‹ Essai historique sur l'abbaye de ClunyChapitre 47 sur 54 · D'ABEILARD · texte numérisé non relu

D'ABEILARD

Je vous ferais injure, si je vous croyais capid)le d'aimer quelqu'un au point d'aimer aussi ses erreurs. Celui qui aimerait ainsi ne uurait point comment il convient d*aimer. Une telle affection serait terrestre, animale , diabolique , nuisible également et à celui qui aime et à l'objet aimé. Que chacun juge des autres comme bon lui semble-, pour moi, je ne puis penser de vous que des choses conformes à la raison et à la droite équité. Quelques-uns préjugent d'abord , sauf à éprouver ensuite : moi, pour décider si un breuvage est doux ou amer, je le goûte d'abord. Maître Pierre Abeilard jette dans ses livres des nouveautés profanes de sens et d'expressions : il dispute sur la foi contre la foi : il attaque la loi avec les paroles de la loi elle-même.

n ne contemple rien au milieu de l'obscurité des mystères ; il regarde tout face à face : il marche hardiment à travers les grandeurs et les merveilles inaccessibles qui le surpassent. Mieux eût valu pour lui que, pour rester fidèle au titre de son livre ( connais-toi toi-même ) , il se fût bien connu lui-même, qu'il ne fût point sorti de toutes limites légitimes, et qu'il fût resté savant avec mesure ! Ce n'est pas moi qui Faccuse auprès du pape ; c'est son livre qui le dénonce lui-même , ce livre dans lequel il s'est complu à mal dire. Quand il parle de la Trinité, il se rapproche d'Arius ; de Pelage, quand il traite de la Grâce ; de Nestorius, quand il touche à U personne du Christ. Ce serait n'avoir point de confiance en votre justice , que de vous supplier de ne préférer personne au Christ dans la cause du Christ même. Croyez-moi, il im-

porte à vous, à qui la puissance a été donnée par Dieu , il importe à TEglise du Christ ; il importe à Abeilard même, qu'on impose aikoee à cet homme dont la bouche est pleine de malédiction, d'amertume ei de nue.

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