‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 8 sur 170 · AU ROI DE PRUSSE · texte numérisé non relu

AU ROI DE PRUSSE

Siw,

VouYEàGE dont fose offrir Vhommage à Foire MajesUs vous appartenait à trop de titres, pour qu'il pût paraître autrement que sous vos augustes auspices. Seul Roi mUUaire entre tous les Rois de V Europe , Roi dû petite le plus belliqueux de runii^ers, à quel autre que vous y Sire , pouvais^Je dédier un Uvre destiné à rendre plus uniçers^emeni nOlltaire, une science qui fiOtla moitié de cette de la gum^, quoiqu'on tait^ depuis long^temps, presque aussi entièrement qtfadnsiuemeru séparée de ceUe que àuttivent les guerri^s.

XIV ^ DÉDICJkCE

Mais s'il existe maintenant, en Europe, des troupes et des officiers, que leur instruction et les connaissances sur lesquelles elle repose, rendent véritablement susceptibles de se ressaisir promptement de la science de la fortification, et de l'attaque et défense des places^ quand on la leur présentera dépouillée de tout appareil scientifique , àla fois , et minutieux ; ce sont les vôtres , Sire , et, sous ce point de vue^ c'était également à Foire Majesté qu'appartenait, de droit, l'offrande d un ouvra^ composé dans le but de restituer aux troupes et à leurs chefs , la moitié, je le répète, de la science de la guerre, mcd à propos abandonnée aux seuls ingénieurs.

Dans le court espace de votre règne glorieux , vous avez déjà^ Sire, reculé de bien loin les bornes de votre heureux empire^ et ses diverses parties ont reçu ^ de cette extension^ une liaison et un ensemble, qui désor^ mais permettent d'en doubler par l'art la force naturelle. Cest donc encore à Votre Majesté, qu'est du, sous ce rapport^ le tribut d'un travail, qui, embrassant la fortification , dans ses relations essentielles , avec la défense générale des états, peut offrir, ou faire naître sur cet important objet, des vues utiles que le génie de Foire Majesté saura féconder pour la stabilité de votre empire.

Mais il est. Sire , d'autres considérations entièrement personnelles à Votre Majesté , qui m'amènent irrésistiblement à vos pieds. Ce sont celles qui naissent en foule de l'événement à jamais mémorable du siège d'une

DE l'aOTECR XT

grovnde piace^ dLans iaqueile une garnison puissante j presque école à, V armée de Votre Majesté , avait sur cette armée y Tav€Uttage de pouvoir j à son choix ^ P attaquer suintement sur l'une ou Vautre rive dun grand fleuve^ et celui d'être déferuiue par une double enceinte âe forUficatians redoutables. Tant d obstacles ne pou-vaiaU être surmontés que par le concours de tous les takns et de toutes les vertus guerrières. Foire Majesté défkojalesunsjdo¥marexempiedescuUres, etlachule de Majnerwcj prodige de lapaissancede Fattaque, en . étonnant tunii/ersy m'imposa , envers son vainqueur, rhommage que je fais maintenant à Votre Mc^esté^ de ce Vivre, aa^ielje travaillais dèsAors^ et oh je m'efforçais de balancer les moyens de Vattaquepar ceux de ia défense, pour asseoir sur leur équilibre les vrais principes de toute bonne fortification.

Jesms avec le plus profarut respect, ^ SIRE,

DETOIRE KAlESTi,

Le plus haqible , l«p>asobéitsan|, et le plus fidèle serritatr.

DE BOUSMARD.

BMa

On a tant écrit sur la fortification , et renseignement de cette science est devenu si commun. et si général , qu'un livre de plus sur cette matière n'est peut-être pas une cliose aisée a justifier. D'un autre côté, 1 on ne peut cependant s'empêcher^ de reconnaître que cette multitude de livres et dé maîtres laisse beaucoup î désirer. Suffisent-ils, en effet, à Tofficier pour la construction , l'attaque et la défense de la fortification; pour faire, en un mot, un usage utile de la doctrine qu'ils enseignent ? Suffisent-ils à Vhomme d'état, pour asseoir des combinaisons tant soit peu assurées sur l'influence des fortifications dans la balance des forces des diverses puissances, pour prévoir le succès des guerres que ces puissances I. 1

auront entre elles ? Suffisent-ils même à rhomme du monde pour juger sainement des événemens que fait naître ou que détermine chaque jour cette savante partie de Fart de la guerre ? Sur toutes ces questions, je m'en rapporte aux uns et aux autres ; et, de ce grand nombre de savans en fortification , dont fourmillent tous les états de la société, il ne s'en trouvera guère qui y répondent affirmativement, de bonne foi.

On ne peut nier, cependant, qu'il ne se soit élevé des homn^es qui, par leurs connaissances, ont semblé maîtriser les événemens du ressort de cette partie de la guerre ; et que les Vauban, les Coehorn , et même ceux de leurs successeurs qui ont le mieux suivi leurs traces, n'aient su déterminer avec une précision vraiment étonnante, et Tusage réel qu'on pouvait faire de toute fortification ( c'est-à-dire , la durée de sa résistance contre l'attaque la mieux dirigée, possible, contre elle), et la mesure de chacun de^ moyens dont

PBEFAGE. 3

rensemble opère cette résistance. Ilt^ ont également su prévoir, avec une sorte de certitude , Finfluerice qu'exercerait , dans la défense générale de la frontière ) et même dans celle de Tétat entier t chaque fortification , suivant ses rapports* de position , de grandeur et de force , avec la situation , retendue ^et la force naturelle de cette frontière ou de cet état. Il y a donc un art de la fortiûcation , supérieur a celui qu'enseignent les livres et les maîtres ; et il doit y avoir aussi une méthode d'en* seigner cet art , différente de la leur.

Mais, si cette méthode existe et se pra*^ tique quelque part, ce doit être dans ces corps^qui, dans presque tous les services deVEurope, sont principalement chargés delà construction des fortifications^ et de la direction de leur attaque et défejgt^e; car c'est la que Von en a évidemment le plus besoin , et c'est aussi là que, depuis fort loDg-temp$, se trouvent les seuls hommes à peu près qui , réunissant la pratique à ]a théorie , ont

occasion , et sont en état de faire de la fortification cet usage utile , qui Télève au-dessus de la fortification vulffaire.

