‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 30 sur 54 · ADDITIONNELLES ET JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

ADDITIONNELLES ET JUSTIFICATIVES

J'ai bien souvent regretté, en écrivant cet Essai historique , de ne pouvoir m'étendre à mon gré sur le câté littéraire de Tabbayc de Cluny. Mais les proportions de mon récit me commandaient cette discrétion nécessaire : car j*eusse risqué autrement de tomber dans une longueur de narration que n^auraient point rachetée suffi* samment peut-être , aux yeux de tous , d'inconnus développemens sur une littérature de cloître , dans les années obscures du 10*, 11* et 12* siècle. Tai donc cherché, autant qu'il a été en moi , à faire aller ensemble , dans une certaine mesure, la marche des faits et les indications suffisantes sur l'état des intelligences et des lettres au sein du vieux monastère Bourguignon.

Mais je n'ignorais pas que la science et l'illustre habitude de parler et d'écrire étaient entrées pour beaucoup dans l'immense renommée de Cluny, au moyen-âge, et que le célèbre couvent de Bourgogne avait dû son influence

de plusieurs siècles aux talens de ses premiers chefs, autant au moins qu'à leurs vertus. A toutes les époques , dans toutes les civilisations, et de quelques formes que les institutions se revêtent , la vertu , pour gouverner puissamment et longuement les hommes, a besoin de 8*unir au mérite«

Je connaissais aussi ce passage d'une épitre de Pierre de Poitiers à Pierre-le-Vénérable : « Par un singulier privilège, les abbés de Cluny, dès les temps antiques, sont doués du zèle et du talent d'écrire. Et certes, ce n*est pas un commandement de l'autorité qui les oblige seul à composer des livres : mais s'ils ne le faisaient pas, ils seraient comme forcés de rougir de ressembler si peu aux saints Pères, leurs prédécesseurs, et de n^être plus que leurs fils dégénérés. »

J'ai donc saisi avec empressement Toccasion de publier, sous la forme de pièces additionnelles et justificatives , et en les rattachant le plus possible au corps de TouTrage, des citations multipliées, et le plus souvent des traductions entières , qui se rapportent toutes aux premiers Pères de l'église de Cluny. Tai voulu ainsi donner en quelque sorte un spécimen de la manière de chacun des plus grands abbés.

Si je me suis étendu plus complaisamment sur Pierre» le- Vénérable , c'est que sa vie se réfère au 12* siède, ou les événemens et les lettres ont un plus grand développement naturel \ c'est que sa vie se mêle à une époque de crise pour le monastère de Cluny ; c'est qu'enfin ses relations et ses controverses avec saint Bernard, comme lui l'un des plus grands hommes de ces temps-là, avairait pour moi cet intérêt , tout de prédilection , de montrer à ^^ fois , et l'un par l'autre , les deux chefs les plus émineas

des monastères de la Bourgogne. J*ai rassemblé avec scrupule les débris des rapports épistolaires de Fabbé de Clairvaux et de Tabbé de Cluny , comme j^aurais fait de Cicéron et d'Atticus , de Montaigne et de la Boétie. Bien ne fait pénétrer pllis avant et plus sûrement dans le cœur des hommes que la lecture de leurs lettres : parce que c^est là que se montrent sincèrement la soudaineté des caractères et la naïveté des impressions. Les âmes recueillies sauront me comprendre.

Ce que j*ai traduit de Pierre-le-Vénérable ne Ta jamais été nulle autre part que je sache, et j*ai droit de m'en étonner et de m'en plaindre. Ce que j'ai traduit de saint Bernard avait eu déjà, dans la plus grande partie, les honneurs de la traduction. Mais les hommes d'études , les religieux amans du passé, qui, ne se contentant point de savoir et de répéter sur saint Bernard les banalités convenues, ont eu la patience curieuse de lire et d'étudier les œuvres de l'abbé de Clairvaux, sauront bien, si je ne les satisfais pas encore, pardonner à ma bonne volonté de n'avoir pas été contente des autres traducteurs.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que les passages que je cite de saint Odon, de saint Odilon, de saint Hugues, n'ont jamais été traduits dans notre langue.

En général, ma version est la plus littérale possible: elle ne retranche aucune redondance, n'efface aucune antithèse , ne supprime aucune recherche de mots ou de sens. C'est à ce prix, mais à ce prix seul, qu'on peut se flatter de faire comprendre un peu la physionomie d'un sièble, d'un auteur, d'un style. Des écrivains tels que Pierre le-Vénérable et saint Bernard, devaient surtout n'être pas traités autrement^ et je les montre tels qu'ils sont. Il faut pousser le scrupule jusqu'à reproduire tous les défauts

d'un visage, si Ton veut que la ressemblance soit vivante. Mais j'ai éprouvé que , indépendamment de l'intérêt particulier qui s'attache à tout ce qui est sorti de la plome des grands hommes, et des grands hommes du christianisme, il y a de curieuses études à faire sur cette phase de la littérature latine, et tout ecclésiastique, du moyenâge, qui précède Tavènement de notre langue nationale. Je serais heureux si le lecteur ne demeurait point toutà-fait étranger au charme que j*y ai trouvé moi-même, et si des mains plus fortes et plus heureuses que les miennes s'accoutumaient à fouiller davantage dans ce véritable trésor de nos antiquités religieuses et françaises qui se touchent par tant de points. Que de livres nouveaux , que de succès modernes , que de renommées éclatantes, dont on retrouverait les idées et les causes tout entières dans ces œuvres latines que l'ignorante paresse ne lit plus , et que bientôt on ne comprendra plus même, si Ton n'y prend garde enfin!

Pages 27, 28 et 33.

La dévotion particulière d'Odon à saint Martin de Tours Ta plus d'une fois porté à écrire les louanges de ce grand évêque. Le lecteur me saura gré , j'espère , de lui faire connaître le récit de la translation d'Auxerre à Tours des reliques de saint Martin. Cette narration du premier abbé de Tordre de Cluuy est , si je ne me trompe , fortement empreinte de foi merveilleuse et de naïveté épique : c'est une vive peinture des mœurs, des croyances, des institutions d^une époque encore mal étudiée , en même temps qu'une curieuse page d'histoire. Le sentiment religieux y est si profondément exprimé, que les ossemens d'un saint homme» les pieuses reliques d'un prélat mort, comme rendus à la vie et personnifiés, deviennent, pour ainsi parler, le héros du poème, avec autant d'ingénuité que s'il s'agissait des personnages vivans de l'épopée biblique et homérique.

Comme les terres des Danois ne suffisent pas à leurs besoins , c^est une coutume chez eux que, tous les cinq ans, une grande partie de la population, désignée par la voie du sort, s^exile de sa patrie, et va chercher sur la terre étrangère une demeure nouvelle, sans aucun esprit de retour. Ce fut ainsi qu'Hasting, contraint par la nécessité de la chance , émigra de son pays avec une foule innombrable de compagnons armés. 11 entre dans les Gaules, assiège les villes, renverse les murailles, rase les tours, et par le fer, la flamme et la faim , dévaste les châteaux , les campagnes et les villages.

