CHUTE DE LA TOUR DE PIERRE
^AN i63i devait , à son déclin, laisser dans Saint-Wandrille des souvenirs bien douloureux, par un événement dont la gravité subvertit non-seulement les formes physiques, mais encore celles des premières institutions de ce monastère. La nuit du 20 au 21 décembre, par un temps très-tranquille , la tour, supportée par les quatre, gros piliers qui séparent le chœur de la nef, sMcroula subitement , parce qu^on avait négligé d^ faire quelques réparations. Celte tour, bâtie en i33i , était un des plus beaux ouvrages qu^on vit en ce
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genre. Sur une base en pierre ^ dont la hauteur égalait les plus hautes montagnes environnant cette abbaje^ sVIevait une pyramide ou flèche d^un ouvrage singulier. Les lames de plomb , artistement découpées , dont elle était revêtue de toutes parts , en augmentaient le poids ^ en même temps qu^elles lui servaient d^orne*ment \ Quelles ruines ne devait pas causer la chute d'une tour si pesante et si exhaussée ! Aussi le dommage fut-il immense. La plus grande partie du chœur fut renversée , la nef entièrement détruite , le croisillon méridional accablé , les sous-ailes abattues , la chapelle de ]a Vierge ruinée , les chaises du chœur , par-
* Ce revêtement en plomb indique évidemment (pie la pyramide qui surmontait cette tour était alors en charpente. Cependant le Gallia Christiana nous donne une autre idée de sa construction primitive. Turrim lapideam extruxit, j est-il dit en parlant de l'abbé de la Douillie j montihus vicinis adœquatam cum ACUBaNE LAPiDEo circumpositœ plagœ imminentem. Au reste y je n*ai trouvé aucun indice des cbangemens que cette tour a pu subir depuis l'époque de sa construction jusqu'à celle de sa chute.
faitement belles , brisées en morceaux et enjseveh'es sous les débris de la tour et des voûtes, aussi bien que les calices , les ornemens et les cloches. Les choses restèrent long-temps dans cet état, et cet affreux spectacle devenait chaque jour d^autant plus affligeant pour les moines, qu'ils se voyaient sans moyens pour relever cet énorme amas de ruines. Ferdinand de Neuville, abbé de Saint-Wandrille depuis 1622, sentant vivement de son côté la dépense dans laquelle il allait s'engager, s'il était obligé de concourir aux frais immenses de la restauration de la basiKque , ne se montra pas moins zélé que ses moines à solliciter l'introduction de la congrégation de Saint-Maur dans Saint- Wandrille. Ce dessein ayant réussi, les réformés vinrent, en i636, se mettre en possession du spirituel et du temporel de l'abbaye, dans laquelle ils eurent la gloire, nonseulement de réparer les désastres précédens, mais encore de construire d'autres édifices aussi vastes et somptueux.
SDR SAINT-WAMDRILLE. Sj
Le chapitre général , célébré à Vendôme en 1639, ayant élu, pour prieur de Saint- Wandrille , D. Philibert Cotelle , celui-ci , tout en s^occupant de. Tornement du monastère , fit sa principale occupation de la réparation de la grande église. Le reste du chœur tombait en ruine ; les murs qui soutenaient la.voiite, succombant sous le poids de la couverture de plomb, étaient poussés en dehors , et les arcs-^ boutans mêmes reculés en arrière. La pesanteur excessive d^un tel fardeau, qui ne pouvait plus être soutenu depuis la chute de la phi s grande partie de Téglise, avait fait entr^ouvrir les voûtes , dont les clefs ne joignaient plus ; en un mot, tout annonçait une ruine prochaine et si complète , qu^en voyant Pédifice achever de se détruire d^un côté, pendant qu^on le réparait de Tautre, on se crut au mo*ment d^étre forcé de rebâtir de fond en comble une église nouvelle. Tel était encore Fétat des lieux, au dire des experts, en i64i. Effrayé d^une semblable entreprise, le prieur Philibert
Cotelle crut, ainsi que ses religieux, qu'ion devait se borner à réparer le chœur. A cet eflFet , il réclama du général de Tordre , D. Grégoire Tarisse , la permission d^abattre toute la nef et le croisillon méridional de Téglise , en réservant seulement celui qui est tourné vers le nord. D. Tarisse , craignant que son refus ne fit traîner les choses en longueur, accorda tout ce qui lui fut demandé. On se disposa donc à démolir la croisée et les voûtes de la nef. Mais avant toutes choses, on jugea à propos de creuser les fondemens de la tour projetée , qu^on voulait élever au lieu même du croisillon méridional. Dans ce travail, on découvrit sept sépulcres blancs contigus et parfaitement semblables les uns aux autres , mais dont on négligea de transmettre à la postérité les indices qui auraient pu les faire connaître. Les fondemens, creusés très-profondément, furent aussitôt remplis des magnifiques pierres qu^on commençait à détacher avec force du haut de la nef.
