‹ Essai général de fortification et d'attaque et défense des places dans lequel ces deux sciences sont expliquées et mises l'une par l'autre à la portée de tout le mondeChapitre 98 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des Contrt^gardti,

Lesconire-gardes, qu'on nommait autrefois c^uvre^ faoê$ , êojkt des dehors destinés, en effet, à couTrir les faces de quelque ouTrage, et plus communément d*un bastion que de tout autre , quoiqu'il y en ait aussi beaucoup d'employées, comme à TfaionviUe, à couvrir des demi-lunes. Alors on peut confondre ces contre-gardes elles-mêmes arec de véritables demiJunes ; ou mieux encore , et pour ne pas multiplier les êtres sans nécessité , on pourrait appeler eontre^gor^le , toute demi-lune ayant dans son intérieur im réduit revêtu et terrassé , qu'on appellerait alors lui-même demi-lune. Et, en effet , ces demi-lunes à réduit s<mt par leurs propriétés et par leur objet de véritables contre^ardes^ et pour être bonnes « ne'doivent être que cela *, en ^orte que , sans nous arrêter plus bmg-'temps à discuter quelle dénomination on doit préférer pour elles, nous nous contenterons d'avertir que tout ce que nous allons dire des contre-gardes en général, est aussi complètement applicable à ces demiJunes à réduit qu'aux contre-gardes des bastions.

Une contre-garde est donc un ouvrage uniquement destiné à en couvrir un autre plus important , en telle sorte que , sans en empêcher l'action , il le préserve d'être battu en brèche, jusqu'à ce que loi-même étant pris, l'assiégeant soit forcé d'y placer ses batteries ^ ou de le vdétruire au moins partiellement pour pouvoir battre en brèche l'ouvrage principal. Il faut donc que la contregarde, I* couvre complètement l'ouvrage principal , ou au moins tout ce qu'il est possible d'en battre en bi èche.

l4 EMAI ciKÂBAL DK FORTIVICATIÛK.

a» Qu' elle soi l plus basse que Touvrage qu'elle couvre, de manière cependant à u*en point laisser apercevoir le revÊlement.

3" Qu'elle soit assez rétrécie pour que Fenneini n V tfouve pas Fespace nécessaire à remplacement de son canon ^ et n'y ait pas le choix des moyens de parvenir à battre l'ouvrage principal en brèche.

Quant à la première condition , de couvrir complètement l'ouvrqge principal (i),jious remarquerons que les contre-gardes des bastions , se terminant à la contrescarpe des demi-lunes collatérales, laissent toujours les bastions en arrière accessibles au tir en brèche par la trouée du fossé de ces demi-lunes , à moins que , pour parer À cet inconvénient, on ne fasse aussi des contre-gardes à ces demi-lunes , mais qui venant également se terminer à la contrescarpe des contre-gardes des bastions , laisseront par le fossé de ces. dernières accès au tir en brèche contre les 'demi-lune^. C'est donc un vice radical, inhérent â cette sorte d' ouvrages , de toujours laisser, quelque part » accès au tir des batteries de brèche, sur quelques-uns des ouvrages principaux qu'ils sont destinés à couvrir (^). Il est vrai que le lieu où ces brèches seraient faites n'étant pas de facile accès , il ne faut pas s'en exagérer l'incon-

, (0 l'ianch. 37yfig. 1.

(*) Un des objets des dehors est de couyrîr les maçonneries du corps de place. En considérant sous ce point de v^ , pi. 37, fig. ], les contregardes des bastions , la demi-lune C et sa contre-garde , on voit que les trois poÎDt«( couYrans des )irofi!s qui tcrmincxit les facps de ces ouTrages, à droite et à gauche de la capitale de la demi-lune , doitent être en ligne droite. De cette considération naissent sur le tracé des contre-gardes diverses qnestions qu'on trouve résolues danfle 6* numéro du Mémorial de Vofficier du génie ( Mémoire de M. le commandant Noizct). Ed.

LIT. II. CUAP. H. S5

yinient , excepté cependant au corps de place, ou toute brècbe est toujours inquiétante , souvent dangereuse^ et manque rarement de servir de motifs ou au moins de prétexte à la reddition de la place.

Outre la condition de couvrir le revêtement deTouvrage principal , sans cependant en gêner Faction sur les approches , la contre-garde doit encore être dans tout son intérieur, soumise au feu de cet ouvrage. D'où Ton toit que le plus ou le moins de commandement d*un ouvrage sur sa contre-garde , doit dépendre de la laideur du fossé qui Ten sépare. Ainsi un bastion étant séparé de la sienne par un fossé de i5 toises (i), pourra avoir sur elle un commandement de 6 à 7 pieds. Une demi-lune au contraire , qui n'est séparée de la sienne que par un fossé de 8 à 10 toises, n'en pourra avoir un que d'environ 4 pieds. Un coup d'œil sur les profils suiSra pour faire voir que plus de commandement déroberait la gorge de la contregarde à l'action de l'ouvrage qu'elle couvre , en la mettant au*des9ous de la plongée du parapet de ce dernier;

Quoi qu'il soit à peu près reconnu qu'un ouvrage qui n'a que 7 toises de largeur, entre ses deux cordons d'escarpe et de gorge , ne permette* pas à l'assiégeant d'y établir ses batteries , cela n'est cependant rigoureusement vrai que dans le cas où les ouvrages collatéraux ont sur lui beaucoup de saillie. Car, en multipliant les traverses, et en les tenant à pio , par leurs profils , au moyen de gabions , l'assiégeant n'aura pas besoin de paradoê pour y être couvert dans ses batteries , qui , enterrées à i5 pieds du bord de l'ouvrage , auront pour leur recul et leur ma-

(I) Wanch. 37, fîg. 2 et S.

t6 KSSAI GÉmillAL DE FORTIFICATIOR.

nœayre 4 t<ù>e8 3 pieds , espace suffisant. Ainsi , pour conserver aux contre-gardes qui ne seraient que peu dé~ bordées par les* ouvrages collatéraux , la propriété de ne pouvoir servir de base aux batteries de rassiégeani, il £iLttdrait doncles réduire à une largeiu* encore moindre que 7 toises , et par conséquent renoncer soi-^mème k y tenir partout de TartiDerie. Je dis parUmt , parce qu^il y aura toujours à Fangle flanqué de remplscemenl poux une pièce , soit en capitale , soit perpendiculaire à Vextrémité de Tune quelconque des deux faces , et que ce sont là les emplacemèns les plus essenliek à conserver au canon (i). On voit par le profil y fig, 4> cp'ilest possiUe de réduire ces ouvrages à 6 toises, elmèmeàS loîses 'i pieds de largeur ; mais , comfme alors ils ne pourront op« poser de canon i Fennemi j quand il en sera au couronnement du chemin couvert, U faudra qu'ils ne masquent et ne dérobent pas la crête de celui-ci , au canon de l'ou^* vrage principal eu arrièrd , et que leur relief soit réglé en conséquence ; ce qui , pour conserver quelque comman* dément aux contre-gardes sur le chemin couvert demanderait qu'elles eussent de larges fossés , tant en avant qu'en arrière ; afin que la genouillère du canon en batterie dans l'ouvrage priucip»! ^ût qunlque commandement sur elles ^ et que la crête du chemin couvert qui doit être rasée par le tir de ce même canon ^ pût encore être soumise à celle de leur parapet , sans que riniérieur de ce même chemin couvert se trouvât abaissé au-dessous de la plongée , ou feu de ce parapet.

On peut par là juger qu'il n y a pas peu de soins i

(1) Fig. 4.

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