Après qu'il eut brûlé et ravagé les contrées de la Gaule supérieure, il arriva qu'il descendait vers Tours, dans le dessein de lui faire subir le même sort. Amboise et toutes les villes qui sont comprises

entre la Loire et le Cher , étant donc réduites en cendres , il mit le siège devant Tours. II place des gardes aux portes , et prend avec effort mille précautions pour empêcher les habitans de sortir. Tantôt il exhausse , tantôt il aplanit les terrains qui entourent la ville , et ne néglige rien de tout ce qui est utile pour s^en rendre maître. La terreur des assiégés s'augmente de tous les bruits sinistres qui leur parviennent sur les malheurs des autres villes. Cependant ils réparent leurs murailles , ils mettent leurs tours en meilleur état de défense , et repoussent plusieurs assauts par une grêle de traits. Mais déjà les murs sont ébranlés par les coups répétés du bélier , et, cédant aux efforts des machines, commencent à menacer ruine. Les citoyens de Tours se défient de leurs forces , et ne sont plus soutenus par aucune espérance. Enûn , par une inspiration de la grâce divine , ils rentrent au fond de leurs cœurs, ils enlèvent pieusement le corps de saint Martin, leur bienheureux patron, et, le portant à Tendroit où la lutte guerrière est le plus ardente , ils opposent ainsi à Fennemi on défenseur mort au lieu de défenseurs vivans. O grand homme admirable en toute chose ! celui qui , durant sa vie , élevait l'édat de ses vertus jusqu'aux cieux et méritait le nom de faiseur de prodige$, devenait, après sa mort, le puissant vainqueur des ennemis, et sa présence seule valait des bataillons. Oh ! que Dieu est vraiment admirable dans ses saints! Sous le bienveillant patronage du Bienheoreox, les assiégés reprennent courage et conOance , et une immense crainte s'empare des assiégeans.

Les Danois s'enfuient , les habitans de Tours les poursuivent. Une partie des fuyards périt par le glaive : d'autres sont ramenés prisonniers ; quelques-uns s'échappent dans leur fuite. Les assiégés poorsuivcnt les assiégeans jusqu'à six milles de la cité, portant en triomphe, au milieu des hymnes et des acclamations de gloire , le corps du saint triomphateur qui leur a donné la victoire. Comme un souvenir glorieux (le cette guerre, on bAtit en l'honneur de saint Martin une église dans le lieu même où s'arrêta le corps du saint; et Ton donna h cette église , en mémoire de l'événement , le nom de Saint-Martlnde-la-Guerrc. Dans le même endroit de la ville où le corps de saint Martin vint veiller au-dessus des murailles et commencer la victoire, il y avait les débris de murailles plus anciennes sur lesquelles s*élevait, disait-on, le palais de Valentinien. C'est là que l'Empereor ne daigna pas se lever devant le bienheureux évêque Martin , jusqu'à

ce que la flamme couvrit le siège royal , et , portant riDccDcIio jusque sous le prince lui-même, chassât Forgueilleux de son trdne, et le forçât de se lever , mais en ennemi , devant Martin. Dans ce lieu encore, Tarchevéque, avec son peuple pieux, Gt construire, en rhonncur du saint, une église sous le nom de Saint-Martin-^de-la^ Basilique.

Quinze années s^taient écoulées depuis les ravages incendiaires d'Hasting, lorsqu'arriva en Gaule un guerrier de la même nation, et quittant aussi son pays par la voie du sort , Rollon , homme d^armes redoutable et fort cruel envers les chrétiens. Entouré d'un grand nombre d^hommes de pied , d'une forte cavalerie et d'une foule de combattans de toute espèce, il parcourut plus d'une fois en vainqueur armé la Flandre , la Normandie et la Bretagne ; brûlant les villes, les châteaux et les églises, et massacrant une multitude d'habitans de ces provinces. Quand il eut pris le Mans , il envoya jusqu'à Tours les chefs de son armée, avec ordre de mettre à sac la ville, d'enlever l'or, l'argent et tout ce qu'elle possédait, et de lui amener les principaux habitans chargés de chaînes. Mais , par la prévoyante clémence de Dieu , la Loire et le Cher débordèrent tellement , que leurs eaux se confondant ne formaient plus qu'une seule mer, et par une étonnante élévation défendaient aux ennemis Taccès de la ville. Ceux-ci envahissent le Monastère-Majeur , à peu de distance de Tours, le ruinent de fond en comble, et des cent vingt moines qui s'y trouvent, égorgent tout , excepté l'abbé et vingt autres frères qui se sauvent en se cachant dans des grottes souterraines. Les Danois cependant découvrent l'abbé, et par mille cruautés veulent le forcer à révéler les trésors de l'église et à trahir la retraite de ses moines. Mais l'abbé Ilébemus , bien que tourmenté par la violence et la multiplicité des supplices , ne trahit ni les trésors , ni ses

fils cachés Quand les Danois se furent retirés et que les fleuves

rentrés dans leur lit permirent aux citoyens de parcourir la campagne, on apprit les malheurs et la ruine du Monastère-Majeur, les peines et les tourmens supportés par l'abbé , les souffrances et la mort précieuse des moines. Alors, dans le cœur de tous les habitans, et surtout des chanoines de saint Martin , la joie de leur délivrance fut bien obscurcie par les regrets et les larmes , et une immense douleur s'empara de toutes les âmes.

Couverts du manteau de la tristesse et du chagrin, revêtus d'habits

lie deuil, se conformant aux habitudj» miséricordieuses de ceux qui pleurent avec les affligés et qui se réjouissent ayec les hommes joyeux, ils vont en gémissant et en pleurant jusqu'au lieu dont nous avons parlé. Leur douleur intérieure s'échappe en sanglots : puis, quand leurs larmes sont un peu diminuées , ils tirent les vingt-quatre moines de leur cachette souterraine , et les ramènent dans leur église ainsi que Tabbé , avec tous les honneurs et les respects qui leur sont dus ; ayant soin de leur choisir une habitation dans une maison voisine , dont imc porte secrète communiquait avec l'église.

Six mois après , les chanoines apprennent que RoDon s'est emparé du Mans et se dispose à prendre Tours. Ils tiennent conseil avec les habitans, et font transporter jusqu'à Orléans leur trésor le plus cher, leur pierre précieuse la plus inestimable, je veux dire le corps de saint Martin. On établit porteurs et gardiens du saint convoi l'abbé Hébernus, vingt-quatre moines et douze chanoines destinés à rendre à Dieu et à Martin , confesseur du Christ , les honneurs du culte. Douze bourgeois se joignent au cortège , pour servir les saints senrileiin et veiller à ce qu'ils ne manquent de rien.

Mais, avertis que les Danois s*avancent toujours, ils poussent avec leur trésor jusqu'à Saint-Benoit. Puis, au bout de quelques jours, k vigilante renommée leur apprenant que Rollon avait déjà passé Orléans, ils se réfugient à Chablis avec leur sainte relique. De li, enfin , après un bref séjour , assaillis de nouvelles craintes, ib arrivent à Auxerrc avec leur inappréciable trésor.

