‹ Essai historique et descriptif sur l'Abbaye de Fontenelle ou de SaintChapitre 3 sur 32 · M DCCC XXVII · texte numérisé non relu

M DCCC XXVII

AVANT-PROPOS

Si qaelque chose pouvait adoucir aux yeux de Fhumanitë Fâpretë des tableaux qu'offrent les premières phases de notre monarchie^ ce serait sans doute les réunions spontanées de ces hommes pacifiques, qui, fuyant une société avilie par la bassesse et désolée par la violence, s'enfonçaient dans la solitude pour y méditer sur un meilleur monde, et rallumer à l'abri du cloître le flambeau presque ' éteint des lumières.

Mais s'il était facile à ces pieux émigrans de renoncer aux espérances du. siècle, de mépriser les superûuités de la vie, souvent

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ik n'emportaient au sein de leur retraite avec ces besoins , inséparables tyrans de notre frêle nature^ qu'un grand courage et de nobles désirs. Un miracle seul alors pouvait les investir des moyens compliqués^ des ressources colossales qu'exigeaient la solennité de leur entreprise ^ et la naturalisation de plusieurs centaines d'hommes, au fond d'un désert inculte et sauvage. Ce miracle s^opérait ' ; les rois

^ Ces associations nombreuses n'étaient pas toujonis , il est Trai , le résultat d'une opération collectivement et simultanément entreprise et dirigée vers une fin eombinée d'avance ; quelquefois un simple ermite devenait seul y et sans l'avoir prévu ^ la cause indirecte d'un grand établissement cénobitique : c'était quand son exemple , joint à l'impulsion du siècle , lui attirait beaucoup de • compagnons qui venaient successivement , adoptant le même genre de vie | élever leurs cellules dans les envi— rons de la sienne. Lorsque ces hommes , animés d'un même esprit, se régularisaient , de leurs travaux secon-* dés par les libéralités des grands, et souvent par les pieuses corvées du peuple, naissait le monastère.

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eux-mêmes volaient au secours de ces exi* les voloutaires^ leur assuraient un vaste domaine y édifiaient leur temple et leur asile ^ les coniblaient de dotations, d'immunitës et de franchises. A l'exemple des monarques , les grands seigneurs s'empressaieut de corroborer par des bienfaits^ par des prësens magnifiques, ces corporations naissantes , et les ëvéques manquaient rarement de les favoriser de tout leur pouvoir, immense alors , surtout lorsque par le lieu de leur situation ces ëtablissemens religieux relevaient de leur diocèse.

Le prdlat ambitieux les voyait avec orgueil ajouter à l'importance de sa juridiction, augmenter le nombre de ses prérogatives ' ; celui qui marchait humble-

^ Un peu plus tard et pendant fort long-temps Pautorité des évéques sur lef monastères fut excessivement restreinte.

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ment dans la voie de FÉvangile n'apportait pas moins de zèle à les protéger, dans Fespoir de voir fleurir dans leur sein les doctrines sacre'es et les vertus qu'elles recommandent. Une pareille attente n'e'tait jamais de'çue. L'oisiveté', la débauche, l'ambition , la haine , l'avarice , l'egoïsme au cœur de glace, n'avaient point encore souille' de leur odieux cortège ces enceintes sacrées. Tout entiers à leurs devoirs , ces premiers solitaires n'abandonnaient la prière et l'étude que pour remplir le vœu de leur saint patriarche *, en se livrant avec ardeur au travail manuel. Il était pour eux l'antidote salutaire contre les maux

réels et les illusions fâcheuses qui naissent de l'inaction corporelle et de l'ennui. Il leur offrait dans une source nouvelle de

' Saint Benoît.

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richesses le garant de leur indépendance.

Ainsi le monastère , foyer d'une industrie vivifiante , asile de la tendre charitë, devenait le canal par lequel refluaient sur une population esclave , misërable et dédaignée^ des bienfaits ëmanés du trône et ^es consolations en tout genre.

