CHAPITRE XX
Les monoêtéreê au 14« siècle. — Lespapeê ê*entremeiteni direetement dam la nomination des abbés de Cluny, — Indépendance et saiweraineté de la justice abbatiale. — Le palais des Thermes devieni la propriété de Vabbaye. — L'abbé Androin de la Roche soutient Pordre de Cluny.
Le quatorzième siècle est rempli de trop graves eTénemens de civilisation générale , pour que la place de Tabbaye de Cluny y paraisse bien grande. Le zèle religieux s'est endormi , pour ne plus se réveiller avec force qu'à la vaste réforme du seizième siècle. U s'agit bien à présent de rinfluence décisive des établissemens et des hommes monastiques ! Ce temps est passé où l'Europe ne formait , à vrai dire , qu'un seul grand royaume catholique , dont les ordres religieux étaient comme l'immense armée permanente : ce temps est passé oii les moines de Cluny composaient , dans tout l'universchrétien, la triomphante milicedeGrégoireVII. Les université^ sont venues , avec leurs écoliers , leurs privilèges bizarres, leurs tumultes de collèges, leur domination de dialectique et de syllogismes. L'Eglise les a sous sa
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main , elle les crée ^ les études sont beaucoup moins laïques encore que cléricales ; c'est de la science théologique et scolastique; mais enfin Timportance des couvens se perd dans le mouvement universel des lettres. La civilisation latine s'altère et s'achève ; la langue française a commencé dès long-temps à parler. Un autre ordre d'idées va surgir. Cette puissance pontificale , à qui saint Louis ne faisait que résister prudemment, en lui disputant les prérogatives de son pouvoir royal , Philippe-Ie-Bel l'attaque à force ouverte , la viole , la terrasse , et la jette aux pieds de sa noblesse féodale qu'il subjugue , de son clergé lui-même qu'il entraîne dans le cercle royal envahisseur^ de son parlement qu'il institue, de ses états- généraux qu*it crée. La classe des légistes s'élève , bien autrement forte que sous saint Louis ; et cette autorité judiciaire , organisée dans le parlement , soumettra à la fois les choses féodales et les choses ecclésiastiques. Avec cet instrument énergique , le roi de France domptera toutes les volontés qui résistent , tons les pouvoirs qui s'opposeront au sien. IF en écarrera peu à peu la noblesse année et guerrière , sous prétettt qu'elle n'est pas assez lettrée , et que les chicanes crvflti^oe vont pas à de nobles épées ; les évéques et les drefs de l'église , parce que le roi fait conscience de les empêcher âe vaquer au gouvernement de la spiritualité; et, fovorisant de charges judiciaires les hommes de la classe interm&Kaire qui ne jurent que par le droit Romain et les constictit%His impériales, il marchera à grands pas au potrvoir légishtif absohi , en s'appuyant sur les populaires épaides^ dtt gens de robe. Viennent maintenant le procès des Templiers, les affranchissemcns graduels des communes et des serfe , les nobles débats du droit salique de succession au tr^e Français , les effrayantes guerres de l'Angleterre et d^ h
Franoe , les fjuerres civiles du royaume , les défaites illustres, les émotions populaires, les temps funestes de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt, du roi Jean; les jours néfastes de la Jacquerie et du prévôt Marcel : il n'en demeurera pas moins vrai que le sanf^ féodal s'est épuisé dans les champs du combat ; que la papauté est comme captive à Babylone (Avignon); qu'à travers tous les désastres la royauté, et la royauté seule, a marché vers son hut; et que , malgré les recrudescences féodales , malgré les résis« tances ecclésiastiques , malgré les insurrections partielles des communes , malgré les privilèges des provinces et des états-généraux qui ne deviennent point une institution stable et périodique , et ne régnent que dans les temps de troubles; le roi de France, avec sa cour de justice souveraine qui dépend de lui , a tout évoqué et tout conquis, fera la loi à tous et pour tous , aura seul une armée et le droit de guerre , et imposera à tout le royaume peu à peu son pouvoir central et généralisé, absorbant ainsi dans sa souveraineté immense toutes les souverainetés locales.
