É US8AI GÉNÉRAL DE FORTIFICATION
des hommes privilégies, à qui le génie a tenu lieu d^ex^ périenoe , et quelquefois même de théorie ; mais toujours ces hommes infiniment rares, au sorti» des circonstances imprévues qui avaient fait édore en eux un talent qui s%norait lui-même , se sont montrés les plus empressés d'appeler à eux le double secours de Iji, théorie et de Texpériencè. Mais , s'il est une partie de Fart militaire, où la théorie soit indispensable , c'est sans contredit celle que je vais traiter -, d'autant que sa pratique n est rien moins que commune , et à la portée de tout le monde. £n effet , parmi les ingénieurs mêmes , peu ont occasion de fortifier une place , rarement celle d'en assiéger ; et à ht fin d'une longue paix , il ne s'en trouve aucun peutêtre , qui ait fortiÇé une position d'armée , construit un retranchement , et fait exécuter la moindre redoute , ou toute autre espèce de fortification de campagne. Car rien de tout cela ne peut se faire sans une dépense qu'aucun particulier puisse raisonnablement sacrifier à son instruction. Quelle peut donc être la sorte de pratique que ces officiers joignent à la théorie , telle i peu près que je vais l'exposer ? C'est l'examen attentif des différentes places fortes qu'ils sont à même de visiter. Par la manière dif>* férente dont les terrains divans sont occupés'par la fcNrti*fication, par les fautes qu'ils remarquent, comme parles succès qu'ils admirent, ils s'instruisent également , et reoueillent des idées qui , dans l'occasion j trouTeront leur application et recevront leur développement. Ils cherchent à retrouver ces positions fameuses , où • d'habiles généraux, à l'aide de quelques retranchemens , ont tenu en échec , ou repoiusé dans des combats , des armées sapérieures« Us cherchent les vestiges de ces anciens retnm"^ duîmens, et de ceux des camps qu'on a fortifiés sous
DISCOURS PKiLIXIlVAlBS. ftt
ceruines places. Ils tâchent de découTrir, eux-méoies, de ces positions, ils les retranchent par la pensée, et ainsi s'exercent à saisir^ et à retrancher réellement un jour des positions d*armées* Dans les jJaces où ils sont en garnison y ils font des projets de sièges , tels qu'un assiégeant pourrait les former. Ils eêtitnent la quantité des travaux, leur difficulté, et l'espace de temps nécessaire à leur exécution successive , et déterminent ainsi la durée de la défense probable de chaque place , en supposant , ou que ni les assiégeans , ni les assiégés ne feront aucune faute , ou , ce qui revient au même , que les uns et les autres en feront également ^ ou , pour mieux dire , d'une égale conséquence. Telle est la sorte de pratique factice, par laquelle les ingénieurs qui aiment leur métier, se préparent à la pratique réelle de ce métier à la guerre. On doit sentir que cette pratique , toute iàctice et toute imparfaite qu'elle est , se place bien au-dessus de la simple théorie que je vais exposer, et ajoute infiniment à son utilité ; mais que , loin de la suppléer, elle ne peut s'ac-* quérir sans elle. A l'aide seule de cette théorie , au contraire , chacun pourra , pour peu qu'il y mette d'application , se donner cette sorte de pratique ^ et ce qtti jusqu'à présent n'avait été possible qu'aux seuls ingénieurs , Ta devenir facile et d'un usage commun à tous les officiers qui aiment leur métier, lesquels , à l'aide de notre théorie , pourront faire tourner à leur instruction , leur loisir et leurs promenades autour des places de guerre, où ils se trouvent en garnison.
Si l'Essai que j'of&e au public peut produire cet effet, il ne sera pas sans influence . j 'ose le dire^ sur la restauration de l'art des fortifications , et sur le parti qu'on en peut tirer pour la sûreté des états ^ que si , par mes efforu,
^4 l^^^^Z oilliBAL BB PO&TIFICATION.
je puis contribuer k relever cet art de la décadence où il semble être , et où il est , parle fait , mal à propos tombé, j'aurai Torgueil de croire «que j'aurai bien mérité de Yhxt* manité en général , et singulièrement de ma patrie. C'est ce double but d'utiKté qui sera mon excuse auprès de ces censeurs philanthropes qui prétendraient qu'un livre ^e plus sur la guerre, n'est, s'il ne contient du neuf, que Tannonce d'une calamité nouvelle , et que la recette d'un poison jusqu'ici inconnu*
lilTUt ik 8&