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mènerait infailliblement trop loin. Je me contenterai dédire cjue cette partie, encore éclairée par de beaux vitraux peints , est censée représenter Papparlement de la Vierge , dont il renferme Fimage , et que cet appartement est garni de meubles exécutés en pierre dans le massif des murs, et d^un goût plus excellent sans doute que ceux qui décorèrent jadis la demeure sacrée de Nazareth.
Parmi les décombres d*une chapelle , nous aperçûmes par hasard deux tombeaux qui n^ont encore été que médiocrement mutilés. Nous nous empressâmes , quoique n^ayant que peu d^instans à nous , dVn enrichir notre portefeuille. On peut juger, sur la seule inspection du dessin du premier, siDom Duplessis avait raison d^écrire , à moins qu^il n^ait pris un tombeau pour un autre , que celui-ci n'^offre rien que de médiocre. L^inscription qui règne autour apprend le nom du personnage quHl renferme, et. dont la statpe armée est étendue sur le socle. Cette épitaphé est écrite en ca-
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ractères gothiques des quinzième et seizième siècles. La voici :
€r) igidt |)auU tt pm^^ant f^exgfxenx ïlicoie (Nicolas)^ fSixe^ y^àtmxteviiU ^ €})a>ali(v ^ lequel en ^m viwt {onïna c(Ae pnte 3.bbaie , m Van îre i^vace mil ctntm}e^ A tre^paesa U xx\\ iour Vami mil cent et tl \
Sur le retour du listel , du côte de la tète de la statue , on lit , en lettres italiques non penchées :
PRIEZ DIEU POUR l\mE DE LI.
C'est à mon honorable confrère M. le mar-
qais Le Ver , membre de la Commission des Antiquités du département de la Seine-Inférieure , que je suis redevable de nos explora-
* La maison d'Estouteville j qui tirait son nom d'un bourg de la Haute-Normandie que François P* érigea en duché Tan i5349 a donné naissance à plusieurs personnages illustres* Le premier dont on ait connaissance est Rojsert I*'^, are d'Estouteville j surnommé Granbois ,
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lions à Valmont. Cest lui qui , m^aidant dans mes premières recherches , voulut bien, s'associant à nos travaux , en faire deux fois avec nous le voyage pendant notre séjour chez lui. Mais une remarque importante lui échappa, ainsi qu^à moi , quand nous lûmes ensemble Pépitaphe que je viens de rapporter : c'est la dissidence notable qui règne entre les dates de cette inscription et celles que relate^ Dom Duplessis y d^a près les Mémoires et une
dont Orderic-Vital fait mention dans son Histoire. Ce seigneur accompagna en 1066 le duc GuiUaume-le-Bâtard à la conquête de l'Angleterre y et fut le grand-père de Nicolas h^y dont nous publions le tombeau. Jacques^ sire d'Ëstouteville y mort en 1489 , auquel appartient l'autre mausolée ^ était cbeTalier, conseiller, chambellan du roi, et capitaine de Falaise. Nous devons à cette famille un de nos plus célèbres arcbevéques de Rouen y Guillaume d'Ëstouteville , mort à Rome y doyen des cardinaux y à plus de quatre-vingts ans , le 22 décembre 14B2. L'anecdote suivante donne un exemple de la sévérité et de la hardiesse de ce prélat, qui remplissait alors les fonctions de camerlingue de l'Eglise» Le Barigel ayant arrêté sur les chemins un voleur dont il voulait se défaire sur-le-champ y et forcé , à défaut de bourreau , un
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ancienne Chronique de cette Abbaye même.
