PIÈCES JUSTIFICATIVES ET NOTES
INVENTAIRE DU TRÉSOR DE l’aBBAYE DE GRANDMONT.
En 4790, une commission composée de M. Sicelier, supérieur du séminaire de Limoges , et de l’abbé Legros , vicaire de l’abbaye de Saint- Martial, fut chargée par M. d’Argentré, évéque de Limoges, de distribuer aux églises du diocèse le trésor de la célèbre abbaye de Grandmont, dont M. d’Argentré avait obtenu la suppression en 4772. Cette commission se livra à un travail de répartition dont l’auteur de ce mémoire possède les procès-verbaux écrits en entier de la main de l’abbé Legros. A ces documents sont annexées diverses pièces historiques auxquelles les commissaires eurent recours pour déterminer l’authenticité des châsses et reliquaires soumis à leur appréciation.
La plus importante de ces pièces est en latin ; elle a pour titre : Itinerarium fratrum ad Firgines de Colonia et eorum exceptio in Grandimonte, Nous en préparons une traduction qui plus tard fera connaître l’importance de ce curieux récit inédit. L’abbé Legros mentionne aussi plusieurs inventaires annexés à son procès-verbal, et qui ont disparu. Ainsi mutilé , son cahier ne se compose plus que des pièces suivantes :
4 “ Inventaire des reliques de Grandmont déposées au palais épiscopal , fait en mai 4790.
2" Liste des églises auxquelles il convient de donner des reliques trouvées dans le trésor de Grandmont.
5° État sommaire de distribution arrêté à Paris le 25 juillet 4790, par M. d’Argentré , évêque de Limoges , député aux états généraux.
4° État des reliques qui étaient à Grandmont en 4774 et 4787.
5" Procès-verbal de distribution des saintes reliques de Grandmont , fait en août 4790 , en conformité de l’état de distribution dressé et arrêté par Mgr l’évêque de Limoges, le 25 juillet même année, et signé de sa main.
6* Relation de la translation de pliisièui*s eorps des VV. martyres, compagnes de Ste Ursule , de Cologne à Graiidmont , faite en ^ 4 81 .
( C’est la traduction de V Itinerarium mentionné plus haut. )
Pour abréger, nous ne publions ici que le premier de ces importants documents , en nous réservant de compléter les descriptions des châsses données par l’inventaire de mai 1790, au moyen de citations intercalées dans le texte et empruntées au procès-verbal de distribution. Pour éviter la confusion, ces emprunts seront désignés par des caractères différents.
Selon M. A. Leymarie [Limousin historique, p. 160), les châsses d’une grande valeur furent vendues par M. d’Argentré. L’on pourrait, à l’appui de cette accusation , faire remarquer que le trésor de Grandmont fut transféré au palais épiscopal en l’absence de tout inventaire , et que l’abbé Legros signale en effet la disparition de plusieurs reliquaires. Mais il est facile de répondre que l’inventaire dressé par l’abbé Legros ne diffère pas notablement de celui que M. de Lépine , subdélégué de l’intendance, exécuta en 1771 ; en second lieUj si les reliquaires dont l’abbé Legros mentionne l’omission étaient d’un grand prix au point de vue religieux , à cause des reliques qu’ils protégeaient , ils n’en avaient aucun matériellement parlant , leur valeur intrinsèque étant nulle ou minime.
Nous ferons une autre observation. Le procès-verbal de l’abbé Legros publié ici ne peut en aucune façon donner une idée de la magnificence des reliquaires qu’il inventorie. Ainsi l’inventaire mentionne à l’article 1 4 un reliquaire de cuivre doré au haut duquel est une petite tour contenant un cristal, et deux tourelles sur le devant, donné à l’église de St-Goussaud. Ornons avons pu examiner ce reliquaire dans l’église de St-Goussaud, qui le possède encore. Sa forme est élégante et originale ; sur le pied et la tige, des estampages d’argent représentent des dragons dans des enroulements de feuillages , et les symboles des évangélistes. L’admirable châsse d’Ambazac, décrite dans notre texte, n’est, sous la plume de l’abbé Legros, qu’une caisse couverte de lames de cuivre doré et émaillé, et orné de filigranes et de pierreries.