‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 31 sur 54 · PIERRE A INNOCENT H · texte numérisé non relu

PIERRE A INNOCENT H

Voici le jour des tribulations et des chagrins : ter, selon le prophète, n les fib ont voulu engendrer, et ils avaient perdu la vertu d'eofeiidier; les messagers de Sennachérib sont venus en blasphémant le Dieo du ciel ; Nabuchodonosor s'est précipité sur le peuple de IMea et Ft fait prisonnier , et Dohu n'a pas manqué pour mettre la main sur les prêtres du Seigneur. » Je suis obligé de raconter une histoire lamentable » ma douleur m'interrompra souvent , et mes larmes , que je ne puis retenir, me permettront à peine , je le sens , de faire librement un td rédt. Mais , hélas ! puisque j'étais réservé à être témoin d'un crime inoomm peut-être au temps des martyrs , il faut bien que je parie malgré moi , quand bien même j'aimerais mieux me taire.

Nous revenions du concUe où votre piété nous a convoqoët : nous quittions le sein de l'Église qui nous avait appelés ; nous cheminions innocemment comme un troupeau du Seigneur, lorsque nous sommes tombés tout-àHX)up sous la dent des loups. Avec une foreur inouïe de nos jours , nous avons été dispersés , pris , blessés et dépouillés de toaU Dans notre^cortégc marchaient la partie la plus élevée , les notabilités de l'Église de Dieu ; une légion d'archevêques , d'évéques et d'abbés, un grand nombre de moines , une foule d'archidiacres , de nobles dercs et de personnes religieuses. Horrible spectacle ! Voir tant d'illustres personnages , si nécessaires à l'Église , séparés , tourmentés , poursuivis et mis en fuite de tous côtés par les poursuites et les menaces du giaive ! La plupart des évêqucs et des abbés furent conduits violemment dans le château le plus voisin , et quelques-uns d'entre eux , après avoir subi des coups et des blessures , furent emprisonnés de U façon la plus «arbare. Parmi eux Tévêque de Rheims, que son âge et sa dignité ne purent préserver. Après mille injures et mille cruautés, on roiferme dans une tour. L'évêque de Périgueux éprouve le même traitement. ^^\s que parlé-jc de ces deux seuls évêques? L'évêque de Bourges et elui de Sens, après avoir perdu tout ce qu'ils avaient , ont eu peine l'arriver tremblans et hors d'haleine jusqu'à Pontrémoli : là on les otés dans une autre prison avec l'évêque d'Embrun, et celui deîYoie

j6ié en bas de cheval d'un coup de lance , et grièvement blessé de sa chute; avec les évéques de Limoges, d'Arras, de Bellay, de Redon, et bien d'autres ; avec les abbés de Limoges , de Vézelay, de St.-Michel de Quse , de St.-Gcrmain de Paris , de Corbie , de Noyon, de Bourges, de Saint-Sulpice , de Saint-Remi , de Grasse, de Salnt^ean-dii-Pré, du monastère de Hender, de Saumur, de Melun , et une foule d'autres. Tout le village est rempli de cette multitude de saints personnages qui, semblables à Jérusalem assiégée par les Babyloniens , n'osent point essayer de s'échapper. A tous il est défendu de sortir : pour aucun il n'est sûr de demeurer. Us ne peuvent donc avoir d'espérance en personne , si ce n'est en celui qui délivre de prison les hommes enchaînés , et en vous, très-saint Père , qui êtes son représentant sur la terre.

Cette illustre part de l'Église de Dieu crie donc vers vous , comme vers son protecteur spécial , et vous demande un prompt secours , tel qu'un père le doit à ses fils. Je vous en supplie , moi le compagnon de tous leurs périls, moi qu'ils ont choisi pour vous écrire ces tristes choses ; que votre miséricorde vienne en toute hâte à leur aide au milieu de ces dangers qu'ils ont été destinés à souffrir pour Dieu et pour vous. Je vous en supplie , puisque je suis chargé de le faire, que je ne paraisse point traiter dédaigneusement et négliger la situation pénible de saints compagnons qui m'ont donné dans le chemin des témoignages de confiance et d'amitié. Je remets à un autre moment de vous parier plus en détail de ce que j'ai souffert moi-même. Tandis que , avec l'abbé de Vézelay, et pour préserver mes compagnons, j'allais à la rencontre de nos ennemis armés, ma mule, au premier choc, fut percée d'un coup de lance et obligée de reculer; mes frères furent mis en fuite, mes serviteurs prisonniers ; tout ce que j'avais avec moi me fut enlevé. Je me réfugiai dans le prochain village, je m'y cachai jusqu'à ce que je pusse mohnéme , sous la conduite de mon hdte et dans la nuit , arriver jusqu'à Pontrémoli, où mes compagnons m'avaient précédé. C'est de ce lieu donc que, mêlant ma voix plaintive à la leur, je vous prie avec eux de ne pas traiter légèrement un événement aussi grave. Prenez le parti que vous conseilleront le nom du Christ, votre honneur et l'intérêt de l'Eglise. Si vous négligez d'aussi graves intérêts , qui donc s'en montrera soucieux ? Si la rigueur de la justice, si la sévérité de l'Église sommeillent dans les malheurs pubUcs, veilleront-elles dans les malheurs privés? Tous ceux qui partagent ma* captivité vous conjurent et vous conseillent de faire briller le glaive d'une répression sévère

contre les auteurs de cette méchante action, et même dans tout l'évêché de Luna , afin que cette punition exemplaire ëpouyantc non pas seulement les peuples voisins , mais toutes les nations de la chrétienté . L'évé([ue de Luna n'a fait auprès de nous qu'une brève afqparition, et s'est beaucoup trop tôt éclipsé ; nous croyions qnll éclairerait notre route pendant la journée , mais à peine nous a-t-O tenu compaginie pendant une lieue. — Tai été bien long , mais , pour parler hardiment, dans une affaire si importante, je ne devais point être conit.8if ai omis quelque chose , que votre sagesse y supplée et décide.

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