Il n'est donc question que de faire connaître la méthode d'enseignement de ces corps , pour répandre dans le public la science réelle de la fortification, maintenant concentrée chez eux en très-grande partie.

Cest ce qu on a tenté dans cet Essai^ où Ton a tâché de révéler pleinement la méthode du corps du génie français* Puissent les ingénieurs tles autres services de TEurope imiter cet exemple , et nous faire connaître les méthodes de leurs corps respectifs ! De cette communication générale de lumières résulterait Textension en tous sens de cet art utile, qui le ferait bientôt sans doute atteindre à ses dernières limites.

J'ai dit la méthode du corps du génie français, et non -celle de son école; parce qu'en effet cette dernière ne faisait qu'une partie de l'enseignement, lequel s'achevait dans la vie entière de

ringénieur , par Fétude approfondie des plus beaux et des plus grands modèles delà fortification moderne^ qu'il faisait dans les nombreuses et superbes places de sa patrie , et par la lecture réfléchie d'une grande quantité de mémoires sur des sujets généraux et par^ ticuliers de fortification, et de ces autres parties de la guerre qui en reçoivent ou lui donnent des secours ; mémoires qui circulaient uniquement dans ce corps, et en complétaient •] instruction.

Le premier pas que faisait faire cette méthode , était d'apprendre à attaquer une fortification quelconque , avant même d'avoir posé les principes , et d'avoir établi les règles de l'art suivi dans sa construction. Il arrivait de là que , lorsque l'élève passait à l'étude de cette construction, il lui était toujours possible , et souvent même facile , de discerner l'illusion ou la réalité des motifs de ses différens modes ou systèmes : car toute fortification étant essentiellement

destinée à être attaquée et défendue , et n'étant évidemment destinée qu'à cela , il est clair que ce qui n'opère ni difficultés dans son attaque y ni facilités dans sa défense , est aussi vain et illusoire , que ce qui produit véritablement Tun ou l'autre est réel et effectif. Aussi , se reposait-on sur la curiosité de Félève du soin de connaître et de juger les divers systèmes que la fécondité de l'imagination, et l'oisiveté ont enfantés , en si grand nombre, cheiz; des hommes de tous états; et, loin de le fatiguer de cette étude immense^ si souvent stérile, et si rarement profitable, on n'appelait son attention que sur l'art d'appliquer au terrain, suivant les conditions données de son irrégularité , quelques fronts d'un des principaux systèmes en usage» Ce travail , poussé jusque dans êes moindres détails, familiarisait l'élève avec toutes les difficultés d'exécution , le rendait capable de discerner ce qui, d'un projet, toujours si aisé à faire sur le papier , est véritable-

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xneiit exécutable, et applicable au 1er* rain pour lequel on le propose ^ et Ta* irertissaît de n'en faire et de n'eu proposer jamais que de tels. Cétait » s'il m'est permis de m'exprimer ainsi,, ufie seconde arme défensive, ajoutée à celle de la science de l'attaque des places dont on. le prémunissait , et contre la séduisante et si souvent malbeureuse facilité, d'inrenter en fortification, et contre l'engouement, plus déplorable encore , pour les inventions d'autruiy toujours tropvantées par leurs auteurs. Telle était l'étude vraiment élémentaire de la fortification, qui se faisait à l'école de Mézîères.

Sorti decette école, le jeune ingénieur trouvait dans les places où il allait servir, soit de grands travaux, où il mettait en pratique les leçons qu'il venait de prendre en exécutant et en construisant réellement , ce qu'il n'avait jusqu'alors fait que projeter et tracer sur le papier, ^oit de grands modèles y dont il pouvait étudier la facture. Cela se Élisait, tout

en vaquant à son service. Mais ses délassemens étaient plus instructifs encore. Il allait visiter les places voisines de la sienne, s'en faisait expliquer Fobj et, les propriétés, la force, les défauts , par ceux de ses camarades qu'il y trouvait employés; apprenait de ses chefs , les rapports , la liaison et Futilité de ces places à la défense de la frontière; obtenait la communication de mémoires écrits sur ces objets , soit déposés dans les papiers des places, soit circulans parmi les officiers appliqués du corps , dont Fesprit général était de se faciliter réciproquement l'instruction. Il n était aucun de ces mémoires , quelque particulier que put être son objet, qui ne contînt quelque idée jyste, quelque application utile à quelques cas plus ou moins communs dans la pratique du métier. Eh ! qui ne sait qu'à la guerre , et dans toutes les sciences conjecturales et pratiques , comme elle , le plus savant est celui qui a la plus ample provision de ces sortes d'idées , et qui sait

faire le plas de ces applications ? Mais il y avait des mémoires généraux encore plus importans y en ce qulls faisaient connaître les avantages et les défauts de quelque mode usité de fortification, et apprenaient à faire valoir les uns , et à pallier ou, à corriger les autres; en ce qu'ils donnaient des méthodes ou plus exactes , ou plus flexibles , d'appliquer 1r fortification au terrain ^ en ce qu'Us étendaient les idées de ringénieui à tous les rapports de la fortiûcatioD y soit avec ie&armées destinées à défendre une fi*ontière donnée , soit avec les divers moyens de faire valoir cette fortification en elle-même^ tels que Tusage bien ordonné des troupes de sa garnison , de son artillerie , de ses inines> des travaux exécutés pendant et pour sa défense 9 et des approvisionnemens nécessaires à chacun de ses divers services. Car c'est sans doute ainsi, par son véritable usage à la guerre ^ et par tous les moyens requis pour en tirer alors le parti le plus avantageux , qu'il doit être

précieux de connaître la fortification y et non par Vénumération et la chronologie de quelques milliers de systèmes qui n'ont jamais existé que sur le papier» Et Vauban eut bien 'pu ne regarder tel érudit qui Penseigne et en disserte ainsi^ d après la foule des auteurs, systématiques qu il a lus 9 que du même œil dont Annibal vit ce rhéteur , donnant de* vant lui des leçons de Fart de la guerre.

