‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 2 sur 54 · TU · texte numérisé non relu

TU

Comment veut-on que le travail de nivellement , qui use et décompose notre pays depuis tant de siècles, laisse encore comprendre ce qu'il y avait de fort et de beau dans les diverses institutions qui couvraient autrefois notre territoire? Hors quelques esprits curieux et tristes qui aiment à fouiller les débris et le passé , il est peu d*hommes parmi nous qui se soucient des 'choses anciennes , ou qui s'en occupent autrement que par esprit de mode , à peu près comme on parle aujourd'hui des cathédrales et du moyen-âge , et comme on se fait des meubles gothiques. L'esprit des masses est séparé par mille siècles de nos souvenirs nationaux.

Je n'ignorais pas ces choses , quand l'idée me vint de faire successivement quelques recherches sur des puissances bien inconnues aujourd'hui , l'évéché, le monastère j la commune , le parlement , les états provinciaux. Je devais naturellement consacrer mon travail de préférence à l'étude de la Bourgogne. J'ai commencé par le monastère : j'attendrai, sur le reste, Tavis du public.

Je me souvenais d'avoir joué, tout enfant, dans les ruines d'une vieille abbaye. Nous montions téméraire^ ment dans les escaliers interrompus et dans les combles croulans. Nous nous inclinions et nous frissonnions de peur sous les arceaux de la grande voûte ouverts et tremblans au-dessus de nos têtes. On nous racontait que, dans ces hautes niches où les hirondelles nourrissaient aujourd'hui leurs petits, il y avait autrefois les douze Apôtres et les Prophètes en argent massif. On nous disait les noms des grands clochers et des plus grosses

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