‹ Essai historique et bibliographique sur les rebusChapitre 2 sur 3 · bû >> l · texte numérisé non relu

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do Parme, et qui provient de la vente de Libri. 1 Le véritable titre a été remplacé par un facsimile calligraphié de manière à tromper les plus habiles. 8

Le second exemplaire a appartenu successivement à MM. Hanrott, Heber, J. Ch. Brunet et aujourd'hui à M. E. 8. Turner, de Londres, qui l'acheté 885 1res, à la vente de Brunet.

Le troisième se trouve à la Bibliothèque Colombine, de Séville, collection formée par le fils de Christophe Colomb, dont on rapporte que M. Gayangos prépare une édition du catalogue.

Des exemplaires d'Alione, imparfaits et sans date, se voyent à la Bibliothèque de Lord Spencer, après avoir passé par celles de Gaignat, La Vallière et Remondini ; ainsi que dans

' Cet exemplaire, d'une très belle condition, avait, outre plusieurs t6raoins, diverses feuilles qui n'avaient pas été coupées. Il fut acheté 1,750 francs par M. Payne. Le Prince de Parme, retiré à Paris, continue, sous le nom de Comte de VUUt/ranca, ses recherches de Bibliophile, et possède une belle collection de livres curieux.

a A l'occasion de ce titre refait, M. J. Ch. Brunet (qui avait payé son exemplaire 600 francs), à l'article Alione de son Manuel du Libraire, donne les détails suivants : M L'exemplaire payé 1,750 fres. à la vente Libri, en 1847, n'était complet qu'en apparence, car le titre en avait été refait ; comme le prouve ce passage d'une lettre qu'écrivait à M. Libri, l'habile restaurateur de livres qu'il avait chargé de cette opération : " Je vous apporterai aussi Opéra Jocunda. Quoique ce changement de titre, le livre étant relié, fut une opération délicate, vous avez eu raison de demander ce changement. Le livre y gagnera, car j'ai trouvé positivement du môme papier, et quand la restauration sera faite, comme j'espère qu'elle le sera selon votre goût et votre désir, je défie que l'on doute que cette feuille ne soit pas le titre véritable/' (Acte d'accusation contre Libri Carucci, article Grenoble).

colle do M. R. S. Turner, provenant des ventes de Croft et de Bright.

MM. Tosi et G. Daelli ont publié une réimpression de l'exemplaire du Duc de Parme, dont le titre est refait.

A l'exemplaire avec date, de M. Turner, il manque deux feuillets de rébus, de sorte qu'il n'existerait de ce livre aucun exemplaire parfait, à moins que celui de la Bibliothèque Colombine ne le soit, ce qui est encore à vérifier.

Un second Sonnet en rébus figurés, également de la première moitié du seizième siècle, et que nous donnons ici, est extrait du livre de Jean Baptiste Palatin. 1 Il peut être mis avec celui d'Alione, au nombre des plus longs rébus composés en ce siècle, et mis ù côté de la prière à la Yicrge, entièrement en rébus, qui se trouve dans un livre d'Heures imprimé vers 1500, orné d'un grand nombre de figures bibliques. M. C. Leber l'a reproduite avec la traduction.

C'est le lieu de mentionner ici deux manuscrits de la Bibliothèque Impériale do Paris, exécutés vers le fin du xv ème giè c l e> ou au commencement du xvi* mc . Le premier contient 166 Rébus. C'est un in-folio sur papier, ayant pour étiquette : MS, Rébus de Picardie enluminés. Il se compose de 150 feuilles, portant sur le recto un Rébus dessiné ordinairement d'une manière large et spirituelle et indiquant un bon artiste. Seize autres rébus se trouvent sur le verso. Le dessinateur n'ayant ajouté ni titres ni explications, deux personnes, probablement au xvi* me siècle s'évertuèrent à les trouver, mais faute d'entendre le Picard, elles commirent

' Libro di M. Giovanibattista Palatino uelqual s'insegna a scriver ogni sorte de lettere, etc. Roma, 1545, in-4°.

