‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 152 sur 170 · LIV. IV. CIIAP. I · texte numérisé non relu

LIV. IV. CIIAP. I

nieurs , et même les officiers d* artillerie profitant de Tocicasion , et de ce premier moment de sm^prise , poar s'approcher à la faveur des haies , cavités et autres cour verts , s'il y en a dans les environs ; il faut se tenir alerte dans tontes les batteries , s^y faire avertir des moindres moQvemens de Fennemi , par des sentinelles pUcées ex« près, et tirer avec tonte l'attention et toute la justesse possibles sur tout ce qui se présente i portée, et parttculièrement sur ce qui se distingue par'une position plus rapprochée que le reste ; et il ne faut pas cesser d'en user ainsiy depuis le ipoment de Tinvestissement jusqu'à celtn de l'ouverture de la tranchée.

Pour s'aider à découvrir le lieu et le moment de cette ouverture de la tranchée , on établira dans chacun des bastions de la place , à une de leuts épaules , un gros mortier destiné à jeter des balles ardentes , au moment oà l'on sera averti par les patrouilles et avant-postes , de quelque mouvement de l'ennemi indiquant cette opération. On placera semblablement , et pour le même objet , un petit mortier dans chaque place d'armes saillante du chemin couvert des demi-lunes.

Si l'assiégeant trompé par la portée à dessein raccourcie de votre canon de gros calibre , ou invité par quelque position avantageuse , approche et établit en quelques enr droits ses lignes et son camp à la véritable portée de ce canon, vous vous garderez bien] de le troubler • puis, quand il est solidement établi , vous renforcez de canon de votre plus gros calibre les batteries les plus à portée de lid nuire ] et après avoir bien pris vos mesures , quant k là distance où vous êtes de lui , vous lui faites un feu tel -, que vous le forcez à abandonner avec perte , et à reculer cette partie de son camp.

t68 E3SAI QkntWiÂh Di FOBTlFICATlOlf.

S'il n'a pas donné dans ce piëge £icile à évîler, elque le terrain prête à faire sur lui une sortie de canon , on la disposera de la maniire suivante.

La veille de la sortie , on remettra sur leurs arantr trains les trois pièces de i6 de Tune des demî-lnnes des portes » pour être conduites , avant la pointe du jour, à la queue des glads du front , en avant dnipiel la sortie doit avoir lieu , et Ton disposera à les accompagner , pareil nombre de pièces de 4* On hissera encore dans chacune des deux places d'armes rentrantes du chemin couvert , le plus à portéede la droite et de la gauche du terrain qu'on veut faire occuper à la sortie » trois autres pièces de 4 » montées simplement sur leurs affûts sans avantrtrains.

Chacune de ces piiœs, tant grosses que petites, sera approvisionnée de 3o coups à tirer , dont moitié de ceux des pièces de 4 «eront à cartouches. Pareille quantité de munitions sera déposée dans le chemin couvert , pour j avoir recours en cas de besoin. A la suite de chaque pièce de i6 » on conduira sur un petit triqueballe ou diable j quatre forts madriers , avec masses et piquets. Ces madriers seront mis sous les roues des afiuts de ces pièces y quand elles seront en batterie , pour empêcher qu'elles ne s'enfoncent. Si Ton n'a pas suflisamment dç chevaux pour traîner ces grosses pièces , on y suppléera pardes hommes, et en en comptant par pièce 4o, qui la tir reront par une prolonge ^ à laquelle seront placés des leviers de distance en distance'» Les munitions de ces trois pièces seront transportées dans deux tombereaux , traînés, à défaut de chevaux ^ chacun par lo hommes ^ la hommes mèneront les madriers sur trois petits trique? balles. Les pièces de 4 seront, ainsi que leurs munition^ j

UT. IV. CHAI». 1. ^6cf

traînées et s^llries ptr denx canotaniers et lo servans par « pièce.

On renforcera dequelcpies pièces de canon de résenre» les barbettes des bastions , le plus à portée de protéger la sortie , et Ton garnira ces batteries , ainsi que celles des barbettes des demi-lones de ce c6té de ia place ^ d*un assez grand nombredecanonniersetdeservans, pour faire au besoin le feu le plus yif.

11 sera placé des piquets d*infanterie ^ dans cbacune des 5 ou 6 places d'armes saillantes du chemin couvert , les plus voisines du point où se portera la sortie , afin d*en protéger la rentrée dans les places d*annes rentrantes qui lui seront désignées au centre de ces dnq ou six saillantes. D'autres jnquets seront également tenus dans les bastions et derai-lunes en arrière de ces

places d'armes pour soutenir par leur feu , les troupes postées ou retirées dans le chemin couvert , au cas que Tennemi , dans la chaleur de la poursuite , s'abandonnât jtisqne sur eUes.

Tout ou partie des grenadiers de la garnison seront commandés pour escorter les pièces de i6 , jusque sur le terrain où elles doivent agir.