Mais comment faire part au public d^une méthode qui demandait une école , des simulacres de siège, un service d'un grand nombre d'années dans les places , et la communication d'une foule d'instructions manusopites et orales? En suivant, pour lui faire connaître les seules règles utiles de la fortification, sinon la même marche qui était usitée à Mézières, ce qui serait impossible dans un hvre, du moins une marche analogie, et telle, que la connaissance de tous les procédés de l'attaque et de la défense , précède ou

aceompa^e^ et, sans cesse, éclaire Y enseignemeiMt de chaque principe de forafication , à mesure qu on le posera ou qu on le développera ; en n'accoiv dant jamais à un mode quelconque de fortification , ni à un moyen , quel qu'il soit, d'ajouter à la force des places, de mérite ^ que celui qu'yfera reconnaître \ ^^ig\îcation quon lui fera de la meilleure mélliode d'attaque ; Ai indiquant précisément des moyens* certains et usités, de bien adapter et plier la fortiûcsLtion aux irrégularités du terrain , et en donnant des aperçus distincts des avantages les plus important qu'elle peut tirer de ce même terrain y suivant sa nature ; en formant un en&emble^ un corps, une sorte même d.e système motivé , suivi et lié dans tontes ses parties , de tout ce que ne présentaient qu'épars une foule de méttkoire& , tant sur Tusage à faire , dans la défense d'une place, des troupes, de Vartillerie, des contre-mines, des retranchctnens et autres travaux, que

sur tout ce dont il faut y être pourvu à Tavance , et y savoir préserver du feu de rennemi, pour qu'aucun des matériaux nécessaires ne manque en aucun temps j à aucun des moyens essentiels de cette défense ; en présentant des considérations sur les défauts de la for- •tification actuelle^ et des moyens de corriger ses défauts , et par conséquent de perfectionner cette fortification , en faisaht également un ensemble lié de tout ce qui se trouvait enseigné çà et là sur la défense des états par la fortification , et en traitant , avec ordre , les diverses manières d'ajouter à la force naturelle de leurs frontières, suivant la nature particulière de cellesci; enfin ^ en traitant et approfondissant, de son mieux , toutes les questions dont la solution peut agrandir et étendre^ en quelque sens que ce soit, le domaine de la science de la fortification.

Tels sont les objets qu'on a tenté d'atteindre dans cet essai, en les déga-

J^REFACE. 1 3

géant loutefois de certains détails techniques qui ne peuvent convenir qn a Tartiste j mais en conservant tous ceux qui peuvent être nécessaires, soit à l'officier pour exécuter, soit à rbomme d'état , ou même au simple curieux , pour concevoir toutes les opérations essentielles de l'art, ainsi que pour en embrasser toutes les combinaisons utiles , et pour en saisir tous les résultats importans.

C'est au mojen de Ja liaison , de l'ensemble et de l'extension même , s'il est permis de le dire, qu'on a tâché de donner à la science purement militaire et usuelle, de la fortification , élaguée de tout ce qui n'est pas elle , et en offusque conséquemment la pureté, la simplicité et la clarté, qu'on espère l'avoir rendue facile et pleinement intelligible à tout lecteur attentif, et qu'on se flatte que le public en général , et le militaire en particulier, pourront l'apprendre ici , telle que les ingénieurs la connaissent» la pratiquent, et s'en

servent à la guerre ; en sorte que quiconque aura à en faire usage , suivant les circonstances dans lesquelles il se trouvera placé , le pourra sans crainte et sans tâtonnement , et sans être , comme dans les autres parties de Fart de la guerre , obligé d'attendre . d'une expérience lente et périlleuse à acquérir, cette assurance d'agir et d'entreprendre^ qui ne manque pas plus aux in« génieurs , à la fin d'une longue paix , que dans le courant d'une guerre animée.

On n'a point encore, que je sache , montré la fortification sous ce point de vue; et cet ouvrage où je l'entreprends, peut, malgré la défaveur qui s'attache à tout livre «composé sur une matière rebattue, être considéré comme un ouvrage neuf, quant à la forme; et même quant au fond, à certains égards ; ce que j'observe , bien moins pour m'en faire un mérite, que pour me donner des droits à l'indulgence.

Ce n'est pas que Vauhan et Coehorn

PRJBf AC£. 1 5

eax»ixièiKies niaient traite , Tun Tattâque des places, Fautrela fortification , chacun dans un ouvragequi porte le cachet do g'énie. Mais ces deux écrits^ composés daus des vues particulières , et restreints cbacun à une hranche isolée de Tart, qui encore n'y est évidemment traitée que pour les artistes y n'ont pouit présenté de Tensemble de cet artj le ta\Aeaa* complet qui eut seul pu éclairer suiSsamment le public. En effet, celai de Yauhan^ monument sim-, pie et sublime^ étonne et trompe, si j'ose le dire^- par l'excès même de sa simpli-^ cité , ne donne de la fortification , dont il suppose la connaissance , aucune notion élémentaire 9 et n'est essentielle* ment qu'un recueil àe procédés certains et de recettes éprouvées , pour prendre les places et pour effectuer les diverses opérations de leur attaque, bien plus fait pour guider sûrement dans la pratiqpje^ celui qui connaît parfaitement les principes de ces opérations, que pour en lier l'ensemble, ou que pour

en fonder la théorie dans Tesprit de quiconque leur est totalement étranger.