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Pendant ce premier travail , dont la suite et raccomplissement eussent complètement dénaturé la première ordonnance de Féglise de Saint-Wandrille , D. Harel , prieur de Jumiéges,s^arracha, pour quelques momens, de sa retraite , afin de sVssurer, par ses propres yeux, de la vérité des faits qu^on lui rappor* tait au sujet de cet édifice. Il ne put , à son arrivée , s^empècher de gémir et d'être extrêmement surpris de Tétrange résolution qu'on avait prise , et plus encore de ce que le général Teùt approuvée. Il lui écrivit fortement à cet égard ; et D. Tarisse , mieux in^rmé , s'empressa de se rétracter et d'écrire aux religieux, gu^il ne devait plus être désormais question de démolir^ mais uniquement de bdtir^ ordre qui fut depuis ponctuellement exécuté.
Quand on a vu le vaisseau de l'église de Saint-Wandrille , tel qu'il était depuis cette importante et dernière restauration , on n'est pas étonné qu'à peine il ait été rétabli après plus de vingt ans , quoiqu'on n'en laissât pas-
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ser aucun sans y employer des sommes considérables.
D. Aichadre Picard fut le premier prieur, depuis la réforme, qui y rétablit la célébration du service divin , interrompu pendant près de quinze ans. Ce fut lui qui , du chapitre où le Saint-Sacrement avait reposé depuis Fintroduction de la réforme , le reporta solennellement, le 21 juillet 16479 dans la grande église, où Ton recommença dès-lors à faire Foffice divin , tant de jour que de nuit.
La restauration de ce monument était cependant loin d^être complète , puisqu^en 1649 encore , D. Bede Peru en conduisait les travaux. En 1678, il y restait même tant de choses à faire, que ce fut, selon D. Bréard, une des considérations qui déterminèrent la promotion au priorat de Saint- Wandrille de D. ]\larc Rivard , que, Ton regardait comme fort habile dans Farchitecture et dans la conduite des bâtimens , comme un homm^ enfin très-capable de remédier à quantité de fautes
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dans lesquelles on était tombé pour avoir pris confiance en des faiseurs de devis qui savaient même à peine dessigner.
En 1679, D. Rivard donna beaucoup de soins aux travaux de la basilique , soit pour la préserver de quelques dangereux accidens dont elle pouvait être menacée , soit pour le complet achèvement de ses décoirations. Ce fut alors que plusieurs cloches ^ qui étaient demeurées suspendues sur les voûtes de Téglise , furent élevées avec les quatre que renfermait déjà le nouveau dôme depuis 1661.
Mais avant de le charger de ce fardeau , il fallut faire de grandes réparations à la charpente , qui portait à faux , et la fortifier de plusieurs grosses pièces de bois , qui la mirent en état de recevoir, sans péril , toute la sonnerie de Saint-Wandrille. En même temps Ton perça le clocher à jour, et on lui donna une forme de couronne qui ne servit pas moins à Pembellir qu^à étendre le son des cloches. Ce fut enfin sous Fadministration de D. Rivard
que les yitrages furent renouvelés en trèsgrande partie , et que Ton commença à entourer le chœur de belles grilles , entreprises quelques années auparavant , mais qui ne furent cependant complètement terminées qu^en 1686 , sous D. Gabriel Dudan. Le pavage des chapelles nMtait antérieur que de fort peu de temps aux travaux dont nous venons de parler.