Deux troupes de cavalerie seront aussi commandées pour sortir , une par chacune des deux portes à droite et àgauchedu terraindela sortie^ aGn d'en couvrir les flancs.

Deux détachemensde loo hommes chacun seront également commandés , pour escorter le canon de 4 qni doit servir k protéger les flancs , et à assurer la retraite de la sortie.

Le lendemain , une demi-heure avant la pdnle du jour , il sera donné un signal de quelques coups de canon tirés du cAté opposé à cdui ptr où se fait la sortie*

270 feSSAI GÉNÉRAL DF. FOBTlFICATIOR.

A ce signal , chaque pièce de canon soigla de la barrière , ayec la troupe destinée k Tescorter.^es pièces de i6etleur» munitions se rendront, accompagnées de lear escorte et des trois pièces de 4 <piî doivent les suivre , à la queue du glacis le plus voisin du lieu où elles doivent agir. Le tout s*y formera dans l'ordre dont on sera convenu, qui doit être tel qu'il ne présente qu^un petii front, tant pour être moins en prise au canon enneoii que pour être plus facilement protégé de celui de la place* La cavalerie sera sur les flancs , et un peu* en arrière de rin£tnterie.

Les deux autres divisions de pièces de 4 iront se former de même avec leurs escortes , à la queue des glacis du chemin couvert d'où elles seront sorties , et conséquemment à droite et à gaudie de la première division. Le tout étant mis en ordre s'ébranlera a la petite pointe du jour. Les deux divisions de petit canon des ailes et leurs escortes s'arrêteront A 1 5o toises de la crête du chemin couvert » pour ne pas se mettre hors de portée d'être protégées de sa mousqueterie. La division du centre continuera à se porter en avant , jusqu'au point reconnu pour être le plus propre à l'objet qu'on a en vue , point qui toutefois ne doit jamais être éloigné de la place , de plus du tiers de la distance qui se trouve entre elle et le camp ennemi; en sorte que l'assiégeant ait toujours deux fois plus de chemin k faire pour joindre la sortie que ceUe-ci n'en aura k faire pour rentrer dans le chemin couvert.

La sortie étant parvenue sur son terrain , au moment à peu près où le jour naissant commencera à permettre de distingua les obî^u, on sortira les pièces de 16 de desstis leurs avant-trains ^ on placera et Ton arrêtera par

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d€9- piquets , les madriers destinés à être sous les rouages de leurs afi&ts, et ces pièces seront aussitôt pointées sur le camp ennemi , dont la distance du point où Ton est ^ aura dû être reconnue et relevée à Favance de la place , afin de ne*pas perdre , s'il est possible , en épreuves , même le premier coup. Si c'est un camp de cavalerie cpi^on ait devant soi , on pointera de préférence aux che* vaux au piquet , afin d'être plus sûr de mettre dans ce camp le désordre le plus complet. Les pièces de 4 9 venues i la suite de celles de 16, se placeront à la tête de Tinfanterie de Tescorte, pour y tirer sur les troupes qu'on verrait quittai le camp ennemi , et se porter vers la sortie.

On soutiendra ce feu jusqu'à ce qu'on voie du danger à tenir i son poste , soit parce qu'on vous oppose une artillerie supérieure , soit parce qu'on fait marcher des troupes en force contre vous. Ces dernières ne sont pas , à la vérité , fort à craindre de fix>nt , où , à mesure quelles approcheraient , elles seraient exposées i un feu toujours plus dangereux , tant de l'artillerie de la sortie que de celle de la place *, maïs il faudra bien prendre garde qu'à la faveur de quelques vallons ou autres accidens du terrain , l'assiégeant ne puisse s'approcher de vos flancs^ et en conséquence , il faudra les faire éclairer par quel* qnes patrouilles commandées par des officiers intelligens, qui aient des instructions bien précises sur les signaux et autres avertissemens à donner à temps y pour faire retraite sans se compromettre.

Ce moment étant venu , les pièces de 16 seront remises sur leurs avant-trains et ramenées , comme elles sont venues, entre deux colonnes d'infanterie. Les pièces de 4 qui les ont accompagnées, prendront leur place à la queue

t7S ESSAI CinàHAL DB FOmTIFICATlOir,

de la colonne d*artiUerie -, et si Fennemi ayait Timpra* dence de s'abandonner dessus avec de la cavalerie , ce serait le cas de faire usage des cartoucbes qui , secondées du canon de 4 de la queue des-glacis, et de celui des barbettes de la* place » ref roîdiraient vraisemblablement sa poursuite. Quant au canon de 16* dont les mouvemeDs sont nécessairement lourds (i) « une fois en retraite, îl ne doit plus s^àrrèter pour tirer.