Le sonnet se trouve au chapitre intitulé : Cifre quadrate et sonrtto figuralo. U occupe quatre pages entières.

Dov'e son gli occhi et la serena forma, Del santo alegro, et amoroso aspettoî Dov'e la man eburna ov'e '1 bel petto Ch'appersarvi hor 'in fronte me transforma ?

Pagr tt — Afa t.

Dov'e del fcrmo pie' quella sant'orma Col ballar pellegrin pien di diletto'f Dov'e '1 soave canto, et l'intelletto Che fu d'ogni valor prestante norma ?

Pnçt ii.-N,: a.

Do Vc la bocca c Taure viole', L'abito vago, et l'aime treccie bionde, Che faceau nel fronte un nuovo sole"?

Page tt — No j

ilÂhr! il

DEBD ISS? GCN^CH NORI^

Lasso che poca terra hoggi I'asconde

Non la retruova' '1 mondo amor si duole,

Ch' ardendo io chiami ogn'hor chi non risponde.

Pag» \% —S T a. 4.

plusieurs méprises. Le premier interprète dont l'écriture est très belle, écrivit son explication au-dessus des Rébus qu'il devina. Le deuxième interprète donna son explication sur une feuille détachée.

Le deuxième manuscrit est in-4°, il contient 152 feuilles, et autant de Rébus, qui sont presque entièrement les mêmes que ceux du manuscrit précédent. Quatre ou cinq au plus, lui sont propres ; mais ce qui donne de Pavantage à ce dernier manuscrit, c'est qu'il est précédé par une table explicative des Rébus, ainsi intitulée : " Sen suit la table et répertoire de ce présent livre de Rébus, enseignant la signification d'ung chascun blazon, et le lieu où il est."

C'est avec raison que ces Rébus doivent être qualifiés de Rébus de Picardie, car la plupart ne peuvent être lus et expliqués qu'à Paide de la connaissance des mots propres au Picard ; surtout de la prononciation qui caractérise cette langue provinciale, jadis d'une véritable importance, puisqu'il est établi qu'au treizième siècle, on parlait en France trois principaux dialectes; au midi la langue d' Oc, au centre la langue d'Oil, ou française, et au Nord la langue Picarde. 1

Voici trois de ces rébus, avec leur explication :

1°. Six fous placés vis-à-vis l'un de l'autre, se heurtent la tête (Heurter, se quereller, se battre).

2°. Une mère folle tenant la marote ; h côté, une seringue (nommé Esquisse en Picard), et une fleur de soucie. 3°. Une religieuse fouette un abbé ; à côté, un os.

Vers le fin de ce même xvi èm « sièclo (1592), une image infolio, conservée aussi à la Bibliothèque Impériale de Paris, présente un Sonnet-Rébus, en faveur de Henri iv, qui ex-

" Monnaies inconnues des Evêques dos Innocents," etc., page 193.

prime les doléances des Royalistes contre les excès de la Ligue.

Les Rébus ne sont pas seulement entrés daus les livres de prières, comme nous venons de le voir, mais ils se sont même attaqués jusqu'aux livres Saints Une partie des Evangiles a été imprimée en Rébus, de même que le Tractatus colloquii peccatoris, et le Pange Lingua. L'Eglise laissait faire, et voila, dit M. Feuillet de Conches,* que le petit bourgeois, le petit marchand, se prit à son tour de folie pour le Rébus, au XVI brae 8 i ec l ei Villes, faubourgs, villages et bourgades s'émaillent d'enseignes en Rébus illustrés, où l'esprit gaulois trouva lieu de s'épanouir, et la bêtise, occasion de se donner franche coudée.

Sauvai, dans ses Antiquités de Paris, cite plusieurs enseignes en Rébus.

