention de dérober au ricochet son corps

DISCOUBS PBKLIIIllfAlB£« 69

de place , et de conserver, pour en défendre le fossé , quelques pièces de canon inuctes , même à la bombe. Mais ses contre-gardes étant restées autant exposées au ricochet que les basiions de Fancien système.desquds elles tiennent évîdemmenV là place , tout dans le siège , jusqu* ii leur prise ^^s'est passé comme a Fordinaire \ et , après leur prise (i) 9^ le cM'ps de place , qu'on a pu mettre en brèche en même temps qu'elles, s'est trouvé aussitôt exposé à souf&ir l'assaut , et n'a plus été considéré que comme un xéduit propre à donner le temps de capknler . A la vérité, \auban n'a cessé de réclamer contre le peu de parU qu'on avait su tirer àLandaude son çorpade place etdeses tours. Cette place cependant, À^sôn troisième siégé, en 1704, fiit défendue par Laubaaîe, ancien officier qm avait appris son métier avant que l'étude de la foitîficatîon et de l'attaque et défense des. places fàt bannie des- armées et abandonnée aux seuls ingénieurs. Peut-être aussi Fétat de cécité , où ce gouverneur se trouva réduit avant le moment de défendre son corps de place , et de tirer par oour séquent parti de ses tours , le mit-il hors d'état de prendre par lui-même son parti , et d'empêcher qu'on ne lui en imposât sur l'état des choses dans ce période du siège. H parait aussi qu'iLne prit pas grande confiance aux batte-

(1) Je sois oblige d'âTerdr que cette façen de parler n\'8t pas exacte,

les contre-gardes de Laodaa n'ajant Téritablement jamais été prises.

Au premier siège que y depuis leur constnicti<m , cette place soutint

en 1702, elle fut attaqua et prise par le bastion du rtfduit, le seul

qu'elle ait ; et à celui de 1704 , où ses contre-gardes furent pour là pre-

jnièrefois attaquées, elle capitula ayant leur prise. *

* Us totOn^éTÔêM Êniua 4ié ralrtacb^ ta ti^ cU 1704 , M l'eaiMai o'avait que

de« logemeiM sur les broches faitw à c«i ouvrafes lorsqo* la place capitala. L'oav.ayaat

êlé mine dans ^s Tossés, il ne poaTait pas monter en mduie temps aox brèches des

coDlre-fardes «C k eelletf da earp» de pîace. Ed.

70 ESSAI QÉKàltiiL DE FORTiFICATIiPT.

ries sooterraines des tours , incapables de faire ud feu tant tfoil peu yif , sans suffoquer les canonniers par la fumée de la poudre.

Quoi qu il en soit, on peut regarder comme constant que , d'une part , l«s tentatives Eûtes pour défendre les places par le moyen des casemates , n'ont pas jnsquMci été heureuses , et que de l'autre , rien dans Textérieur des fortifications n'a été £dt pour dérober leurs terre-pleins au ricochet. On a , a la vérité , en disposant les différentes parties de rencrinle des places , fait tomber, autant qu*on Ta pu, leurs directioiis dans des terrains qui rendent difficile, souvent même impossible, Téublissement -dbs batteries à ricochet ^ mais, si cette difficulté a été ainsi quelquefois heureusement éludée , die n*a pu encore être vaincue là où Ton a eu à la combattre corps à corps. Car ce n'est sans doute pas la vaincre que d'élever, soit à l'avance , soit pendant le siège , autant de traverses qn'il est nécessaire , pour que le boulet s'y enterre , et ne fasse par conséquent aucun bond ; puisque , outre l' inconvénient du terrain perdu par l'emplacement de ces traverse!, reste «oujolirs celui de l'enfilade dans dbaque intervalle compris entre deux traverses : et ce n'est véritablement non plus que l'éluder que de faire accidentellement tomber quelques prolongemens de faces , qui , sans cela , seraient en prise au ricochet , dans des parties de terrain où l'on peut établir du canon , ou an moins d'où ce canon ne peut tirer è ricochet. Le problème k résoudre serait donc , de trouver iin tracé qui, par lui' même, et abslractian faite des acddens du Urrain, dérobât toutes ses parties à l'action du ricoches eS de Cenfilade ; et la solution de ce problème^ qui n'est peutêtre pas impossible , est encore toute entière k trouver.

