‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 43 sur 54 · PIERRE A UN MONASTERE DE CHARTREUX · texte numérisé non relu

PIERRE A UN MONASTERE DE CHARTREUX

.... Quand pourrai - je vous exprimer combien , malgré mon absence corporelle, je vous suis uni de toute mon ame; combien je demeure toujours à vous , malgré la différence de nos demeures; combien , vivant avec d'autres hommes , je suis eneore cependant en i»habitation spirituelle avec votre uint monastère? Quand pournû-je vous dire combien votre éloignement de moi m'est pénible? Ah ! j*en prends à témoin celui qu'on ne peut tromper , pour jouir à jamais de voure présence , je n'hésiterais point à rejeter , non-seulement ce titre d'abbé qui n'est pour moi qu'une source de misères, mais encore à secouer le monde tout entier et tous ses liens pesans. Quels termes pt quel langage , fût-ce onême le plus éloquent, suflb-aient à vous faire

préparer librement et sans entrare leur chemin fers le del , et de participer ainsi d'avance à Fimmortelle bëatitade ! fls sont déjà unis à Dieu, si un saint zèle les anime , par les liens d*un invisible amour ; et , quand la chair meurt , ils s'associent vraiment à la divinité par une contemplation céleste. Je sens que je suis bien loin de ce repos heureux , de cette félicité tranquille ; je vois et je'déplore le chaos qui est entre eux et moi , et je ne puis passer vers eux. Mais , à quoi bon me laisser aller à ma douleur , et remplir de mes paroles importunes vos oreilles occupées à entendre, avec Marie, les discours divins? Hélas! qm me donnera des ailes , comme aux colombee ? Je prendrai mon vol , et je me reposerai. Ah ! du moins , autant qu'on peut le faire en pensée , j'ai fui les bruits des hommes , et j'ai demeuré avec vous dans la solitude , en attendant celui qui me sauvera de la faiblesse d'esprit qui me tourmente et me tue , et de ces tempêtes du monde , qui , de toutes parts , m'environnent et m'étouflent. Ayez donc pitié de moi , ô mes amis , et de même que j'ai versé des larmes devant vous en dictant cette lettre, daignez répandre pour moi les vôtres devant le très-pieux Rédempteur....

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HÉLOISE A PEBRBE.

C'est la miséricorde di Yinc qui nous a fisitées, quand tous ares daigné nous accorder Tous-méme la faveur d'une visite. Noos nous en félicitons, ô notre très-bon père; et nous sommes fières que votre grandeur soit descendue jusqu'à notre petitesse. Votre visite a été pour nous, à tous égards, un grand événement et une vraie gloire. ITaatres ont pu savoir combien ils ont retiré d'avantages de la présence de votre sublimité. Pour moi, je ne pourrai jamais ni exprimer par mes paroles, ni comprendre dans ma pensée, combien votre arrivée m'a été utile et agréable. En qualité de notre abbé et de notre mattre , vous avez célébré la messe au milieu de nous , Tan passé , le seizième des calendes de décembre ; et vous nous y avez recommandées au Saint-Esprit. Dan le chapitre , vous nous avez nourries du saint aliment d*im discours divin. Vous nous avez donné le corps du Seigneur, et vous nous avez accordé le bienfait de Talliance avec Cluny. A moi-même, qui ne sob pas digne du nom de votre servante , et que votre sublimité n'a pat dédaigné de nommer sa sœur par écrit et de vive voix , vous m'avez accordé un singulier privilège d'affection et de sincérité, en ordonnant que le monastère de Cluny célébrerait en mon honneur, après ma mort, un service de trente jours ; et vous avez voulu confirmer de votre propre sceau un tel privilège. Mettez donc aujourd'hui, ô mon frère, dmon maître , le comble à tout ce que vous avez déjà fait pour votre soeor et votre servante. Daignez encore m'envoyer un écrit nuurqné de votre sceau, qui contienne expressément l'absolution d'Abeilard, afin que je la suspende à son tombeau. Souvenez- vous aussi , pour Famonr de Dieu, d'Astralabe, notre fils et le vôtre ; obtenez pour luiquelqae prébende de l'évéque de Paris ou de quelque autre évèque. Adieu! Que Dieu vous garde , et nous donne quelquefois l'honneor de votre présence.

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