Suivant ces derniers titres,nous voyons que ce monastère fut fondé en 1169 par ce Nicolas d'Estouteville , et nous lisons sur sa tombe , en caractères parfaitement nets et gravés sur le marbre, que ce seigneur était mort dès 1140^ vingt-neuf ans auparavant. Cette épitaphe ne laisse cependant, je le répète, excepté le mot seize qui est un peu mutilé, mais qui se lit parfaitement encore 9 rien à désirer du côté
pauvre prêtre normand qui passait d'exécuter ce malheureuxyle cardinal indigné manda sans bruit cet officier sacrilège y et le fit pendre y à son tour y de son autorité privée y et au milieu de Rome même y à une des fenêtres intérieures de son palais. Le pape y très-choqué d'abord de cet acte de souveraineté , fit cependant prévenir le prélat qu'il n'avait rien à craindre de son ressentiment. L'église abbatiale de Valmont renfermait encore les tombeau^ de beaucoup d'autres personnages de la même famille , parmi lesquels on voyait derrière le chœur le mausolée et l'effigie de Robert II y père du fondateur ; ce Robert avait été à la conquête de Jérusalem. Tous les documens relatifs à ces sépultures sont consignés dans V Histoire généalogique de la maison (T Harcourt , par A. Ducbesne^ aux additions et corrections à la fin du 4* vol.
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de la conservation. Au reste , outre les titres de Valmont , le P. Duplessis a suivi encore dans ses dates le G allia Christianaf et ce qui prouve combien les écrivains sont souvent peu d'accord entre eux sur les époques , c'est que dans les additions du tome IV de VHistoire généalogique de la maison d^Harcouri , par André Duchesne , on trouve la mort de ce même Nicolas d'Estouteville, portée àPanhée 1116, qui justement est celle dans laquelle, suivant son épitaphe ^ ce seigneur fonda Pabbaye de Valmont.
Hormis la table de marbre noir qui supporte la statue , et le marbre blanc dont sont faits le masque et les mains de cette figure, tout le , reste est d'une pierre parfaitement belle. La cotte d'armes du défunt est chargée de ses armes : la maison d'Estouteville portait burelé d'argent et de gueules deMix pièces, au lion de sable brochant sur le tout.
On ne doit point prendre pour un vain or— nement le petit édifice enclavé dans le mur,
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SOUS le cintre qui sWroodit au-dessus du tombeau. Il est d^autant plus curieux , qu^il oflTre ridée de Féglise aujourd'hui ruinée y après sa réédification, dans le seizième siècle, par Tabbé Jean Rabaud. Cette sépulture porte le cachet du commencement de ce même siècle, ou de la fin du précédent. Mais en admettant cette àev^ nière époque , il faut supposer Pexéoution du
modèle de Féglise dont nous venons de parler, plus ou mpins postérieure à celle du mausolée. L'autre tombeau, qui fut apparemment élevé vers les mêmes temps , ne présente plus d'inscription. Il offre l'effigie de Jacques d'Estouteville, mort le 12 mars ±^Sq. Armé de la même manière que le premier, il est étendu sur une table de marbre noir, à côté de sa femme, Louise d'Albret, décédée le 8 septembre i494« ^^s deux figures sont du plus bel albâtre , ainsi que la base tout entière du mausolée. Les ornemens gothiques de cette base sont encore enrichis des images de six saints et de plusieurs autres figures beaucoup
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plus petites, les unes et les autres d^une ezé- Gutioa admirable.
11 n'y aura personne qui ne joigne ses vœux aux miens pour que M. Bataille , membre de la Commission des Antiguite's de la Seine-Inférieure, ne cesse, guidé par son amour pour les arts, de veiller à la conservation de ces beaux mausolées dont il est Theureux propriétaire.
ÉGLISE DE SiUNTE-GERTRVDE.
E io octobre i825) veille de notre départ pour Saint-Wan drille , ou nous nous proposions d^arriver le matin , nous ne voulûmes point quitter Caudebec sans visiter , à un quart de lieue de cette ville , Téglise de Sainte-Gertrude , située dans la vallée où coule la petite rivière du même nom. Nous nous y fîmes conduire à neuf heures du soir , par un temps épouvantable ^ et n^ayant d^autres secours qu^une misérable lanterne pour éviter le^ marécages et prendre connaissance du monument.
Cette église , autrefois paroissiale ^ est aujourd'hui ouverte, abandonnée, enfin dans rétat de délabrement le plus affligeant. Je la crois du commencement du seizième siècle.