Outre la place qu'ils occupent dans les prières des églises, on les rencontre aussi dans le champ des sépultures. Les anciens cimetières de Picardie offraient de nombreux exomples de ces bizarres ornements Les Rébus surgissaient en Picardie, comme les pommes de terre, chez un peuple voisin. Les médailles dont nous allons nous occuper, trouvées en grande partie dans les environs d'Amiens, en sont une preuve convaincante.

Durant l'hiver de 1836 un brocanteur apporta à M. Rigoilo, savant numismate, à Amiens, quelques pièces de plomb d'une espèce toute particulière, que des ouvriers avaient découvertes en creusant la terre, à la suite de démolition de vieux édifices. M. Rigoilo, après un examon attentif, trouva que ces pièces avaient été frappées à l'occasion des Saturnales

2 "Cauaerios d'un curieux." Paris, 1862-66, 4 volumes gr. iu-8°. touio 1 er , p. 386.

Fol est qui se soucie. 1

1 Une seringue est appelée Equiche en Picard.

Ils sont si fols qui se heurtent.

Pag* 13.— M>. i.

None habebat oculos.

/''fjtv ij — AV. j

None habebat oculos.

Rondeau d'amours composé par signification.

Amour fait moult sargent dely se mesle

Car mes cincq sens sont en travail pour celle

De qui louange Ast ore est anoblie

Cest mon escu envers mélancolie

Et mon déport, mon mire et ma tutelle

Corps et viz a de figure immortelle

Puis a franc cœur et l'œul qui ne depelle

Mon bon espoir ente de n'oublie mie

Amour fait moult J'ay sceur accès vers sa ronde mamelle Qu'a touchier ose et me repais sur elle D'un franc baisier au remain je diz pye Las selle truffe et joue a la toupye De moy ne say sy ne la croy point telle

Amour fait moult '

Page t>-AV. 3.

Autre rondeau de mesme.

Ce n'est qu' abuz d'amours, et sa querelle

Pensez que c'est folye universelle,

Autres servans et je sommes près las

De ses faulx tours et mi mors en ses las

E dieux je crois que raison ne s'en mesle

Attrapez seuz et miz a la couppelle

Dedens sa court si vins languir pour celle

Qui or me trompe et par qui diz hélas

Ce n'est qu'abuz, je la cognois si ne

L'euz pas pucelle force monnoye a

Corde sa vielle et maint cocquart y

Muse a bourseaux platz, pour ce y renonce et re

Metz telz solas aux nouveaulx qui mieulx dansent

Au chant d'elle ce n'est qu'abuz.

Ecclésiastiques que nos bons aïoux célébraient sous le nom de Fêtes des Innocents et des Fous, et pour en perpétuer la mémoire.

Ces médailles-monnaies sont d'autant plus curieuses, qu'aucun vieux texte n'en fait mention, avant que le hasard les ait fait retrouver. Sur plusieurs d'entre elles se trouvent gravés des Rébus, pour lesquels on avait martelé L'imagination et fait une certaine dépense d'esprit. Ces monnaies de plomb étaient une imitation des pièces antiques frappées durant les Saturnales Romaines. Pierre Seguin a publié le premier en 1684 1 une semblable monnaie do plomb, du temps de l'empereur Claude, et qui porte gravé le cri joyeux des Saturnales : 10. SÀT. 10. Baudelot de Dairval * a donné une dissertation sur cette médaille, et en a fait connaître d'analogues. Ficoroni, 3 ainsi que le comte de Caylus 1 les regardent comme des pièces frappées à l'occasion des Saturnales. Les rois de ces fêtes romaines imitaient, ainsi les empereurs qui lors de leur avènement faisaient des largesses, et distribuaient des pièces de monnaie.

De même les Evêques des Innoceuts et des fous voulaient, de leur côté, imiter les Evêques véritables dont les plus puissants jouissaient du droit de battre monnaie, et en faisaient des distributions, lors de leur première entrée dans leur église cathédrale.