Il est bien impossible sans doute que Tabbaye de Cluny, même abaissée sous le niveau commun , ne garde point encore d'importantes prérogatives. Ainsi la puissance territoriale de Tabbé de Cluny lui assure, comme à tous les chefs des principaux ordres religieux , une place aux étatsgénéraux du royaume , une haute position dans les états provinciaux ^ un rôle éminent dans les afiaires et les assemblées ecclésiastiques. L'université elle-même députa quelquefois aux états-généraux ; et toutes les associations ou corporations municipales et industrielles, qui avaient acquis une importante situation dans le pays , parvenaient à s'y faire représenter , par cela seul qu'elles avaient une part notable aux richesses et aux possessions nationales , par cela
seul qu'elles avaient un intérêt grave dans les mesures de finances et de défense commune dont le fardeau retombe toujours sur ceux qui possèdent. Et , comme le droit public de notre vieux royaume, en matière de subsides , exigeait , comme aujourd'hui , le consentement de ceux qui paient ou de leurs représentans , on ne pouvait refuser le droit de délibérer et de se défendre dans toutes les assemblées du pays aux monastères qui , dans les rangs du clergé luimême , remplissaient au moins, à ne les considérer que sous ce seul point de vue , le rôle incontestable de grands propriétaires fonciers. On doit avouer cependant qu'on ne voit pas figurer d'une manière distincte et éclatante les abbés de Cluny dans les principales assemblées politiques ou délibérantes des temps modernes \ d'abord , parce que Texistence des abbés commençait à se perdre dans le mouvement général de décomposition de l'ancien ordre de choses qui aUait enfanter la monarchie absolue, et ensuite, parce que, trop souvent , comme on le dira plus tard , le titre d'abbé de Cluny se confondit avec d'autres dignités ecclésiastiqnes éminentes qui effacent historiquement l'appellation monastique.
Devant ces choses , le monastère bourguignon bien humble ] et si Henri de Fautrières n'eût pas nom à une réforme bénédictine , on ne devrait guère le rappeler. Il tenait cependant à de nobles familles de Bourgogne, et même aux G>urtenay . C'est sous lui que commença de s'accomplir une nouvelle et déplorable phase qui soumit le Saint-Siège au roi de France , et le monastère de Cluny au bon plaisir du Saint-Siège. Ce Bertrand de Gole , cet archevêque de Bordeaux, que nous avons vu naguère visiter le monastère et y séjourner avec Philippe-le-Bel , est aujourd'hui devenu le pape Clément V, par les démarches déci*
sÎYes du roi de France. La papauté a quitté Rome, comme pour être plus près de sou protecteur; elle s'est exilée à Avignon. Les Templiers , dont la souveraineté religieuse , les armes , les richesses, les affiliations, tourmentent la souveraineté royale , vont succomber sous les coups opiniâtres du roi, puissamment aidé par les complaisances du pape, par les jalousies du clergé et du peuple , et sans doute aussi par les fautes et la corruption des chevaliers du Temple : car la noblesse, au sein de laquelle se recrutait la milice religieuse, laissa faire et ne remua pas. De^leur mort courageuse au milieu des supplices , de leurs possessions tellement répandues que presque partout aujourd'hui même oa rencontre encore quelques débris des maisons des Templiers, le roi de France , le clergé , d'autres ordres religieux , acceptèrent le déplorable et sanglant héritage.
Henri de Fautrières , procureur-général de Tordre de Cluny auprès de la nouvelle cour d'Avignon, dut à ce titre, et aux recommandations personndles de Clément V, sa nomination au gouvernement de Cluny. Il obtient du pape d'abord l'autorisation de percevoir, pendant quatre années, le vingtième de tous les bénéfices de TOrdre. Puis il profite de sa présence au concile général de Vienne pour faire consacrer encore une fois par le,«>uverain pontife les immunités de son aUMiye. Mais désormais le pape est trop vobin de Cluny, pour que les élections duniscnses n'en soient pas modifiées.
En effet , Henri de Fautrières n'eut pas plus tôt passé à l'évéché de Saint-Flour, que le pape Jean XXII , par ses exhortations directes , fit nommer Raymond de Bonne , son propre parent , de la famille des seigneurs de Bonne et de Lesdiguière. C'est généralement un signe de déclin pour les monastères, quand leurs chefs les quittent pour accepter
un évêché. Les premiers abbés de Cluny ont refusé les honneurs épiscopaux les plus insignes et même la tiare ; et depuis long-temps les chefs de Tordre de Cluny échangent le sceptre abbatial vermoulu contre la plus mince crosse épiscopale.
On vit bien éclater ces signes funestes , lorsque le pape commit Guillaume , archevêque de Vienne , et Gérard de Lautrec , ses chapelains , pour réformer Cluny, et rétablir Tordre troublé par les résistances du prieuré de la Charitésur-Loire aux droits de la métropole.