Cette peinture loin d'être flattée serait même imparfaite , si nous n'y ajoutions ce dernier trait : lorsque ces hommes utiles acquéraient de tels droits à la reconnaissance de leurs contemporains, ils prdevaient encore un tribut différent sur celle des siècles à venir. En effet ( compensation trop inapprëciee des désastres de ces âges ténébreux ! ) , quand le politique absurde, quand le guerrier féroce semblaient avoir pris pour devise : Ruine et ravage ; Construire, préserver et trans-mettre , était celle des laborieux , des per-

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sëvëraos solitaires. Cest en la mettant successivement en action^ ^'ils réussirent à frayer en silence la brillante carrière où, depuis le dernier G^nstantin^ s'ëlancèrent tant d'hommes illustres dans les sciences et les arts, et particulièrement les ëcriyains cdèbres dont s'honore l'ordre auquel nous faisons allusion <•

Tel fut , dans nos siècles de fer, l'âge d'or de la vie cënobitique ; tels furent ces hommes antiques qu'une injuste pfdven-

* « J'estime y dit Naudé ( Apologie des grands hommes m accusés de magie y a® partie y pag. 346 et 347 ) 9 ^^*^^ ^^ » à propos de parler maintenant des religieux y et de » monstrer qaelle ingratitude ee nous est de recognoistre » si mal l'obligation que nous leur deuons auoir de la » conseruation des lettres depuis le siècle de Boece, Sym- » maque et Cassiodore jusques enuiron la dernière prise dé » Constantinople y que l'on a commencé à les tirer hors » des monastères y lesquels pendant tout ce temps-là » avoient été comme les escholes publiques et qbres- » tiennes y où non-«eulement la jeunesse , mais aussi les » liommes quis'j vouloient addonner estoient instruits et

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tipn confondît sans distinction d'ëpoqu^^ de règles et de mœurs , avec ceux que trop souvent une existence inutile et scandaleuse fit qualifier avec raison de membres parasites du corps social , et comparer comme tels au ventre gourmand et paresseux.

On ne se contenta pas d'dpuiser sur les moines de tous les temps les traits du ridicule ; la haine^ cherchant avidement dans leurs propres chroniques matière à les

(enseignez en toutes sortes de lettres , de sciences et bonnes mœurs, jusqueslà mesme que non contents de ce tant célèbre quadnuium des mathématiques qu'ils enseign oient , outre ce que Ton monstre aujourd'buj dans les collèges y ils cultiuèrent aussi tellement la médecine pratique et théorique | que les escrits d'.£gidius^ Constantin Damascène , Joannitius , Pierre d'Espagne et Turisan , nous sont preuves assez suffisantes combien ils estoient versés en icelle \ de sorte qu'il me seroit facile de respondre à ceux qui les accusent de rudesse et d'ignorance , si je n'aimois mieux porter le remède où il en est le pliis de besoini etc*| etc...* •

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avilir, divagua jusqu'à diriger contre eux l'allégation des coupables excès, à l'expiation desques ils durent souvent une partie de leurs richesses. Eh! qu'importe après tout que le crime puissant , mais bourrelé par les terreurs d'un e'temel châtiment, ait cherche jadis des accommodemens, ou sa re'conciliation avec le ciel en fondant des monastères ! Ges établissemens philantropiques en furent- ils moins utiles, surtout dans leur origine? Le plus grand nombre en fut-il moins honoré par les vertus sans tache et la piété calme et désintéressée de leurs fondateurs ?

, Ainsi brilla cette auguste Saxonne que sa douce innocence, encore plus que ses charmes , éleva de l'esclavage au trône des Francs, et dont d'imbécilles légendaires firent , dans une fable célèbre par son ab-

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surdité méme^ une mère dënaturëe; sainte

Bathilde enfin '.

Epouse du plus indolent des monarques, ce fut réellement sous les auspices de cette princesse douée d'une ame ënei>gique et d'une piété active, que le règne de Clo vis II l'emporta sur celui de Dagobert P' pour le grand nombre de fondations religieuses. Parmi les abbayes fameuses datant de cette époque, on doit distinguer surtout Chelles , Corbie , et en Normandie Jumiéges * et Fontenelle, qui s'honoraient, avec beaucoup d'autres , d'avoir Bathilde pour fondatrice, ou de tenir de sa main

. « Voyez ma Notice sur le tombeau des énervés de Paà^ baye de Jumiéges , lue à la séance publique de la Société libre d'éducation de Rouen ; 1824, in-8, figures.

* M. C. A. Desbayes publie en ce moment une histoire complète de cette abbaye , avec fig. Nous croyons pouvoir signaler cet ouvrage comme digne de la curiosité de nos lecteurs.