L'évoque et la ville d'Auxerre, instruits du bruit de leur arrivée « se précipitent en foule à leur rencontre, pour recevoir de tels hôtes avec les honneurs qu'ils méritent, et déposent le corps du grand saint Martin dans l'église de Saint-Germain , à côté du cercueil du grand saint Germain lui-même. Là , d'innombrables miracles éclatent par la vertu du bienheureux Martin. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les fiévreux guérissent, les étiques deviennent saufs, les lépreux se purifient, les paralytiques reprennent l'usage de leurs membres. La rumeur publique, qui ne laisse jamais rien secret « répand dans tous les pays les merveilles de tant de guérisons; et l'on voit arriver à Auxerre une telle multitude de malades, que, s*il faut compter ce qui est innombrable, on peut dire que la population .l'Auxcrre ressemble à une armée. La ville ne suffisant pointa contenir une si énorme foule , elle se répand dans les villages voisins, pour

y trouver un asile. C'était toujours en invoquant saint Martin que les malades recouvraient la santé. Les offrandes des pèlerins étaient donc perçues par les serviteurs de cet évéque ; mais elles montèrent h une telle somme d'argent, qu'elles excitèrent la jalousie du clergé d'Auxerrc , qui , pressé de Taiguillon de Tenvie et de la cupidité , paria ainsi aux serviteurs de saint Martin t « Puisque les miracles se « font concurremment par les vertus de votre pieux Pontife et du nôtre, « il est juste que , s'ils produisent des bénéfices, il en soit fait un partage «t égal entre les ministres des deux saints. » — Les ministres de saint Martin repoussent , par d'excellentes raisons , et en ces termes , cette demande de partage : « Avant que notre saint Martin fût entré dans n Auxerre , et lorsque vous viviez sous la seule protection de saint n Germain , il n'était pas question ici de miracles ; mais dès que notre et évéque est arrivé , aussitôt , par ses mérites pieux , de f réquens et « évidens miracles éclatent, et les oblations de ceux quMi guérit ou « qu'il sauve nous donnent des bénéfices légitimes. Mais, pour enlever « de vos esprits tout doute et tout scrupule , voulez- vous que l'on place « ce lépreux, que nous voyons, entre les deux saints prélats? Si le (c côté du lépreux, qui touche saint Martin, se guérit, tandis que <t Tautre côté, qui touche saint Germain, gardera sa lèpre, que le n miracle soit attribué à la vertu de saint Martin ; que si , au w contraire , la partie du corps du lépreux , placée près de saint Martin , " ne guérit pas, tandis que celle plus rapprochée de saint Germain '( guérira , que la cure miraculeuse soit attribuée manifestement au ^ mérite de saint Germain. » — Cette proposition est unanimement accueillie, et tous approuvent l'épreuve qui doit juger et terminer la contestation.

Pour reconnaître la vérité , on place donc le lépreux au milieu des deux prélats. La nuit se passe à prier et à chanter les louanges des deux saints ; et , dès que le jour parait , la moitié du corps du lépreux , placée du côté de saint Martin, est retrouvée saine et sauve, aux yeux d'un immense concours de peuple; et Tautre moitié du corps, par un secret jugement de Dieu, est demeurée malade. Mais, pour que le miracle brillât d'une façon plus haute et plus manifeste encore , on retourne la partie malade du lépreux du côté de saint Martin ; et le lendemain matin, sous les yeux de tous, le lépreux entier est trouvé parfaitement guéri.

C'est ainsi que fut assoupie la querelle ; et désormais toutes les

offrandes des malades appartiennent sans ooBtestatkm aux mlnislres de saint Martin. O admirable courtoisie du grand prélat saint Germahi, qui , pouvant , par ses mérites , ressusciter les morts , yonlut faire à son hôte sacré les honneurs de sa ville , en paraissant inférieur à saint Martin en puissance miraculeuse ! O gloire éminente du grand et paissant saint Martin , qui, gardant partout et pour tous, et jusque dam Texil , la dignité de son ministère pontifical , illustra par la graee de ses miracles la cité dont il recevait une hospitalité généreote, el se montra toujours bienveillant et généreux à ses serviteurs !

Au bout de plusieurs années , la paix étant rendue à Féglîsc par te conversion de Rollon, plusieurs habitans notables de Tours sont envoyés à Auxerre pour réclamer le corps de saint Martin, leor seigneur et leur patron. Hs vont trouver Armarius, évéqne d* Auxerre, pour en obtenir la permission de reconduire à Tours leur Hlustre pontife. T^ tradition rapporte que l'évéque Armarius leur fit cette réponse : n Je ne veux pas dépouiller mon église d'un si grand trésor, parce qoe , tt au moment où j'ai été élu évéque , je l'en ai trouvée en possenioB. « Les gens de Tours, voyant qu'ils n'obtiendraient rien de réréqne, se rendent , avec de meilleures espérances , auprès du roi des Français , et , par leurs ferventes et humbles prières , le conjurent , le supplient d'ordonner que saint Martin, patron de la ville de Tours, lui soit rettitoé, et de changer en allégresse , par cette restitution , le deuil d'une dté qui pleurel'absence de son protecteur sacré. Le roi leur dit : « Puisque Tours « et Auxerre relèvent tous deux de mon droit royal, et m'obéisscnt égare lement, nous trouvons injuste de dépouiller, par la force de Mire « sentence préjudicielle, la ville d' Auxerre, qui est en possenioa des ff reliques , pour en investir votre ville de Tours qui en a perda te sal- « sine. » Les envoyés de Tours, frustrés dans leur espoir, prennent dose congé du roi et retournent chez eux ; puis ik convoquent une asscmblée , dans laquelle , avec Adalandus , archevêque de Tours, Raimeu, évéque d'Orléans, Saint-Loup, évéque d'Angers, Mainold , évéqoe dn Mans , et une grande foule de clergé et de peuple , ils délibèrent sur te parti qui reste à prendre.

En ce temps-là, l'illustre comte du Gâlinois, Ingelgérius, neveu de Hugues, duc de Bourgogne, seigneur de Loche et d'Amboîse, habile homme de guerre , d'une haute probité et d'une grande puissance , occupait le consulat d'Angers qu'il tenait des mains du roi des Français, il possédait aussi à Auxerre un palais , des vignes et d*auCres