On voit, par les titres manuscrits provenant de Saint-Wandrille , que les réparations de l'église , suites du terrible désastre de i63i , se prolongèrent près d'un siècle , si Ton veut comprendre , dans cette longue suite d'opérations j celles que fit entreprendre , dans le dix-huitième siècle même , la pieuse ambition de renchérir sur la magnificence de ce temple. En 1727, en effet, on s'occupait encore à démasquer les chapelles circulaires , en supprimant l'immense contre-retable du sanctuaire, et l'on décorait le fond de l'abside en y plaçant deux grands vitrages de verres
peints. Nous remarquerons à ce propos que cette égliseayantéteàdemî-détruite,presquereconS' truite à neuf, ou du moins entièrement remaniée , ses anciennes verrières avaient dû souffrir de terribles avaries. Il y a donc lieu de croire que ses vitrages , à Fépoque de la révolution, se composaient principalement de verres blancs , entourés de bordures de couleur : telles sont encore en partie les fenêtres des lieux réguliers. Les encadremens de ces dJinères , peints en apprêt, en 1688 , offrent des arabesques , dont Fexcellence est rehaussée par réclat des plus admirables couleurs.
En admettant que le portail représenté dans les plans du père M. Germain eût occupé Fextrémitéde la partie de la nef restée imparfaite , et que cette nef eût été terminée , Féglise de Saint- Wandrille eût présenté, dans son extérieur, une longueur totale d'environ deux cent cinquante - deux pieds. Mais ce monument noyant été clos et voûté qu'à la troisième travée inclusivement de cette même nef , il n'en
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réisultait qu^ane longueur de cent quatre-vingtdouze pieds , depuis Pentrée occidentale jusqu'au fond de la chapelle du Saint-Esprit, placée au centre et au fond du rond-point. La nef avait cinquante-cinq pieds delarge^y compris les collatéraux ; la croisée , quatre-vingtdix;-sept pieds du nord au sud ; le chœur, cent huit pieds de long , depuis les gros piliers de la lanterne jusqu'au fond de la chapelle du centre ; et j dans sa partie la plus ancienne et la plus régulière , soixante-douze de l^i^b , du mur d'une aile à celui de l'autre. N'ayant pas voulu souffrir qu'on prît des mesures d'e'lévation , dans la crainte des eboulemens qu'il est aisé de prévoir, je ne puis que m'en rapporter à une estimation approximative , mais au moins très-probable, d'après laquelle je crois pouvoir donner à l'ancienne élévation de ce monument de soixante à soixante-dix pieds sous clefs de voûte. Le pourtour du chœur se composait , à partir de la lanterne, de dixvsept arcades ogives , reposant sur des
colonnes ou piliers monostyles , dont les chapitaux, relevés de couleurs, avaient été, dans le dix-septième siècle , chargés d^une tête de chérubin d^assez mauvais goût ( voy, p. 24 , pi. II, fig. VI). L'entrée de ce chœur était décorée d'un jubé, surmonté de statues, et placé sous la grande arche de la croisée du côté de Test. Il avait été commencé en 1670, et terminé en 1672 par Emmanuel Boynet , architecte habile , originaire de Loudun , auqueL on doit la construction de la plupart des vastes bàtimens qui subsistent encore aujourd'hui. Au lieu de la haute lanterne qui portait le beau clocher construit dans le quatorzième siècle , le centre de la croisée était couronné par une coupole dans le goût antique ; elle reposait immédiatement sur les quatre grands arcs centraux , et chacun de ses pendantifs.était occupé par un bas -relief, offrant un évangéliste dans un cartouche formé de fruitages et de fleurs ( vof. pi. III ). Au-dessus de cette coupole ,
une tour en charpente , revêtue de plomb * , renfermait la sonnerie ; elle offrait , à Texterieur, la forme d^un dôme oblong ou d'^un calice renversé ( vojr. pi. I , p. i" ) , et le coq qui la surmontait ne s^élevait, dit-on, qu^à la hauteur du seuil de la chapelle de Saint- Saturnin, située sur le coteau voisin qui regarde le sud. Après ce que nous avons dit de
' La couvertue du chœur, des chapelles qui Fenvîronnent et du cloître, était également en plomb. Deux ou trois ans avant la révolution , les religieux firent enlever ce métal en lui substituant de Tardoise , et tirèrent de sa vente environ trente ou quarante mille francs. Vers la même époque , les religieux de Jumiéges firent la même Bpéculation , mais avec moins de bonheur : ils dépouillèrent leur église et plusieurs autres de leurs édifices de la plus grande partie de leurs plombs, dont ils traitèrent sur le pied de cinquante mille francs au moins , avec un individu qui disparut , dit-on , nanti de ces matériaux , mais en oubliant de payer les bons bénédictins. Ce désappointement rappelle celui que leur fit éprouver dans le seizième siècle leur abbé Gabriel Le Veneur, en les faisant consentir à la démolition de leur admirable et prodigieuse pyramide, par des promesses captieuses dont il éluda Texécution*
la tour écroulée en i63i , on voit combien , depuis cette catastrophe , la partie culminante de Saint-Wandrille avait perdu de son élévation.