Presque rien, d'ailleurs , de relatif à la défense (i), ne s'y trouvant mis dans

(i) Je ne sais si j'ai besoin d'avertir que ie Droite de la dé^ faue de* places qui a paru en 1769 , sous le titre d'ouvrage posthume de M, le maréchal de Fauhan , n'est autre chose que le résultat d'une spéculation typographique , enfantée par le désir de doubler le produit du succès mérité du Traité de ViUtaque des places de ce grand homme.On n'a eu besoin que d'extrcûre de ce dernier ouvrage , le peu qu'il contenait de relatif à la défense y d'y joindre les tables d'approvisionnemens de cet illustre auteur, déjà imprimées ailleurs, d'y cou^ dre , tant bien que mal^ tout ce qu'on a pu se procurer de fragmens de ses mémoires et de ses lettres , ayant , avec le même sujet , quelque rapport prochain ou éloigné ; on n'a eu besoin , dis-je , que d'entasser , sans discernement , sana choix et sans ordre , tous ces matériaux de rapport , pour en bâtir l'édifice bizarre , qu'on n'a pas rougi de décorer du titre de Traité de la défense des pUices de M. le maréchal de Fauban. L'éditeur n'y a mis du sien que le désordre paa> tout , et que des contre-sens et des méprises en beaucoup d'endroits ; ce qui faut , de ce tas de décombres vénérables , un vrai chaos, toujours incohérent, et souvent tout-A-fait imntelligible. {Note de l'auteur,)

Toutes ces fautes ont disparu dans l'édition de l829 , que Ton doit à M. le lieutenant général Yalazé.

{Note de l'édHeur.)

k \>a\aiàce, pour faire contre-poids à la îacilité d^altaquer, le lecteur défiant na jamais cru avoimcquis à si peu de frais la science; dô Tattaque ; et il a fallu qu'il fût déjà fort înstriiit , comme Tétait le duc de Bourgogne, à qui seul Vauban destinait cet ouvrage , pour se persuader , qu'en n*en sachant que cela , il en s^aNaiX assez. Ce livre donc , qui a évidemment simplifié^ et rendu facile aux ingénieurs I attaque des places ,^ Ta laissée cli^z tout le reste au même état où il lavait trouvée.

Il en est de même du livre de- Coeliorn, pour la fortification. Plein de vues saines sur la défense des places , cet illustre ingénieur les entasse dans ses systèmes , avec une profusion qui leur nuit dans Tesprit de son lecteur, insuffisant à les embrasser sans le secours d'un plan d'attaque que lui refuse opiniâtrement rauteur, restreint, sans doute à dessein , à n'étaler que les avantages de sa fortification pour la défense, en évitant de laisser pénétrer les moyens

d^aplanir les difficultés que présente son^ttaque. •

Le peu d'effet des éin:its de ces deux grands hommes^ pour propager la lumière dont ils surent faire briller leur art, loin de décourager Taiùeur de cet ouvrage, qui a cru en avoir pénétré les causes, lui a fait, au' . contraire , concevoir l'espoir d'y réuss^ir , en. lui inspirant de prendre une marche absolument différente de Iqi leur, et d arracher en entier le voile, dont chacun d'eux n'a voulu soulever qu'un des coins.

Pour y parvenir, on expose d'abord, dans un discours préliminaire, l'origine, les progrès et l'état actuel de la fortifi.cation moderne, ainsi que ceux de son attaque et défense. On n^y dissimule point la décadence apparente de la première et même son insuffisance , à un certain point réelle ^ à résister à la puissance des moyens actuels de l'attaque. On recherche les causes de ce mal , et l'on en indique les remèdes ,

dont le plus prompt , le plus sûr et le moins sujetàinconvéniens, sans doute^ est de répandre et de rendre commune, autant que possible > la connaissance réelle de cet art.

L'ouvra^ est divisé en six livres* Le premier fait connaître Ja fortification telle quelle existe, et Tattaque et la défense des places , telles qu'on les pratique maintenant. Des descriptions raisonnées de toutes les parties de la fortification moderne , de toutes les opérations de lattaque en usage» et de tous les procédés de la défense, ouvrent la scène, et dès son entrée mettent le lecteur à même d'apprécier , relativement à leur véritable but, les divers modes de fortification , à mesure qu'ils lui passent sous les yeux. Suivent, dans' leur ordre, des descriptions détaillées déplaces construites suivant les principaux systèmes en usage ^ ceux de Vauban , de Cormontaingne et de Coehorn ; des applications à^ l'attaque et à la défense particulières de chacune

de ces places, des méthodes générales exposées à Tentréè du livre ^ et enfin ^ Texamen raisonné des avantages et des défauts de ces diverses places y accompagné des changemens à faire à leur construction, pour augmenter les uns et diminuer les autres.

Après avoir ainsi, dans le premier livre , considéré les places dans leur état de simplicité, c'est-à-dire, dégagées de tous dehors , autres que tenailles , demi-lunes et chemin couvert^ On examine , dans le second, les divers moyens d'ajouter à leur force. Ces moyens, desquels on recherche , et dont on mesure soigneusement Tinfluence respective sur la valeur en tout genre des places , et sur la durée de leur résistance en particulier, sont : les retranchera ens intérieurs , les contre-gardes , les grands ouvrages extérieurs , les avant-chemins couverts , les manœuvres d'eau , les contre-mines , et enfin les pièces détachées, rendues soit inaccessibles par les manœuvres d'eau ^ ou par tout autre.

PBJEFACE. -2 1

obstacle msuxTiiontabJe du terrain, soit inattaquables , en quelque sorte, par les contre-mines prodiguées à leur défense.

Le troisième livre traite de la fortification par rapport au terrain où elle estlassise , et d'abord enseigne à la plier a \xn terrain inégal : matière vaste, peu connue, et jusqu'ici exclusivement possédée par les seuls ingénieurs dignes de ce nom. On espère l'avoir traitée avec assez de clarté, et jéduite à une assez grande simplicité, pour admettre le lecteur attentif au partage de ee qui' semblait devoir être uniquement réservé à ces artistes. Suivent des considérations générales et moins techniques , à la vérité ) par la nature de leurs objets, mais toupurs utiles et susceptibles de mener près du but, si elles ne peuvent le faire précisément atteindre; suivent, dis-je, des eonsidératiouB sur les divers avantages à tirer, du terrain, selon qu'il est de sa nature , aquatique ou sec, uni ou montueux ^ profond ou rocailleux, ou

même de roc pelé plus ou moins vif.