DIBCOVBS PfiÉLIKfllAIRtf. 7 h

On ne prétend cependant poîni méconnaître qne^ dans d'antres parties essentielles , la fortification n'ait été considërahleinent perfectionnée , et singulièrement par Yanban. Il est le premier qui en ait constamment disposé le trace 9 et réglé le relief, relativement au terrain en'rironnant, et qui , en la conservant partout rasante, soit parvenu à la dérober aux vues du ddbors ^ effet que les ingénieurs qui Favaient précédé , n^ avaient su produire qu'en entassant traverses et' cavaliers. Et eeux*là tomberaient dans plus d'une erreur^ qui ne verraient ici que le mérite de l'économie » pint k celui de la difficulté vain-eue; non seulement ils n apercevraient pas celui d'avoir conservé, pour Je feu et la facilité des manœuvres, les emplacemens qu^occuperaient k pnre perte les traverses, mais encore ils méconnaîtraient l'avantage que prend , aans en donner sur elle, une fi>rtification pliëe au terrain, en découvrant tontes les pentes et plongeant dans ses moindres anfractuosités , sans montrer d'elle-même rien de plus que ce que l'efiet qu'elle a à exercer, exige strictement qu'elle en découvre. On lui doit également la adbstitution de l'uliie tenaille^ à la dangereuse fan^sebraie , et le premier modèle d'un ouvrage â cornes plaoé au-^elà des ^cîs du corps de* place ; change» ment dont ce n est pas ici le lieu de faire connaître Fim*- ' portance. Les manceuvres d'eau et les contre-mines furent aussi mieux appropriées aux différons besoins de Iwié^ fense, et nombre d'autres brancbes de l'art reçurent de lui des accroissemens plus ou moins remarquables ^ enfin l'effet de certaines pWcs pour la défense générale de l'état, fut doublé par le moyen de camps retranchés sous ces places , et en même temps l'attaque particulière de ces mêmes places devint impossible à tenter, sans le dé-

7a ESSAI GÉniRAL DB FORTIFICATION.

ploiement des plus grands moyens. Tels fiirent les progrès de la fortification sous Vauban.

Parmi les disciples et les successeurs de ce grand liomme y Cormontaingne est celui qui a été le plus heureux dans les eflbrts faits jusquMci , pour ajouter aux moyens de la défense. En faisant ses demi-lunes plus grandes et plus saillantes , il leur a donné des feux de reveips sur ie couronnement du chemin couf ert des demilunes latérales, et sur celui du saillant des bastions ; ce qui a rendu difiicile le coul'onnement des demi-lunes, et obligé à retarder celui des bastions jusqu'après le logement sur le saillant de ces demi-lunes , et la brèche k ces ouvrages. Le premier il a pratiqué dans les places d'armes Tentantes du chemin couvert, des réduits qui ont permis d'en opiniâtrer la défense. Il a démontré et , qui plus est 9 pratiqué la méthode avantageuse de déployer plusieurs fronts de fortification sur la même ligne droite , ou sur des angles de polygone très-ouverts. Enfin il a introduit l'usage des pièces à revers sur les fronts d'attaque j soit situées en terrain inaccessible , soit rendues très-difficiles i prendre par la réunion de chicanes extérieures d'un long détail , et de toutes les ressources d'une guerre souterraine soigneusement préparée. D'ailleurs , la dextérité de ses tracés à saisir tous les avantages du terrain , et la précision de ses reliefs , n'ont en rien dégénéré de celles qu'on admire dans les ouvrages de Vauban les plus soignés. On a , en outre, à le louer de son extrême attention i assurer la communication aux ouvrages extérieurs , et à faciliter partout l'accès de rartiUerie , et la plus libre circulation des hommes et des munitions sur les remparts.

Coehorn , contemporain et rival de Vauban , en le sui<« vaut dans sa méthode d'attaquer les places , s'en éloigna

msoeuRs FRiiiaiNAiRK. 73

dans celle de les fortifier. En multipliant les coupures dans son tracé, et les ressauts dans son relief, il parrint à dérober quelques-unes des parties dfi sa fortification au ricochet , d'autr» à Teffet des batteries de la contrescarpe ; et par là, comme par :1a multiplicité de ses chicanes et de ses feux , réussit à augmenter de quelque chose la longueur et Topiniâtreté de la défense.

