PIERRE AU ROI DES FRANÇAIS
Rien que je ne puisse accompagner sur la terre étrangère la sainte milice du roi étemel, qu'il a résolu d'armer contre les ennemis de sa croix, par votre main , ô roi de la terre, je veux du moins vous suivre , autant qu'il sera en moi , de mon dévouement, de mes prières, de mes conseils et de mes secours. Mon empressement est bien naturel : car est-il personne, fût-H;c le dernier des chrétiens, qui ne soit ému de ce vaste et prodigieux ébranlement de l'armée de Dieu ? Qui donc ne rassemblerait pas toutes les forces de son ame pour aider, selon sa puissance , la céleste expédition ? Nous voyons de nos jours se re. nouveler les temps antiques: et dans les temps de la Grâce nouvelle recommencent les miracles du vieux peuple. Moïse est sorti de l'Egypte , et il a vaincu les rois des Amorrhéens avec les nations leurs sujettes. Josué lui a succédé : par l'ordre de Dieu , il a détruit les rois des Chananéens avec leurs peuplades innombrables ; et, après la disparition des impies, il a partagé leurs terres par la voie du sort entre le peuple de Dieu. Un roi chrétien , sorti des dernières limites de TOccident, pour ainsi dire des lieux mêmes où se couche le soleil, menace lK)rient : armé de la croix du Christ , il attaque la nation détestable des Arabes ou des Perses qui prétendent de nouveau subjuguer la Terre-Sainte. Certes, les chefs des Juifs furent grands ; ils surpassèrent par l'éclatante sainteté de leur vie les princes modernes : mais void pourtant en quoi le roi des chrétiens parait égaler et surpasser peut'* être les chefs de la Judée. Les princes Juifs , de Tordre de Dieu , et par la force des armes , détruisent les nations profanes et conquièrent leur territoire pour Dieu et pour eux-mêmes. Le roi des chrétiens , par le commandement du même Dieu, vaincra les Sarrazins, ennemis de la vraie foi , et il s'efforcera de s'emparer de leur territoire pour Dieu, et non pas pour lui-même. Ceux-là accomplissent les divins préceptes ; mais ils sont encouragés en partie dans leurs efforts guerriers par Tespérance d'une récompense terrestre. Celui-ci expose et sacrifie son royaume , ses richesses et sa vie elle-même , non pas pour gagner
soo frère, disait à Dieu : « Tout ceux qui me reneontreront foodroot me tuer; » Dieu ioi répondit : « To ne moumn point, comme ta le crois; man tu seras gémissant et Tagabond sur cette terre ifui s^est abreuvée du sang de ton frère, et a reçu dans son sein le corps que tu as tué de ta main. » Cest ce même arrêt qne la Juste sé- Térité de Dieu a prononcé, dès le jour de la passion et de la mort du Christ , et qu'il exécutera jusqu'à la fin du monde , sur les Juifs coupelles et réprouvés. Puisqu'ils ont aussi versé le sang du Christ, leur frère selon la chair , ils demeurent esclaves, misérables, honteux, gémissans, errans sur toute la terre, jusqu'à ce que, selon le prophète, c les déM$ de cette natùm lamentable se convertissent à Dieu avec tout le reste des nations, et qu'ainsi, selon TApêtre, Israël entier soit sauvé. »
Je ne demande donc pas qu'on tue les juifs , mais seulement qu'on les punisse d'une peine qui convienne à leur méchanceté. Et qœDo manière plus convenable de les punir, que celle qui , tout en coi^ damnant l'iniquité , viendrait en aide à la charité? Quoi de plus juste que de les priver de ce qu'ils ont gagné frauduleusement , et de leur enlever , comme à des voleurs, et, qui plus est, des voleurs audacieux et impunis , ce qu'ils ont crimineUement volé? Ce que je dis est coonu de tout le monde : car ce n'est point par les simples travaux d*agriealture, ni dans le service militaire, encore moins dans d'honorables et utiles fonctions, qu'ils remplissent leurs greniers d'abondantes récoltes, leurs caves de vin, leurs bourses d'écus, leurs coffires-forts d'or et d'argent; mais c'est à l'aide de ce qu'ils dérobent indignement aux serviteurs du Christ, et en achetant à vil prix des choses très-prédeoses que leur vendent furtivement ceux qui les ont volées. Si qoelque voieur nocturne brise les portes des Églises chrétiennes, et que dans son audace sacrilège il enlève les candélabres , les vases saints, les encensoirs, etjusqu'auxcroixsainteset aux calices consacrés, il fait les chrétiens et se réfugie auprès des juifs i et parmi eux il jomt d'une indigne sécurité ; et non-seulement ils le reçoivent el le recèlent, mais encore il vend aux synagogues de Satan ce qu'ila volé aux églises consacréet. U trafique des vases qui ont conteno le corps et le sang du Christ avec ceux qui ont tué le corps et versé le sang du Christ, avec ceux qui l'ont couvert, autant qu'ils l'ont pu , d'injures et d'outrages, lorsqu'il vivait au milieu des hommes , et qui ne cessent de le poursuivre de leurs audacieux et insolens blasphèmes, maintenant qu'il est assis dans la ma-
jcsté de la divinité étemelle. Les vases sacrés eux-mêmes, qui sont en quelque sorte en captivité chez eux , comme autrefois chez les Childéens , ne sont pas à Tabri de leurs outrages , tout insensibles qu'ils soient. Cest dans ces vases qui lui sont consacrés que le Christ subit encore les avanies judaïques que les vases ne peuvent ressentir. Car je tiens des hommes les plus dignes de foi que ces misérables font servir ces vases divins, à la honte de Jésus et k notre grande honte, à d'épouvantables usages sur lesquels la pensée se porte avec horrear et qu'il est détestable de nommer. Bien plus, pour donner plus de sécante à ce criminel commerce des voleurs et des juifs, une loi déjà andenne, mais une loi vraiment diabolique , a été rendue par les prinees dirétiens, qui déclare que, si une chose d'église, ou, ce qui est pire encore, quelque vase sacré est trouvé chez un juif , celui-ci ne sera pas forcé de rendre la chose qu'il possède par suite d'un vol sacrilège, et qae le juif sera dispensé de dénoncer le voleur. On laisse ainsi impimie dans le juif une action exécrable qu'on punit sur le chrétien par rhorrible supplice de la pendaison. Ainsi , là où le juif s'engraisse et s'entoure de délices, le chrétien est pendu.
Que l'on enlève donc aux juifs , ou que du moins l'on diminue couidérablement cet excès de richesses mal acquises ; et que l'armée ftrétienne, qui, dans son amour pour le Christ, son Seigneur, n'épargnepas son argent et ses terres pour vaincre les Sarrazins , n'épargne pas non plus les trésors des juifs si détestablement accumulés. Qu'on leur laisse la vie , mais qu'on leur ôtc leur fortune , afin que l'audace des Samh zins infidèles soit défaite par les mains chrétiennes , avec le seeoun de l'argent des juifs blasphémateurs. Que les richesses juives servent aux peuples chrétiens , même malgré eux, comme autrefois, lorsque les ancêtres des juifs plaisaient au Seigneur, les richesses des EgypCieDS leur furent livrées par ordre de Dieu , pour qu'ils en fissent usage, le vous ai écrit cela , ô excellent roi , par amour du Christ , de vous et de Tannée chrétienne : parce qu'il serait insensé , et presque offensant , à mon avis, pour la divinité, que les richesses des profanes ne fussent pas employées , à plus forte raison , dans une expédition sainte ;i laquelle toutes les ressources des chrétiens vont équitablement contribuer.
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