Ces médailles en plomb découvertes à Amiens sont d'une si petite dimension, et les Rébus qu'offrent plusieurs d'entre elles, si compliqués et si mal dessinés, que le numismate qui

1 Seleqta Numismata antiqua.

» De l'utilité des voyages. 1686, t. 2.

3 1 piombi autiqui. 1740.

« Recueil d'antiquités. T. 3, p. 288.

lu

les a fuit graver, dans sa dissertation, avoue lui-même qu'il n'ose faire que des conjectures sur leur explication.

Les Rébus ont précédé les emblèmes et les devises qui en sont sortis sans les détruire. Le Coq gaulois symbolisant les Français (Galli) ne fut qu'une figure de Rébus.

Les emblèmes énigmatiques des armoiries et des armes parlantes ne sont encore que des Rébus. Guillaume d'Orange avait mis dans ses armes un Cornet, à cause de Curt (court) et nez, surnom que lui avait valu son nez camus. De même Colbert adopta dans ses armes la couleuvre, à cause du mot latin Culuber. Cette espèce d'écriture hiéroglyphique est connue en France et en Italie depuis le quinzième siècle, et au seizième, ces jeux d'esprit étaient fort en vogue.

Les libraires et les imprimeurs surtout réclament leur place, pour l'emploi de ces Rébus. Ainsi une Galiote était la marque de Galiot du Pré, avec l'inscription : Vo;jue la guallée. Toussains Denis, un saint Denis tenant sa tête entre ses mains et soutenu par deux anges : Les Angeliers frères,

deux anges liés par un nœud que Jésus tient en la main, avec la devise : Les anges lies d'un amour vertueux; alliance immortelle ; Jean de la Marre, des canards et des joncs au milieu d'une mare d'eau ; Jean Mareshd, trois forgerons, battant le fer; Pierre le Chandelier, un chandelier à sept branches, avec la légende : Lucemis accensis, fi déliter miiiistro. Ces sortes de Rébus sont extrêmement nombreux. 1

Les peintres et les graveurs ont fait également usage des

1 Voir Marques typographiques, ou Itecueil des monogrammes, chiffre*, enseignes, cnblémes, devises, Rébus dêê libraires et imprimeur*, etc., depuis l'introduction de l'imprimerie jusqu'à, la fin du XVI* siècle. Par L. C. Sylvestre. 2 vol. 6°. IWis, 1867.

Rébus pour leurs marques et signatures, mais avec infiniment plus de sobriété que les libraires et imprimeurs. Lucas Rruy ou Krtiger (15 e siècle) est connu sous le nom de Maître à la cruche, parce qu'il mettait en rébus une cruche entre les lettres initiales de son nom ; le peintre graveur Zuberlin (16 e siècle) marque ses ouvrages do son chiffre, accompagné d'un petit baquet. Zuber en allemand veut dire baquet, dont le diminutif est Zuberlin}

Les rébus prirent même quelquefois un véritable caractère artistique. Des artistes fameux ne dédaignèrent pas de leur les prêter le charme de leur talent. Des Rébus, accueillis dans les cercles de Florence et de Paris, avaient été immortalisés pur la pointe des Busse et des La Belle. Outre plusieurs feuilles de rébus Italiens gravés par celui-ci, en forme d'écran, les amateurs de ce genre en conservent beaucoup d'autres, publiés sous Louis XIV et Louis XV par les Bonnard, les Mariette, les Crépi/, etc. A leur exemple, Oudry, en dessinant des rébus, ne crut pas avilir un art qu'il avait employé à décorer le palais des rois. Il attacha son nom à un aluianac de Rébus de forme gigantesque. Le titre, le nom du peintre, l'adresse du marchand, étaient donnés en rébus, et pour ne pas trop embarrasser le public, l'explication se trouvait au bas de l'image. Sous Louis XIV, on voyait des services de dessert en porcelaine où étaient peints des rébus". 2

Après les Rébus en peinture des objets viennent ceux

1 Voir pour d'autres exemples : Notices sur les graveurs qui nous ont laissé des estampes marquées de monogrammes, chiffres, rébus, etc. Besançon, Tauiin-Dcssirier. 1807, 2 vol. 8°.

