D'ABEILARD
Je vous ferais injure, si je vous croyais capid)le d'aimer quelqu'un au point d'aimer aussi ses erreurs. Celui qui aimerait ainsi ne uurait point comment il convient d*aimer. Une telle affection serait terrestre, animale , diabolique , nuisible également et à celui qui aime et à l'objet aimé. Que chacun juge des autres comme bon lui semble-, pour moi, je ne puis penser de vous que des choses conformes à la raison et à la droite équité. Quelques-uns préjugent d'abord , sauf à éprouver ensuite : moi, pour décider si un breuvage est doux ou amer, je le goûte d'abord. Maître Pierre Abeilard jette dans ses livres des nouveautés profanes de sens et d'expressions : il dispute sur la foi contre la foi : il attaque la loi avec les paroles de la loi elle-même.
n ne contemple rien au milieu de l'obscurité des mystères ; il regarde tout face à face : il marche hardiment à travers les grandeurs et les merveilles inaccessibles qui le surpassent. Mieux eût valu pour lui que, pour rester fidèle au titre de son livre ( connais-toi toi-même ) , il se fût bien connu lui-même, qu'il ne fût point sorti de toutes limites légitimes, et qu'il fût resté savant avec mesure ! Ce n'est pas moi qui Faccuse auprès du pape ; c'est son livre qui le dénonce lui-même , ce livre dans lequel il s'est complu à mal dire. Quand il parle de la Trinité, il se rapproche d'Arius ; de Pelage, quand il traite de la Grâce ; de Nestorius, quand il touche à U personne du Christ. Ce serait n'avoir point de confiance en votre justice , que de vous supplier de ne préférer personne au Christ dans la cause du Christ même. Croyez-moi, il im-
porte à vous, à qui la puissance a été donnée par Dieu , il importe à TEglise du Christ ; il importe à Abeilard même, qu'on impose aikoee à cet homme dont la bouche est pleine de malédiction, d'amertume ei de nue.