Ce fut en ces tristes circonstances que la cour de Rome désigna pour abbé Pierre de Chastelux \ bien que les droits électoraux de Tabbaye de Cluny eussent encore été ouvertement méconnus , il se trouva que Pierre de Chastelux fut un homme plein de faconde et d'éloquence , admirablement orné de science et de bonnes mœurs, selon la chronique du couvent. Il obtient par son crédit que la réforme de Cluny, projetée par le pape , soit abandonnée , selon la justice , à la main abbatiale. Le couvent était obéré d^une dette de quatre-vingt mille livres ^ il Tacquitte , en demandant à la cour pontificale la levée d'une décime sur tous les bénéfices de Tordre. Le pape poussa la faveur jusqu*à écrire lui-même une bulle aux évêques pour les engager à favoriser, dans leurs diocèses respectifs , la levée de cette décime.
Auprès des rois de France , Pierre de Chastelux n'était pas moins bien venu. Charles-le-6el , en 1325, confirme les privilèges de Cluny contre les prétentions du bailli de Mâcon sur la justice abbatiale ^ et Philippe VI , en 1333 , en réitérant la même formalité , place Tabbaye et toutes ses possessions sous la sauve-garde du roi de France et de ses successeurs, en rappelant lui-même un pareil acte de protec- •în royale donné, en 1119, au monastère par Ix)uis-le-Gros.
La charte de Cbarles-le-Bel a plus d'intérêt que Tautre : car elle concerne les droits de justice souveraine que les abbés de Cluny possédaient, comme seigneurs ecclésiastiques et féodaux , mais qui ne pouvaient plus désormais se concilier aisément avec les appels royaux et Torganisation parlementaire. La justice abbatiale de Cluny était d'abord indépendante ; c'était d'elle que relevaient en dernier ressort toutes les justices subalternes soumises à Tabbé. Ainsi se complétaient les droits de souveraineté territoriale qui ont caractérisé jusqu'ici l'existence de l'abbaye. A répoque de transition royale où nous sommes venus , si je puis parler ainsi , il arriva de la. justice abbatiale ce qu'il advint de toutes les justices privées du royaume de France. Le roi évoqua tout à lui. Par cette espèce d'adroits tempéramens que la royauté mit à s'emparer des justices féodales, on ne fit jamais subir à la justice clunisoise le joug des autorités judiciaires inférieures : on ne la détruisit pas directement , on la neutralisa ; on la soumit à l'appel. Cet appel dut se porter directement au Parlement de Paris , ce grand destructeur des privilèges et des souverainetés ecclésiastiques et laïques ^ et , pour consoler l'abbé de Cluny de la perte de sa puissance passée, il fut , comme le furent tant d'autres abbés auprès d'autres parlemens , conseiller (Thonneur au parlement de Paris, et appelé à siéger à la cour des pairs. Cela pouvait passer pour un honneur insigne d'être conseiller né d'une compagnie illustre devant laquelle on jugeait les questions de successibilité au trône, et qui faisait comparaître à son banc les vieilles pairies de France , les souverainetés féodales , les antiques feudataires de la couronne , les ducs de Bretagne , et jusqu'aux rois eux-mêmes. La juridiction de Cluny ne dépendit jamais que du grand parlement ; un juge-mage rendait la justice à Chmy au nom
de Tabbé , comme un archi-diacrc le représentait dans les fonctions spirituelles.
Pierre de Chastelux assista lui-même au parlement de 1 336 ; et, dans une bulle de la même année , Benoîc XII le nomme le premier entre tous les abbés bénédictins aozquds elle est adressée. L'abbaye s'enrichissait de donations nouvelles ; je n'en cite qu'une : Robert , duc de Bourgogne, lui donnait, en 1339, pour son anniversaire , une rente de cent sous d'or. Philippe de Valois , la reine eC leurs deux fils, avec un grand nombre de ducs, de comtes et de barons, vinrent encore à Cluny demander l'hospitalité , et peut-être le droit royal de gite. Mais Pierre laissa à Cluny des souvenirs plus positifs de sa bonne administration. One hcnioge , merveille de ces temps-là, et telle qu'on en vit une plus tard à la cathédrale de Lyon , fut placée par lui dans la grande église. Miraculeux ouvrage, en effet : car on voyait à k fois, dans cette vaste machine, un calendrier perpétuel qui marquait l'année, le mois , la semaine, le jour, l'heure et les minutes; et un calendrier ecclésiastique qui désignait les fêtes, les offices de chaque jour. Les positions , oppositions et conjonctions des astres , les phases de la lune , les raouTemeos du soleil , étaient marqués dans cette horloge. Par h complication du mécanisme , on voyait représentés tour à tour, dans une niche , aux divers jours de la semaine, le mystère de la Résurrection , la Mort , saint Hugues , saint Odibn , la fête du Saint-Sacrement , la P&ssion , la Sainte-Vierge. Chaque représentation , à minuit , cédait d'elle-même la place à une autre. Toutes les heures étaient annoncées par un coq qui battait des ailes et chantait à deux reprises. En même temps un ange ouvrait une porte et saluait la Sainte- Vierge , le Saint-Esprit descendait sur sa têle sous la forme d'une blanche colombe , le Pcrc Éternel la bénissait; et au
milieu d*un carillon harmonique de petites clochettes, et des bizarres monvemens d'animaux fiintastiques qui agitaient à la fois leurs langues et leurs yeux y Theure sonnait, et toutes les figures rentraient dans Tintérieur de Thorloge.