Enfin Ton pa^se àl'art de reconnaùreune place située en terrain inégal , et de na« ture variée ; et roh cherche à montrer par quels motifs on doit &€ décider dans le choiit des points par lesquels y au moyen d'une attaque en règle , on veut

s*en ouvrir rentrée.

Le quatrième livre est employé à dé»

crire la conduite à tenir dans une place assiégée;

1® Par rapport à Tartillerie, et à son usage régulier et mesuré^ tant sur les moyens de la place en ce genre , que sur la marche phis ou moins rapide de Tattaque qu elle éprouve;

a^ Relativement à la bonne direction y et surtout ,à Texécution on lemps utile , des divers travaux par lesquels on en peut prolonger la défense ;

3* Pour remploi judicieux de la mousqu^lerie , et eu géééral des trou* pes agissant ^ comme tycôupes, de quelque manière que ce soft ;

4^ Quant au secours puissant qu'il

Pm£FACE. %'S

çst toujours possible d y obtenir des mines , quand bien même la place ne posséderait pas de contre-ndnes preparées à layance ;

5^ A regard des apjHrovisionnemens de tout genre j que suppose et que nécessite remploi des moyens précédens ; approvisionnemens dont Fespèce et la quantité ne peuvent être déterminées que par la nature et Vintensité de ces mêmes moyens , et par la dorée i^rai* semblable de résistance qu on peut rai* sonnablement se promettre de leur ensemble. Les soins à se donner pour la juste dispensa tion de ces approvision* nemens à tous les besoins de la défense et des défenseurs j et les précautions à prendre pour mettre les uns et les autres à Tabri des effets du feu de Fassiégéant ^ feront V.objpt de considérations variées , aussi simples et faciles à saisir, qu'essentielles et importantes à ne point perdre de, vue.

Ce livre e$t terminé par quelques règles à observer dans la place assiégée.

a 4 PREFAOfi.

tton seulement pour n'y avoir rien à craindre de la bourgeoisie, toujours malheureusement trop intéressée à en abréger la défense, mais encore pour tirer d'elle un parti utile à prolonger ou tout au moins à faciliter cette défense. Le lecteur pourra éprouver quelque surprise en s'apercevant que les divers objets de ce livre étaient , quoique purement usuels, encore bien peu connus , du moins par leurs vrais principes, et que cependant ces principes sont nécessaires pour fonder avec sûreté une belle défense sur une base solide , à laquelle il n'est pas donné au plus brillant courage, dénué de^savoir, de pouvoir suppléer.

. Le cinquième livre s'élève à la considération de la défense générale des états par la fortification, e^t d'abord traite des dijQérens ordres et lignes de places fortes ; en examinant s'il y a quelque chose de réel dans ces distinctions , ou si elles ne doivent leur crédit, et peut-être même leur naissance , qu'à un métho-

PAEFAGB. a 5

disme outré. Puis ou marque les difFérenées à observer daos k disposition des places et des autres fortifications ^ selon qu^elles sont destinées, soit à couvrir un pays de plaine > soit à fermer un pays de montagaes , soit à défendre Un pays coupé de bois , lacs, rivières, etc., soit enfin à protéger: une frontière maritime.

Tous ces objets sont si vastes-, çt admettent tant de modifications , que les préceptes généraux paraitrent toujours trop vagues pour suffire à les rég-Zer ; et l'on eût préféré de donner^ au lieu de ces préceptes , des exemples pris de quelque état offrant sur ses frontières diverses, des modèles adaptés chacun au genre particulier de chaque position; mais ce n'est qu'en France, au Dépôt central des fortifications de ce puissant état , et à l'aide des lumières de. tout un corps nombreux et instruit , disséminé sur tous les points de* ses frontières ,' que l'on peut espérer de peindre avec succès un semblable tableau.

l6 PREFACE.

De là ^ on passe aux camps retranchés eu général , et aux positions fortifiées 5 Ton .traite ensuite en particuculier des cainps retranchés sous les placés , des lignes pour couvrir un pays, et enfin des postes retranchés, redoutes et autres ouvrages de campagne.

Le défaut de presque toutes les divisions méthodiques* est de ne pas embrasser, et de laisser échapper, entre les liùiites qui^ séparent les différentes pâpties de }a matière divisée , des idées plus ou moins importantes à la connaissance que Ton veut en donner, et, lorsque cette matière est aussi vaste, et eu même temps aussi peu approfondie que Test maintenant encore la fortification , cet inconvénient peut être grave. Quoi qu'il en soit, nous qui voulons»

sinon tout dire sur cet art, du moins en dire^s'il est possible, tout ce qui vaut la peine d'être dit , nous consacrons un sixième livre aii développement de quelques idées qu'il nous a paru utile de joindre à celles qui^ plus suceptibles

PRËFAGE. , a 7

d'être cla»ées,ont natuMllement trouvé place daas les livres précédens.

Nulle fortification ne pouvant valoir que par les hommes qui la défendent ^ la première recherche , la plus intërts* saute , et . la plus nécessaire peut*^étre 9 est celle de la manière dont doit être ordonné le militaire d'un état, pour ti* rer de ses foptifications tout le parti possible : oh la trouve 4ci. Celle qui la suit 9 et que cette^ pramrèFe amène près* que nécessairement 9 a pour but de' déterminer sïl doit y avoir Uïi corps exclusivement chargé de ^a construction des fortifications , et de la direction de leur attaque et de leur défense ; ou bien,' si Tune et l'autre peuvent être confiées à des officiers choisis sur toutes les-ar^ mes^ et formant ce que Ton nomme aujourd'hui V état-rnajCfT des armées jà^ns lequel on n admettrait plus que des hommes réunissant le talent de la fortification à eeluir des campemens ^ des marches et des manœuvres/ Viennent ensuite des considérations sur l'utilité,

l8 PREFACE.

la nécessité même de faire des exercices de fortification et d^attaque et défense des places , pour instruire de cette importante partie de . la guerre , les militaires de toutes les classes , dans le degré qui convient aux fonctions qu^ils y Ont chacun respectivement à remplir.