Elle est bien proportionnée, plus vaste que ne le sont ordinairement les églises rurales, et son chevet polygone est, ainsi que la croisée, voûté en pierre. La nef, couverte en charpente, est encombrée aujourd'hui des débris du toit , à travers lesquels croissent de vigoureux sureaux. Dût-on m'accuser de romantisme, je ne le tairai pas : il me semblait, en pénétrant dans cette obscure et silencieuse enceinte, que les statues nombreuses dont elle est encore ornée allaient élever la voix pour réclamer le culte dont jadis on les honorait en ce lieu. Au reste , un véritable romantique eût pu s'abandonner, à notre place, à des illusions bien plus complètes, en discernant dans l'ombre , au fond de la croisée , un groupe nombreux de grandes figures blanches représentées en pleurs autour du Christ au tombeau 1
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production compliquée de Tart, et délaissée comme tout le reste.
Il parait que le culte particulier du Sépulcre auquel FEglise a consacré un office spécial, et dont la propagation date probablement du temps des croisades, avait autrefois en Normandie une vogue universelle. Je connais, du moins dans cette province et dans ce département même, un grand nombre de monumens semblables ' .
* La religion et la politique rattachaient jadis de g^rands souvenirs à ces sortes de monumens. C'était pour adorer le tombeau du Christ que nos pères y à travers tant de périls, allaient à Jérusalem ; c'était pour conquérir ce tombeau qu'ils s'aimaient contre les Sarrasins. Le premier de ces mobiles dirigeait notre duc Robert II, dans le pèlerinage au retour duquel il mourut à Nicée. Le second animait Roberi-Courte-Heuze et Richard- Cœur-de-Lion , dans leurs plus brillans exploits j qui y sans contredit , eurent la Palestine pour théâtre. Au reste, les pèlerinages dans ces contrées lointaines , qu'entreprenaient, dès le temps de Clovis, les ecclésiastiques et les moines , ne devinrent fréquens parmi les laïcs que dans le courant du dixième siècle. De retour dans leur patrie , ces pieux voyageurs , pèlerins ou croisés , racontaient ce qu'ils avaient vu , exprimaient ce qu'ils avaient
Le Saint-Sépulcre de Fonfenelle ^ que renfermait autrefois, dans la grande église, la ichapelle à laquelle il donnait son nom , est encore exposé , sous un hangar , au milieu des ruines de cette basilique , à la vénération des fidèles. En observant ce dernier et plusieurs
éprouvé à l'aspect des saints lieux y et ces impressions, devenues communes à tous y on les perpétuait au moyen de l'image du principal objet qui les avait fait naître. On pourrait avec raison , néanmoins , penser que ces mêmes images furent quelquefois érigées comme monumens expiatoires. Je ne citerai qu'un des faits d'où naît cette probabilité. ,
« En 1009, dit Mézeraj, les Sarrasins ayant, à l'instigation des juifs de France , démoli Iç temple de Jérusalem et le Saint - Sépulcre , cet événement renflamma la dévotion des chrétiens occidentaux j et leur baine contre les juifs qu'on bannit et assomma partout. » Je ne vois de douteux dans ce récit que les rapports et l'intelligence établis des rives de la Seine à celles du Jourdain y entre des Israélites et des Musulmans. Ce£pacte a . tout l'air d'un des contes absurdes que forgeait la poli- i tique barbare de ces temps de ténèbres , pour exterminer les misérables Hébreux y dont ordinairement le véritable crime était de s'être enricbis par une industrie trè»-active y mais souvent illégale.
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autres encore, j'ai souvent remarqué la poitrine du Christ chargée d'offrandes consistant en monnaies de cuivre , en pommes , en orangeS) et souvent en de simples morceaux de pain^ Mais je n'ai pu deviner par quelle secrète raison, les orteils du Sauveur se trouvaient noués quelquefois de rubans de soie cran\oisie : est-ce pour la guërison d'un mal affligeant un membre semblable, de la goutte peut-être?
Est-ce par quelque motif aussi profane que celui qui, dans plusieurs contrées de France, porte encore aujourd'hui les jeunes filles à glisser en cachette dans les fissures des pierres druidiques des flocons de laine teinte en rouge, afin d'être plus promptement mariées?