Une grande statue en or de la Vierge, du poids de soixante marcs, et plusieurs autres statues de matière précieuse; d*énormes cloches placées dans les grosses tours des Barabans ; une foule d'ornemens d*église , des constructions, des chapelles : telles sont les choses que la chronique énumère avec complaisance dans la vie de Pierre de Chastelux. Elle ne dit qu'un mot d'une acquisition plus importante. Il acheta le Palais des Thermes.
Ce palais des Thermes, que la France voulut depub restaurer, faillit devenir, en 1819, uu musée national, au milieu duquel devait se placer la statue de Julien, eC comme le reliquaire des antiquités gauloises et romaines trouvées sur notre sol. Bien des souvenirs se rattachaient à ce palais antique, dont la construction est attribuée parqudquesuns à l'empereur Julien , par d'autres à Constance-Chlore, mais qui date du moins , aux yeux de tous , des commence* mens du 4* siècle, époque à laquelle les empereurs Valentinien et Valens y séjournèrent. Gratien, Maxime, plusieurs Césars , des préfets du Prétoire , des gouverneurs romains, l'habitèrent tour à tour. Il devint ensuite la résidence des rois de France de la première race. Clothilde y demeurait avec ses petits-fils, lorsque Childebert et Clothaire enlevèrent ces enfans , leurs neveux , et les mirent à mort. C'est là encore , à en croire la tradition , que Charlemagne surprit et pardonna les amours et les ruses de sa fille et d'Ëginhard, son ministre. Après avoir servi de demeure à Alcuio , et d'atelier de calligraphie et de peinture sur parchemin , il fut ruine par les Normands , et devint l'asile des voleurs et
des filles de joie. Philippe-Auguste en fit don à son chambellan ; et , pour achever ses étranges vicissitudes, il devint, environ vers 1334 , la propriété de Tabbé de Quny, qui en destinait le vaste emplacement à Tagrandissement du collège dont nous avons rapporté la fondation.
Il est regrettable que Pierre de Chastelux ait quitté trop tôt Cluny, pour se reposer, en 1 343 , dans Tévéché de Valence et de Die : car ses successeurs immédiats , Itérius de Mirmande , Hugues de Beaufort , et Hugues Fabry, n'eurent guère de remarquable que d*étre tous trois cousins, frères ou neveux du pape Clément VI , qui ne fit pas difficulté , on le pense aisément, de sanctionner, entre les mains de sa famille , les prérogatives de Tabbaye. Le premier, tout nommé qu'il est docteur Solennel, tout flatté qu'il est pour son habile langage , n'est marqué dans la chronique que pour avoir fait faire un bras (forgent de saint Odilon admi^ rablement orné de pierreries, et parce que, de son temps, la peste noire, qui décima affreusement toute la chrétienté, vint aussi affliger et tuer les habitans de Cluny. Le second ne fit rien. Le troisième fut fort économe , laissa au couvent une grosse somme d'argent , et , courant se cacher dans un cloître de Chartreux , remit son bâton abbatial entre les mains du souverain pontife.
La main des papes ne fut pas toujours malheureuse : car elle désigna, en 1351, Androin de la Roche, noble seigneur bourguignon , auparavant abbé de Saint-Seine , au diocèse de Langrcs, lequel , outre l'honneur d'avoir été , comme il parait , allié de Clément VI , et des ducs féodaux d'Athènes et de Thèbes , fut aussi un homme important et distingué.