. H est évident qu'un militaire entier, organisé et 'exercé relativement à l'attaque et à la défense des places, donne-^ raît, dans Tex^ëcution de ces opérations importantes, de bien autres résultats que ceux qu'on y obtient aujourd'hui d'agens totalement neufs , j'ai pensé -dire étrangers à cette partie essentielle de l'art de la guerre. Cette supériorité serait surtout sensible dans l'attaque , et c'est ce que l'on considère avec quelque attention , en recherchant s'il n'y aurait pas quelques améliorations, quelques innovations même à faire à cette partie, qu'on a pu croire poussée au plus haut degré de la perfection compatible avec les difficultés inséparables de sa périlleuse pratique.

Toutes ces questions relatiyes aux personnes , dans une matière où Ton n a jusqu'ici voulu voir .que des choses ; toutes ces questions , du plus grand intérêt pour les progrès , pour les efïets même immédiats de l'art, sont traitées ici avec un çntier abandon, et sans aucune de ces préventions que Tesprit de corps ou Vesprit national , n'ont malheureusement que trop souvent inspirées.

Les attaques irx^égulières et brusquées de places forte», triomphe de l'art dont elles semblent s'écarter et sortir même tout-à-fait, méritaient aussi un article à part , d'une étendue proportionnée à leur importance. On montre en quel cas elles peuvent être tentées , et quelles conditions sont requises pour en faire espérer le succès. Enfin , l'on s'ejDTorce de désabuser le public , le public même militaire, d'un préjugé dangereux , né de' quelques événemens dont on ne s'est pas assez attaché à démêler les véritables causes. Ce préjugé.

3o ^ PREFACE.

qu'on a vu partager même à des généraux, est, quon peut emporter d'emblée à peu'près toute place forte, quand on consent à y. perdre assez d'hommes potu^ payer ce succès tout ce qu'il vaut* On (iémontre la fausseté de cette homicide assertion^ et même l'iiopossibilité physique , dans la plupart des cas , de ce qui en fait le sujet.

Mais ne serait-il pas, en i^evftnche^ possible de réduire par une attaque en forme, un camp retranché qu'on ne pourrait empor^r de vive force? C'est ce^ qup l'on examine ici, et que l'on y tcoûve moins difficile qu^on ne l'imaginerait , et que ne te fait sans doute présumer Temploi rare et mêçae nul, contre les camps retranchée de ce premier genre d'attaque ; si toutefois" on en excepte les Turcs , peu faits pour le mettre en crédit. On expose les cas, et Ton propose la manière de faire et de cou-* duire ces attaques niai à propos inusî-* tées.

Enfin ^ Ton discute l'utilité des citft-

délies , cbàteaux , forts et réduits dans rintérieur des places , et Ton dctermine les conditions qui peuvent les rendre propres à remplir complètenient leurs buts respectifs.

Malgré sa répugnance à payer tribut à Tesprit de «ystème, qui presque toujours infecte plus ou moins les traités de fortification, Fauteur n'a pu se dis* penser de reclierclier s'il ue restait plus de tentatives à faire pout perfectionner TArt. Un Sùppîén^nt ofïrira ces rocherches «t. leurs i:éâ4iitats« Ce sQfODlda* bord des changemens à la construction du corps dç place ^ pour le mettre par les seules conditiojiS' de son tracé^ à Fabri des ricochets; puis des change* mens aux dehors, qui, tout eu dérobant aussi les demi-lunes mi rîjcpchet, rendront leur prise un préalable nécessaire à celle de la place, sans ouvrir, comme aujourd'hui, par leur fossé, un accès prématuré aux coups de batteries de brèche contre le corps de place : la tenaille et la. caponnière deviendront,

.3a pbéface:.

Yunfi pour les flancs des bastioDS un abri indestructible, l'autre une communication imperturbable de la place à tous les dehors. On trouvera des cbangem€ns aux chemins couverts qui, partout , les tiendront garnis d'un feu croisé de mousqueterie^ permettront à r^rtillerie et aux troupes , même de cavalerie, d^ .oireuler libreînçnt, et rendront laîdéfense de leurs traverses in-

dëp^idantes de celle de leurs branches, et même de leius autres parties ^ dont la retraite sera de son côté indépen-dantç lie toute barrière fermant à ces traverses. Oa offrira des vues nouvelles sur la^ disposition des contre-mines, pour en régler, d'après la profondeur du terrain, l'usage abandonné jusqu'ici à une sorte d'arbitraire. On indiquera des moyens moins dispendieux, plus sains et plus sûrs de préserver les hommes en repos et les munitions en réserve , de tous les effets du feu de l'ennemi. Enfin, on fera l'examen impartial, sévère même* peut-être, de toutes

I>REFACE. 33

ces HQxiveaiites , au moyen du journal d'attaque et de défense, de la place que Yûn se sera efforcé de' perfectionner par toutes mes tentatives.

L'on a cru devoir ajouter encore à

cet Ouvrage un chapitre sur le relief et

le commandement de la fortification ,

oTû^ets dont Tomission rendrait încom-

i^eVcel^sai général. Cependant, après

tout ce qui en avait été dit çà et là dans

le courant de J ouvrage , on n a pas cru

devoir s'y appesantir, et Ton a moins

chercbé à augmenter d!ua lourd traité

Jbieû méthodique^ la masse du livre, que

celle des idées tant soit peu neuves , et

surtout tant soit peu utiles qu'il peut

contenir (i).