• Recherches sur les jeux desprit, par AI. Canal. Evreux, 1867, 2 vol. in-8°.

par lettres ou syllabes et par transposition. Parmi les premiers on peut citer les suivants :

G. A.C.O.B.I.A.L.N. J'ai assez obéi à Hélène.

A. B. C. D. L. A. V. Q. A bbé, cédez, elle a vécu.

Voici des syllabes qui placées les unes sur les autres,

. • Pir. vent, venir .

ainsi : TT : — - signifie :

Un. vient, dun.

Un soupir vient souvent d'un souvenir.

L'ouvrage de Tabourot et celui de M. Canel donnent d'amples détails sur ce genre. 1

Pendant la première Révolution Française, les rébus furent exclusivement politiques. Au commencement de l'an Yl\, une caricature représentait les cinq Directeurs, et au-dessous étaient gravés une lancette, une laitue et un rat : L'an VU les tuera.

Le jour des Rois 1796, on envoya au Directoire un gâteau sur lequel était figurée la liberté au milieu du soleil : la liberté dans le plus grand des astres.

Sous l'Empire et sous la Restauration, les rébus n'eurent plus guère pour domaine que les enveloppes des bonbons et la surface des assiettes. Le Journal l'Illustration qui parut en Mars 1843, les prit sous son patronage. Dans chaque numéro il y eût un Rébus dont l'explication était donné dans

1 G. Peignot, dans son édition de 1808 des Amusement* Philologiques, a inséré un article sur les Rébui qui ne se trouve plus, non plus que quelques autres, dans les éditions suivantes. Il y cite, avec l'explication, le rondeau de Jean Marot, que Tabourot attribue à, tort à Molinet. 11 cite encore plusieurs autres rébus que nous n'avons pu trouver, parce qu'il n'en indique pas la source, entr'autres le récit do Théramône dans Phèdre.

le numéro suivant. Or, comme ce journal a continué ce système pendant plusieurs années, c'est une des collections les plus nombreuses qui existent en ce genre. Toutefois, il faut avouer quo plusieurs sont très mauvais et ne valent pas la peine d'être déchiffrés.

Voici comment s'exprime un des collaborateurs de ce journal dans VAlmanac de t Illustration de 1844 : M Les Rébus de l'Illustrai ion font les délices des souscripteurs ; ils ont seuls valu à cet estimable journal plus de vingt-cinq mille abonnés. Ou les attend avec impatience ; on en cherche le sens avec persévérance ; des paris s'ouvrent sur leur véritable signification, et les personnes qui les ont devinés s'applaudissent avec raison de !<eur perspicacité."

Après Y Illustration, ces hiéroglyphes ont trouvé bientôt d'autres organes, et l'on pourrait citer plus d'un homme grave qui leur a consacré quelques instants de loisir, pendant les dernières années do Louis-Philippe. 1

Si la France et l'Italie ont cultivé le rébus, l'Angleterre et l'Allemagne ne sont pas restées en arrière. Un des plus savants écrivains de la sérieuse Albion, Camden dans un volume de Mélanges qu'il nous a laissés sous le titre de Remains , a consacré tout un chapitre aux Rébus qu'il a désigné sous le nom de Name-devises. Les Anglais, dit-il, ont emprunté à leurs voisins les Français bien des lois, coutumes, usages, et même des phrases entières, surtout depuis îe Roi Edouard le Confesseur qui résida longtemps en France. Les historiens l'accusent d'en être revenu tout francisé. Après la conquête des Normands, ces emprunts augmentèrent,

1 Canel, " Recherches sur les jeux d'esprit."

surtout aprèfl qu' Edouard III eut conduit ses urmées victorieuses au cœur de la France. 2