Mais , si dans toute TEurope les ingénieurs s'étaient approprié les méthodes de Vauban pour l'attaque, et avaient tâché d'enckérir sur Itii , pour rapprocher la dé-* fense de l'équilibre , qu^il e&t été i désirer qu'elle eftt <M>nservé arec Vattaqne , le reste du militaire était tombé dans l'ignorance la plus complète à l'un et à Vauue égard. Depuis l<mg-temps, on n'apprenait plus rien sur cette matière dans les grades inférieurs. Parvenu aux grades supérieurs, il était simple qu'on ne sût rien. Dans l'at-* laque, on s'aperçut peu de cet inconvénient, et, en s'en rapportant pleinement aux ingénieurs, le général put toujours, dés le commencement du siège , annoncer à' peu près le moment du succès , et s'en attribuer constamment la gloire. Il n'en fut pas de même dans la défense. Tout ne pu% s'y passer, comme daus l'attaque , en travaux et en remuemens déterre. Le gouverneur cependant ne vit toujours dans l'ingénieur cpierbomifae destiné uniquement à diriger les travailleurs *, mais il crut devoir par luiHDaème r^ler la disposition des troupes et de l'artillerie , stnvant que les circonstanees et l'importance respectivedes divers ouvrages lui paraissaient l'exiger. (^, les troupes et les officiers employés à défendre ces ouvrages, se faisant de leur objet,deleur forceet delà roanièredont ilsdevaientétre défendus, des idées conformes à leurs préjugés et à l'esprit qui régna accidentellement dans la garnison , et même dans

74 ESSAI GillillAL D£ FORTIFICATION.

la bourgeoisie ^ il arriva que , si l'ingénieur insista pour opiniàtrer la défense d'un poste qu'on crut mauvais, inutile ou périlleux j qu'en un mot on désirfit l'abandonnery il eut tout le monde contre lui , et fut bientôt décrédité dans la garnison et dans l'esprit du commandant. Si , au contraire» il parvint à &ire tenir, jusqu'à l'extrémité, dans quelque ouvrage d'une extrême conséquence , et que la garde de ce poste y fût enfin accablée et périt , on l'en rendit responsable. D'un autre côté, le commandant de l'artillerie ne vit que sou canon et que l'avantage de le servir avec sûreté et fiicilité, et prit sans scrupule sur les remparts, les emplacemens où souvent il eut été plot utile, quelquefois même indispensable, de placer de la mousqueterie. Chacun prétendit disposer à son gré des matériaux préparés pour les travaux de la défense* Enfin tputes les méprises , tous les conflits , tous les désordres avertirent à chaque instant du défaut d'unité , et firent sans cesse apercevoir que la capacité de diriger la défense ne peut produire tout son effet , que quand elle réside dans la même tète où repose l'autorité d'ordonner. Car la défense étant par essence bornée à contrarier en tout le progrès de l'attaque , il faut que rien ne s'y fasse qui ne tende efficacement à ce but. Rien n'y doit donc être abandonné au hasard, on, ce qui revient au même , au cfiprice d'agens peu ou poim éclairés. Tout doit être prescrit, déterminé , défini , maintenu par l'autorité qui ordonne toute la dé(»se , et qui ne peut avec succès rien faire de tout cela , si elle n'^st qu'une volonté dépourvue de lumières.

Mais je suppose qu'un gouvoneur dire le phénomène , maintenant trop rare , de la capacité unie k l'autorité , il aura encore à combattre l'ignorance , ou à vaincre les pré-^

&18COUB8 PnÂLIMIlfAiaX. 7^

jugés de tous ses subordonnés. Partout où ils voient une hauteur en face d'une place , de ce côlé-U , disent-^ils , la place ne vaut rien. Si une partie de Tenceinte est peu chargée d'ouvrages y c'est ce cteé de la place qui en est le c6té faiJble ; et puis la place est trop petite pour être bonne , ou bien , elle est trop grande pour la garnison qu'on y à mise ; et puis encore elle n'a point de casemates. Enfin il ne trouvera que gens instruits pour désapprouver, aucun pour reconnaître et mettre à profit les moyens de se défendre. Ce sera bien pis , si quelque lâche ou quelque mal intentionné s'en mêle. Il faudra donc , qu'à sa capacité militaire , le gouverneur militaire joigne encore Fart difficile de manier les esprits et de s'en rendre maitie. Qm ne sait que Chamilly ne put a Grave , opérer les prodiges de sa belle défense , qu'en entretenant sans oesse sa garnison de la reconnaissance qu'il devait au roi , pour la grandô et éeltc affaire qu'il lui avait confiée ; qu'en se montrant toujours assuré de faire repenUr l'ennemi de toul^s les entreprises qu'il tentait ; qu'en disant à chaque progrès de sa part dont on lui rendait compte : « ^u^im- « parte I on tant mieux I les voila arrivés ôà je les atten « dais ^ je ne désire rien tant que de voir ces coquins s'ap- « procher de nous à la longueur de nos épées. i»