domaines près des faubourgs. Tout le inonde s'écria qu'il fallait se concerter sur cette grave affaire avec le comte , dont la position particulière et les fonctions lui donnaient un si puissant intérêt dans la résolution à prendre. Les gens de Tours se disposaient donc k lui députer , à ce sujet , des messagers , quand , par un incident providentiel | il entra lui-même dans Té^se de saint Hartin, pour y faire ses prières accoutumées. A sa sortie de l'église , tous les citoyens l'accueillent avec joie et lui rendent avec empressement les honneurs et les respects qui lui sont dus. Il s'arrête au milieu d'eux; et, comme averti d'avance par l'Esprit-Saint , et sous l'inspiration du Saint-Esprit , il leur tient ce discours : « Ilabitans de Tours, vous qui réunissez à la fois d'imposantes « richesses , une remarquable intelligence , une prudence et un cou- « rage au-dessus du vulgaire , je suis bien étonné que , par une négli- « gence impardonnable , vous ne rameniez pas chez vous , de son trop «t long exil, votre joie, la lumière de votre patrie, le grand prélat «t Martin. » — Les citoyens de Tours lui disent avec larmes : « Nous « te rendons grâces (et nous remercions d'abord Dieu qui a com- <t mandé À ton cœur de telles pensées) de t'entretenir avec nous n sur un pareil sujet, et de prévenir ainsi , en les publiant , nos désirs n encore secrets. Il n'y arien, Seigneur, dans cette affaire, qu'on « puisse reprocher à notre incurie : c'est la faute du roi de France , <( dont l'irrésolution nous a entravés, et de l'évêque d'Auxcrre , dont n TopiniAtreté violente a refusé notre saint Martin à nos efforts et à nos n instances. Le cœur de l'évêque obstiné s'est endurci ; il est devenu « comme un autre Pharaon; il ne veut pas rendre l'homme de I>ieu , <t à moins qu'il n'y soit contraint par une main puissante. C'est pour- « quoi , Seigneur, toi qui es fort par ta noblesse et par ton courage, « par ta probité et par ta charge , nous t'adressons nos supplications (t profondes et unanimes, pour que, guidé parle zèle de Pieu et « l'amour de saint Martin , ta exauces nos vœux , en rendant à ce pays « en deuil ses reliques bienheureuses , et avec elles la joie qu'il a « perdue. »

L'illustre Ingelgérius , voyant donc que cette population entière a placé dans lui , après Dieu , toute son espérance , prend pitié des larmes et des vœux des supplians , et leur promet d'entreprendre cette affaire selon toutes ses forces. Il assemble un grand nombre d'hommes , tant des pays étrangers que de sa propre armée ; prend avec lui environ six raille cavaliers ou fantassins, et se dirige sur Auxerrc. Cependant les

habitans de Tours , sur Tordre de leur prélat , observent un jeûne d*unc semaine entière , et , par <ies prières sans relâche et pleines dlnsCaoce, conjurent Dieu de leur rendre saint Martin.

La ville d'Auxerre est stupéfaite. de se voir tout>àH»up remplie d'hommes armés qu'elle n'attendait pas. Dès le lendemain matin , le comte diligent , après avoir d'abord répandu ses larmes et ses prières & l'église , devant le corps du grand pontife Martin , et placé sous sa recommandation sacrée les motifs et les vœux de son pèlerinage , se rend chez l'évéque, et lui demande en ces termes la restitution du saint dépôt :

ff Toi qui te pares du nom et des honneurs du pontificat , pourquoi , <f oubliant l'étymologie de ton nom même , détruis-tu , au lieu de le (t consolider, le Pont des Fer lus ? Pourquoi égares-tu ton troupeau par <c le mensonge et la tromperie , et , Técartant du chemin élevé de la «r vérité , Tcntraines-tu après toi dans le précipice de la perdition? «r Pourquoi , par de vains faux-fuyans et d'adroits et successifs délais , <t refuses-tu de restituer un trésor qui a été confié k ta foi dans on « temps de nécessité ? Choisis enûn l'un de ces deux partis : ou , sans <c aucun retard, rends aux Tourangeaux leur saint Martin, ou bien <f réponds que tu ne veux pas le leur rendre. » — L'évéque , irrité « lui répondit : a 11 ne convient pas à un pèlerin de visiter à main armée ff les lieux saints , et de revendiquer par la force des armes les samtes <r reliques. Aujourd'hui donc , toi et les tiens , prenez patience ; et <x demain je te ferai connaître mes intentions. » — Dans TinterraUe , l'évéque entre en délibération sur l'issue probable de cette fichease affaire avec quelques-uns de ses collègues qui se trouvaient par hasard à Auxerre. L'évéque d'Autun , Siagrius, d'accord avec Domnolus, évéque de Troycs , lui tient ce sage discours : « 11 n'est pas bien qa*iin A évéque prenne le bien d'autrui , ou veuille s'approprier un dépôt n quelconque par la fraude ou par la violence. Nous savons que c'est le n glaive ennemi qui a forcé les Tourangeaux à transporter ici le corps « de saint Martin , et à l'y déposer sous ta garde. Restitue donc fidèleff ment ce qui a été commis à ta foi par des chrétiens pieux ; et, réparant, » autant qu'il est en toi , l'injustice de la foi violée , adoucis la colère du (c comte par de bonnes paroles et par des prévenances, et acoorde-lui ce f qu'il te demande ; car, si tu ne lui rends pas de suite et spontanément - ce qu'il vient chercher, tu te le verras enlever de force , à ta honte et ■ > *oi> déshonneur. Fais donc de nécessité vertu , et que la prudence

n de ta générosité épiscopale devance sagement ce qu^est toute prête » à t'arracher une contrainte imminente. »

L^évéque d'Auxerre adhère à cet avis , et , après avoir flatté par de douces paroles le comte Angevin, restitue le trésor souhaité. Ilébemus, cet abbé de divine mémoire , se trouva avec Ingelgérius en présence des évéques ; mais il n'avait plus avec lut ses moines : car, par U protection de Dieu et les prières du bienheureux Martin , ils étaient déjà placés à la tète des églises et des abbayes de toute la Bourgogne , afin que ceux qui étaient arrivés , exilés eux-mêmes , avec un exilé , fussent élevés en honneurs et en richesses , par leur compagnon d'exil, sur le sol de leur exil même. Enfin ce fut à eux quHébemus confit encore le soin de présider au convoi , et de diriger le transport des reliques de saint Martin ; afin qu'après avoir, simples moines et exilés , apporté de leur patrie cet illustre exilé au lieu de Texil , eux-mêmes , devenus abbés et évêques, ils le rendissent maintenant à sa terre natale.

Cela fut ainsi fait : après donc qu'une messe de saint Martin eut été solennellement chantée , Ingelgérius d'Angers et Abnarius d'Auxerre chargent sur leurs épaules le précieux fardeau et reprennent le chemin de Tours. Les prélats, un clergé pieux, et une immense foule accourue de toutes parts , accompagnent les saintes reliques de leurs hymnes et de leurs louanges. Au retour de ceux qui avaient suivi le corps de saint

Martin , l'armée du comte se retire triomphante Dans cette noble

armée, il ne se trouva ni libertin , ni maraudeur; aucun soldat ne se livra au pillage , aucune femme ne fut souillée, et chacun vivait de ce qu'il achetait.