Citons textuellement quelques passages de Camden : " Thèse (les rébus) were so well liked by our English in France, and, sent over the straits of Calais with full sail, were so entertained hère, by ail degrees, by the learned and unlearned, that there was nobody that could not hammer out of his name an invention by this wit-eruft, and picture it accordingty. "Whereupon, who did not busy his brains to hammer his de vice out of this forge ? " Mr. Newberry to represent his name by a picture, hung up at his door the sign of a Yew-iree, that had several berries upon it, and in the midst of thcm a great golden N hung upon a bough of the tree, which by the help of a little false spelling madc up the word N-ew-bemj. 1

Notre auteur rapporte plusieurs autres rébus inventes par des nobles, des abbés, des chanoines, et les faisant entrer ensuite dans l'écu de leurs armoiries. Un amoureux, dit-il, exprime sa passion à une jeune fille du nom de Ruse Hill, en

* Il est à remarquer que la plupart des autres auteurs anglais ou confondu, dans leur définition l'Emblêrao avec le Rébus. Cotgrave à l'article Embleina de son Dictionnaire dit : " it is a picture expressing some particular conceit.

" An Emblem, dit Francis Quarles, is but a silent parablo."

Et Bacon lui-môme dans son Advancement of Lcarning présente une définition de l'Emblômc qui peut comme les deux précédentes s'appliquer également bien au Rébus : " Emblème deduceth conceptions intellectual to images sensible, and that which is sensible more forcibly strikes the mouaory, and is more easily imprinted than that which is intellectual."

1 Addison a inséré cette anecdote de Camden, dans le Spectator, No. 59, May s, 1711, d'où nous l'extrayons.

faisant broder sur la bordure de son habit, une rose, une colline, un œil, un pain et un puits ; en Anglais : a rose, a Hill, an eye, a loaf, a well. Ce qui signifiait : Rose Hill, I love well.

L'usage des nobles Auglais de chercher des rébus applicables à leurs noms, fut tourne en ridicule par Ben Jonson, dans sa description comique de Y Alchimiste où l'on veut trouver un rébus propre à servir d'enseigne à A bel Druygcr. Ce qui perdit le Rébus en Angleterre, ce fut l'usage que l'on en fit pour des enseignes de tavernes. Dans un livre anglais curieux et assez rare sur ce dernier sujet, ou trouve gravé un assez grand nombre de ces enseignes-rébus. Aujourd'hui encore, dans l'art héraldique, les écussons d'armoiries nouvelles présentent souvent des espèces de rébus.

En Allemagne les anciens livres à emblèmes gravés offrent plusieurs exemples de rébus, et chaque année la presse produit encore nombre d'ouvrages populaires sur ce sujet. En un mot, en Europe, la matière est inépuisable, et l'on formerait toute une bibliothèque de ces sortes de livres. Outre ceux que nous avons cités dans cet essai, nous donnerons en appendix quelques un des principaux d'entre eux.

Quo le lecteur ne s'imagine pas que le Rébus ait été sans influence morale sur la société, car a dit M. J. Sandeau, dans son article : Amusements de resprit, 2 " dès que les riens charmants que les Romains appelaient Nvgœ difficiles, cessèrent d'amuser le public, il ne pleura plus à Racine, et alors commencent les horreurs dont le drame et les romans modernes nous inondent."

5 Dictionnaire de la conversation et de la lecture. Paris, Belin- Mandar, 1830, in 8°.

Le rébus s'est peut-être souvent glissé où nous ne le soupçonnons guère ; ce qui a sans doute suggéré h M. Leber la pensée suivante : " Que de Rébus, prétendus hiéroglyphiques, ne figurent dans nos Musées, décorés de ce docte titre, que pareeque l'esprit et les types en sont perdus pour nous, et qu'il ne nous reste dans leurs images, que des énigmes indéchiffrables où l'on voit tout ce que l'on veut, depuis qu'on ne sait plus reconnaître ce qui s'y trouve."

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