Voilà tous les objets traités dans cet ouvrage ; on s'est attaché à les y développer, non point uniquement pour des ingénieurs, paais bien pour toute espèce de lecteurs y et surtout et plus spécialement j>our les officiers généraux et par-

(O y^^ 1'-^ vertissement placé en tête du Supplément, U 3

ticuliers des troupes. Ces derniers trouveront décrite , jusque dans ses moindres détails, la conduite qu'ils auront à tenir dans tous les cas de quelque importance où ils pourront être employés, soit à Fattaque , soil à la défense des places et des fortifications de campagne y soit même encore à la construc** tion de ces dernières. On soumet aux premiers des considérations d'un ordre plus élevé , surv les moyens employés en grand de réduire aussi suprement que promptemen|| et avec le moins de perte possible, toute pJace , y Ion les diiférens degrés de force dont elle peut être pourvue j sur là méthode et Tordre dans lesquels on doit disposer tous les moyens de la défense d'une place assiégée, et en employer tous les agens ; sur les vues que Ton doit se proposer dans la disposition de la défensive d'une fron^ tière, et sur les moyens variés d'aifteindre à ces diverses vues. On soumet également aux hommes d'état tout ce qu'on croit fondé ea principes , parmi

PASFl CE. 35

les motîfe allégués et les moyens usitée de pouryoir par la fortification , à la rare te des états en général^ suivant les rapports de leur force intrinsèque à celles de leurs voisins respectif , et selon la mesure des avantages accordés par la nature à leurs diverses frontières, soVt ^our se défendre , soit pour faciliter Y atlaf^ûie de celles de Tennemi^ on soumet enfin aax hommes de Tart tout ce qu'on a osé tenter pour en augmenter le$ progrès ; en un mot , on a cherché à traiter pour tous une matière d'un intérêt vraiment universel , mais dont la connaissance réelle y trop long-temps concentrée dans un ordre particulier et peu nombreux de militaires , n'a pu jusqu'ici faire de progrès rapides , ni produire d'effets tels qu'on devrait désormais les attendre des talens et des efforts de tous ceux que leur goiît on les circonstances porteraient a s'en occuper^ si l'on était effectivement parvenu k Icl mettre réellement à la

portée de toiU ^ monde.

Tel a été mon but; et, si je Fai al»» teint, j^aurai bien quelques droits, j'es*père, à me flatter, sinon d'avoir découvert, au moins d'avoir promulgué , en quelque sorte, les vrais jirincîpes de la fortification. Car ce n'est , sans doute , que parce que ceux de cej ouvrage ont paru être t-els , qu'il a obtenu le témoignage le plus honorable, et le suffrage le plus flatteur à la fois , et le plus imposant (i). Puîssé-je, à ce succès glorieux, joindre celui d'avoir rendu faciles, et d'une étude agréable au public^ ce9 mêmes principes qui ont trouvé grâce devant les yeux des juges les plus éclairés !

Mais , quoique tout le monde puisse

(i) L'extrait suivant d'une lettre écrite à l'autear par Sa Majesté le roi de Prusse , dpnne de ce &it la preuve la plus complète : « Le rapport du général-major de Tempel- N hoff sur votre ouvrage , a été si honorable et à l'auteur et » à son travail-, que je ne- crains plus de« me livrer au plaisir » de vou# rendre une existence , où vos connaissances et » vos talens vous donnent des titres. Je vous place dans « mon aimée conune major agrégé au corps des ingénieurs. «

lire cet ouvrage , et n'ait , pour rentendre , besoin que de ces premières notions ou définition» de géométrie, que Ton trouve partout , et qu'il n'est par conséquent plus permis à personne d'ignorer, il est peut-être nécessaire encor-e que je prévienne ceux de mes lecteurs qui^ de bonne foi^ désirent de s instruire , qu'ils ne doivent point regarder les journaux d^attaque et de défense qu'ils rencontrerom fréquemment ou comme des moffceauœ de remplissage qu'on peut passer sans incon vénient, ou comme du ffrîmoire d'ingé^ nieurs qu'eux seuls peuvent entendre , et qu'il faut conséquemment leur lais* ser. J'ose assurer, d'une part , que ces journaux, n'offriront pas la moindre difficulté à l'intelligence de quiconque les lira avec quelque attention, et n'aura point oublié ce qui les précède , et de l'autre , qu'ils sont si peu des morceaux de remplissage , qu'en eux seuls , et dans la méthode d'en faire et d'en employer de semblables, git , selon moi, la prin-*

3 8 PRBFAGE.

cipale différence qu'il y a , de la véritable science de la fortification de la guerre , la seule utile., à la fortification de collège , hérissée de dim fois plus de termes qu'il n'est nécessaire d'en savoir, et de cent fois plus de figures qu'on n'en peut employer dans la réalité. Je conviens que ceux qui veulent se. borner À cette dernière , et simplement s'amuser dans leur, cabinet à dessiner de la fortification» sans se i^pùcier qu'elle soit ou non propri^ à la guerre , peuvent se dispenser de lire un livre où ils ne tfOUveront rien ou bien peu de ce qu'ils cherchent. Ils ne manquent pas d'ouvrages écrits exprès pour eux. Quant à celui-ci, j'ai fait au contraire tout ce que j'ai pu, pour n'y insérer que le moins possible de ce qui se trouve par*tout, et pour y prendre la science de la fortification au point où ceux qui m'ont précédé l'ont laissée (i).

(0 Ceci ne peut s^appllqner, ni à Touvrage de mon ancien camarade , Noizet de'Saint-^Paal', que je regrette bien

PREFACEE 39

^avouerai cependant ^ qnen ceci, j^ai fait de nécessité vertu, et que je n^ai eu le choix ni les moyens de grossir mon livre , de tout ce qui a été écrit ou

de n'avoir pas conoa qaand j'ai composé le mien , ni à ceux de ces grands ingénieurs vraiment militaires , Vauban , Coe" hom et Gonlon , qui m'en ont fourni toutes les bases. S est évident aussi , par <:e qui précède , 4|ae je suis loin de wtn»^ connaître les obligations que j'ai aux excellens mémoires manuscrits de Cormontaingne 0) et de quelques autres officiers ( MM. iit Châûllon^ FiUey, Fonrcyoy, du Vîgnau (a)^ Dubuat, Dés^ndroùifi), beaucoup moins connus qit^ils j|e méritent de l'être y et que je me glorifie bautement d'avoir eu pour camarades 9 pour guides et pour maîtres. Je n'oublie point M. Dumoulin , mon commandant à l'école de Mézières , et mon chef à Verdun , pendant près de dix ans ; si je ne l'ai pas nommé d'abord parmi ceux dont les ouvrages m'ont mstmit , c'est que je n'ai Ju que peu de ses mémoires ; mais sa conversation valait , à cel4^ard , tont autant que les écrits des autres.