Des que le corps du très-saint pontife Martin eut atteint les limites de son propre diocèse , les brebis malades reconnurent d'une manière merveilleuse la présence de leur pasteur, et le pasteur lui-même comprit quelle affection zélée il devait à ses brebis. Exilé sur la terre étrangère, il avait brillé en florissans miracles : maintenant, au milieu des siens, ses grâces devaient être encore plus abondantes, et sa bienveillance , mieux disposée , si cela peut se dire , envers ceux que Dieu lui avait particulièrement confiés. Aussi tous ceux qui étaient malades , de quelque maladie qu'ils souffrirent , quand même on ne les apportait point auprès des pieuses reliques , quand même ils ne leur adressaient pas de prières , à droite , à gauche , dans toute la province , étaient merveilleusement guéris. Oh ! qu'elle est vraie la promesse du Sauveur, quand il dit : «Les prodiges que je fais, celui qui croit en moi

» les fera , et il en fera de plus grands que moi-même. » Car, dans les miracles et les guérisons que le Seigneur daigna opérer, il youlnt la coopération et les prières de ceux qui demandaient à être gaéris : c'est ce qu'on voit partout dans TÉvangile ; c'est le sens de ces paroles : Ceif ta foi qui fa guéri ; mais la grâce de saint Martin Tenait au secours de ceux même qui ne lui demandaient rien , de ceux qui n'accooFaicnl point honorer ses reliques, et, par une miséricorde plus grande encore» de ceux enfin qui refusaient cette faveur. En effet , tandis que tant de merveilles se passaient , et que la renommée en répandait le bniit ms tous ceux qui n'en étaient pas témoins , deux paralytiques viTaient dans un village nommé Hédëre , demandant l'aumône aox paasans. Quand la rumeur publique leur apporta les prodiges du saint, Qs se dirent l'un à l'autre : « Frère , nous vivons bien tranquilles et sans rien « faire , personne ne nous inquiète , et tout le mopde a compassîoii de « nous ; nous n'avons d'autre peine qu'à demander ce qne noos « désirons ; toutes les fois que cela nous convient, nous donnons, nous « nous reposons sans cesse : en un mot , nous avons me vie bien M heureuse ; c'est notre infirmité qui nous vaut tout cela. Si nous étions « guéris , ce dont Dieu nous préserve , nous serions nécessairement K condamnés au travail des mains , dont nous avons perdu l'habitude , ce et nous ne pourrions plus désormais mendier avec fruit. Et votli que K nous apprenons que saint Martin , dans le diocèse duquel nous « sommes, ne laisse, à son retour do l'exil, aucun infirme sans guérison. « Maintenant donc , frère , crois-moi , fuyons vite saint Martin , quittons « son diocèse , de peur qu'il ne nous comprenne dans le nombre de ses fc cures merveilleuses. »

Le conseil était nouveau sans doute : chose inouTe , qu'on vit des hommes désirer ne point guérir d'une infirmité si grave , et s'enfoir de peur d'être guéris ! Chacun d'eux trouve l'avis bon, et, prenant leurs béquilles sous leurs aisselles, plutôt rampant que marchant, ils prennent la fuite. Mais , plus rapide qu'eux , la puissance de Martin poursuit les fuyards , les découvre , les atteint , les saisit , et, malgré eux-mêmes, les rend à la santé. Ceux-ci , après une si haute épreuve , ne pouvaient dissimuler la vérité et n'osaient se taire : car ils savaient qne celui qui avait pu les guérir, en dépit d'eux-mêmes , pourrait bien aussi punir leur ingratitude, ils se mettent donc à publier hautement le miracle du saint pontife , et à exciter les liabitans du lieu , témoins du prodige , à "hanter les louanges de Martin \ ils ne se croient acquittés qne lorsqu'lb

ont porte à réglise-mèrc de saint Martin les béqniUes , signe de leof mal passé, et qu'ils ont déclaré à tons leur fuite perfide et la miséricorde du bienheureux envers d'indignes récalcîtrans. Or, dans TeMiroit où ce prodige eut lieu , les habitans construisirent, en rhonneor de Martin , une chapelle qui , jusqu'à ce jour, se nomme la Chapelle-Blanche.

Dès que le bienheureux prélat Martin fut entré dans les liailtea de sa propre paroisse , les choses inanimées et insensibles elles-mêmes , sentant Farrivée de leur pasteur, donnèrent , chose étonnante ! des signes manifestes de reconnaissance et de félicitation. Tous les arbres , bien qu'on fût alors en hiver, et que l'ordre de la nature s'y refusât , reprirent leurs feuilles renaissantes , et se couvrirent des fleurs du printemps, témoignant, par leur décoration nouvelle , les mérites et l'excellence du père de la patrie qui revient de l'exil. Les deux portes de l'église paroissiale s'ouvrirent divinement et d'ellesrmémes, sans le secours d'aucun bras humain. Les lampes et les flambeaux de dre s'allumèrent merveilleusement, surtout dans les deux églises qui sont

dédiées au nom de Martin Toute la ville de Tours se précipita à

la rencontre de saint Martin rentrant dans sa cité épiscopale. Adalandus, archevêque de Tours , son frère Raimon , évêque d'Orléans, Mainold , évéque du Mans , saint Loup , évêque d'Angers , et tous les suflragans de la province , vinrent au-devant du cortège apporter leurs félicitations pieuses, accompagnés d'une foule innombrable de tout âge et de tout sexe , qui répandaient des larmes de joie en remerciant Dieu de leur avoir enfin accordé un jour si long-temps désiré. Les évêques et les abbés , le clergé et les vierges , le peuple et les barons , les enfans et les vieillards, tous, portant des croix et des cierges, et chantant des hymnes et des louanges divins, conduisirent solennellement l'illustre pontife , et le replacèrent avec toutes sortes d'honneurs et de respects dans le heu qu'il occupait autrefois.

Telle est la glorieuse et solennelle réception que firent à rarchevèque de Tours , Martin , revenant de l'exil , ses serviteurs et ses élèves : et c'est ainsi que , rentré dans son ancienne demeure , il exauça , selon sa coutume, les vœux de la plupart de ceux qui l'invoquèrent. Un synode, célébré par l'archevêque de Tours, Adalandus, et ses évêques comprovinciaux , l'an 887 dé Fincamation du Seigneur, et Tan 51 de la fuite de saint Martin , décréta que , tous les ans , aux ides de décembre , on solcnniserait une fête en mémoire du retour des reliques du saint patron : et cette fête rappelle à la fois les ravages des Danois, et la jo&c

qu'excita à Tours la rentrée du saint corps de Martin. — O toi, miséricordieux Martin , notre père très-pieux , notre pasteur et notre patron, répands tes bienfaits accoutumés sur nous , tes enfans et tes disciples , et sur tous ceux qui te vénèrent ; écarte de nous et d'eux toute chose nuisible, et, par Tintcrcession de tes prières étemelles , obtiens pour nous les joies inunuables de la vie qui i^e finira point !

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La vie de saint Maleul a été écrite par saint Odilon , son successeur. Il y a un charme si nouveau à lire cette pieuse biographie , de la main même d*un autre illustre et saint personnage , qu'on me pardonnera d*en citer quelque chose.

Le préambule de cette vie de saint Maîeul est une sorte de résumé historioue des grandes et premières voies du catholicisme et des origines de la religion monastique.