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royale les principes essentiels de leur splen* deur temporelle.

Nous Favoijis dëjà dît , les ëvêques contribuèrent puissanunent à la propagation de la vie monastique. De tous ceu:^ qui occupèrent successivement le siège épiscopal de Rouen, durant la longue période du moyen âge j Dadou , en même temps chancelier du royaume, et connu sous le nom de saint Ouen, fut celui qui vit naître, pendant son pastorat, le plus de maisons claustrales, et qui mit le plus de soin^ k protéger leur berceau. Heureux, si quelques pages de sa vie n'étaient obscurcies par le nom de Patroce Ebroin ; ce pontife ne s'en offre pas moins aux regards de la postérité , comme ayant su concevoir et consommer de grandes et louables entreprises. Le haut rang qu'elles lui assignèrent dans les fastes religieux , et les tra-

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ditions monumentales de notxe province exigent quelques cfetails qui d'ailleurs dépendent du sujet que nous traitons. Deux cent cinquante ans environ avant cet ëvèque, saint Victrice avait aussi brillé dans notre Eglise. Il avait créé beaucoup d'établissemens religieux , élevé quantité d'églises ou de monastères ; mais à l'excep* tion de l'édifice qu'il fonda en l'honneur de saint Gervais^ édifice qui^ selon toute apparence, occupait la place où fut construite depuis l'église actuelle de ce nom; à cette exception, disons-nous, il ne reste aucune trace matérielle des efforts de saint Victrice pour la gloire de la religion chrétienne. Saint Romain, qui fut élu en 6â6, est célèbre dans nos annales, mais par la destruction des temples des païens, bien plus que par des constructions chrétiennes.

Il combattit les effets quand il aurait fallu

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attaquer les <;auses j il détourna en quelque sorte le cours du torrent , au lieu de le tarir dans sa source ; et saint Ouen, qui lui succéda, trouva encore les peuples idolâtres , alors même que Fidolàtrie avait vu tomber tous ses temples.

Saint Ouen paraît ; il va convertir les esprits, re'former les mœurs, propager l'instruction religieuse , mais en proscri-vaut, il faut le dire, le goût de la littérature antique *. Sous son ëpiscopat , des

* Quid Pithagoras.) So.crates y Plato et Aristoteles , nobis philosopliando consulunt ? Quid sceleratorum neniae poetarum, Homeri videlîcet, Yirgilii et Menandri^ legentibus conférant? Quid inquam, Sallustiuâ, Herodotus et Liyius , gentilium textendo historias , cbristianas pirosunt familiae? Quid, Lysias y Graeebus, Demostbenes ji et Tullius arti oratoriae insistendo , Cbristi puris atque

y prsBclaris possunt comparare doetrinis? Quid Flacci,

Solini , Varronis , Democriti , Plauti et Ciceronis , alio- ^ rumque solertia y quos enumerare supervacaneum puto ,

nostras juvat utilitates. (^Vita S. EUgiiy auct. Audoeno , prologus. )

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^lises> dans la capitale, seront dote'es, enrichies, construites ou fondëes *. Dans les campagnes, des monastères vont s'élever sous sa protection ; les cénobites de'frichèront un sol jusque-là infertile , et civiliseront le pays d'alentour. L'e'yêque luimême consacrera tout son temps , tous ses soins , tous ses efforts à répandre la parole de Dieu \

^ Interea summo ardebat studio , ut monasteria et loca sanctorum construeret per totas Francoruna provincias 9 maxime in propria diœcesi , ubi plura cœnobia magna et nobilia ex fundamentis construi fecit. Plura autem ex desidia priorum pontificum et abbatum negleeta , tamen restauravit. Primé ipsam matrem Ëeclesiam , prae omnibus qui ante eum fuerant, rébus opimis y tbesaurisque plurimis ditavit. Inter vero alia ornamenta, fecit ibi lectum auro inclusum (vel insculptum) ob amoremsanctae Dei genitricis Marias. (^Vita sancti Audoeni y apud BoU. , tome IV du mois d'août , p. 2i5 , i^e col.)

' Ipse autem sine intermissione j verbum Dei praedicabat , instars secundùm apostolum opportune , arguens , obsecrans , increpans cum patientia et doctrina. ( Idem, ibidem y col. 2.)