Mais peut-on se flatter de trouver constamment dans an gouverneur un semblable talent , accompagné de cir<constances heureuses qui en assurent l'eflfet ? Non sans doute : il faut donc, si l'on veut avoir à compter sur de belles défenses des places, que les troupes, que les officiers de tout grade , soient inanmiu de l'attaque et défense des places , et de la fortificatioa*, chacun suivant le -degré qui convient aux fonctions qu'il a à remplir dans une place assiégée. Ces^MnnaissafnGes ne sont au-dessus de la poxtée

76 B68AI GinihKL DE^ FORTIFICATIOrC.

de personne , et il est nécessaire qu'elles redeviennent aussi communes et aussi universellement répandues, qu elles Tétaient autrefois , et qu'elles devraient Tétre encore, pour que la fortification, cet art utile, cet art ami de Thumanité , reprenne Tinfluence et le crédit qu'il est plus que jamais menacé de perdre par le concours de causes que nous n'avons pas encore dévoilées.

Les peuples modernes, en fortifiant des villes à Texcmpie des anciens , font en cela , comme en bien d'autres choses où ils cherchent à les imiter, un contre-sens à la fcRs politique et militaire. Chez les anciens , les citoyens d'une ville assiégée perdaient toux par sa prise , leurs biens , leur liberté , celle de leurs femmes et de leurs enfiins. Telles étaient leurs mœurs, telles sont même aujourd'hui celles de tous les peuples , parmi lesquels l' esclavage domestique est, comme chez les anciens, encore en vigueur. Là , comme chez les ancien* ,. les habitans des villes fortifiées les défendent jusqu'à la mort.

Il en est autrement chez.nos peuples modernes , chréûens et civilisés. Les bourgeois d'une ville assiégée ne risquent , par sa prise , de perdre ni la vie , ni la liberté , ni la moindre partie de leurs biens. Ils risquent , au contraire , par sa défense , pour peu qu'elle se prolonge , de voir ruiner leur fortune , détruire leurs maisons , écraser 8OUS leurs débris leurs femmes et leurs, enians , et de périr eux-mêmes par le feu, le fer ou la famine. Aussi dès les premiers momens d'un siège, leur vœu, leur détermination ne sont rien moins que douteux , et l'attaque est à peine commencée , que déjà ils soupirent pour la reddition de la place. Si Ton me dit que c'est la faute de nos constitutions modernes^ où le peuple , compté pour rien , compte pour rien à son tour l'avantage de vivre sous tel ou

filSC0tJB5 P&iLIMINAtBB. JJ

td 'gouvernement , plutôt que sous tel autre ; qu'il n'est question que de le rendre libre y comme l'étaient la plupart des peuples anciens, pour lui yoir faite comme eux des prodiges dans la défense des places ; si Ton me dit tout cela , je répondrai , qu'à moins que le peuple de la ville assiégée ne soit par la conquête menacé de perdre immédiatement son commerce et ses moyens de ^bsister, ou sa religion , s'il y est sincèrement attaché , vous ne lui verrez faire aucun véritable efibrt pour défendre la place. L'intérêt présent de sauver sa maison et sa fortune , pour continuer d'en jouir paisiblement sous des lois équitables, sous des cbefs dont les mœurs ne diffèrent pas essentiellement des siennes , l'emportera bientôt sur le petit enthousiasme factice de se dire libre sous un régime pire souvent que le plus dur despotisme. Un pareil enthousiasme n'est rien moins ^a'^ l'épreuve de la bombe, et quand celle-ci tombe sur la ville assiégée , les amis de la eanititution ou de la liberté et de tégalité, ne sont bientôt plus que les amie de leurs maisons et de leurs boutiques. Il y a plus : dana cette sorte d'états politiques , le peuple de' la ville assiégée et ses magistrats ont bien une autre influence sur la garnison , que dans les pays où celle-ci ne connaît qu'un chef, qu'un roi ou qu'un maître. Ce sera bien pis , si ce peuple est armé , et s'il a droit de l'être. Il imposera plus à la garnison que l'armée assiégeante. Dans un tel pays^ je le prédis hardiment , aucune place bien attaquée ne fera une défense passable ; car, ou la bourgeoisie voudra qu'on se rende, et alors il le faudra bien , ou elle voudra qu'on se défende , et alors elle en empêchera ; car, à ibree de se mêler de tout , et de prétentions à tout diriger, elle mettra le désordre partout. Mais nous avons déjà dit , et on ne peut trop le répéter, qu'une place ne