Je reviens pour un instant à l'église de Sainte- Gertrude dont, presqu'au milieu des ténèbres, nous explorions , il n'y a qu^un moment , le triste intérieur. Nous j remarquâmes deux jolies piscines ovi sacraires ' d'un gothique fort
^ La piscine ou sacraire est une espèce d'égoilt ordi-
élégant; rien n'est aussi plus joli, plus déli- V^atement ciselé que les quatre petits dais supportant les retombées^des arcs doubleaux, ou nervures qui couronnent Tautel ; mais Fobjet suivant captiva principalement notre attention. Au milieu de deux croisées de Tabside , presqu'au-dessus du grand autel, s'élève une espèce de tourelle ou de tabernacle en pierre, haut d'environ cinq pieds. 11 est tellement découpé en fenestrages , en ornemens à jour, dans toute son étendue , que le crayon seul peut décrire un objet semblable. ( Voy. pi.
IV. ) Ma fille s'étanl aperçue , à la lueur expirante de notre fanal, que ce précieux filigrane était une véritable armoire à deux étages, munie de ses portes, se détermina, par la rareté de la chose , à en exécuter le dessin , et
nairement placé dans le voisinage de Fautel, et destiné à recevoir Feau dans laquelle ont été lavés les corporaux, les purificatoires , etc. On j jette aussi les cendres des ustensiles ecclésiastiques qu'on brûle lorsqu'ils ne peuyent plus servir.
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je me proposai moi-Hnéme de faire celui de rëglise et d^en lever le plan .
Cet édifice renferme encore de beaux res-* tes de vitraux peints que le vent et les pierres détruisent chaque jour. Là^ comme dans bien d^autres lieux , de semblables fragmens de verrières , des sculptures , de simples matériaux mêmes ^ tous ces objets sont censés n^appartenir à personne ^ et tout le monde les mutile ou, s^én empare. Les habitans des paroisses voisines , dont Péglise est maintenue pour Fusage du culte , n'en connaissant point la valeur , oublient , dédaignent^ ou craignent de les réclama*. Les habitans des paroisses annexées verraient avec dépit) avec fureur peut-être (on en a vu des exemples), enlever les dépouilles de leurs églises délabrées ) pour en enrichir celle dont on l^s a fait dépendre. Pendant ce fâcheux litige, là ruine d'une foule d'objets curieux est com*p^lètement consommée , et cela sur tous les points de la France , ou du moins doit rètre
par la nature même de beaucoup d^autres causes qui n^en permettent guère la recherche 9 le déplacement, le transport et la restauration. Telle est , après tout, l'inévitable destinée des ouvrages des hommes : Tempus edax rerum. .
Mais pourquoi s^en prendre au temps et toujours au temps ? Ne serions-*nous pas trop heureux encore, si , n^ayant à redouter que ses ravages, le§ chefs-d^œuvre des arts trouvaient sous la tutelle de Purbanité européenne , un sûr /et légitime abri contre le choc des révolutions politiques ? La nôtre a suscité dans son cours trois époques de destruction extrêmement remarquables : la première , signalée par Tacquisîtion des abbayes et des châteaux par les Bandes - Noires , fut le commencement de la crise qu^on désigna judicieusement plus tard sous le nom de Vandalismej et cette crise, accompagnée de fureurs et de folies, constitue elle-même la plus terrible et la seconde de ces époques. La
troisième enfin date de la suppression d'aune foule d^églises paroissiales et de chapelles de* venues propriétés particulières, et comme telles , abattues ou mutilées, ou qui, restées non vendues, tombent naturellement en ruine par les influences destructives des élémens.
Cette dernière phase de nos désastres monu-^ mentaux est, quoique la plus récente, et malgré que son action dure encore , celle à laquelle on pense et dont on s^afilige le moins, parce qu^elle se rattache à des circonstances plus paisibles , et peut-être aussi en raison de rhabitude que Ton s^est faite de ces sortes de proscriptions. Mais ses résultats, qu'il ne nous appartient de juger que sous le rapport des arts, n'en sont pas moins également fâcheux.
Encore une ou deux mesures semblables, ce dont le ciel nous préserve ! et le sacrifice serait totalement consommé.