Cette église offrait, dans ses détails, de choquantes variétés de style qui résultaient des travaux qu^on y avait exécutés depuis le treizième siècle , jusquVu commencement du dix-huitième ; et malgré les soins et Thabileté qui présidèrent à sa grande et dernière restauration 9 il est encore aisé de remarquer que, soit impossibilité , soit négligence , on né se piqua pas scrupuleusement de mettre les parties nouvelles en accord avec les anciennes.
Le§ chapiteaux de ce temple présentaient peu de variété j nous en avons gravé quelquesuns des plus remarquables ( voy. p). II , pag. 34 ).
Le n. //^appartenait aux piliers de la lanterne.
Le n. Vh. ceux des chapelles circulaires du
chœur;
Et le n. yi aux piliers monostyles qui Fentouraient*
En apportant tous nos soins au plan de cette basilique ( -vo/. pi. //, fîg. VIII) ^ nous avons attache d^autant plus d^importance à le réunir à ceux des autres édifices de style gothique , encore existant à Fontenelle, que leur disposition respective fait juger d\in coup-d'œil la justesse d'une remarque intéressante de Fabbé Fleury.
' « Je m'imagine, dit ce savant écrivain dans )> son ouvrage intitulé les Mœurs des pre-- )) miers Chrétiens (pag. 276, édit. de 1777 ) » )i trouver encore, dans les monastères, des n vestiges de la disposition des maisons anti- » ques romaines , telles qu'elles sont décrites » dans Vitruve et dans Palladio. L'église , w que l'on trouve toujours la première, afin )> que l'entrée en soit libre aux séculiers, M semble tenir lieu de cette première salle 1) que les Romains appelaient atrium. De-là » on passait dans une cour environnée de ga-
» leries couvertes, à qui Ton donnait d^ordii> naire le nom grec depéristile/ et c'est jus- )» tement le cloître où Ton. entre de Téglise , » et d'où Ton entre dans les autres pièces , w comme le chapitre qui est Vexhedre des » anciens , le réfectoire » qui est le triclinium^ » et le jardin est ordinairement derrière tout )> le reste , comme il était aux maisons aivti- » ques. »
Au plan partiel dont nous venons de parler , nous en avons, sur la même planche, joint, sous le n. VII^ un général de Fétat de Saint-Wandrille , vers la fin du dix-septième siècle. Ce dernier , malgré la petitesse de ses dimensions, est pluspropre encore à faire valoir la comparaison de Fillustre auteur de V Histoire Ecclésiastique} nous Favons étahli d'après la vue perspective incluse dans le Monasticon Gallicanum de D. Michel Germain, dont le point de vue est tellement élevé qu'il laisse distinguer l'assiette de tous les bàtimens. L'église de Caillouville est le seul que
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Pexiguité du cadre n^a pu admettra , non plus que rextrémité orientale de Penclos^ qui se trouvait fort voisine de ce monument.
Renvois expUcatifi duplann. F'III^phlIyp.T^.
Ct)aprlle0.
A. De Saint-Laurent.
B. Des Saints Sébastien, Roch et Adrien.