78 KSSAI GÉNÊftAL DE FORTIFICATION.

peut se défendre que par la capacité et rautorité de son commandant , et que par la valeur et Tobéissance de tout le reste. Or, qui peut se flatter de conseryer purs , et sans mëlaQge d'aucune influence étrangère , ces élémens essentiels d'une bonne défense , dans une ville quelle qu'elle soit j et sous quelque forme qu'y régnent nos institutions et nos mœurs modernes ? Il faut , pour pouvoir obtenir un tel résultat, se confier uniquement à rbonneur et à la discipline militaires , isolés de tout contact capable de troubler leur action, et d'affaiblir leur énergie. H faut, en un mot, si l'on veut avoir à compter sur des places défendues dans la proportion eiiacte de leur force et des moyens en tous genres qu'on y aura rassemblés ; il fiint , dis-je , les bfitir en terrain libre , et qui n'ait et ne reçoive jamais d'autres babitans que la garnison qu'on leur don-^ nera. Car, quel inconvénient encore n'est-ce pas, d'avoir à pourvoir à 1 approvisionnement en vivres d'une nom* breuse bourgeoisie, avec laquelle , quelques précautiona que vous en ayez exigées à cet égard , il faut toujours fimir par partager les vivres de votre garnison ?

Mais ici les inconvéniens politiques l'emportent encore sur les militaires. En effet, si la ville forte fait partie d'un état libre , quelle prérogative n est*ee pas pour elle , d'avoir dans ses fortifications une foroe inbérente à cUemême , et , quand elle le voudra, indépendante du reste de l'état ? Dans un état, au contraire, où la piûssance politique est déposée dans les mains du petit nombre , ou d'un seul , quel appui une telle ville ne peut-elle pas donner aux fiictieux , s'il s'en élève ? Ainsi tout concourt à détourner de fortifier des villes , d'autant que Thabitude qu'on en a prise fait que, qudque mal située que soit une ville frontière un peu importante , on force la nature

DI«C017XS, PB£l1XINAI]I£. 7IJ

et l'art ponr en faire une forteresse , dont souvent Tobjet, relaûvementii la défense de Tétat ^ se trouve , ou manqué, parce quelle n'est pas située au point de la frontière où il eût fallu qu'elle le fût, pour le remplir parfaite* ment, ou mal assuré, parce que la nature du local s'oppose à ce que Vart en fasse jamais une bonne place. Conclnra-t-*on de là que je veux qu*op démantèle toutes les villes , pour substituer à leurs fortifications des forteresses dans des déserts ? On aurait tort. Je conseille seulement que , quand on croira devoir se créer une frontière , ou ajouter à celle qu'on a déjà , quelque forteresse, on en choisisse les emplaoemens dans des Ueuic inhabités. On ne risquera pas alors de manquer les points qui renvplissent à la fois le but de couvrir Tétat » et celui d'offrir i l'art tous les secours de 1^ nature. C'est ainsi que Mont^ Royal avait été construit ^ et l'on peut dire que jamais emplacement de forteresse ne fut miem choisi. Neof- Brisach^ Sarrelouis , et qudques autres places l'ont été de même ^ mais en y attirant » par toutes sortes de moyens, des habitans» on les a dépouillées» cotmne forteresses, d'un très-grand avantage. Car je ne puis trop le répéter : •jusqu'à ce qu'on ait des forteresses totalement vides de bourgeoisie , et ne contenant que leur garnison et ses établissemens militaires , qu'il deviendra al<M^ facile d'ap^ proprier uniquement au but de la défense , c'est-à-dire de rendre incombustibles et à l'épreuve de la bombe ; jusqu'à ce qu'on ait de telles forteresses , on n'obtiendra que bien rarement des défenses de places dégagées d'élémens hétérogènes capables de les viciei^ ; et jusque-là , il y aura Gonséquemment toujours impossibilité à ce qu'on compare entre eax , l'art de la fortification ou de la défense , et celui de l'attaque, et surtout à ce qu'on parvienne à