Après que les apôtres el les évangëlistes eurent laissé au monde leurs divins enseignemens , source de sainteté et de salut ; après que les invincibles et bienheureux martyrs eurent soutenu leurs illustres et yictorieux combats; en troisième lieu , pour ainsi parler, la bonté de Dieu daigna donner à son église des consolations nouvelles , des flambeaux brûlans d'amour , d'éclatantes paroles, je yeux dire des prêtres apostoliques, grands hommes, doués, non des yanités de la science humaine , mais de tout ce qu'elle a de bon , et remplis de la sagesse divine. C'est à leur intelligence des choses spirituelles et k leurs études pénétrantes des saintes écritures qu'il était résenré d'édairer les ombres de la loi , de mettre au grand jour le yrai sens des prophètes , dont la parole est aussi haute que profonde , et de dissiper enfin les épaisses ténèbres de l'univers, par la vertu , la majesté et la gloire de la lumière évangélique : car, dans leurs travaux sincères , les actions des apôtres sont exposées et recommandées à l'esprit des fidèles. Par leurs pieuses études, le triomphe des bienheureux martyrs et les mérites de l'église sainte sont dignement célébrés ; leur foi, leur science, le zèle opiniâtre de leurs prédications apaisent ou étouffent les sourds murmures et les attaques déclamatoires contre la foi catholique ; calment les plaintes des schismatiques; ferment les bouches qui disent de vaines paroles; détruisent le pouvoir des idoles ; triomphent de la cruauté des Gentils ; jettent le mépris et l'impuissance sur les folies des philosophes; dissipent

comme la fumée , et comme une fumée impure , les faussetés perfides , les infidélités, Terreur et la rage des hérétiques, les réduisent au néant, et leur font si bien exhaler comme leur dernier souffle , qu'il n*en restera nulle trace jamais et nulle part.

Lorsque la cour céleste eut reçu avec joie , dans son sein , tant et de si grands honmies , concitoyens du ciel , s'il est permis d'ainsi parier , et dignes de composer la maison du roi divin , la céleste et suprême république voulut , par un décret de Dieu , en quatrième ordre , songer aussi aux petits , et distribuer ses grâces , non plus par les hommes élevés et forts , mais par les humbles , les innocehs et les simples.

C'est alors que Tordre monastique commença à se féconder, oa, pour mieux dire , à renaître : car son origine , nous lesaroDft, lemoDte à Élie et à Jean-Baptiste; et nous nous félicitons qu'il soit ainsi anÎTé jusqu'à'nous par la multiplication des vertus, les habitudes et les vies apostoliques , et les pieux exercices de nos saints pères. A eux , en effet, il fut donné d'accomplir , dans toute sa perfection, ce précepte unique, ce précepte de l'Évangile, ou, pour mieux dire, ce précepte do Seigneur, lorsque, au jeune homme qui demiandait au SauTev ce fni lui manquait pour mériter la vie étemelle , il répondit en cet « Si tu veux être parfait , va , vends tout ce que tu possèdes, « aux pauvres, et tu auras dans le ciel un trésor : Tiens et Parmi les hommes qui entendaient le mieux, et qui accomplirent itec le plus de zèle cette doctrine souveraine , brilla , célèbre entre looi^ comme un astre du ciel , notre bienheureux père Benoît, qui nérHe^d bien son nom par ses vertus. Sa vie , ses mosurs, ses nrf^cles le final si grand , que le très-saint pape Grégoire, homme éminennsnt tolique , Tévéque du siège des apôtres , voulut hii*nitae raodnler naissance , sa vie et sa mort , et lui donner ainsi , entre toutes les i mités de l'Église, cette singulière marque d'honneur et de pririlége, due à une aussi haute doctrine et à tant de bonnes omyres. Dos la suite des temps , après que le très-saint Benoit eut passé , son disdple , le bienheureux saint Maur , répandit dans la Gaule presque cntièrD la semence de son institut religieux. Puis , par lui-même et par les dis^ ciplcsde ses vertus. Tordre de saint Benoit s'éleva an comble de la perfection et de l'accroissement; mais, quand les saints mallres eorent disparu, les hommes justes devinrent rares, les vices s^angnentèrent ; on vit se relâcher la discipline , cette mère de toutes les vertus ; les études des Pères commencèrent h languir. Et , de même que la règle

d'une institution sainte s'éleva graduellement à une haute splendeur , par des religieux pleins de la ferveur de TEsprit-Saint , ainsi tomba-lelle peu à peu dans le refroidissement par la négligence et ToisÎTeté des moines. Ce relâchement funeste d*un établissement d'abord si précieux se glissa insensiblement jusqu'aux temps où , par la ferreur de Guillaume, prince très-chrétien d*Aquitaine, un abbé d'heureuse mémoire , Bemon , commença à bâtir un monastère dans le pays de Bourgogne , au territoire de Mâcon , dans un village appelé Gluny ; et , mettant toutes ses forces et tout son zèle dans cette fondation pieuse , mena à bien , par ses glorieux travaux , la louable entreprise de son vif sentiment religieux. A son exemple, et par ses mérites, un grand nombre d'hommes abandonnèrent le siècle pour se réfugier dans le port tranquille du monastère....

Plus loin , saint Odilon parle ainsi des illustres amitiés de saint IVIaleul :

Maleul fut cher à Dieu et aux hommes. Une foule innombrable de catholiques , les plus honorables prêtres , les moines les plus pieux, les vénérables abbés, le respectaient comme leur très-saint père. Les savans et saints évéques le traitaient comme un frère chéri. Les empereurs, les impératrices, les rois et les princes du monde l'appelaient leur seigneur et leur maître. Honoré par tous les pontifes du siège apostolique , il était vraiment , en ce temps-là , le prince de la religion monastique. L'illustre César , Otton-le-Grand , l'aimait de tout son «mur. La femme de l'empereur, l'auguste et sainte impératrice Adélaïde , aussi sincère dans sa charité qu'admirable dans sa piété, portait à Maleul la même et tendre affection. 11 n'était pas moins cordialement chéri par l'empereur Otton , leur fils ; par Conrad , noble et pacifique frère de l'impératrice , et par Mathilde , sa glorieuse épouse. Et plus tous ces éminens personnages voyaient Maleul , plus ils s'attachaioit à lui. Que dirai-je du très-noble Henri , duc de Bourgogne; de Lambert, homme très-illustre et très-noble comte ; de Guillaume , de Ridiard , très-braves ducs d'Aquitaine et de Normandie , et des princes et marquis italiens? . . . Le bienheureux Maleul , par la grâce du Seigneur, a tellement été glorifié et exalté , en présence des rois et des princes ,

CQ face de tout le peuple , que nous pouvons sans doute dire de lui ce que TEcclésiastique dit du grand serviteur de Dieu, Moise : « Dieu Fa

glorifié à la face des rois et lui a communiqué sa gloire. » Après

la mort de Maleul , le roi Hugues Capet honora de sa présence ses funérailles et son tombeau , où de nombreux miracles éclatèrent.

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Ce que saint Odilon avait fait pour la mémoire de son prédécesseur, il voulut aussi le faire pour cette impératrice Adélaïde qui Tavait tant aimé. Je traduis quelques passages de ce panégyrique.