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Parmi tons les monastèFes fondes sotts les auspices de saint Ooen^ celui de Fontenelle^ objet de cet écrit, brille d'un ëclat particulier dans l'histoire. Sous le rapport des études, principalement, il s'acquit une réputation que peu d'autres ont égalée, qu'aucun autre ne surpassa.

L'abbaye est à peine créée que les lettres y fleurissent. Une bibliothèque nombreuse et choisie s'y forme tout-à-coup par les soins de son premier abbé , saint Wandrille , dont elle prendra bientôt le nom.

La jeunesse y accourt de toutes parts , et remplit ses écoles. £Ue fournit de grands personnages de tous les |(enres. Tels furent Génésion et Lambert , qui sortirent de son cloître pour monter sur le siège épiscopal de Lyon; tel fût surtout Ansbert, qui mérita de succéder à saint Ouen sur celui de Rouen. Ce fut de Fontenelle que

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somt Wulfratic ^ accompagné de plusieurs religieux^ pour aller prêcher PEvangfle aux Frisons. C'est au savant Ansëgise , abbé du monastère au neuvième siècle , que nous devons le premier recueil qui ait été &it des Gapitolaires de Chaf lemagne et de Louis^le^D^onnaire. C'est encore des .

œnrs élevés par saint Wandrille^ que sont arrivées jusqu'à nous les seules annales locales^ antérieures à l'établissement des hommes du Nord dans notre province, ce précieux Chronicon Fontanellense, publié pour la première fois par dom Luc d'Achery, et que ne sauraient trop feuilleter les amis de notre histoire \ ♦ Enfin les moines de Fontenelle eurent

' Po*r tout te qui "regarde l'histoire littéraire de Fontenelle depuis sa fondation jusqu'au commencement du dixième siècle , voyez le Mémoire de M. Théodore Liquety intitulé : Recherches sur l'histoire religieuse.

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l'avantage de contribuer peut-être les jpremîers de la France aux progrès de la calligraphie. Ce furent eux qui travaillèrent le plus efficacement au perfectionnement de la minuscule Caroline ou carlovingienne, qui fraya le chemin aux caractères de l'imprimerie, et du renouvellement de laquelle l'honneur appartient à Gharlemagne, quoi- .

qu'on eût commence à la rectifier dès le règne de Pépin, et même un peu auparavant *•

morale et littéraire de Rouen, depuis les premiers temps jusqu'à Rollon ; mémoire couronné par la Société d'émulation de Rouen, dans la séance du 9 juin 1826. Cet ouvrage écrit d*un style élégant , et rempli d'érudition , présente , malgré Fexiguité voulue de son cadre , une peinture extrêmement curieuse des temps de notre Listoire sur lesquels la disette ou TinsufEsance des anciens écrivains avaient laissé se répandre le plus d'obscurité. La vive lumière que font jaillir sur les événemens , les mœurs et le génie de ces siècles reculés , le discernement délicat et les savantes recherches de l'auteur, n'est pas son moindre titre aux éloges qui lui sont dus pour la manière heureuse dont il a su remplir sa pénible tâche. ' Dictionnaire raisonné de diplomatique , par dom

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Il existe depuis quelques annëes surtout^ une rivalitë louable pour sauver de l'oubli et de la destruction les ^nobles édifices que vit ëlever le moyen âge ; et la Normandie > cette terre des châteaux et des églises^ suivant l'expression juste d'un savant bibliographe anglais ' ^ la Normandie a reçu les premiers hommages.

MM. F. Mackensie^ Cotman, Dîbdin, Dav^son-Tumer, sont venus tour à tour des bords de la Tamise sur ceux de la Seine pour admirer^ dessiner et décrire nos antiquités monumentales» En ce moment même M. Pugin , habile architecte , fixé en Angleterre, mais que la France aime à réclamer connue un de ses enfans, M. Pugin, disons-nous, reproduit nos édifices les

De Vaines, tome I , p. 453, verbo Écritures; et VHist, lit ter. de la France^ t. 4» p* ^o.

^ Le réyérend E. F. Dibdin.