8o ESSAI ciNÉBAL HB ^FOBTIFICATIOH.

délerminer le vrai rapport qui existe entre leur» moyeDs respectifs* •'

Je crois Avoir parcouru toutes les causes de la décadence de là défense des places. On doit avoir remarqué qail n^en est qu'une qui soit proprement inhérente à la fortification actuelle^ c'est son inaptitude à se dérober » par dle-mème et par les seules conditions de son tracé , au ricochet, et surtout à Tenfilade. On ne croit pas impossible d'y remédier, au moins en très-grande partie. Toutes les autres ca^ises de cette décadence sont étrangères à Tart , et plus ou moins faciles à en écarter. Les plus aisées , sans çpi^tredit , à faire cesser, sont Fignorance où sont k peu près tous les militaires de ses premiers principes et de ses détails pratiques les plus essentiels^ et Tabandon total qi;'ils en font aux ingénieurs. Cet abus, à la yérité» loin d'être la matière d'un reproche à faire à ces derniers ^ n'est pour eux qu'un titre de gloire. Il prouve à la fois , l'entière confiance accordée à leurs talens , et le désespoir qu'on a conçu d'y atteindre. Mais , puisque l'art a tant à gagner à sa suppression» pourraient-ils craindre d'aVoir à y perdre ? D'ailleurs.^ toujours les premiers dans une carrière que jusqu'à présent ils ont seuls parcpurue^ ouvrir la barrière à une foule de nouveaux ooncurcisns , c'est leur offrir, au lieu de succès obscurs , des triomphes ^atans^ aussi justement que généraleaient appréciés.

Je me propose donc l'utile but de mettre à la portée de tous les militaires , et même de tout lecteur attentif, la fortification , et l'attaque et défense des places , en expliquant ces deux sciences l'une par l'autre. Tintitule ce faible ouvrage , Essai , parce que la matière n'a point encore été traitée, que je sache, sous ce double point de

DlëGOUBd PRiLIMIlTAlAX. 8)

vue , seule manière â mon avU de l'étudier avec firuit , que parce que ce titre m'affraucfait de la gène d'une mé*thode à laquelle il m'eût été difficile peut-»ëtre de m'aa-* sujétir, et qu'il me dérobe au* joug de ces priacipeB or^ gueîlleux , et jaloux de dominer une théorie où tout aoit dépendant d'eux. Cfr, s'il existe de teb principes dans les arts dont je veux traiter, je ne sais s'il me serait bien &** cile de les discerner ; et si par malheur je m'y trompais, cela me conduirait iniailliblement, ou a donner une théorie fausse, ou à me montrer iuoonséqnent à mes prinoi** pes , eu en étaUissant une vraie qui n'en découlerait pas. Je veux d'ailleurs adopter une marche sî libre et si facile, qu'elle me permette de dire tout ce qui peut inatruire de la science militaire de l'iogénieur; et que tout ce que l'en dirai soit si simple, qu'après m'avoir lu, chacun puisse dire : a Quûil ce neH qut 4etal » Je pne qu'on fasse bien attention que je ne parle que de la êûiénoê fnilitairô de ringénieur ^ la seule dont la reste du militaire doive être curieux et paisse avoir besoin.

Je borne doua tiMifte mon ambition d'anieur à faire dire à mon lecteur : « Quoi ? ee ilW que cela I » et tout auteur mililaive de bonne fin devrait en agir de même, at ne jamais s'euteioj^r d'uu appai^il scientifiqua qui tonjours lui est, pour le moins, inutile. Eu ef&t , ce n'est nullement la théorie des acieiices militaires qu'il peut ètoa pénible d'apprendre ; o'eu eu la pratique. Les principes en «ont simples , clairs , &cil^ à saisir *, maïs l'application en est souvent difidle , quelquefois même délioaie k feire. Toute la théorie de l'art nuUtaire pourrait faokmant a'apprandre fm quelques mois. Ce n'est pas trop de toute la vie po«r em. acquérir la pratiqua , an mcms peur les hommes ordinaires ; car fl j a eu dans tous les umpa I. 6

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