(1*) litt ménoîrea généraux de Gonnoiitaîafae ont été pvèûth flous le titre de Mimoriai pour la FortificùHan permanoiU, l'attaque et la défeme des Placée, Une ptrtie avait été mite en ordre par M. de Fourcroy. Il est facile de reconnaître dans VEuei git^ral de foriificatien les emprunts qui ont été faits à ces mémoires.

Nete d$ rBditeHf^

(2) M. du Vîgnan, oonmiandaDt en second de Yéocle dn génU, à Ménères , pendant vingt ans , composa , en 1 768 , pour i mstruction des jeaoes ofikl^rsy élèves de cette ^foolt, an ouvrage qui a été publij^ en i 830, et qai a^ur 1^ : Exercice complet iur le tracé, le relief, la constrttCtidH , Vatta^ue et la défeme des placer. Hou de V Editeur.

40 PBEFACE.

même pratiqué sur cette matière. Car, pour cela , il eût fallu être au centré des bibliothèques militaires et de dépôts de plaus et dé mémoires sur la fortifica-» tion ; et , au contraire , je me suis trouvé, par les circonstances qui m'ont donné le loisir d'écrire , dénué de tous les secours nécessaires à un semblable travail. J'ai donc été réduit , pour composer le mien , à des souvenirs , et à suppléer par le raisonnement aux lacunes , à la vérité peu fréquentes , de ma mémoire. Je désire au reste que ^ de cette indigence de matériaux étrangers, ait résulté une ordonnance plus simple, un ensemble mieux lié ; en un mot , un tout plus un, qui rachète par la solidité et la clarté / ce qui lui manquera nécessairement en variété et en abondance.

Mais ce à quoi j'ai un regret plus réel , c'est à n'avoir pu appuyer de faits et d'exemples les principes que j'ai posés. Ce n'est pas que je n^aie souvent eu présens à la mémoire des faits qui près-* quf^ toujours m*ont guid *dans le choix

des préceptes que j'ai donnés^ et surtout dans celui àes moyens que j'ai in« diqués^ d'accomplir Oespréceptes. Mais^ pour que des citations inspirent une juste confiance /il faut qu'elles soient aussi exactes ^ quant à la spécification des temps et des lieux ^ que qu^nt à celle des autre» circonstances des faits qu'elles concernent. Or, comment oser aie confier assez à ma mémoire , pour espérer de ne transposer jamais ni les temps y ni les lieux y et de ne pas faire , par des erreurs faciles à reconnaître ^ plus de tort à mon livre , que je ne lui eusse fait de bien , par l'accord réel des fait% avec le résultat des préceptes qu'il contient ?

Au reste , si la position où je me suis trotivé, en écrivant cet oufViMige> lui a été désavantageuse à certains égards , elle a pu lui étre>£avoxabIe à quelques autres. Ignore, sans état, sans patrie, je me suis senti dégagé .de toute géne^ dispensé de composer avec les prétentions de qui que ce soit ; en un mot , indé-

4^ . PBEFACE.

pendant de toat, hormis de la vérité»

Cet. état était le seul propre ^ peut*éf7e^ à écrire suit ua art que depuis biea long-teiïips dominent des préjugés, et où,* parmi des vérités réelles, et au même raùg qu'elles , régnent quelques vqrilés de convention , jqti il est temps de réduire à Jear juste valeun J'ignore et ne veuiD point prévoir tout ce que cette franchise pourra mêi valoir de tous ceux qu'elle aura. blessés ; car,. qu est-ce qu'un homme et rintërétde sa vanité > devant celui des progrès d'un art utile ? Je me décide donc à conserver ce langage sans fard , sunê Qi'a^sujétir à d'autres égards que .ceux que tout hoi^me doit à la vérité.

.;. 'Ayant préféré à la méthode ordi* naire de rassembler tout ce qui co«i^ cerne le même sujet, celle de le répandre dans les diftereâs articles qui y ont ï'àjp^prt à mesure \qw« ceux-ci eja rendei]^t^ la £&is re^ôpâiftitioA niécessaire et Vintelligence Sicilib ; je me, auis * condamné au triivail pénible d'une table

des madères assez étendue pour indiquer là totalité de ce qui appartient au même sujet , et le lien où Ton en trou* Tera chaque partie. Je désire avoir par là concilié , avec ce que je devais aux commençans ^ la justesse des notions et la facilité de les acquérir; ce qae peuvent désirer les sa vans ^ la commodité tle me juger sur telle partie qu'il leur plaira d'examiner séparément; et ce qu'eue geait peut-être le goût des nonidireux amateurs de dictionnaires j la possibi* lité de ne lire précisément que ce qu'ils sont curi^ix de connaitre.'

Un mot encore des Planches. On les a faites le plus simples et le moins nom« breuses possibles y et elles étaient indispensables pour aplanir les difficultés de la matière à ceux des lecteurs qui n'y sont nullement versés. Mais ne faisant qu'accompagner le discours, sans presque jamais lui servir de base, l'inspection de la plupart d'entre elles ne sera vraisemblablement point nécessaire à l'homme instruit , qui pourra se livrer

à lUie lecture rapide , et ne les consulter que lorsqu'il éprouvera quelques doutes sur lé sens du discours que Ton s'est cependant efforcé de rendre clair par luimême^ et indépend amlnent de ce secours. Il est bon encore que Ton soit prévenu que chacune d'elles n'offre de base fondée 9 ni à l'éloge^ ni à la criti-* que > que dans ce qu'elle offre de précisément relatif au sujet pour lequel elle est composée , et que ses autres détails^ absolument négligés et sacriâés à ce qui en fait l'objet essentiel, ne sont pas plus faits poiir attirer l'attention du lecteur, qu'ils n'ont paru l'être pour captiver celle de l'auteur.

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