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plus remarquables; et ce qui doit ajouter un grand poids k l'importance dé son ouvrage, c'est que ne se bornant pas à publier les plans, les élévations ^ les coupes et les détails de ces mêmes monumens ou de leurs plus belles parties, il dévoile encore à l'architecte qui pourrait se trou* ver charge de les restaurer, de les relever . même , les combinaisons sécrètes et les moyens qui furent employés pour les construire- Enfin nos antiquités occupent aujourd'hui le crayon des artistes, la plumé des écrivains, l'attention scrupuleuse des érudits.

Quel que soit , dans l'intérêt de la science, le résultat des travaux des hommes studieux nés parmi nous, qui désirent contribuer à l'illustration de notre province , en éclairant son territoire du flambeau de l'archéologie, on ne doit pas moins ap-

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plaudir au sentiment qui les dirige. Ce n'est point une vaine curîositë qui les anime , c'est ce respect , c'est cet amour înnë du pays où nous venons au jour. Qui oserait affirmer que le plus magnifique des édifices de la Grèce et de Bome , en le supposant encore debout et sous nos yeux, excitât dans nos âmes ces ëmotions touchantes, ces affections de famille, si je puis le dire, que nous inspire la vue de nos monumens nationaux ? Non , j'en suis certain , cette parité de sentimens serait impossible. La gloire des beaux siècles de Përiclès et d'Auguste nous est entièrement étrangère. Elle ne peut râBLéchir aucun éclat de notre existence politique, et nous réclamons au contraire comme notre patrimoine tout ce qui nous rappelle ^e Charlemagne et saint Louis furent Français comme nous.

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Le berceau de notre ancienne architecture fut entoure' des ténèbres de la barbarie , je le confesse ; mais quand il serait vrai que le style , improprement appelé gotbique^ ne connut^ pour tenir le langage de ses dëprëciateurs, d'autres principes que ceux d'une imagination désordonnée , ne mériteraient-ils aucun tribut d'éloge, ces vieux artistes dont l'habile audace introduisit dans nos temples cette combi^ naison d'eflfets mystérieux comme nos dogmes sacrés , ces formes légères connue l'air où nous le voyons s'élancer, ces proportions grandes, vastes, majestueuses comme l'idée du souverain Être ?

Puisque la main des hommes a opéré sur nos anciens monumens des ravages que les siècles n'auraient pu produire ; puisqpie au lieu de ces masses vénérables auxquelles , de nos jours et sous nos yeux, l'igno^

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rance n'a pas craint d'appliquer le fer et le fea, nous ne retrouvons plus que des raines chancelantes et des débris e'pars, Farche'ologie doit en consacrer le souvenir, et le burin en retracer les modèles.

L'antique église de Saint-Wandrille, par son état actuel de dévastation y réclamait plus impérieusement qu'aucune autre nos investigations laborieuses; puissent-elles consoler les antiquaires et les artistes de la chute totale et prochaine de cette basilique. Il n'en est pas ainsi des bâtimens claustraux ; l'importance , la solidité , la beauté de leurs masses, la vaste étendue des pièces nombreuses dont ils sont composés, doivent en faire une propriété tropprécieuse dans un département manufacturieip comme le nôtre , pour que nous puissions craindre de les voir bientôt grossir l'amas de ruines dont ils sont entourés. Nous présageons

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avec plaisir que leur conservation sera le garant de celle du réfectoire et dn cloître^ les seuls édifices gothiques restes à peu près dans ce magnifique monastère. Seize planches et plusieurs vignettes accompa** gnent le texte de ce volume ; j'en ai pris les dessins sur les lieux , d'après l'invitation expresse de la commission des antiquité; de Rouen j et par l'ordre de M. le baron de Vanssay, préfet de ce département. Ils appartenaient donc en quelque sorte à cette commission* M. le préfet, qui la préside^ a bien voulu m'autoriser à les publier par avance , en les joignant à mon Essai historique sur notre célèbre abbaye ;. que ce magistrat reçoive donc le témoignage public de ma reconnaissance.

Je n'étais point seul à recueillir les dessins dont je viens de parler ; j'en dois la plupart aux crayons de ma jeune collaboratrice^

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à laquelle je ne puis accorder ici le moindre éloge. Les louanges d'un père paraîtraient toujours suspectes , alors même qu'elles seraient méritées , et son langage , fùt-il avoué par la vérité, retiendrait toujours en apparence quelque chose des inspirations de la nature.

ESSAI

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FONTENBLLE

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