Dieu qui dispose toutes choses, et dispense souverainement Thonneur et la gloire, voulut, de notre temps, et tandis que le premier des Ottons portait heureusement le sceptre de la république romaine , placer dans une femme un modèle de vénération et de splendeur. Car ce fut alors que vécut l'impératrice Adélaïde , de sainte et très-célèbre mémoire , pour être , après Dieu , la cause et Texcitation du bien qui se fit en notre âge , et des vertus qui y brillèrent. Dans mon empressement à recommander, par mes écrits , cette grande reine à la mémoire de la postérité, je crains qu'on me reproche justement d'être indigne, malgré mes efforts , de raconter, en mon humble et pauvre style , tant de noblesse et de vertu. Que ceux pourtant qui me feront ce reproche que je mérite si bien , soit à cause de mon langage inculte , soit à cause de la nouveauté de l'entreprise , soit enfin à cause de la simplicité native dé ma parole , sachent aussi que ce n'est point certes un vain désir de gloire humaine , mais une vive impulsion de l'affection la plus vraie et la plus sincère qui m'a engagé à écrire. Méprise , lecteur, tu en as le droit , la rysticité de mon esprit ; mais fais attention du moins à la noblesse d'ame et de corps de celle que j'ai commencé à louer ; car si tu veux attendre qu'il vienne un homme assez éloquent et assez savant pour raconter dignement la vie d'une telle femme , il faut que Gicéron le rhéteur sorte des enfers, ou que le prêtre Jérôme descende du ciel. Ah! si le saint et incomparable Jérôme, également versé dans la science divine et humaine , eût été contemporain d^Adélaide , lui qui , dans ses ouvrages et dans ses lettres , a illustré à jamais Paula et Eustochia, Marcilla et Mélania, Fabiola etBlésilla, L«ta et Démétriade, il n'aurait pas manqué de consacrer aussi de longues pages k mon impératrice. Mais, puisque nous n'avons plus de Jérôme, ou d'homme assez éminent dans les arts libéraux , pour décrire dignement les

actions et la vie de cette noble femme, essayon»-l6 , dans notre ignorance , avec Faide de Dieu et selon notre pouvoir.

Issue d'une race royale et religieuse , Adélaïde , très-jeune encore, fut destinée par Dieu , dès Tâge de seize ans , à un royal mariage. Elle épousa le roi Lothaire, fils de Hugues, très-puissant roi d'Italie : elleeot de ce mariage une fille qui fut mariée elle-même à Lothaire , roi des Francs ; de ceux-ci naquit le roi Louis , qui , mort sans postérité , fut enterré , selon Tusage royal , à Gompiègne.

Adélaïde perdit son mari au bout de trois années , et resta veuve , privée à la fois de son trône et des consolations d'un éponx. Une opiiiifttre persécution vint l'assaillir ; cette persécution , qui a cootame de purifier les élus , comme la fournaise purifie l'or. Le malheur hd anfra donc, moins parce qu'elle le mérita , que par un bienfait véritaMé de la Providence. A vrai dire , Dien lui envoya des aflSictions extéfieores et corporelles , de peur que sa jeunesse ne fût brûlée au-deduiB par les feux de la chair et de la volupté ; et le Seigneur la brisa de tant de coups, pour qu'elle ne fût point, comme dit saint Panl, une eauee vivante , métis morte au milieu des déliées. Dieu voulut , dai|s ton amour paternel , lui faire subir assez de périls poar qu'elle ne fût pis indigne d'appartenir à cette filiation divine dont parie l'Écriture : Le Seigneur châtie tous les enfans qu'il accueille.

Adélaïde en rendait souvent grâces à Dieu , et aimait à raconler à ses familiers tout ce qu'elle avait souffert en ces temps funertea, et avec quelle miséricorde Dieu l'avait délivrée des mains dèlili ennemis. Elle disait qu'il avait bien mieux vahi pour elle d*étre toofmentée d'inquiétudes qui passent, que d'être exposée, par une vie délicieuse, à une mort étemelle.

Lorsque Lothaire, son mari, fut mort, le royaume d'Italie paasa i un certain Déranger dont la femme se nommait Willa. Par leurs ordres, malgré son innocence, Adélaïde fut impitoyablement arrêtée, on loi rasa les cheveux , on la rendit victime des toormens les plw divers, des plus ignobles voies de fait. N'ayant d'autre compague qu'une seule servante, elle fut plongée dans un cachot affreux; p^ miraculeusement délivrée de ses chaînes, elle fut élevée, parTeiihe divin , au faite des honneurs impériaux.

Dans la nuit même qu'elle fut tirée de prison, elle tomba dais un marais où elle demeura patiemment plusieurs jours et phisiean nuits, invoquant le secours de Dieu. £lle élait en ce grave péril.

quand tout-à-coup arriva près d'elle un pécheur dans sa liarqne chargée de poissons qu'on appelle esturgeons. Le pécheur, aperoeTant Adélaïde et sa serrante , leur demanda qui elles étaient et ce qu'elles faisaient là. Elles lui firent une réponse suggérée par la nécessité pressante i Ne voyez-vous pas que nous sommes de pauvres voyageuses dépourvues de tout secours humain, et, ce qui est plus cruel, en péril d'être assassinées ou près de mourir de faim dans cette solitude? Donnez-nous, si vous le pouvez, quelque chose à manger, ou ne nous refusez pas du moins vos consolations et votre appui. I^ pécheur fut ému de pitié en entendant ces deux femmes , de même qu'autrefois le Christ fut touché k l'aspect de la multitude affamée qui Fêvait suivi au désert. 11 leur dit : Je n'ai rien k manger, si ce n'est du poisson et de l'eau. 11 portait avec lui du feu, selon l'habitude des pécheurs ; il alluma du feu, prépara le poisson. I^ Reine mangea; sa compagne et le pécheur la servaient. Pendant ce temps-lA survint un clerc qui avait été le compagnon de sa captivité et de sa fuite : il lui annonça l'arrivée de soldats armés qui la recueillirent avec joie , et la conduisirent dans un château inexpugnable.

Saint Odilon raconte ensuite tout ce que fit Adélaïde, devenue impératrice ; combien elle fut l'arbitre de la paix et des bonnes mœurs , combien elle dota d'églises et construisit de monastères; puis il termine ainsi :

L'an mil de l'Incarnation du Seigneur , Adélaïde , désirant voir enfin dans le palais de Dieu le jour qui ne doit point avoir de couchant , disait souvent avec l'Apôtre : « Je souhaite la dissolution de mon corps, et je veux être avec le Christ.... » Et vers la fin du dixseptième jour de décembre , elle déposa heureusement le poids de la chair , et s'envola vers le plus pur éclat de l'éther le plus pur. Car elle avait avec les gens de sa maison une galté douce et grave , avec les étrangers une gravité très-polie ; envers les pauvres une infatigable misj^ricorde; envers les églises de Dieu une largesse intarissable; envers les hommes de bien une bonté persévérante; envers les méchans une sévérité généreuse. Craintive dans ses désirs, mais constante dans ce qu*clle avait obtenu , elle était humble dans la prospérité, d'une longanimité patiente dans le malheur; sobre dans sa

noarriture quotidienne, modeste dans ses Tétemens. Tonjoun assidoe dans ses pieuses lectures et dans ses prières , dans ses veilles et dans ses jeûnes , elle ne se lassait jamais dans ses aumônes. Jamais elle ne tirait d'orgueil de sa haute naissance, ni de gloire homaine des bontés de Dieu envers elle. Elle ne se montrait ni présomptueuse des vertus que le Seigneur lui avait accordées, ni découragée de ses imperfections personnelles. Au milieu des honneurs, des richesses et des délices du monde , elle ne se laissait point aller à une fierté ambitieuse : une discrète réserve, mère de toutes les vertus, raccompagnait sans cesse. Ferme et sûre dans la foi, d*ane sécurité inébranlable dans Tespérance, elle mettait à aimer Dieu et le prochain une charité complette , racine de tout bien , cause principale de toute vertu. Au reste, par les prodiges qui éclatèrent à son tombeau , la vertu divine a bien manifesté ce que fut sa vie.