Les collèges de saint Martial d'Avignon et de saint Jérôme de Dole ^ qu'il fonda , témoignent hautement de ses Uiinièrcs. Mais l'histoire a cnre;];istrc sa mémoire en plus
d*iine occasion. Il rappelle, à quelques égards, le rdle éminent de médiateur entre les princes chrétiens, qui honora si remarquablement les plus grands abbés de Cluny. Après la bataille de Poitiers, en 1359, le pape le choisit pour ménager la paix entre les rois de France et d'Angleterre. C'est en cette qualité qu'il porta la parole deyant le roi Jean et son fils Charles , régent du royaume. A en croire Thistorien Daniel, il eut la gloire d'incliner à la paix les deux rois ennemis : Post multos et varias labores, reges Franciœ et Angliœ ad concordiam inclina%fU, Il fait plus, il sert d'âtage au roi Jean, prisonnier en Angleterre, traite de sa rançon , et le délivre de sa captivité. C'est lui enoorequi rétablit la paix entre Bamabas, vicomtede Milan, et l'église de Rome. Innocent VI le nomme son l^;at apostolique pour pacifier la Bretagne en feu pendant les tragiques démêlés de Charles, duc de Bretagne, et de Jean de Montfort. « Nous t'envoyons là comme un ange de paix, lui dit le sacré pontife, afin que ta prudence accoutumée se manifeste utilement en cette louable intervention, comme elle s'est tant de fois manifestée dans d'autres occasions plus graves encore. »
Froissart n'a pas oublié l'abbé de Cluny. Il dit, sous Tannée 1360 : « Avecque Messire Guillaume de Montaigu, Euesque de Thérouenne, et chancelier de France, estoient encore deux clercs de grande prudence , dont l'un estoit abbé de Cluny et l'autre maistre des frères prescheurs. Ces deux frères, à la première requeste et ordonnance du duc de Normandie et de ses frères , et du duc d'Orléans , leur oncle , se partirent de Paris , sur certains articles de paix , et s'en vindrent vers le Roy d'Angleterre, qui chevauchoit en Beausse par deuers Galardon. Si par-
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lèrent ces deux prélats au Roy d^Angleterre eC rent à traiter paix avec luy el ses alliés. »
Un autre historien^ Thomas Walnngham , raconta que, a aux temps d'Edouard UI, en Tannée 1362, le cardinal Androln, abbé de Cluny, vint à Londres, vers la fin d'avril , pour traiter avec le roi eC son conseil de la réduc«tion de la rançon du roi Jean de France, délivrer les âCages et négocier un mariage entre le sang du roi d'Angleterre et Charles de Blois. »
On ne peut avoir pris part à de plus grands démêlés qu'aux guerres terribles de France et de Breta^pM. Aussi le pape Innocent IV, sur les instances réunies des rois d'Angleterre et de France, décora-t-il, en 1361, l'abbé de Cluny de la pourpre ecclésiastique, et le nommaH-tl son légat en Italie. G)mme cardinal , et dispensé d'en recevoir les insignes de la main même du pape , selon Tusage d'alors, il siège au conclave et concourt à l'élection d'Uiiiain V, le plus éminent des papes qu'on a appelés les papes Framr' çais , et appartenant encore à l'ordre de Cluny par sa profession monastique. C'était déjà Androîn qui avait auparavant décidé le roi d'Angleterre et les évéques angkûs à laisser percevoir dans toute la Grande-Bretagne des sommes d'argent pour les besoins de l'Église, en même temps qa*il profitait de son séjour en Angleterre pour y visita* et réformer tous les couvens de l'ordre de Cluny. Il (îit l'exécuteur testamentaire du roi Jean et de Philippe, doc de Bourgogne, de la première race royale, qui l'appelle en son testament son très^clier cousin. Le roi de France, Charles V, dauphin de Vienne, lui fit payer par le trésorier du Dauphiné la pension de deux mille livres que le roi son père avait léguée à l'abbé de Cluny, comme à son ami fidèle , amico nostro fidelL Le dernier acte
connu de sa vie publique fut d'aller en Romagne et k Bologne, au nom d*Urbain V. Puis il mourut de la peste à Viterbe, en 1369, instituant pour son héritière universelle Tabbaye de Cluny, qu'il enrichit de ses livres, de ses omemens sacerdotaux , de mille choses précieuses. Il voulut qu'on ramenât son corps à l'église qu'il aimait à ce point de lui laisser toute sa fortune ; mais Urbain VI préleva sur son hérédité treize mille florins pour les besoins de l'Église. Les abbés n'étaient plus pauvres, et Rome disposait, même sans Tavis des chapitres, des fortunes monastiques.
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