L'opération que nous venons de décrire y est , comme Sm voit p d'une exécution «non difficile , au moins fatigante, ee employant à la fois beaucoup de monde , tant au dehors de la place , pour servir et escorter le eanon, que sur les remparts et dans les chemins couverts , pour en protéger k position , et en assurer la retraîie. Et cependant j quel en est le but ? de braver l'armée assiégeante , plutôt que de lui nuire véritablement *, de lui faire sur sa position une tracasserie , plutôt que de Tobltgcr i l'abandonner , pour en prendre une plus reculée. Car il est évident que Je désordre qu'on lui cause par U n'est que momenlané. O ce résultât ne vaudrait pas la fatigue qu'il causerait à la garnison entière d'une petite place, telle que notre hexagone ^ et la sortie d'a^ tillerie sur le camp assiégeant ne conviendrait , par conséquent qu'à la garnison: nombreuse d'une grande phoc, qui pouvant la soutenir sans fatigue excessive , pourrait la renouveler y pour ainsi dire, chaque jour , tantôt d'un côté ^tantôt de l'autre , et saurait , en inquiétant et en «fatiguant ainsi l'assiégeant , distraire le soldat assiégé du

g (1) DespUoMdelS debataillef oadcteb«aîcrtde6 pouoes, a'^

raient pa* œt iacoBvënieDt , mm en revanche ils enraient celui de de

voir être port^ de 100 i 1 20 toises plos loin de k place.

LIV, IV. CHàl». I. 8^3

désavantage de sa position défensive , et même liii persuader qu'il est , à ce| égard , au moins de pair avec un ennemi qa*on lui fitit journellement attaquer jusque dans son camp.

Quoi qu'il en soit , et que Tassiégé fasse ou croie ne devoir pas faire de sortie de canon sur le camp assiégeant , il ne doit pas moins , dès le moment de l'investissement , se tenir constamment alerte à ses barbettes , les nuits surtout , afin , s'il se peut , de né pas manquer le moment de l'ouverture de la tranchée. Pour concourir par son artillerie à la découver^de cette ouverture , l'assiégé , dès Tinstant qu'une de ses patrouilles envoyées à l'extérieur de la place, l'auw averti de quelque mouvement de l'assiégeant , pouvant appartenir k cett^ opération , tirera des mortiers le plusè portée du lieu où ce mouvement aura été indiqué , des balles ardentes , dont la portée et la direction auront été tellement combinées, qu'elles tombent toujours dans des Keul k la vue àt la place y et non clans des cavités ^ ou derrière des obstacles qui lui en déroberaient la ludiière.

Lorsque par ces moyens, ou par tout autre , on est pârrenu à découvrir le lieu et le moment où la trancbée s'ouvre, on fait aussitôt sur cette ouverture , feudesbar^ bettes du front d'attaque , et de celles des autres ouvrages qui peuvent y diriger leur canon* En même temps , on amène sur le front attaqué » le canon de 4 demeuré en réserve , les obusiers ou mortiers de 8 pouces montéssur afiùts* de canon , et même le canon de la resté également en réserve ; mais on se garde J>ien de déplacer aucune des pièces qui sont en batterie , afin que si l'ennemi avait essayé de vous donner le change, et ouvrait réelleméht la tranchée sur un autre front , vous ne fuasiex pas pria 3. i8

5174 ESSAI câlVÈaAL DB FOBTIFICATION.

au dépourvu et pussiez encore lîrer sui* celte seconde on* ▼erlure de tranchée , du moxnoit où vous viendriez à vous en aperotvoir. Tout ce canon , tant des barbettes que de la réserve, qu'on vient d'amener , doit tirer i ricochet , en sorte que le boulet fasse sa première chuie à aoo toises environ de la palissade , et qu'ensuite il se porte par des bonds successifs, jusque sut le terrain du travail de l'assiégeant. Le canon qui tirera dans la direction des capitales du front d'attaque, pourra y raidir ses ricochets un peu plus qu'ailleurs , ayant à rencontrer U • outre la parallèle , les zigzags des communications en ar* rière. ^

Les pièces de réserviJBiiiunées sur le front altagnë pourront» mises sur leur semelle « et recalées à quelques pieds en arrière du talus de la banquette , être tirées par dessus les parapets. Les pièces de 4 aeront tirées à plate terre , sans madriers sous les roues de leurs afiùts. Les pièces de 1 1 , et les obusiers ou mortiers montés av afiùts de canon, pourront en avoir besoin'» et arriveroat en conséquence^ chacun avec quatre madriers esn^f^tt^ c'estrâMire attachés sur leur affût* Les pièces de 4 ^ les obusieiB seront placés derrière le parapet des faces des bastions du front d'attaque^ celles de xa le seront derrière le parapet de la courtine.

Cette méthode du ricochet» peu en usagedans la défense des places, y -est cependant très avantageuse, et cefle de servir le canon , qui , à bien peu de cas fièê , y convient le mieux (*)• Car ,

n I«'uiage de cette mëtfaode demanderait des expérienees qu'on a^apai finies iuaqa'A ot j<mr. Elle %é%i proposée par CSormcotniigM. Or

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