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A ses très-cher $ et très-aimés ftéres, fils et filles, présens et absens, ftère Hugues , albhé pécheur , joie étemelle dans le Seigneur Jésus.

Trèfl-chers fils et amis , tant présens que futurs, j'ai cru devoir déclarer à votre charité comment Dieu, qui nomme les choses qui ne sont pas encore comme celles qui sont déjà , voulut me tirer , moi pécheur et coupable , des désordres et des lubricités de ma jeunesse , pour me dépouiller miséricordieusement des vètcmens du siècle , me revêtir de rhabit de la religion sainte , et me réunir au troupeau de ce lieu , où mes pères et mes frères me choisirent , par le décret de Dieu , pour pasteur de cette bergerie , et m'imposèrent enfin cette charge pesante , malgré mon indignité , malgré ma vie lascive et irréligieuse , et ma propre et vive résistance. Ce n'est donc point à cause de mes mérites , mais par Fimmense bonté de Dieu tout-puissant , que le monastère de Cluny s'est étendu autour de nous, s'est enrichi, conune nous le voyons aujourd'hui, en religieux et en propriétés, non-seulement dans cette contrée , mais en Italie , en Lorraine , en Angleterre , en Normandic , en France , en Aquitaine , en Gascogne , en Provence et en Espagne. C'est pourquoi, fils très-chers, plus le nombre s'est accru de nos frères et de nos possessions, plus un pauvre pécheur, tel que moi , doit trembler pour les fautes de tous , si la grande clémence de Dieu ne daigne avoir pitié de mon ame , à l'aide de vos aumônes et de vos prières. Et queUes paroles pourraient exprimer combien je suis coupable , moi qui , chargé d'abord de tant et de si graves fautes personnelles , dois répondre encore devant le Seigneur des négligences de tant d'hommes confiés à ma garde! Les uns, en effet, surpris par la mort , ont quitté la vie sans confession , el sans recevoir le corps et le sang du Seigneur; les autres, dont j'ai négligé de corriger assez fortement les fautes et les inclinations effrayantes , ont disparu de ce misérable monde , engloutis dans des précipices , étouffés dans l'eau ou par le feu, ou bien tués subitement par d'autres accidens déplorables. Et, comme je n'ai point corrigé comme je Taurais dû , et que j'ai traité souvent avec trop d'indulgence les frères qui vivent encore aussi bien que ceux qui sont morts, je crains vivement que ce ne soit pour eux-

mêmes un obstacle à la récompense sans un , et pour moi, peut-être, un empêchement à l'étemelle gloire.

Que Dieu nous soit donc à tous miséricordieux et propice ; qa'il écoute dans sa clémence les prières que vous lui adresserez pour le salut de mon ame, et que, au jour dn grand jugement, il rùos donne , et à tous les chrétiens qui se souviendront de moi , la récompense qui ne manque jamais. Déjà , dans les graves fonctions qui m'accablent, j'ai passé plus de soixante années, soutenu , je le crois » par vos prières. Que si, parfois, les infirmités de mon corps on qadqaes autres imperfections m'ont fait défaillir dans ma tâche , je sais que in» supplications adressées à Dieu pour moi ne m'ont pas manqué; eijene pourrais exprimer, comme je le sens, tout ce que vous m'aies témoigné de bonté , de charité , de dévouement et de Téritable obéissance. Aussi , ai-je mis tous mes soins à vous aimer ; je vous ai traités sans orgueil, je vous ai embrassés comme des enfans très-chers. Que Dieu donc me pardonne si j'ai péché par cette indulgence même. Et maintenant, mes fils, que je suis bien avancé dans mes joon, et que je consacre , pour amsi dire , l'agonie de cette vie caduque à vous tons et à mes nécessités dernières , dans l'ignor Aice où je suis de l'instant de ma mort, j'ai fait choix d'une petite obédience, appelée Berzé, afin que de là, lorsque sera arrivée la fin de ma course mortelle , on distribue à perpétuité , et selon l'opportunité des temps , une abondante nourriture et une suffisante boisson , le jour de mon anniversaire , à tons mes frères qui habiteront le couvent de Quny (même à ceux qui serooC à l'infirmerie) et qui se souviendront de moi, pauvre pécheur... .Je prie en gémissant , et je supplie humblement en Dieu , par Dien et à cause de Dieu , le seigneur abbé , notre successeur , mon père et mon maître (que la divine miséricorde daigne d'en-haut le visiter et le protéger , ainsi que son troupeau ! } de favoriser , de défendre , de soutenir les servantes de Dieu , dépouillées de la pompe mondaine, et rassemblées à Marcigny, pour le salut de leurs âmes et pour U gloire de Bien, et de donner tous les soins de sa charité à ce lieu monastiqve : ear, iilen que jusqu'à nous il n'y eût pas à Marcigny de congrégation de femmes, ^pendant , de nos jours , nous y en avons admis à la profession monastique un petit nombre , qui n'a point tardé à se multiplier grandement ; Duis nous y avons construit un édifice. Quiconque se montrera miséri- '^rdicux envers ces saintes femmes, qu'il obtienne à son tour , nudnte- •«r* ^% |K)ur IVtemité , la miséricorde divine. Je supplie aussi avec

larmes mon successeur, par le même Dieu , notre Seigneur, de traiter avec bonté , et d^aimer avec une charité paternelle ceux d'entre vous , mes' frères, qui me survivrez. Et vous tons, mes fils et mes filles dans le Christ; vous, absens et présens, qui que vous soyiez, qui êtes entrés , sous moi, dans ce monastère, pour sauver vos âmes, et qui avez soumis et livré à mon commandement, à moi, pécheur, vos âmes et vos corpA; que Dieu tout-puisaantnous absolve, vous et nous, de tons péchés passés, présens et futurs. Soyez absous par le Père tout-puissant, par le Fils tout-puissant, par le Saint-Esprit toutrpuissant , unique et triple Dieu. Je le confesse et je l'ai confessé à Dieu , triple en personnes , un en nature et en puissance ; c'est à lui que, pécheur et coupable , je me confesse d'avoir trop souvent péché en paroles , en pensées, en actions. C'est ma faute. Je vous recommande à sa miséricorde , et j'invoque A genoux sa bénédiction sur vous , et la protection de sa droite ; qu'il vous conduise avec moi h la vie éternelle , par les mérites et lei» prières de la bienheureuse Marie , mère de Dieu ; des bienheureux apôtres Pierre et Paul, nos seigneurs, auxquels il a confié le droit de lier et de délier ; et par les intercessions de tous ces saints , méritons enfin, tous ensemble, de nous réjouir de notre salut commun et perpétuel, par le Dieu qui vit et se glorifie dans sa trinité parfaite, dans les siècles infinis des siècles. Et que cet écrit soit lu devant toute la communauté , par Tabbé futur , lorsque , avec la volonté de Dieu , il aura pris possession paisible du siège et de la puissance abbatiale. •

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